Un renvoi type-Russiagate

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Un renvoi type-Russiagate

Le New York Times, le premier journal américaniste de référence, et notamment dans le simulacre du FakeNewsisme avec la fabrication des narrative qui va avec, a lancé il y a une petiote semaine un nouvel appât, extrêmement grossier et de facture sommaire, mais bien assez pour faire galoper le troupeau dans le sens habituel. Il s’agit de la “nouvelle” que des officiers du GRU (service de renseignement militaire russe) paient des primes aux talibans pour qu’ils tuent des soldats des forces armées US ; démarche originale, qui interfère diablement dans les habitudes des talibans, qui est faite pour ne pouvoir être prouvée par rien du tout, qui relève du niveau des Comics pour pré-adolescents, qui ne fait même pas assez sérieux pour figurer dans les aventures de Buck Danny. Par conséquent, tous les atouts et ingrédients sont réunis dans cette narrative pour qu’on y croit, puisque “plus c’est gros”... Et donc on y croit : journaux et réseaux européens rapportent gravement la nouvelle “affaire” mise à jour par le NYT comme s’ils y croyaient, et d’ailleurs ils y croient.

L’intérêt central du simulacre bidouillé par la CIA pour le NYT, c’est de pouvoir rapporter que Trump, mis au courant de ces horribles pratiques, n’y a prêté aucune attention. Il est donc dénoncé une fois de plus et encore plus que d’habitude, et il s’avère que Biden serait bien meilleur que lui, bien plus patriote, bien plus ferme.

Il s’agit du dernier épisode en date du feuilleton  Russiagate, dont personne ne semble craindre qu’il sente le rance et goûte le moisi. On n’a d’ailleurs pas tort, puisque personne ne sent rien et savoure comme s’il s’agissait d’un caviar de la Caspienne. Pour plus de détails, on donne ici la partie  de l’article de WSWS.org exposant l’affaire.

« Depuis que William Randolph Hearst a envoyé un câble à son correspondant à La Havane en 1898 avec le message “Fournissez les images, je fournirai la guerre”, jamais un journal n'avait été aussi fortement identifié à une tentative de provoquer une guerre américaine que le New York Times cette semaine.
» La différence, et elle est colossale, c’est que Hearst attisait le feu d’une guerre hispano-américaine, conflit relativement mineur et première entreprise de l’impérialisme américain pour s’emparer de territoires outre-mer, à Cuba, à Porto Rico et aux Philippines. Le Times, lui, cherche à attiser la fièvre de la guerre contre la Russie, qui pourrait conduire dans sa logique ultime à une troisième guerre mondiale avec des armes nucléaires.
» Il n’y a pas la moindre base factuelle pour la série d’articles et de commentaires publiés par le Times, à partir de samedi dernier, affirmant que le service de renseignement militaire russe, le GRU, a versé des primes aux guérilleros talibans pour les inciter à attaquer et à tuer des soldats américains en Afghanistan. Pas un seul des 31 soldats américains morts en Afghanistan en 2019-2020 n'a été identifié comme victime de ce prétendu stratagème. Aucun témoin n’a été présenté, aucune preuve n'a été produite.
» Le seul fondement des rapports publiés dans le Times, renforcé depuis par des articles similaires dans le Washington Post, le Wall Street Journal et l’Associated Press, ainsi que par des comptes rendus sur le câble et la télévision en réseau, sont les déclarations non étayées et non corroborées de responsables des services de renseignement non nommés. Ces fonctionnaires ne donnent aucune preuve de leurs affirmations sur le fonctionnement du prétendu réseau du GRU, – comment l’argent est venu de Russie en Afghanistan, comment il a été distribué aux talibans, quelles actions les talibans ont menées, quel impact ces actions ont eu sur tout personnel militaire américain.
» Pourtant, six jours après le début de cette campagne de presse, les grands médias de la [presseSystème]n’ont toujours pas reconnu que ce récit était douteux, suspect ou sans fondement. Au lieu de cela, l’objectif principal a été d’exiger que l’administration Trump explique quand le président a appris la prétendue attaque russe et ce qu’il propose de faire à ce sujet.
» Les reporters du Times qui mènent cette campagne ne sont pas des journalistes au sens propre du terme. Ce sont des intermédiaires qui transmettent les informations qui leur sont fournies par des agents de haut niveau de la CIA et d’autres agences de renseignement, les mettant à la disposition du public et utilisant leur statut de “journalistes” pour donner plus de crédibilité qu’un communiqué de presse de Langley, en Virginie. En d’autres termes, la CIA a fourni la trame de l’intrigue et le journal crée le cadre narratif pour la vendre au peuple américain. »

