Une question à 100 mégatonnes

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Une question à 100 mégatonnes

29 mars 2026 (21H15) – Ceci est pour disserter paisiblement, malgré l’incroyable volatilité catastrophique et ‘End of the World’ du sujet. Ce n’est ni ma faute ni l’exagération d’un esprit chauffé à blanc. L’image de “100 mégatonnes” a certainement le plus d’implication de fin du monde qu’on puisse imaginer et le conflit qui nous occupe, qu’on me pardonne, conduit à y penser. Pour régler cette affaire des100 MT, signalons comme écrit l’IA :

« 100 mégatonnes (100 MT) correspond à une énergie explosive équivalente à 100 millions de tonnes de TNT. C'est une puissance colossale, représentant environ 6,5 fois la puissance de le ‘ Tsar Bomba’ (la plus forte explosion nucléaire testée, ~50 MT), ou plus de 6 500 fois la bombe d'Hiroshima. »

Si j’emploie cette image complètement, bombastiquement folle, c’est parce que j’examine ici les possibilités de développement du conflit des Amérisraéliens qui ont attaqué l’Iran et qui rencontrent une résistance qui fait bien plus que résister, qui ne fait que contre-attaquer en mettant en évidence les faiblesses cachées des deux colossales hyperpuissances , – chacune dans leur genre. Effectivement, les deux hyperpuissances estiment tenir, grâce à la Bible et  à Wall Street, la voie d’une hégémonie comme l’on n’en vit jamais depuis le début des temps. Ils sont peut-être puissants selon leurs conceptions, très matérialistes et le plus bas  possible, mais ils ont la vue elle aussi basse, très basse.

Leur guerre existentielle, disent-ils

Nul ne doit ignorer que la situation présente, de la possibilité d’une “guerre longue” à coups de missiles dévastateurs, qui pourrait se terminer par l’Iran ou Israël en position de l’emporter, conduit à des réflexions radicales. Comme l’ont voulu les attaquants, cette guerre est existentielle pour deux des trois participants (Israël et l’Iran), – et je dirais y compris pour le troisième, mais plus indirectement. Cette idée d’une guerre existentielle est notamment une obsession permanente dans la psychologie israélienne, alimentée par le stupéfiant continuellement dispensé par les agitateurs sionistomanes.

Cela conduit à des positions sans concessions et à des situations, non pas de défaite parce que la défaite est inacceptable, mais de nécessité d’anéantissement. Ainsi dit-on dans une des versions de la perspective que les Israéliens pourraient se trouver dans une situation dont ils ne pourraient plus se sortir qu’en choisissant l’“option Sanson”, – c’est-à-dire des tirs nucléaires sur l’Iran.

L’Iran est-il alors désarmé et à la merci d’Israël ? Le cas iranien est plus complexe que cela, puisque vient s’imbriquer la Corée du Nord.

Quelques remarques de Kim

Que pensent les Coréens du Nord et l’ami Kim de toutes ces agitations qui nous viennent du Moyen-Orient ? Eh bien, certainement beaucoup de choses. Dans tous les cas, l’affaire iranienne fut présente tout au long d’un long discours de Kim devant l’Assemblée Populaire Suprême qui réunit, fort démocratiquement ma foi, tous les légitimes représentants du peuple qui se trouvent être du parti unique du président.

Que nous a donc dit Kim ? En gros,
• que la guerre en Iran, qui est la conséquence d’une agression terroriste d’État caractérisée, nous confirme que les États-Unis sont bien des terroristes pratiquant l’agression délibérée ;
• qu’ils ont attaqué l’Iran notamment, et selon l’argument-bateau et l’accusation-standard, à cause de la possibilité qu’a ce pays de fabriquer une arme nucléaire ;
• qu’en ce cas, cette guerre démontre l’excellence et la sagesse de la Corée du Nord d’avoir développé des armes nucléaires qui activent une dissuasion classique très efficace.

Cela est  rapporté dans l’extrait d’un texte de Katie Stallard, dans ‘The New Stateman’ du 29 mars 2026 :

« Le 23 mars, trois semaines après le début de la guerre israélo-iranienne, Kim Jong-un prononça un discours aux allures de triomphe devant l'Assemblée populaire suprême à Pyongyang. Les États-Unis “commettent des actes de terrorisme d'État et d'agression partout dans le monde”, déclara le dirigeant nord-coréen, et les droits des nations souveraines étaient “bafoués par la coercition unilatérale et la tyrannie”. Pourtant, son pays était désormais protégé par son “bouclier nucléaire”, justifiant ainsi la poursuite du programme d'armement nucléaire par le régime malgré les sanctions et l'isolement international qu'il avait engendrés. “La réalité d'aujourd'hui démontre clairement la légitimité du choix stratégique de notre nation et de sa décision de rejeter les belles paroles de nos ennemis et de sécuriser définitivement notre arsenal nucléaire”, affirma Kim. C'était ce qui se rapprochait le plus d'un “Je vous l'avais bien dit”.

» Depuis son arrivée au pouvoir après la mort de son père il y a près de 15 ans, Kim a fait du développement des armes nucléaires – et des missiles nécessaires à leur transport – une priorité, canalisant les maigres ressources du pays dans un programme d'armement redoutable. On estime actuellement que la Corée du Nord possède entre 40 et 50 ogives nucléaires, ainsi que suffisamment de matières fissiles pour en construire une quarantaine d'autres. »

La Corée du Nord, prochain sur la liste ?

