Victoire de Poutine et conséquences, selon le New York Times

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Victoire de Poutine et conséquences, selon le New York Times

L’article du New York Times (NYT) du 16 mai 2015 est assez intéressant pour comprendre la position réelle de l’administration Obama pour ce qui concerne la visite de John Kerry à Sotchi, le 12 mai (voir le 14 mai 2015). Ce n’est pas avancer l’idée que cet article apporte des choses nouvelles, notamment dans l’analyse qu’il propose, mais l’idée que le fait même de l’article, qui propose une analyse évidente de la situation avant cet entretien et ayant mené à cet entretien, est un une indication claire ; mais qu'il y ait eu cette analyse de la situation avant cette rencontre dans le chef de l’administration Obama, voilà qui fait toute son importance. On n’avait plus d’article de cette sorte dans le NYT, avec cette reconnaissance de la puissance et de l’efficacité de la politique russe, depuis des mois et des mois, sinon plus.

Cet article suit et d’ailleurs accompagne un grand silence dans la presse-Système en général du bloc BAO à propos de cette rencontre. Ce silence confirme d’ailleurs complètement l’analyse qu’on doit faire de l’importance de cet article telle qu’on l’a définie (“le fait même de l’article”) ; ce silence, – “le fait même de ce silence”, pourrait-on dire, – était déjà le signe que la presse-BAO se trouvait devant une de des situation de revers très visible qu’elle n’aime pas parce qu’elle dément sa narrative (Kerry allant voir Poutine, parlant selon les lignes voulues par les Russes, etc.) ; en général, effectivement, le silence fait office de meilleur commentaire possible. Ce silence, c’était donc “comme si cette rencontre n’avait rien donné de concret”, puis “comme si cette rencontre n’avait aucune importance”, enfin “comme si cette rencontre n’avait pas eu lieu”. Et le New York Times faisait partie de cette cohorte silencieuse, en se contentant d’un compte-rendu neutre, selon des dépêches d’agence, tandis que le seul “commentaire” important se trouvait dans le titre de son compère le Washington Post du 13 mai 2015No breakthroughs as Kerry, Putin meet in Sochi»).

Trois jours plus tard, voici l’article dont nous parlons, constituant indirectement une analyse de la rencontre de Sotchi. Le NYT ouvre ses colonnes à une litanie d’appréciations flatteuses de Vladimir Poutine et de la Russie en général dans la bataille qui l’oppose aux USA. Ce sont essentiellement des experts russes qui sont cités, ce qui permet éventuellement au NYT de se distancer de ce texte, de se dégager de l’accusation d’adopter effectivement cette analyse, mais ces citations ne sont nulle part ni équilibrées par des vues contraires, ni contestées sur le fond. Voici les premiers paragraphes, qui, eux, ne sont couverts par aucune déclaration d’experts, et peuvent justement être considérés comme un jugement du journaliste, c’est-à-dire du NYT, sur Poutine et la Russie. Ces quelques paragraphes apparaissent, d’une certaine façon, comme une justification du voyage de Kerry à Sotchi, interprété comme “un signal de capitulation” ou un “rameau d’olivier” d’Obama à Poutine ... (Cela ne présage en rien la tournure des choses à venir, oh certes non, mais fournit un argument justifiant l’incurvation de la politique US vis-à-vis de la Russie, laquelle incurvation pourrait être reprochée à l’administration Obama. Pour la suite, on a d’autres plans...)

«For Russia, victory came three days after Victory Day, in the form of Secretary of State John Kerry’s visit this week to the Black Sea resort city of Sochi. It was widely interpreted here as a signal of surrender by the Americans — an olive branch from President Obama, and an acknowledgment that Russia and its leader are simply too important to ignore...

»Since the seizure of Crimea more than a year ago, Mr. Obama has worked aggressively to isolate Russia and its renegade president, Vladimir V. Putin, portraying him as a lawless bully atop an economically failing, increasingly irrelevant petrostate. Mr. Obama led the charge by the West to punish Mr. Putin for his intervention in Ukraine, booting Russia from the Group of 8 economic powers, imposing harsh sanctions on some of Mr. Putin’s closest confidants and delivering financial and military assistance to the new Ukrainian government.

