Une bien-étrange Troisième Guerre mondiale

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Une bien-étrange Troisième Guerre mondiale

• Remarque originale : il est extrêmement difficile de s’y retrouver dans l’actuel déluge de crises qui nous emporte “comme un torrent”. • Certains y voient, avec de très sérieux arguments, la Troisième Guerre mondiale tant annoncée, qui prend une allure et une tournure bien différentes de celles auxquelles on est habitués. • Du Hamas à Zelenski, d’une ONU où l’on voit naître une coordination des BRICS, jusqu’à nos belles consciences occidentalistes, se développe un furieux tourbillon crisique, une “polycrise”, disent certains. • Voyons cela.

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Une remarque qui semblerait anodine mais qui à la réflexion ouvre, dans son extrême simplicité qui est la marque des grandes choses, un champ immense à notre réflexion. Elle est d’Alexandre Mercouris, le 31 octobre :

« C’est selon moi la première guerre au Moyen-Orient qui est devenue globale... engageant tous les principaux acteurs du théâtre, notamment la Chine largement engagée avec cinq navires de combat... »

Mercouris rappelle ses souvenirs, notamment cette guerre du Kippour d’octobre 1973, qui fut pourtant si intense, avec une alerte nucléaire globale le 25 octobre, considérée comme le jour du plus grand danger de la Guerre Froide avec la crise de Cuba... Qu’importe ! Il ne s’agissait, outre les acteurs locaux directement intéressés, que des deux incontestables superpuissances d’alors, lesquelles contrôlaient minutieusement la situation. malgré un Nixon tragiquement empêtré dans le Watergate et versant un peu trop dans le whisky.

Aujourd’hui, tout le monde est concerné, malmené, secoué, mis sens dessus-dessous et tête par-dessus cul, et n’y comprenant rien à vrai dire, – y compris l’ONU, ce “machin” si inutile du Général, du moins pendant des décennies, aujourd’hui devenu enjeu considérable entre les derniers soubresauts d’un monde unipolaire (USA-Israël-UE) et les exigences de plus en plus pressantes d’un monde multipolaire où l’on voit se mettre en polace, dans la bataille en cours dans cette même enceinte, une coordination des pays-BRICS... Sans que nous sachions, d’ailleurs, si l’avenir se trouve dans cette seule alternative (unipolarité-multipolarité), ou si quelque chose d’autre va surgir et s’imposer, entre le pire de la destruction du monde et quelque transmutation incroyable venue d’on ne sait quelle vision.

Et chacun y met ce qu’il y veut sans crainte de se tromper puisque tout est lié bien entendu... Alastair Crooke écrivait, le 27 octobre, dans un article où il observait combien les « les escalades ne peuvent être stoppées », – bien sûr parce que ce sont les évènements eux-mêmes qui proposent et disposent à la fois :

« Voilà où nous en sommes, et la Maison-Blanche est ébranlée. Les PDG d’Axios, VandeHei et Mark Allen, ont pris la plume pour avertir :

“Jamais nous n’avons parlé à autant de hauts responsables gouvernementaux qui, en privé, sont si inquiets (…) qu’une confluence de crises pose des problèmes épiques et un danger historique. Nous n’aimons pas nous montrer catastrophistes. Mais faire retentir la sirène d’un réalisme clinique et lucide : Les responsables américains nous disent qu’à la Maison-Blanche, cette semaine a été la plus lourde et la plus effrayante depuis que Joe Biden a pris ses fonctions il y a un peu plus de 1000 jours… L’ancien secrétaire à la Défense, Bob Gates, nous dit que les États-Unis sont confrontés aux crises les plus graves depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, il y a 78 ans...  [...]

» “Aucune de ces crises ne peut être résolue ou éliminée : Les cinq crises pourraient se transformer en quelque chose de beaucoup plus grave… Ce qui effraie les responsables, c’est la façon dont les cinq menaces pourraient se fondre en une seule”. ».

Les “cinq crises” ? De quoi parlent-ils donc ? Les voici :
• Une guerre qui s’étend alors qu’Israël pénètre dans Gaza ;
• l’“alliance anti-américaine” Poutine-Xi ;
• l’Iran “malveillant” ;
• un Kim Jong-un “déséquilibré” ;
• des vidéos et informations truquées.

... Et le pouvoir aux USA avec Biden déguisé en Halloween permanent, ce n’est pas une crise ? Et l’Ukraine, mis à sac dans le sang et le feu grâce aux folies américanistes supplée par la bêtise européenne, ce n’est pas une crise ? Comme on le voit, la confusion est partout, en pleine galopade...

