Z. est-il de la sorte qui rugit ?

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Z. est-il de la sorte qui rugit ?

• Nous avions popularisé un titre concernant un phénomène fascinant : « La marionnette qui rugissait », désignant une occurrence où les génies américanistes-occidentalistes qui nous indiquent la route à suivre se font souvent manœuvrer par les marionnettes qu’ils installent à la tête des “proxies’ avec canons et dollars. • Mister Z., dit Zelenski, est-il de ceux-là ? • Ils le sont tous un peu mais avec allures et fortunes différentes. • Z. a voulu nous faire le coup avec le S-300 ukrainien bidonné tiré sur la Pologne comme s’il était russe. • Il a insisté et il nous a troublés. • Dieu, qu’est-ce qu’on traîne !

L’affaire du missile sol-air S-300 ukrainien qui a terminé sa course dans une ferme polonaise ne s’apaise pas aisément. Hier, dans la journée, un consensus s’était fait, y compris chez les adversaires de la Russie, pour reconnaître que le missile était effectivement ukrainien (et non russe dans le cadre d’une “attaque russe“, comme clamé aussitôt, notamment par Zelenski et les Polonais). On pouvait alors estimer l’incident clos. Il ne l’est pas vraiment, – il ne l’est jamais avec un Z. qui a la ténacité des arapèdes collées à un rocher fait d’un granit antirusse.

A l’ONU, le représentant de la Russie Vassili Nebenzia résumait ainsi l’affaire, du point de vue russe qui, factuellement, représente un compte-rendu fidèle :

« S'exprimant lors d'une session du Conseil de sécurité de l'ONU, l'envoyé russe a critiqué ce qu'il a appelé les “déclarations irresponsables des dirigeants” de la Pologne et de l'Ukraine au sujet du tir de missile. Il a noté qu'il n'a pas fallu longtemps au président ukrainien Vladimir Zelensky pour imputer à Moscou l'explosion survenue dans un village polonais et appeler l'OTAN à riposter.

» “Je souligne que de telles affirmations sont faites par la personne qui ne peut qu'être bien consciente que ce sont des missiles de défense aérienne ukrainiens qui ont frappé le territoire de la Pologne”, a déclaré Nebenzia. Il s'agit d'une “tentative consciente d'entraîner l'OTAN, qui mène “une guerre par procuration” contre la Russie en Ukraine, dans une confrontation directe avec notre pays”.

» Il a ajouté que la réponse du gouvernement polonais à l'incident n'était guère meilleure, puisqu'il “a déclaré sans ambages dès le début qu'il avait subi une attaque de la Russie”. »

Il faut également noter, parmi diverses déclarations dans ce sens, que le président Bide, a renforcé aujourd’hui son premier commentaire mettant en doute la réaction de Zelenski, la décrivant pour les journalistes par ces mots (conservons la langue originale, précaution importante dans le cas de Biden) : « That's not the evidence. »

Pourtant, et c’est là le point où nous voulons en venir, Zelenski, parlant hier soir à des journaux ukrainiens, n’était en rien revenu sur sa position. Il continuait pour ce temps à maintenir la version d’un missile russe, assez curieusement à partir d’informations dit-il, qui lui furent données par son commandement de la défense aérienne (directement chargée de l’utilisation de missiles de type S-300) :

« Le président ukrainien Vladimir Zelensky continue d'insister sur le fait que son armée n'a pas tiré le missile qui a tué deux civils dans le village polonais de Przewodow. L'Ukraine souhaite être incluse dans toute enquête sur l'incident, a-t-il déclaré aux journalistes à Kiev mercredi.

» “Je n'ai aucun doute sur le fait que ce n'était pas notre missile ou notre tir de missile”, a déclaré Zelenski, selon les médias ukrainiens. Notant que c'est ce que le commandant des forces aériennes ukrainiennes lui a dit mardi soir, il a ajouté: “Cela n'a aucun sens pour moi de ne pas leur faire confiance”.