»In recent months, however, Russia has not only weathered those attacks and levied painful countersanctions on America’s European allies, but has also proved stubbornly important on the world stage. That has been true especially in regard to Syria, where its proposal to confiscate chemical weapons has kept President Bashar al-Assad, a Kremlin ally, in power, and in the negotiations that secured a tentative deal on Iran’s nuclear program.

»Mr. Putin, who over 15 years as Russia’s paramount leader has consistently confounded his adversaries, be they foreign or domestic, once again seems to be emerging on top — if not as an outright winner in his most recent confrontation with the West, then certainly as a national hero, unbowed, firmly in control, and having surrendered nothing, especially not Crimea, his most coveted prize...»

• Il y a encore le plus ou moins énigmatique déplacement de Victoria Nuland à Moscou. Il nous semblait que Nuland était plus ou moins, et plutôt plus que moins, persona non grata à Moscou ? Mais non, ou alors elle ne l’est plus depuis Sotchi... Nuland est arrivée hier à Moscou, annonçait RIA Novosti (voir Sputnik-français, le 17 mai 2015), après deux jours passés à Kiev avec les amis Porochenko et “Yats” (Iatseniouk), après avoir été du voyage à Sotchi, en général un peu en arrière de son chef John Kerry et sans avoir pu assister aux entretiens divers Kerry-Lavrov et Poutine-Kerry-Lavrov. Officiellement, la mission de Nuland est de rendre opérationnelle le but de la diplomatie US qui est de s’impliquer un peu plus dans le processus de Minsk2 pour permettre une meilleure application. Effectivement, un peu de bordel américaniste ne ferait pas si mal dans le décor.

«“Oui, l'avion de Victoria Nuland a déjà atterri. Les réunions officielles sont programmées pour lundi”, a fait savoir l'interlocuteur de l’agence [RIA Novosti]. Auparavant, le département d'Etat US a annoncé que Mme Nuland se rendrait à Moscou les 17 et 18 mai pour discuter avec plusieurs hauts responsables russes de l'implémentation des accords de Minsk visant à résoudre le conflit dans le sud-est de l'Ukraine.

»Du 14 au 16 mai, Mme Nuland a effectué une visite à Kiev où elle s'est entretenue avec le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk et le président du pays Piotr Porochenko. Lors de sa visite en Ukraine, la responsable américaine a déclaré que Washington avait l'intention de s'engager davantage dans les efforts visant à assurer la mise en application des accords de Minsk.»

Dans une autre dépêche, on trouvait une précision de plus : des rencontres prévues avec des responsables officiels russes du ministère des affaires étrangères, mais aussi avec des “responsables de la société civile”, – et dans le cas de Nuland & Cie, on sait ce que cela veut dire. Il sera intéressant de voir si de telles rencontres ont lieu aujourd’hui, voire si elles ont eu lieu hier soir, par exemple pour un “pot de l’amitié à la santé du regime change”, – puisqu’il nous semble raisonnable de faire l’hypothèse que ces “responsables de la société civile” devraient évidemment comprendre des représentants des ONG qui vont bien et autres membres de l’opposition... Mais peut-être madame Nuland n’est-elle à Moscou qu’en tant qu’adjointe au secrétaire d’État pour les affaires européennes et suivra-t-elle les consignes d’une équipe Obama plutôt inclinée à chercher un apaisement sur le front russo-ukrainien, ou dans tous les cas une apparence de rangement.

