Une petite musique de fond

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Une petite musique de fond

6 nobembre 2026 —“Une petite musique de fond” ou, si vous voulez, “un bruit de fond” : voilà ce qu’on peut distinguer à Washington si l’on a l’oreille fini... Je veux dire que, passées les premières extases des imbéciles de service, surtout les bobos parisiens, sur le Retour de la  Grande Amérique-Progressiste, certaines choses assez tempérées, sinon froides et même glacées pour ces incontinents du Progrès américaniste et globaliste, commencent à apparaître.

Note de PhGBis : « On observe cela, du côté des oreilles fines, après avoir constaté une fois de plus que le pipole-plouc si souvent décrit par tant d’observateurs comme abruti, robotises et lobotomisé, zombifié, impuissant et béatement paralysé par les multiples contraintes d’organisations occultes, ne cesse d’être de moins en moins tout cela en cassant à tour de bras, de caillasses et de bulletins de vote, des icônes de la politique qui trahissent leurs promesses comme les vitrines des magasins de luxe et des banques... »

D’abord, il y a cette question, que posaient récemment les ‘Young Turks’, ces démocrates-populistes qui détestent le parti “démocrate” et ses mandarins : “Il y aura une victoire démocrate, peut-être écrasante ? Et alors, qu’est-ce que vont en faire les démocrates ? Ils n’ont rien à proposer...” Particulièrement pessimistes, Christoforou et Mercouris affirmaient : “Avec eux, les démocrates, nous aurons encore plus de guerre”. A quoi l’on peut répondre : Avec quoi ? L’armée US est en lambeaux face à l’Iran, tout comme celle d’Israël ; l’Europe n’a que des armées mexicaines, des ‘think tanks’ “prestigieux” remontant à l’ère victorienne du temps de la guerre de Crimée, des escouades de flics grimés en robocops pour manœuvrer sur les Champs-Élysées et des F-35 soigneusement rangés sur étagères à l’abri des intempéries et de toute utilisation risquée.

Ensuite, il y a cette remarque : Trump s’est brusquement calmé. Désormais, il laisse le temps au temps, dans tous les cas pour deux-trois jours,. Là-dessus il fait remarquer, comme ça, en passant, que la seule personne qui a su rassembler hier avec un incomparable brio Russes et Ukrainiens à Washington autour d’une table commune à la Maison-Blanche, pour sécuriser et étendre un cessez-le-feu humanitaire qui tient remarquablement depuis trois semaine autour de la petite ville de Aliochki, — que cette “seule personne” est “une Trump”... Mélania, cette sexy-girl sortie de l’écurie Epstein disent les bons esprits, est non seulement plus attirante que von der LaHyène mais également fort moins stupide, et réussit là où la germano-européiste ne s’aventure jamais. Les Russes, notamment, ne cesse de l’encenser, si l’on en juge par la place que lui consacre RT.com dans cette affaire depuis le 10 octobre.

...Si bien que son mari, pour l’instant libéré des mains étouffantes de Netanyahou, laisse fuiter que, finalement, rien ne vaut la paix, et que, finalement (suite), Vance n’est nullement dans son tort... Dans quelques jours, il suggérera que c’est lui qui a suggéré à Vance de tweeter ce qu’il a tweeté.

Vance soutenu par... les démocrates ?!

Il faut situer la position et l’opérationnalité de l’opération menée par le vice-président, certaine préparée depuis plusieurs jours, depûis qu’il sait le désastre imminent. Pour cela, la lecture d’un article de Larry Johnson est importante, parce que cet ancien excellent analyste de la CIA (il a quitté l’Agence en voie de pourrissement à cause de ses qualités d’objectivité) a toujours suivi les affaires sans autre parti-pris que de lutter contre l’emprise de la bureaucratie du Système. Son jugement n’est nullement entaché de parti-ris.

« Vance n'a pas seulement blâmé la guerre. Il a relayé une ordonnance du sondeur Rich Baris, qu'il a appelé "l'une des personnes les plus intelligentes que je connaisse en politique". Pour regagner les électeurs de Trump qui sont devenus démocrates mardi, le parti doit faire quatre choses :

  1. Mettre fin à la guerre en Iran.
  2. Focus sur le coût de la vie et l'inflation.
  3. à nouveau "America First", c'est-à-dire la version originale, pas celle qui vient avec les porte-avions.
  4. « Changer notre relation avec Israël. »

Les trois premiers sont la plate-forme de campagne 2024, retournée à l'expéditeur. Le quatrième est celui qui mettra le feu aux cheveux de Washington. Un vice-président républicain en exercice vient de dire en public que la relation du parti avec Israël est une responsabilité politique. Ce n'est pas une phrase que les vice-présidents républicains disent habituellement à haute voix.

