Z et la “guerre civile communicationnelle”

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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 1978

Z et la “guerre civile communicationnelle”

14 septembre 2021 – Tout le monde connaît l’histoire-Zemmouresque, ainsi est-il inutile que j’en donne ma version, ni que j’en rajoute des détails, des saillies, etc., déjà vus ailleurs, – lors à quoi bon la rapporter à nouveau ? Il est vrai que les dieux, pour l’instant, veillent sur lui (candidat-ou-pas ? comme l’on disait de Belmondo : cascadeur ou acteur ? et il vous sortait ‘Léon Morin, prêtre’). Je veux dire par là que je ne serais pas plus étonné, comme le bruit tordu en cours, que la félonie censureuse et hypocrite de la CSA rejoigne les fils d’un complot mondain pour faire mousser Zemmour, le hausser à la taille d’un martyr soudain oint dans son indépendance de toute obligation professionnelle, c’est-à-dire fait libre et obligé (la liberté, c’est le choix contraint) de choisir sa voie, comme si la voie royale s’offrait à sa candidature...

”Comme cela”, se dit le petit Macron, toujours selon son opération ‘Petit-Patapon’, “leur camp sera divisé de l’impossible entente Marine-Zemmour”. “Oui mais”, répond quelque Jiminy-Criquet de la communication (com’ en good French), “Votre-Grâce se goure, elle se trouve privée de son adversaire favorite, et régulièrement distancée dans le sprint final”. Les instigateurs de ‘Petit-Patapon’ ripostent que les temps ont changé et qu’il faut en tenir compte, – cela dit énigmatiquement car ils ne savent, et moi non plus si j’ai ma petite idée, dans quel sens changent les temps. Cela est bien dit et c’est pourquoi j’arrête là mes supputations indignes à force d’être lassantes.

Par contre, quelle exposition dite-médiatique en a gagné le désormais Saint-Martyre Zemmour, qui prépare de multiples interviews pour son nouveau livre de guerre et sa propre chaîne Yutube (mais qu’en diraient les GAFAM, également censureurs [*] patentés ?), – et diverses autres initiatives, et notamment des grandes tournées nationales pour rassembler le peuple, et jusqu’à des virées internationales (invitation à Budapest acceptée). Entend-il faire une campagne “à-la-Trump” ? Battez le fer tant qu’il est chaud ! Sonnez, trompette et trumpettes !

Mais que dis-je, à ce point ?! Je le fais, rien  de moins, candidat assuré sans autre argument que l’emportement de ma plume... Je suis victime, j’en suis sûr, d’un climat.

(Je crois effectivement que cet empressement gratuit de ma part est certes l’effet du climat que j’ai ressenti dans cette affaire, entourée d’une ‘Fête de l’Huma’ égayée d’un concert au rythme très sympa-humaniste-racisé de « Tout le monde déteste la police ! » en même temps qu’une attaque très musclée-sexy d’une compagnie ameutée par la Ligue de la Défense Noire Africaine contre une mairie et ses mariages. Ce dernier événement a provoqué chez un commentateur [le très mesuré et raisonnable, et ancien magistrat, Georges Fenech] cette exclamation qui m’a surpris délicieusement et au-delà de tout, moi qui refuse de prier régulièrement Dame-Liberty de l’entrée maritime de New York et qui ai l’habitude de voir toutes nos cohortes American-chic s’y précipiter avec zèle : « Mais on se croirait en Amérique ! »... L’Amérique comme mesure de la confusion-foutoir de nos temps-devenus-fous, quelle étrange cadeau...)

Ainsi la France est entrée dans un climat de tempête de la sorte qui tourbillonne dans la Grande République depuis l’arrivée-départ de Trump. Ainsi Zemmour, qu’il soit-ou-non candidat alors que tout le monde, jusqu’au censureurs, clame qu’il l’est, a d’ores et déjà tenu avec fermeté et efficacité son rôle métahistorique d’accélérateur crisique en-France. On retrouve ainsi, pour des raisons complètement différentes, dans des circonstances complètement étrangères, le parallélisme de destin et d’activisme de désordre au sein du Système, entre France et Amérique. Ces deux pays ont leur rôle à tenir dans l’accélération de l’irrésistible et non-négociable tourbillon crisique.

Zemmour parle couramment, depuis un certain temps, de “guerre civile” en-France. Aux USA, tout le monde en parle, ‘The Second Civil War’ est le thème favori des dîners en ville, et l’on a vu combien désormais les événements prennent l’allure de ce schéma, – tout cela correspondant aux structures spécifiques du pays, gouverneurs contre président. Avec Zemmour candidat-ou-pas, dans les conditions furieuses et bouillonnantes qui l’accompagnent, comme on les a vu l’accompagnant lors de son départ triomphal et accompagné de fleurs et de pleurs de C.News, il y a une très grande possibilité que la France trouve son rythme permanent de “guerre civile” à elle.