» Le président ukrainien a également déclaré que l'incident de Przewodow était un argument de plus pour que l'OTAN impose une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine, ce qu'il demande depuis février. »

Il est évidemment loin d’être assuré que Zelenski maintiendra cette position contre les points de vue adverses, notamment dans les pays qui le soutiennent, et notamment bien entendu avec les USA. Aujourd’hui, il remarquait, tout de même en légère position de retrait : « Je ne sais pas ce qui s’est exactement passé ... »

Il n’empêche, on le rassure comme l’on peut... La Maison-Blanche (à la différence de Biden) a légèrement modifié sa position hier soir, – petite nuance, réelle préoccupation (l’intervenante Adrienne Watson, c’est à noter, est la porte-parole du National Council of Security, dont le directeur est Jack Sullivan, également conseiller spécial du président pour les questions de sécurité nationale) :

« Bien qu’elle [Adrienne] soit d'accord avec la conclusion du [président polonais] Duda selon laquelle le missile était très probablement ukrainien, la Maison Blanche continue de penser que c'est Moscou et non Kiev qui doit porter la responsabilité “ultime” de l'incident, quels que soient les résultats de l'enquête.

» “Il est clair que la partie responsable en dernier ressort de cet incident tragique est la Russie, qui a lancé un barrage de missiles sur l'Ukraine dans le but précis de viser des infrastructures civiles”, peut-on lire dans le communiqué, qui ajoute que l'Ukraine a “tout à fait le droit de se défendre”. »

Cette explication, qui plus est se référant au président polonais pour une position que n’aime pas du tout la Pologne, est aussi spécieuse que sophistique dans cette importante occurrence où il y a un maître et son obligé, – ou plutôt, parce que nous y sommes : entre le “manipulateur de marionnettes et la marionnette” ; et que c’est le “maître” qui s’équipe de pincettes pour adoucir une position à l’aide d’une logique de caniveau face à une marionnette impitoyable dans sion extrémisme furieux...

Note de PhG-Bis : « Dans ce passage plein de ferveur, nous espérons que nos lecteurs auront d’eux-mêmes identifié qui est le “maître” des manipulations” comme on dit “maître des horloges”. Et nous l’espérons d’autant plus que ce texte a oublié d’ajouter cette citation d’Adrienne, donnée par Reuters, signifiant ainsi que le “maître” s’inclinera quels que soient les résultats de l’enquête devant la perception de la marionnette :

» “Les États-Unis tiennent la Russie pour responsable de l'incident du missile en Pologne, quel que soit le résultat de l'enquête” (et quelque temps qu’il fasse, pluie ou ciel bleu)... »

La gloire de la marionnette

... En effet, l’essentiel de notre propos est d’en arriver à cette question de la “marionnette” que nous avons de nombreuses fois abordée dans la séquencedu temps du premier quart de siècle, exactement depuis le 22 mai 2005, lorsque nous exposâmes les premiers signes de la révolte du président afghan Karzaï, marionnette évidente des USA pour diriger un gouvernement “proxy’. Nous donnions dans un texte général le 15 mai 2017 des indications décisives sur ce qu’avait été le rôle de Karzaï jusqu’aux années Obama :

« Concernant l’Afghan Karzaï, dont la position vis-à-vis des US continua à se durcir, il y a d’autres textes mettant en évidence cette extraordinaire attitude de la marionnette affichant son mépris pour les consignes de son maître, refusant ses consignes, prenant des initiatives contraires à ses vœux et ainsi de suite. La situation évolua au long des douze années de sa présidence jusqu’à une occurrence où la marionnette finit par jouer un rôle déstabilisant au sein même de la politique US, intervenant en acteur majeur, sûr de lui et dévastateur, ébranlant de l’intérieur le système de celui qui est censé le soumettre et le manipuler et montrant par là, puisque cela se passe en 2010, qu’Obama ne fit pas mieux, sinon pire, que GW Bush... On arrive à un comble de la situation. (Le 6 avril 2010.)

» “La stratégie d’Obama n’a de sens que si elle s’appuie sur une alliance solide avec le gouvernement afghan en place, quel que soit ce gouvernement et ce qu’on en pense. Toute la logique de la guerre, toute sa justification, se trouve dans ce fait, et cette logique tient absolument l’argument du soutien que lui apporte la classe politique washingtonienne. Aujourd’hui, cette logique commence à être réduite en charpie, avec un Karzaï qui ne parle ni plus ni moins que de rallier les talibans, dans ses hypothèses les plus extrêmes pourtant dites publiquement. Du coup, cette guerre, qui pêchait par son absence de sens et pour laquelle le système de communication avait laborieusement construit un sens, perd brusquement toute cette belle charpente laborieusement fabriquée pour elle. L’événement intervient directement dans le débat politique intérieur US, à l’heure des élections mid-term, comme si les divers protagonistes et les événements s’étaient rassemblés pour conjuguer leurs effets les plus dévastateurs”... »

