Union sacrée

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Union sacrée


30 juillet 2002 — Il ne faut pas rater le spectacle, tel que le décrit le Guardian de ce matin. Les militaires US et UK sont enfin unis.

Depuis le 11 septembre, US et UK marchent officiellement la main dans la main contre Al Qaïda. Pure propagande. La réalité est que les rapports entre militaires américains et britanniques ont rarement été aussi tendus, les Américains traitant en général les Britanniques avec une désinvolture et un mépris que les Britanniques, tels qu'on les connaît, ont bien du mal à supporter. Une source militaire européenne nous rapporte qu'à Tampa, en Floride, au QG de Central Command, les missions de liaison militaires des amis de l'alliance sont parquées dans un espace du camp qui est plaisamment et sympathiquement surnommé par les Américains « l'exposition coloniale ». Les Britanniques y sont parqués comme les autres et n'ont pas plus de renseignement que les autres. « Ils ne sont pas mieux traités que les Portugais », nous dit cette source, et l'on comprend qu'entre le Portugal et le Royaume-Uni tout plein de rhétorique blairiste sur les special relationships, cela fait une sacrée différence. C'est une humiliation permanente pour les Britanniques.

Mais voilà qu'on signale que, pour l'instant, qui est un instant d'urgence, ces mésententes sont mises de côté. Une union sacrée s'est formée, entre militaires US et militaires UK. Son but : tenter de dissuader ces fous de civils d'entreprendre une attaque contre l'Irak. Parce que, voyez-vous, la guerre et chose trop sérieuse pour leur être laissée. Les militaires des deux côtés de l'Atlantique se sont lancés à fond dans la guerre psychologique en cours autour de GW, notamment par le moyen des armes habituelles, rumeurs, fuites vers les journaux, déclarations off the record, etc. (Un exemple, ces insinuations rapportées par le Guardian, parties intégrantes de cette guerre psychologique, montrant une technique consommée de la fuite, avec le discrédit apporté aux bruits de guerre des super-faucons et l'affirmation de l'option la plus réaliste : « Some British military sources suggest the US plans, leaked by the Pentagon, are merely psychological warfare on Washington's part. Their preferred option is to continue the existing policy of containment combined with attempts to destabilise the regime. »)

Voici comment le Guardian présente la situation :

« Military commanders on both sides of the Atlantic are privately expressing deep unease about American plans to invade Iraq, believing they are ill thought out with the strategy to achieve the ultimate objective — toppling Saddam Hussein — far from clear. It will be a “gargantuan task” which could spark off a conflagration across the Middle East, a European military official warned yesterday.

» A senior British military source said it was clear there was a “desire of the US government [to attack Iraq] on their own if necessary”. He added: “We are scratching our heads to see what could make strategic sense.” US contingency plans include: heavy air strikes combined with a relatively small invasion force of 5,000 troops; a force of some 50,000 troops which could be deployed quickly deep inside Iraq; and a massive ground force of 250,000 US troops supported by 25,000 British soldiers.

» All the options are described by a British military source as “high risk”. British military planners — under Admiral Sir Michael Boyce, the chief of the defence staff known for his cautious approach and retiring next spring — are reluctantly drawing up their own contingency plans in the event of an expected request from Washington for support. »

Quoiqu'on dise officiellement, il ne fait aucun doute qu'il y a une action décidée des militaires contre les ultra-hawks regroupés autour de Wolfowitz (avec les neo-conservatives, mais aussi avec des gens comme Rumsfeld et Cheney). Des indications montrent que ces prises de position ont d'autre part d'ores et déjà conduit à des tensions entre militaires US et militaires israéliens (partisans de l'attaque contre Saddam). Aucun éclat public entre militaires et civils extrémistes, voire de l'un ou l'autre gouvernement, n'est encore à craindre (quoique le départ prématuré de l'amiral Boyce, chef d'état-major général UK, en est déjà un). Mais si la tension continue à monter autour des spéculations de guerre, et, avec elle, les frustrations devant les délais de cette guerre, la situation peut changer.

La question est alors celle-ci : les guerres internes washingtoniennes et maintenant washingtonienne et londonienne, ne vont-elles pas prendre de vitesse la guerre contre l'Irak ? En termes plus généraux : cette énorme campagne de déstabilisation en cours depuis le 11 septembre ne va-t-elle pas réussir à déstabiliser les structures internes de direction, au moins à Washington, et peut-être à Londres, avant de tenter de le faire en Irak ?

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