De Crooke à Zelenski

Revenons à Alastair Crooke avant de passer le relais aux restes attristants de Zelenski.

Il faut regarder et écouter la vidéo du 30 octobre, où il (Alastair) est interrogé par le Juge (à la retraite, hein) Andrew Napolitano sur sa chaîne ‘Judging Freedom’. Il rapporte un jugement eschatologique sur la situation d’Israël et la guerre en cours, qui est d’essence religieuse autant que politique, et tout cela dans le sens le plus métaphysique possible, d’une symbolique métaphysique pesant des tonnes de siècles de notre métaHistoire, nous écrasant sous son poids, nous-autres, là où la raison se perd à force de vouloir dompter les évènements et leur donner un peu de ce sens génial dont elle a le secret, elle qui détient les secrets de l’univers, comme l’Homme lui-même dans sa toute Extrême-Majesté...

« Netanyahou a donné une interview en hébreu, extrêmement profonde, eschatologique, et il a dit que nous faisions face à une bataille cosmique entre le Bien et le Mal global... bien “le Mal global” [...] ‘Nos soldats livrent à Gaza une bataille vieille de 3 000 ans contre le Mal pour regagner la terre d’Israël’ ... »

... L’affaire se termine sur la vision d’une homélie vitupérante d’un leader du Hamas appelant le sang de tous ces martyrs, ces hommes, ces femmes et ces enfants de Gaza, comme l’élan d’un Esprit Révolutionnaire destiné à alimenter une « bataille métaphysique », disons contre notre civilisation parce que cela fera bien l’affaire et que nous sentons combien le reste du monde est exaspéré par notre comportement. Crooke prononce à plusieurs reprises l’expression de « bataille métaphysique » qui semble parfaitement définir la forme des évènements en cours.

A côté de cela, qui parle encore de Zelenski et de l’Ukraine ? ‘Time Magazine’, dans un article terrible qui réduit encore la dimension du président ukrainien qui semble aujourd’hui être devenu le nain catastrophique de ce géant de papier mâché que la presseSystème en avait fait. Aujourd’hui, on n’en parle plus, sinon avec un agacement à peine déguisé. L’article de ‘Time Magazine’ est plein de cette indifférence à peine attristée et de détails peinés sur le désarroi de l’homme :

« Malgré une aide militaire américaine directe de quelque 50 milliards de dollars depuis février 2022, le président ukrainien Vladimir Zelenski se sentirait “trahi” par les partenaires occidentaux de Kiev, car les livraisons d'armes ont ralenti, ont récemment déclaré ses collaborateurs au magazine Time. “Ils l'ont laissé sans les moyens de gagner la guerre, seulement les moyens d'y survivre”, a écrit le magazine, citant un membre de l'équipe Zelenski. »

Il est vrai que Biden est en train de se battre pour tenter de rétablir une aide acceptable pour l’Ukraine, contre une Chambre désormais dominée par des républicains extrémistes qui ne veulent plus aider l’Ukraine mais qui, en regard de leur électorat de chrétiens millénaristes (toujours la « bataille métaphysique »), veulent aider Israël à favoriser la venue du Prophète, – en attendant de se retourner contre eux, selon les diversement-Saintes Écritures.

En attendant et pour suivre, Shoigou nous informe de l’évidence que l’Ukraine est en train de perdre la guerre tandis que le prestigieux magazine ‘US News & World Report’ nous informe, lui, qu’il classe, – pour la première fois dans ses exercices annuels, – la Russie comme la première puissance militaire du monde. Ainsi la guerre d’Ukraine qui enflamma tant les cœurs, les âmes et les plumes obéissantes de nos beaux quartiers et de nos luxueux plateaux petits fours-champagne aura-t-elle servi à cette chose dont on ne sait très bien quoi dire ni quoi faire, – hisser le drapeau blanc de l’Europe au Festival de Cannes ou planifier la collaboration dans les bureaux d’Ursula ? “Cette chose dont...” : placer l’Europe impuissante, plus seule qu’elle n’a jamais été avec une puissance militaire US en déclin accélérée, face à la première armée du monde.