• Ce sentiment est somme toute généreux, – il faut bien être généreux et montrer quelque générosité dans le sentiment, même pour une Nuland ; il n’est pas pour autant particulièrement partagé. Sur le site The NewColdWar.com ce 17 mai 2015 (venu de RT du même 17 mai 2015) Phil Butler nous assure que rien n’a vraiment changé, derrière la scénette éphémère d’une «hawkish Nuland mutating into the great white dove of European peace in Kiev». C’est dire s’il doute et c’est dire qu’il n’y a guère de reproche à lui faire pour entretenir ce doute, à commencer par l’interrogation de Butler consistant à observer que, si l’administration Obama est sincère dans sa volonté de rétablir des relations apaisées avec la Russie, notamment sur l’Ukraine, quelle idée folle est-ce d’avoir envoyé à Moscou, pour des discussions dans ce sens, celle qui symbolise et opérationnalise depuis dix-huit mois l’action subversive antirusse en Ukraine, en soutenant avec constance les clowns de Kiev ? Autant confier la lance à incendie qui déverse des trombes d’eau sur les flammes grondantes à l’incendiaire qui a mis le feu aux poudres.

«If the Kerry visit to Sochi could be seen as an olive branch to President Putin, then choosing an alternative voice for direct connecting the so-called Normandy Four and America would have been advisable here. Speaking after talks on Saturday with Ukrainian Interior Minister Arsen Avakov, Nuland attempted to put herself and the United States diplomatic mission at the forefront of negotiations Washington tried to scuttle from the beginning. Nuland stressed, “The United States deepens our engagement in the Minsk implementation process in lockstep with our European allies and partners, with the EU and particularly with the Normandy powers.”

»Outside “deepening” a Washington engagement that has at every turn been adversarial toward Russia and the rebels, Nuland gave the Obama administration’s “insistence” on a ceasefire on the borders of the Donbass. Now that a peace accord and a reversal of EU-US-Russia sanctions madness seems at hand, the very instigators of chaos want a place at the peace table. If ever there were an American peace saboteur running about, Victoria Nuland is she. Legendary investigative reporter Robert Parry frame the argument [le 19 mars 2015].

»Meanwhile back in Washington the daily press briefing at the State Department after Nuland’s Kiev comments returned to hard line posturing. Press Office Director, Jeff Rathke returned to the Kerry State Department hyperbole we’ve come to expect after every visit with Vladimir Putin. Speaking of Nuland’s talk with Avakov and Ukraine President Petro Poroshenko on U.S. commitments, Rathke added this: “We continue to stand shoulder to shoulder with the people of Ukraine and reiterate our deep commitment to a single Ukrainian nation, including Crimea, and all the other regions of Ukraine.”»

• Du point de vue officiel US, – le NYT est un “officiel” à cet égard, –on pourrait finir par croire que, oui finalement, ce déplacement de Nuland s’inscrit parfaitement dans cette nouvelle “dynamique de la paix”, et Nuland en est la parfaite messagère avec ses allures bien connues de “colombe de la paix”. Ce que met en évidence cet autre article du NYT, du 17 mai 2015, c’est comment les USA, par cette initiative suivant la rencontre de Sotchi, sont en train de supplanter les Européens dans la dynamique Minsk2 en phagocytant la chose.

Effectivement, si l’on accepte cette logique, on dira aussitôt qu’impliqués dans le processus, les USA devraient vouloir aussitôt en être les maîtres d’œuvre parce qu’ils ont une bien meilleure expertise que les autres et une stratégie à mesure en toutes choses pour rétablir un ordre satisfaisant, comme on l’a vu en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie, avec ISIS, etc. ; ils investiront tout, interviendront dans tout et l’on devrait retrouver les habituelles manigances, les erreurs arrogantes, etc., auxquelles les Européens assisteront, impuissants... Il y a donc bien une justice divine car voir ainsi faits cocus par les amis-américanistes ces Européens-là, – avec ces deux grand leaders-bien-aimés, Merkel-NSA et Hollande-Mistral, – on a effectivement le sentiment que justice est faite, leur sottise et leur lâcheté amplement déployées depuis Minsk2 ainsi récompensées... («Russia, Germany and France previously made it clear that they did not necessarily welcome the Americans at the negotiating table as part of the “Normandy format,” the group of their leaders, as well as President Petro O. Poroshenko of Ukraine, who hammered out the Minsk cease-fire. So it was unclear how the European Union might react to greater American involvement, despite repeated statements from Washington that it was coordinating its position with Berlin and the rest of Europe...»)