Ce rôle de la “marionnette”, dont on pourrait commencer à croire voir des signes chez le président Z., est un processus essentiel, essentiellement depuis le 11-septembre, depuis que la politiqueSystème que nous impose le Système né du “déchaînement de la Matière” poursuit sa course démente. Il concerne, oui c’est cela, l’essentiel : l’ultra et hypersonique disparition de toute légitimité de nos dirigeants auxquels il ne reste que la violence et le simulacre, ce qui les rend vulnérable à une sorte de pseudo-légitimité des marionnettes. Nous ne pensons certainement pas qu’un président Z., avec tout ce qui l’accompagne et le charge d’indignité, avec sa corruption postmoderne, avec sa totale absence de tradition, puisse avoir un comportement correspondant à celui d’un Karzaï, également corrompu mais avec bien plus d’allure, celle du vieux chef de clan non-occidentalisé sans rapport avec l’inculture et la morgue de l’acteur TV postmoderne, et faisant son miel de l’opium puisque le Système a tout fait pour favoriser son industrialisation “à l’Ouesr” ; pourtant, même un Z. oblige ses maîtres américanistes-occidentalistes à danser à son rythme dès lors que la situation comporte des enjeux importants...

Wallerstein, Yates et la marionnette

Nous reprenons ci-dessous un long passage du même texte du 15 mai 2017, où est longuement cité le philosophe Wallerstein, tiré d’un essai datant de 2006. On notera la parfaite actualité des situations, des attitudes psychologiques, des médiocrités et des lâchetés ; l’on observera également dans cette analyse de 2017 l’importance que nous attachions déjà à la crise ukrainienne déjà vieille de trois ans dans sa phase active... Décidément, nous tenons la bonne formule de notre effondrement et nous irons jusqu’au bout.

« Cette idée rejoint effectivement l’analyse que nous faisons régulièrement d’un Système en crise d’effondrement (selon l’équation surpuissance-autodestruction, que nous citons souvent), repoussant l’idée d’une planification, secrète ou non, d’agissements contrôlés et manipulés par des groupes plus ou moins connus de dirigeants plus ou moins secrets (théories complotistes notamment), etc. Pour nous, les dirigeants-Système sont totalement dépassés par la situation et incapables d’élaborer ne serait-ce que des mesures défensives : littéralement, “ils se battent” dans le noir comme on s’agite convulsivement, sans aucune perception sérieuse de la situation, sans aucune planification ni dessein généraux, et ils produisent en général des actes complètement contre-productifs, notamment avec ces marionnette qu’ils placent au pouvoir des espaces nationaux conquis pour les voir aussitôt se retourner contre eux en défense de ces espaces nationaux.

Les événements ne font qu’accentuer cette pente générale, comme nous le notions dans notre texte du 16 avril 2014 alors que la crise ukrainienne démarrait, avec les marionnettes classiques mises au pouvoir. Rapidement, cette crise a vu les marionnettes installées au pouvoir à Kiev plus que jamais mener par le bout du nez leurs manipulateurs.

“La crise ukrainienne marque une avancée peut-être décisive de la perte de contrôle totale [par les manipulateurs, US et autres] des événements conduits par les autorités [les marionnettes] en place.”

Manifestement, le philosophe Immanuel Wallerstein, largement cité dans le texte référencé, fait ce constat comme une chose nouvelle et d’une importance fondamentale, à cause de son aspect de rupture avec les habitudes normales de lutte. Il ne s’agit plus de vaincre un régime, le système en place qui agonise, mais bien de travailler désormais à ce qui va le remplacer...

“Notre système-monde moderne est supposé permettre aux élites de l’Establishment qui tiennent les rênes du pouvoir de débattre les unes avec les autres pour en venir à un “compromis” qu’elles peuvent toutes garantir. Normalement, ces élites se situant en gros dans deux camps, centre-droit et centre-gauche. Il y a certes des différences entre elles mais l’effet des “compromis” a été que l’importance des changements sur le temps long a été minime.