N’allez pas aussitôt sonner le tocsin et désigner ‘dedefensa.org’ au CSA local. Je n’annonce en aucune façon de terribles perspectives et d’immenses troubles pour semer le désordre dans ce qui serait des pays gorgés de bonheur et de tranquillité d’être. Aux USA, nous sommes déjà dans une ‘Second Civil War’, laquelle se fait aux conditions du temps : j’ai, à ce propos, parlé surtout et essentiellement de “guerre civile communicationnelle”. C’est absolument le modèle que je dessine, avec un tourbillon de désordre, d’absences d’autorités légitimes, de trahisons et de forfaitures diverses des corps habituellement chargés de l’ordre et de l’autorité, de concussions et de reniements des fonctions nécessaires des directions politiques, engendrant désordres et absence d’autorité, soutiens de groupes subversifs, développement et impunité de groupes extrémistes, idéologisation jusqu’à la folie maniaque de toute chose, et d’autre part mise en cause générale très sérieuse et désormais structurelles des directions centrales telles qu’elles sont ; et tout cela, tout cela ! sous la fantastique caisse de résonnance de la communication, sans laquelle rien n’aurait cette dimension de désordre tragique et de tragédie-bouffe à hauteur de basse-fosse d’une civilisation aux abois.

Effectivement, l’activité de la communication autour de ce désordre métahistorique est d’une intensité extrême, avec le rôle fondamental de ce que l’on nomme “les réseaux sociaux”, que cela plaise ou non. Voilà bien le cas de la “guerre civile communicationnelle” (au lieu de “guerre civile de communication”, en allant un cran plus loin) où la France, avec à peine de retard, devrait entrer au rythme de la dramatisation du cas Zemmour, avec le paradoxal effet de le mettre en position de participant politique actif (qu’il soit candidat-ou-pas !), avec cet acte du CSA parsemé d’illégalités diverses et de vengeances coutumières des milieux des élitesSystème.

On en parle implicitement mais à grands cris d’orfraie depuis quelques années, simplement parce que les événements y poussent : cette violence extrême de la communication hyperpuissante, sans violence équivalente “dans la rue” malgré les agitations de la rue, du moins avec l’intensité qu’on attend en général dans le cas de la “guerre civile” ; mais bien une “violence culturelle” de communication avec son effet de tension psychologique paroxystique adaptant votre perception à une interprétation catastrophique de ces actes qui sont plutôt des actes de désordre, et souvent désordre symbolique plus que de violence pure... Voyez ceci, en mai 2019, avec ces « Précisions sur l ‘effondrement » (Tandis que Roddier [**] nous parle de l’inéluctabilité de la thermodynamique appliquée aux situations sociales et culturelles, Orlov parle de “guerre civile culturelle”, expression que j’avais adoptée pour ce cas mais à laquelle je préfère finalement “guerre civile communicationnelle” qui comporte bien entendu le volet “culturelle”) :

« Il faut noter que les avis convergent également dans le détail des localisations culturelles politico-géographiques. Roddier parle implicitement du cas français comme exemple en évoquant les élections présidentielles de 2022 et Orlov parle très précisément de la situation américaniste (avec la possibilité, déjà évoquée, qu’un coup de force de type-téléréalité de Trump reportant l’élection de deux ans dans la même époque, autour de 2022). Dans ces deux exemples, les situations évoquées conduisent à des hypothèses, dans tous les cas dans notre chef, de “guerre civile culturelle” tant les fractures de cet ordre culturel, notamment dans les deux exemples évoqués, sont grandes, beaucoup plus grandes même que les fractures économiques (inégalités de revenus). Pour nous, effectivement, les affrontements culturels, même s’ils sont moins quantifiables et moins “porteurs” d’apparence que les fractures économiques, sont beaucoup plus explosifs alors qu’ils ont acquis une vélocité extraordinaire.

» C’est aussi cette vélocité nouvelle qui nous arrête, qui est entièrement due au système de la communication. C’est le point principal où nous voulons en venir. La puissance du système de la communication est telle qu’il ne véhicule plus l’évolution culturelle, il l’impose et même il la crée au-delà même des points que voudraient atteindre ceux qui veulent cette évolution, introduisant chez eux des déséquilibres psychologiques graves de type schizophrénique et paranoïaque. Autre élément d’une importance absolument considérable, cette puissance et cette vélocité du système de la communication renforcent avec une même force ceux qui s’opposent, le plus souvent en tant qu’antiSystème, à cette poussée incontrôlable. »