Vance a également fait valoir un point qui devrait mettre fin à l'habituelle élaboration d'excuses post-électonales. Le problème, a-t-il soutenu, n'était pas que les républicains restaient à la maison. C'est qu'un grand nombre d'électeurs de Trump en 2024 se sont présentés et ont voté pour les démocrates. Ces personnes n'ont pas oublié de voter. Ils ont changé d'avis et ils ont expliqué au parti pourquoi. Fox News rapporte que Vance courtise désormais discrètement mais exactement ces électeurs avant 2028, sous la bannière d'une "nouvelle droite" qui veut sortir des guerres étrangères, des produits d'épicerie moins chers et d'une frontière fermée. Appelez-le le Parti républicain en exil, attendant que son propre parti rentre à la maison. »

Est-il vrai que Vance, s’est couvert officiellement de tout ce que tout le monde savait officieusement de son opposition à la guerre, — un peu trop tardivement et bien isolément dit-on ? On verra...

Et d’ailleurs, voire ! Car en attendant de voir justement, je note qu’il n’est pas seul à penser tel qu’il se dévoile dans le jeu des tweets, —
• puisque les électeurs ont voté dans ce sens ;
• puisqu’on qu’on pourrait bien penser que Trump n’est pas loin d’y penser ;
• puisqu’il a même, d’une façon bien désordonnée pour un partisan d’Israël comme Schummer, le soutien objectif du chef de la majorité démocrate dans le futur Sénat, le sénateur Chuck Schumer justement :

«  À la suite des élections américaines de mi-mandat, le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a publiquement déclaré le 4 novembre 2026 que la guerre contre l'Iran “doit cesser”. 

• Le contexte électoral : Porté par la victoire projetée de son parti qui reprend le contrôle du Sénat, Chuck Schumer est en position de devenir le futur chef de la majorité au Sénat lors de la rentrée parlementaire de janvier 2027. 

• La déclaration exacte : Lors d'une conférence de presse, il a affirmé : « Le peuple américain ne sait pas pour quelle raison nous nous battons en Iran. [...] Cette guerre doit prendre fin” » (AI-Gémini)

Les joies sans fin du désordre

Il est difficile de décompter les cas d’espèce où se croisent et s’entrecroisent les contradictions les plus flagrantes les unes des autres. Au-dessus de tout cela, car c’est bien l’événement devenu, — magie de l’hyper-communication aussitôt interprétée, — le plus important de ces midterms, plane le tweet du vice-président qui a constitué une sensation extraordinaire (hier, j’ai moi-même noté l’affirmation, que je n’ai pas vérifiée, que ce tweet avait été lu 50 millions de fois, — des citoyens-lecteurs, à moins que ce soit 50 millions de trolls iraniens).

Cette déclaration est alors perçue pour ce qu’elle est objectivement. Jamais un vice-président, dans la deuxième année du premier mandat, ne s’est opposé de façon aussi claire et publique à plusieurs points essentiels de la politique étrangère des 18 derniers mois de son président. Tout vice-président jusqu’alors savait que c’était la destitution immédiate, la mise à pied infamate.

C’était un autre temps, puisque jusqu’ici Trump a l’air de fort bien supporter la chose, et l’on ira même jusqu’à dire que l’homme le plus menacé est Pete Egseth ministre de la guerre qui mena la guerre stupide et sans merci, lui-même d’ailleurs sous le coup d’une possible mise en accusation proposé par le député Massie, — tiens, un républicain.

En attendant, nous avons un vice-président qui propose une politique contraire à celle de son président, y compris une dénonciation des liens avec Israel que son président chérit particulièrement, tandis que le leader démocrate au Sénat, lui-même comme Trump grand ami d’Israël, demande comme Vance l’arrêt de cette guerre qui est considérée comme vitale par Israël.

En attendant, les démocrates vont prendre le Congrès en main le 3 janvier 2027, plus divisés que jamais sur des questions de politique étrangère d’une extrême importance dans des domaines où Trump garde un pouvoir prépondérant. En politique intérieure, ils peuvent retrouver une certaine unité sur quelques rares points importants, mais alors pour imposer une décision opérationnalisant ces faits il leur faudra franchir l’obstacle quasiment infranchissable du veto présidentiel (67 voix sur 100). Cette présidence affaiblie jusqu’à n’être plus que le fantôme d’elle-même dans un état de division extrême et avec une direction toujours aussi fantasque, garde un formidable pouvoir d’action “en contre” et en irresponsabilité (empêcher des actions démocrates et lancer des politiques conformes à leur programme et à leurs humeurs), dont l’échec éventuel pourrait être imputée au Congrès démocrate.

Les élections midterms n’ont rien changé à cette puissante capacité de désordre du Washington de Trump ; elles l’ont même compliquée, rendue encore plus imprévisible et insaisissable. La somme générale est bien que la décomposition du pouvoir américaniste s’accélère  et contraint l’ensemble du Système à poursuivre une dégringolade vers la dislocation. Les citoyens américains, bien loin d’être lobotomisés, ont poursuivi par d’autres voies extrêmement complexes leur politique de continuer à jeter un « cocktail Molotov humain dans notre système politique » commencée en novembre 2016.”