Par ailleurs, les sentinelles vigilantes des nouvelles du chaos globaliste déchaîné par l’ami Trump, ne sont pas sans remarquer une certaine agitation médiatique en Corée du Sud, par rapport à la guerre en Iran. En témoigne cet article du 9 mares 2026, dans le ‘Daily NK [North Korea]’, qui se fait une spécialité de suivre au jour le jour les nouvelles nord-coréennes. L’article qu’on retient est publié le 9 mars 2026 sous le titre sans ambiguïté de « Après l’Iran :pourquoi une frappe contre le nucléaire nord-coréen est une option de dernier recours  » ; et je dis bien “sans ambiguïté” pour mettre en évidence combien l’attaque cintre l’Iran doit faire penser, comme projet suivant l’Iran (où la victoire US serait acquise, naturellement), à une attaque contre la Corée du Nord.

Le problème, nous explique l’auteur Bruce Songhak Chung, est qu’une telle attaque ne sera pas une promenade de santé, tant les Nord-Coréens ont pris de précautions, un peu “à-l’iranienne”, dans la dissimulation et la dissémination de leurs divers postes de commandement et de contrôle, ainsi que des engins porteurs eux-mêmes. L’essentiel de l’article est consacré à une étude attentive des cibles diverses, à partir d’un matériel documentaire qui ne leur a pas été chipoté par leurs amis américanistes. Il nous est d’ailleurs signalé, dans cette introduction, que les Nord-Coréens ont coopéré avec les Iraniens pour le développement de leurs programmes  nucléaires, et pour le choix et la localisation d’emplacements très sécurisés.

« Le 21 juin 2025, les États-Unis ont mené l'opération Midnight Hammer, déployant des bombardiers furtifs B-2 armés de bombes anti-bunker GBU-57 et de missiles de croisière pour frapper Fordow, Natanz et Ispahan – les trois installations clés du programme nucléaire iranien, qui aurait bénéficié du soutien technique nord-coréen –, marquant ainsi la première action militaire américaine directe d'envergure contre ces sites. Le nombre de bombes anti-bunker larguées sur Fordow, une installation souterraine enfouie sous une chaîne de montagnes, a immédiatement attiré l'attention des analystes militaires du monde entier.

» À l'aide d'images satellites, cette analyse examine les dommages infligés à chacune des trois installations nucléaires iraniennes et étudie la possibilité d'appliquer une opération militaire comparable à l'infrastructure nucléaire nord-coréenne.

» Conclusion : bien que les installations nucléaires nord-coréennes soient techniquement vulnérables aux frappes militaires, elles sont dispersées sur de multiples sites souterrains, et la Corée du Nord dispose déjà de la dissuasion nucléaire. Une frappe préventive comme celle menée contre l'Iran ne serait donc pas une option militaire ordinaire, mais une option stratégique de dernier recours. »

Il est certain que le lecteur d’un tel article, vivant dans l’atmosphère paranoïaque de la tension entre les deux Corées, avec en plus les yankees pour activer le mélange, est irrésistiblement conduit à la conclusion : après l’Iran (victoire US remportée, certes), n’est-il pas temps de songer à la Corée du Nord ? Poser la question, se dit Kim...

Un cadeau de l’ami Kim

Mais aussi, le même lecteur, avant de se poser la question de la Corée du Nord, et comme par ailleurs l’Amérique n’a pas encore gagné contre l’Iran, – et peut-être en est loin, très loin, – ce lecteur peut aussi bien s’interroger à propos de l’Iran. Après tout, les rapports de Kim avec l’Iran semblent pour le moins excellents, et il est d’évidence que la Corée du Nord voudrait ardemment que l’Iran ne soit pas battu, et plus encore peut-être. Serait-il alors impensable que la Corée du Nord ait envisagé favorablement une requête que l’Iran pourrait avoir avancer ?

Dans tous les cas, des gens y pensent ou disons, sont conduits à y penser. Si, par exemple, l’on veut bien se souvenir de l’intervention de Gilbert Doctorow le 27 mars :

« Et il y a des raisons de croire que les Nord-Coréens fournissent des munitions à l’Iran, en particulier des drones sous-marins et des missiles capables de détruire des porte-avions. 

» Ces armes auraient été livrées par la Corée du Nord. Si l'on y réfléchit, on peut se demander pourquoi ne leur fournissent-ils pas une bombe nucléaire ? Peut-être que si, nous n'en savons simplement rien. »

Cette idée commence à se répandre, ici et là, au  point où l’on en vient à être assuré que les agresseurs de l’Iran y songent évidemment, qu’ils sont de plus en plus incertains et inquiets à cet égard, jusqu’à céder eux aussi à leur paranoïa, surtout devant de tels adversaires qui vous réservent de telles surprises. Je dirais alors que cette question est tellement incertaine que la réponse devient presque certaine dans nombre d’esprits, jusqu’à prendre la chose pour du comptant. On dirait presque que, si Kim et les Iraniens n’y songeaient pas, ils y songent désormais jusqu’à envisager de le faire, sinon de l’avoir fait déjà.

Il faudra donc continuer à vivre et à se battre avec cette incertitude devenue quasiment une certitude, ou si incertaine que tout se passe comme si c’était certain. Et alors ? demandera-t-on, quel argument en tirer ? Quelle perspective développer à ce propos ?

Rien ! Je veux dire que cette argumentation n’apporte rien d’assuré ni de certain, sinon d’aggraver le problème et de rendre encore plus difficile sa résolution. C’est bien une interrogation de notre temps, conforme à ces temps où nous ne cessons de côtoyer l’abîme.

Comme d’habitude, il suffit pour conclure le propos de botter en touche comme, je crois, nous sommes coutumiers... C’est-à-dire, envisager de tels troubles intérieurs aux USA, et même en Israël, que la question posée prend une toute autre allure, – juste un petit peu plus compliqué, si vous voulez...

Ainsi en est-il : la seule certitude que nous ayons vraiment est celle de l’incertitude la plus complète, et de plus en plus à mesure que nous “avançons”...