Un archétype de la désinformation, de la part de Loren B.

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Qui ne connaît Loren B. Thomson? C’est un de ces experts impératifs (US) du complexe militaro-industriel, complètement indépendant dudit complexe, d’une indépendance qui rassure et assure les fins de mois. Bref, avec Richard Aboulafia, du haut de son bureau du Lexington Institute dont nul n’ignore que l’activité est vertueusement consacrée aux plus vertueuses choses du monde («…a think tank that supports democracy and the free market»), Loren B. fait la pluie et le beau temps des prévisions conformistes et assurées du développement des forces du monde libre rassemblées au Pentagone. Il n’empêche, Loren B. a parfois la plume ambitieuse. Il fait également dans l’analyse politique. Il a ouvert une rubrique chez UPI, “Thompson Files”, où il observe les grands problèmes du temps.

Précipitons-nous sur l’édition du 27 décembre 2007. Il est question de GW Bush et de l’affirmation irréfutable que l’année 2007 a été, pour le président, une accumulation étourdissante de succès politique et militaire. («Having been given up for dead by many members of his own party due to military reverses in Iraq, the current president's political standing is reviving as his security policies produce a string of successes.») Parmi les succès accumulés par GW…

«• In August, casualty figures confirmed a major decline in violence was under way in Iraq, at least partly due to a surge of U.S. forces that had been opposed by Democrats. U.S. commanders reported that Sunni tribal leaders were making common cause with American troops to defeat foreign terrorists, while Shiite militias formed in large part to combat the terrorist threat were refraining from sectarian attacks.

»• In September, the Israeli air force destroyed a Syrian facility implicated in the development of nuclear weapons, following consultations with the Pentagon earlier in the summer that led to U.S. intelligence support of the attack. Meanwhile, the administration has conducted a behind-the-scenes dialogue with the regime of President Bashar Assad that resulted in the elimination of Syrian support for foreign fighters in Iraq.

»• In October, the government of North Korea agreed to abandon its own nuclear weapons program in return for economic aid and a normalization of relations. Kim Jong Il, the leader of North Korea, repeated that commitment in a message to President Bush last week; combined with Israel's destruction of the North Korean-supplied facility in Syria, the warming of relations signals a marked decline in the threat posed by Pyongyang's nuclear activities.

»• In November, the U.S. intelligence community finished a National Intelligence Estimate finding that Iran drastically scaled back its nuclear weapons program in 2003. Indications are ambiguous – uranium enrichment continues – but it seems clear that the Bush administration's invasion of Iraq and efforts to impose economic sanctions led Tehran to rethink its nuclear ambitions. Libya gave up its nuclear program in 2003, too.»

La cerise sur le gâteau, outre qu’elle annonce la couleur (Loren B. agent électoral des républicains-necon), est dans la conclusion, qui nous apprend que le plus grand succès de GW est, après tout, de nous avoir débarrassé de Saddam et de ses terribles “weapons”, c’est-à-dire les armes de destruction massive (membre de phrase soulignée en gras): «The government of Iraq may still be riven with sectarian factionalism, but Saddam Hussein is gone, his weapons have all been rounded up, and the Iraqi military is starting to look like a real fighting force. So if the Democrats were counting on a discredited Republican security agenda to hand them the White House in 2008, they'd better start praying for a recession.»

Ainsi la technique de désinformation à toutes vapeur est-elle mise en évidence, qui consiste à applaudir comme des succès exceptionnels de politique ou d’actions militaires la destruction ou la neutralisation de menaces qu’on a soi-même inventées pour les besoins de la cause, la conduite à terme de processus acquis depuis dix ans et qu’on a entravés soi-même pendant tout ce temps (avec la Corée du Nord), l’utilisation comme d’autant de faits d’évaluations hasardeuses et d’analogies sollicitées et ainsi de suite. A l’ère du virtualisme, la seule méthode de pensée est le sophisme. GW Bush est applaudi pour avoir détruit des armes (de Saddam) qui n’existaient pas, pour avoir acquis une relative accalmie en Irak par l’abstention de ses forces et la corruption de certains de ses adversaires sans garantie de quelque durée que ce soit, pour avoir laissé faire les Israéliens dans une attaque qui est un ratage et qui est justifiée après coup par l’invention d’une menace, et ainsi de suite. La NIE 2007 devient même un succès rétrospectif de Bush, en relayant l’interprétation “neocon” déjà relayée par les vieux éléphants de Washington de l’arrêt du programme nucléaire iranien à cause de l’attaque US en Irak, contre l’évidence explicitée par cette même NIE que la décision iranienne est directement la conséquence de l’action des trois pays européens (Allemagne, France, UK, sur impulsion française) et d’un accord de l'Iran avec eux en octobre 2003.

Le petit texte de Loren B. représente une leçon impeccable en désinformation, et une leçon significative en raison du statut de l’auteur, spécialiste de matières industrielles passant temporairement au commentaire de politique extérieure et ne le faisant que dans le but de consolider ses engagements professionnels. Il nous indique de cette façon oblique, compte tenu des connexions et des obligations de Loren B., que le complexe militaro-industriel épouse plus que jamais, à 150% si l’on veut, les thèses de politique de sécurité nationale des néo-conservateurs. Il nous indique également la probable vigueur de l’affrontement qui nous attend si le successeur de GW Bush s’avisait de modifier, même légèrement, les orientations actuelles de la politique extérieure US.


Mis en ligne le 31 décembre 2007 à 14H10