Voici donc Nuland “lave-plus-blanc-que-blanc ”, version NYT du 17 mai 2015... On a effectivement déjà des détails sur le contenu des négociations, les points sur lesquels les USA vont insister, et l’on mesure déjà combien ils seront plutôt les représentants de l’Ukraine face aux Russes, – tandis que les Européens, hein, à la niche...

«The United States will deepen its involvement in negotiating a solution to the Ukraine crisis, with a senior State Department official, Victoria J. Nuland, to hold a day of talks on Monday with Russian officials on buttressing a rickety peace agreement. [...] “There is less firing, but none of us should be satisfied with the results,” Ms. Nuland said Saturday at a news conference in Kiev, Ukraine. “So that’s why we want to push harder on all of these things and see what we can achieve in the coming days and weeks.” [...] “In Sochi, President Putin told Secretary Kerry that he is fully committed to Minsk implementation,” Ms. Nuland said. “It’s now important that all sides walk the walk, not just talk the talk.” [...]

»Ms. Nuland said she would concentrate on certain specific goals for those groups. American officials have emphasized the need for a cease-fire around the southern coastal town of Shyrokyne. The ridgeline above the western edge of the nearly abandoned town remains under the control of Ukrainian forces; if captured by the separatists, it could facilitate an attack on the neighboring, strategic port of Mariupol. Besides Shyrokyne, there are about a half-dozen points along the confrontation line where fighting continues intermittently. Three Ukrainian soldiers were killed and 17 wounded in the past 24 hours, according to a military spokesman in Kiev; more than 6,100 people have been killed in eastern Ukraine in just over a year. The separatists repeatedly accuse the Ukrainians of firing on their positions, as well.

»Humanitarian aid is another issue, with convoys freely entering the separatist regions of Donetsk and Luhansk from Russia but not from Ukraine. The United States wants to open corridors for aid from Ukraine and also to subject the Russian convoys to international inspection, with access for inspectors from the Organization for Security and Cooperation in Europe all along the border. The political process is expected to be especially difficult to negotiate, not least the organization of free, fair elections in an area from which so much of the population has fled and where armed separatists are in control.»

Tout cela est absolument logique ... Les américanistes ont tout mené dans cette affaire depuis le putsch de février 2015, ils l’ont gérée comme des cochons, précipitant les catastrophes, soutenant les plus corrompus et les plus stupides, favorisé les défaites de Kiev en poussant à la guerre contre le Donbass, constamment tournés par Poutine maître du jeu et faisant même (les USA) bien pire que les Européens ; par conséquent, ils se présentent et, après avoir négligemment laissé dire qu’ils ont accumulé erreur sur erreurs, se jugent les mieux qualifiés pour prendre en main les rênes de la négociations Minsk2 et négocier directement avec les Russes. Peut-on rêver meilleure et plus évidente logique ? En un sens, cela nous rassure, les fous d’hybris le sont plus que jamais et l’on peut être sûr qu’ils vont très vite en remettre couche sur couche, en exigeant, en fulminant, en faisant la leçon, et très vite accusant les Russes de ne pas négocier correctement et logiquement. Ainsi peut-on espérer avec ferveur qu’ils vont rapidement étouffer la plus petite tentation chez les Russes de croire qu’ils auraient pu faire quelque chose de propre avec leurs nouveaux interlocuteurs.

De toutes les façons, avec Nuland à la barre, on en reviendra illico-presto à la russophobie absolue, sentiment cette fois bien installé au cœur des négociations, et, très rapidement, Minsk2 déjà couvert de plaies et de bosses devrait se transformer en un brandon incandescent d’où pourrait se développer un nouveau round de tensions exacerbées, cette fois-ci avec les USA directement face aux Russes. D’ici quelques semaines, disons deux ou trois mois, l’on pourra à nouveau entendre Merkel-NSA et Hollande-Mistral gémir que, “oh là là, la situation devient très dangereuse”, tandis que Baltes et Polonais, avec Breedlove chantant We Are the World, danseront la ronde de la mobilisation face à l’OTAN encerclée et menacée par la Russie.

 

Mis en ligne le 18 mai 2015 à 09H14