“Cela a fonctionné dans un sens structurel du haut vers le bas, dans chaque pays et géopolitiquement entre les différents pays. L’effet général a été un équilibre évoluant doucement et sans heurts vers l’avant. Beaucoup d’analystes du courant conventionnel tendent à assumer que les grandes tendances sont toujours sous le ferme contrôle de l’Establishment. Chaque côté assume que les exécutants d’en-dessous [les marionnettes] de l’autre côté sont manipulés par les acteurs du dessus [les maîtres-manipulateurs de l’Establishment]. [....]

“Cela me semble être une fantastique lecture faussée des réalités de la situation courante, qui est celle d’un chaos en pleine extension comme résultat de la crise de de notre système-monde moderne. Je ne pense pas que les élites soient désormais dans la capacité de manipuler leurs [marionnettes]. Je pense que les[marionnettes] défient les élites prétendant les manipuler, et qu’elles sont au contraire à l’œuvre pour manipuler ces élites. Cela est sans aucun doute quelque chose de tout à fait inédit. C’est une politique du bas-vers-le-haut plutôt qu’une politique du haut-vers-le-bas. [...]

“Comment pouvons-nous naviguer d’une façon acceptable dans un tel environnement? Cela est d’une très grande confusion, du point de vue de l’analyse. Je pense que, quoi qu’il en soit, la première chose à faire est de cesser d’attribuer ce qui arrive à une sorte de machination diabolique de certaines élites de l’Establishment. Ils ne sont plus désormais en contrôle de quoi que ce soit. Ils peuvent certes causer de grands dégâts par leurs actions imprudentes... [...] Mais ceux d’entre nous qui veulent participer à la faire émerger un monde meilleur de cette situation chaotique doivent s’en remettre à eux-mêmes, à leurs multiples façons possibles d’organiser la bataille... [...]

“Les mots de la plus grande sagesse de Yeats se trouvent dans les deux derniers vers de son poème : “Et quelle terrible bête, son heure enfin venue, / S’avance lentement vers Bethléem, pour y annoncer sa venue ?”

Effectivement, Wallerstein cite à deux reprises, pour illustrer son propos, un poème fameux de W.B. Yeats, datant de 1919, The Second Coming. Ce poème, qui décrit la situation bouleversée et apocalyptique de l’immédiat après-guerre, après la Grande Guerre, est l’une de ces œuvres qui prend en compte et symbolise la situation du monde après cette immense catastrophe.

Il est intéressant de noter que ce poème fut considéré en d'autres temps, en 2006-2007, comme “le poème de la guerre en Irak”, suggérant que ce conflit avait lui aussi des allures de catastrophe apocalyptique. (Rien, absolument rien, ne dément cette interprétation, sauf que nous allons depuis de catastrophe apocalyptique en catastrophe apocalyptique, et que Yeats prend une signification universelle pour tout notre temps des Derniers Temps.) Adam Cohen écrivait dans le New York Times, le 12 février 2007 :

“Ces phrases viennent du poème de William Butler Yeats’s 'Second Coming’. Le terrible poème apocalyptique de Yeats a toujours fasciné les intellectuels et les penseurs. Quelle époque historique [que la nôtre] est plus clairement symboliquement explicitée par cette lamentation que 'Les meilleurs ne croient plus en rien, les plus vils/ S’exaltent des passions les plus folles.”? Mais avec cette sombre vision d’une anarchie rampante et en pleine expansion, et avec son arrière-plan de la situation au Moyen-Orient (la terrible bête dont Yeats avertit qu’elle 's’avance vers Bethléem’) ‘The Second Coming’ est en train de devenir rapidement le poème officiel de la guerre en Irak”. »

Remplacez “Moyen-Orient” par “Europe” et Irak par “Ukraine”, et veillez à réserver la même place de l’agresseur à qui-de-droit (nous, américanistes-occidentalistes, bien sûr), – et alors qu’y a-t-il de différent ? Nous répétons la même pièce sordide de notre hypocrisie en boucle et de nos mensonges en simulacre, en attendant le terme catastrophique de notre destin. Mister Z. nous aidera à y parvenir, et alors il aura montré sa parfaite utilité, sinon sa vertu après tout.

 

Mis en ligne le 17 novembre 2022 à 17H50

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