La crise ukrainienne n’est nullement terminée, elle garde sa place pleine et entière dans le tourbillon crisique en cours qui n’est rien de moins que la Troisième Guerre mondiale dans une version inédite par rapport à ce qu’on attendait, nous explique Fedor Loukianov. Bien, reste à voir ce que Poutine va faire de cette position stratégique nouvelle face à l’Europe et aux débris de l’OTAN... Il est manifeste qu’il va y réfléchir en fonction des évènements du Moyen-Orient, car tout cela est lié par un fil rouge, celui qui se moque bien des “lignes rouges” que nul ne doit dépasser.

La polycrise, disent-ils

Nous sommes ainsi placés devant un événement, – “l’Évènement”, dirais-je et disais-je, – absolument inédit et complètement remarquable :

« L’Événement, c’est ce qui rassemble tout cela en un immense tourbillon crisique sans fond, devenu Structure Crisique de l’univers, dépassant tout ce que l’esprit de l’Homme (celui des Lumières, celui des Droits de l’Homme, celui de la cancellation du wokenisme, celui de la haine du Russe) – dépassant avec un haussement d’épaule tout ce que cet esprit peut s’imaginer pouvoir concevoir. »

Il est vrai que des concepteurs, empruntant ce même chemin de la GrandeCrise que nous favorisons grandement, proposent comme identification de “l’Évènement” que constitue cette GrandeCrise caractérisant cette étrange Troisième Guerre mondiale le mot de “polycrise”

« “Une polycrise n'est pas simplement une situation dans laquelle vous faites face à des crises multiples”, écrit Adam Tooze en 2022, c'est plutôt une situation “dans laquelle le tout est encore plus dangereux que la somme des parties” »

Polycrise ou tourbillon crisique devenant une structure crisique en même temps qu’il accélère. Ce n’est pas tant une formation en une seule polycrise que d’une accélération formant une polycrise de facto et alors, – de même que la globalisation par rapport à la mondialisation, – il s’agit de bien autre chose que de l’addition des crises.

L’idée avait déjà été victorieusement exposée, – mais sans grand succès, on a les victoires qu’on peut, – dans cet article du 6 janvier 2005, « Globalisation & Mondialisation », reprenant une idée exposée en 1999 dans notre Lettre d’Analyse ‘dd&e’, en commentaire des protestations qui avaient accompagné la grande réunion de Seattle sur la globalisation. Là aussi, dans l’article de 1999, on faisait la remarque de la complète différente de sens des deux mots (le français étant la seule “grande” langue à disposer des deux mots en usage courant, et le citoyen français-moderne n’y voyant que du feu).

« “Mondialisation” n'implique pas un changement de substance [nature]. Il s'agit littéralement d’une “extension au monde”, sans autre caractéristique spécifique fondamentale. C'est un mouvement géographique naturel qui n'implique ni n'empêche éventuellement quelque autre modification que ce soit. Il s'agit d'une ouverture d'une région, d'une communauté, d'une nation, vers le reste du monde, selon les possibilités et les opportunités, et dans des dimensions mesurées par les réalités du monde. Pour cette raison, on dira que la mondialisation est de tous les temps, de toutes les époques, dès lors qu'existe une communauté dont l'évolution naturelle est d'établir des contacts extérieurs de toutes les sortes (commerciale, mais aussi culturelle, politique, etc)... [...]

» La “globalisation” renvoie in fine a une thèse qui est le globalisme. C'est une doctrine et nullement un constat, marquant une différence essentielle d'avec la mondialisation. Le globalisme implique que “le tout est plus que l'addition des parties qui le composent” : dans la fusion des “parties” se réalise un changement de substance [nature] qui est une nécessité impérative du concept. [...] Pour nous, la globalisation est un phénomène d'abord et essentiellement politique, culturel et historique (même s'il se prétend anti-historique). Il a bien entendu une dimension économique puissante, et qui est présentée, souvent à dessein, comme sa dimension principale, voire unique. On dit “à dessein” car ainsi, avec cette seule dimension économique, on dissimule effectivement la démarche politique, culturelle et historique. Au contraire, pour en avoir une appréciation satisfaisante, il faut placer la globalisation dans un contexte et une perspective historique. »

On voit combien tous ces mots et concepts, tournant autour de la même catastrophe, se mêlent et s’emmêlent, se déchirent et se déchiquètent, se complètent et se détruisent, se haïssent et s’attachent, mais finalement nous ramenant à la même triste vérité-de-situation , – et bref ! Nous indiquant sans le moindre doute que nous sommes au bout du rouleau. Passée cette Troisième dernière, il va falloir trouver autre chose.

 

Mis en ligne le 1er novembre 2023 à 19H50

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