Suit dans l’article une description de la façon d’opérer des “journalistes” impliqués dans cette opération : détails, rumeurs, on-dit, démentis partiels, nouvelles affirmations, etc., – bref, tous les détails et “incidents” jugés nécessaires pour donner à la “révélation” son crédit auprès des lecteurs. 

Expédions ce crédit-là et l’attention qu’il faut accorder à cette affaire avec cette simple remarque que fait  Larry C. Johnson dans Sic Semper Tyrannis : « Commençons par ce simple fait : les talibans n'ont pas besoin d'une incitation financière pour tuer les soldats américains. Ils effectuent cette besogne volontairement et avec zèle depuis plus de 20 ans. » Chercher à en démontrer plus serait faire bien de l’honneur à cette narrativecousue de toutes pièces, et du niveau de la bande dessinée pour les jeunes en-deça “de 7 à 77 ans”, et éventuellement au-delà s’il s’agit de Joe Biden.

Ce qui ne cesse de nous surprendre, en effet, c’est la qualité extraordinairement médiocre sinon enfantine des montages anti-Trump/antirusses, tout comme avant cet épisode, le dossier Steele (du nom de l’ex-agent du MI6, drôle d’ersatz de l’Intelligence Service) ou l’affaire de l’empoisonnement de Skripal. Il n’est pas assuré que le grand public s’intéresse au crédit qu’il faut accorder à ces montages complètement déstructurés, mais notre conviction est que cette faiblesse, cette absence de structuration, ce déséquilibre de la médiocrité, cette disharmonie contribuent fortement à “alléger” de toute réelle substance ces montages anti-Trump/antirusses. Cela contribue à faire de l’influence ainsi dispensée une matière extrêmement fragile, qui peut se dissiper en un instant très court si elle est soumise à une occurrence sérieuse, si elle se trouve impliquée dans une véritable menace de conflit, etc.

Quand on veut lancer des opérations sérieuses, jusqu’à un conflit ou jusqu’à faire croire à la possibilité très sérieuse d’un conflit, et tout cela à partir de bases mensongères avec narrative et simulacres, il faut des montages structurés, contenant certains éléments de vérité, une logique acceptable sinon impeccable, et une figuration d’une certaine ingéniosité concédée à l’adversaire. Dans le cas présent, puisqu’il s’agit surtout de nuire à Trump, il faut tout de même répondre à ces critères de sérieux, sinon la riposte de Trump, comme il l’a montré à plusieurs reprises, peut causer des dégâts chez les initiateurs du montage en exposant la faiblesse de leur travail, et par conséquent leur duplicité grossière.

... Là-dessus et ayant exposé les caractères grossiers de ce montage, le texte de WSWS.org passe à ce qui est effectivement la question centrale : pourquoi lancer cette “opération” de montage et de simulacre contre Trump alors que l’essentiel de l’offensive contre lui est aujourd’hui intérieur, et demanderait par conséquent de ne pas trop chercher à distraire l’attention vers des problèmes extérieurs ? Voici ce qu’en dit le texte cité de WSWS.org.