Nous avons déjà, à l’une ou l’autre reprise, et dernièrement le 10 octobre 2020, tenté de conceptualiser ce phénomène en proposant l’appellation de G5G (“Guerre de la 5e Génération”) comme prolongement absolument rupturiel mais de même structure du concept de G4G développé par William S. Lind, qui reste depuis longtemps un de mes concepteurs favoris des nouvelles formes de conflit où le fait national de la guerre classique a de moins en moins d’importance, où le facteur de la communication acquiert opérationnellement l’importance politique écrasante que ce facteur a développé depuis un quart de siècle. Dans le texte référencé, à la lumière de  l’affrontement aux USA pour l’élection présidentielle, je revenais sur ce concept abordé alors quatre ans plus tôt (en décembre 2016)  en précisant selon ma perception, en fonction des événements crisiques colossaux en cours :

« Par ailleurs, et aussitôt après le texte référencé sur la G5G, nous tentions de donner une approche plus conceptuelle et plus décisive de ce ‘néo-concept’ accouché de la G4G : “Ce qui fait le principal caractère qui apparente le G5G à la G4G, et qui donne à cette nouvelle forme d’affrontement une actualité et une légitimité exceptionnelles, c’est que son action porte finalement, au bout de la chaîne des effets & conséquences, sur des principes qu’il s’agit de rétablir ou de renforcer. En quelque sorte, il s’agit de la véritable ‘Grande Stratégie’ des deux conflits, effectivement ‘stratégie sublime’ à un point où l’adjectif prend le pas sur le sujet, où ce qui importe avant tout c’est la sublimité de la démarche, qui fait passer cette démarche du champ historique au champ métahistorique. En quelque sorte, le G5G, enfantée par la G4G, l’est en haussant décisivement son champ d’action et, par-là même, élève également la G4G dans ce même champ. »

Avec ce qui se passe en France (Zemmour), et toujours parallèlement aux événements-USA, je crois qu’on peut faire avancer ce concept de G5G sur la voie de plus en plus opérationnelle de la “guerre civile communicationnelle” arrivée à maturité. Selon mon point de vue, les événements français, et particulièrement l’aventure de Zemmour, installent définitivement en France la G5G-“guerre civile communicationnelle”, comme elle l’est désormais aux USA. C’est pour moi désormais un fait opérationnel objectif, qu’un sapiens (Z) soit candidat-ou-pas, et quel que soit le sapiens dont nous hériterons en mai 2022, – y compris l’actuel bonhomme en place à l’Élysée, et peut-être même, plus que jamais si ce bonhomme-là reste en place car il sera alors l’élu à abattre, délégitimé à coups de marteau de la communication, cible évidente de la “guerre civile communicationnelle” qui n’a que faire des rodomontades démocratiques, des élections truquées par l’esprit de la chose et les déviances infâmes imposées au système de la communication par les élitesSystème, zombies de la 25ème heure.

Je ne peux mieux dire et je ne crois pas qu’on puise le dire différemment : “Zemmour est une crise”, en ce sens qu’il est un pyromane activant le feu d’une “guerre civile communicationnelle” (G5G) déjà rampante en France, déjà présente par effets d’un symbolisme idéologisé. Placé là où il a été mis par l’action ultra-conventionnelle du CSA (les censureurs n’ont guère d’imagination, ils censurent c’est tout), il est d’ores et déjà un outil actif et peut-être décisif de la “guerre civile communicationnelle” dont la France est grosse depuis plusieurs années. En ce sens, la France est en train de se mettre, au niveau du désordre et de l’insurrection, au niveau des USA. Décidément, France et Amérique sont comme deux sœurs jumelles, inséparables et indissociables, inconciliables et irréconciliables : même lorsqu’il s’agit d’abattre définitivement leur civilisation commune parvenue et enfouie au degré de décomposition où on la voit, elles œuvrent de concert, avec une ardeur roborative et une hargne communicative.

Face au ‘perfect storm’ désormais renforcé du colossal tsunami-Zemmour, voici, comme disait le fameux philosophe Lucky Luke une sorte de complainte, sombre et triste comme le veut la définition de la chose :
« They’re poor lonesome Modernity Sapiens »

 

Notes

[*] ... C’est-à-dire qu’ils ne méritent pas le terme de “censeur”, qui a ses aspects de dignité, ne serait-ce que la fonction de mes antiques lycées. “Censureurs”, cela leur va, dont la racine étymologique-PhG est incontestablement “suceurs de pompes” comme on dit “sangsues” et  “lécheurs de pompe”.

[**]  « Sur son site ‘Point de vue d’un astronome’ (françois-roddier.fr), l’astronome François Roddier expose la “théorie des équilibres ponctués” selon sa méthode qui est d’appliquer aux sociétés humaines et au destin de notre civilisation en particulier certaines grandes lois des “sciences dures” parmi les plus significatives et les plus porteuses de potentialités pour nous du type métaphysique, et notamment de la thermodynamique. »

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