« La véritable question à laquelle il faut répondre est la suivante : quelles considérations politiques sont le moteur de cet épisode de fabrication médiatique ?
» Ce n’est pas un hasard si l’histoire des “primes” pour les combattants talibans a fait surface au moment même où l’administration Trump est visiblement affaiblie par la double crise de la pandémie de coronavirus et de la montée populaire contre la violence policière. La classe dirigeante américaine a été profondément ébranlée par les protestations de larges foules interraciales, en particulier de jeunes, qui ont balayé pratiquement toutes les villes et localités américaines. L’aristocratie financière est bien consciente de la profonde opposition populaire à sa volonté de forcer les travailleurs à retourner au travail dans des conditions où chaque grande usine, entrepôt et bureau est un épicentre potentiel pour la résurgence de la pandémie COVID-19.
» La réponse des représentants politiques et médiatiques de l’élite au pouvoir à cette crise est double : chercher à diviser la classe ouvrière selon des critères raciaux et à détourner les tensions sociales internes vers une campagne contre les antagonistes étrangers, en particulier la Chine et la Russie.
» Le New York Times agit comme une courroie de transmission du parti démocrate, déterminé à bloquer toute radicalisation massive des travailleurs et des jeunes. Si Biden est élu, la nouvelle administration démocrate mènera des politiques aussi réactionnaires que celles de Trump.
» La campagne contre le prétendu “manquement au devoir” de Trump, – expression utilisée par Biden à trois reprises lors de sa conférence de presse de mardi, – n’est que la poursuite de la campagne démocrate pour attaquer Trump sur sa droite, parce que trop “conciliant” avec la Russie et trop peu disposé à intervenir au Moyen-Orient. Cela a commencé avec[le Russiagate] qui a déclenché l'enquête Mueller de deux ans, s’est poursuivi avec l’appel téléphonique de l’Ukraine conduisant à sa mise en accusation, et maintenant sous la forme de demandes de plus en plus véhémentes pour que le gouvernement américain “riposte” à un effort russe entièrement fabriqué pour tuer des soldats américains. »

Cette explication peut être en gros acceptée, nous semble-il, mais on n’y met pas assez l’accent sur un aspect important. Lorsque l’argument exprime la préoccupation des adversaires de Trump (CIA, NYT, démocrates, BLM, etc.) de ne pas laisser se former un “front” antiSystème hors des découpages diviseurs du type “racisme-antiracisme”, de ne pas laisser se développer une unité anticapitaliste (pour faire court) et, pour cela, lancer des initiatives attirant l’attention sur des tensions extérieures où Trump serait également fautif, il éclaire également une faiblesse fondamentale du camp antiTrump des élitesSystème.

D’une certaine façon, les attaques lancées contre Trump à l’occasion des deux crises (Covid19 et Grande-Emeute2020) ont aussi des effets possibles potentiellement très dommageables pour les ces mêmes antiTrump dans les élitesSystème. Sans doute Trump est-il affaibli dans sa position avant les présidentielles, mais ses adversaires ne sont pas tellement plus à l’aise. Cela n’est ni nouveau ni surprenant, mais doit être répété sans cesse : la clef de la crise de l’américanisme est qu’elle oppose, au sommet, chez les élitesSystème, deux factions qui ont chacune des faiblesses, qui chacune ne peuvent vraiment espérer l’emporter complètement.

Effectivement, une telle situation de blocage a constamment des effets extérieurs qui contribuent à accélérer la déstructuration des relations internationales, et à accentuer la désorientation, et même l’opposition des “alliés” des USA. En effet, avec cette affaire, se profile la question sempiternelle puisque cette valse-hésitation ne date certainement pas d’aujourd’hui : qui est le véritable ennemi ? La Chine ou la Russie ? La Chine d’abord pour la séquence commencée avec Covid19, puis la Russie pour la nième fois en supplément ? Ou bien les deux ensemble (gros morceau) ? Ou bien peut-être l’Iran, et l’Iran ajouté aux deux autres ? Et ainsi de suite...

 

Mis en ligne le 3 juillet 2020 à 13H05