Trump n’a pu aller au-delà de Trump

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Trump n’a pu aller au-delà de Trump

• Un jugement sur la président Trump 2.0 jusqu’à maintenant ? Grande difficulté. • Voyez Douguine, que nous citons souvent : combien de fois il a changé d’avis ? • Et nous, donc ! • Cette fois, pourtant, il semble que l’on doive constater combien Trump est arrivé à une politique générale exactement contraire à celle qu’il promettait, avec toutes ces menaces, toutes ces attaques, toutes ces illégalités. • Il est encalminé, ligoté, verrouillé dans toutes ces affaires qu’il a prises à son compte et qui lui échappent : Ukraine, Iran, l’hyper-Epsteingate...

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Douguine, le philosophe russe dont nous parlons si souvent, a toit aussi souvent changé d’avis sur Trump. Nous aussi, et quelques autres avec nous, à suivre Trump a la trace et à résister au tournis pour ne pas nous enfermer dans un jugement définitif. Trump ressemble de plus en plus à un abîme sans beaucoup d’éclairs de lumière, enfermé dans sa pathologie narcisso-nombrilistico, et alternant les coups de folie dans un sens catastrophique et (quelques-uns) dans un sens soudainement remarquable. Ceux qui sont le plus à plaindre et dignes de critiques acerbes sont ceux qui sont encalminés, soit dans une haine sans retour contre Trump depuis l’origine, soit dans une vision originelle du personnage comme Sauveur de notre Grande Civilisation avec dans sa besace un retour triomphal vers l’ordre et la grandeur de notre brillant passé d’avant la modernité. Trump a fait ceci et cela et il se trouve aujourd’hui lui-même prisonnier d’événements qu’il avait cru maîtrisés, qu’il n’a pas maîtrisés, et qui nous conduisent au grand galop vers des horizons que personne n’ose ni ne peut imaginer.

Ainsi Douguine est-îl conduit à avancer un jugement un peu plus ferme car il distingue lui aussi des circonstances telles que Trump ne pourra plus maîtriser les choses.

Dans un texte publié sur notre confrère si estimé ‘euro-synergies.hautetfort.com’, il fait une critique serrée du discours de Marco Rubio à la conférence de Munich. Ce discours le révèle le Secrétaire d’État désormais, au grand jour et à ciel ouvert, comme le neocon qu’il a toujours été et n’a jamais, très discrètement pendant quelques mois, cessé d’être.

Le texte de Douguine, le premier que nous citons en partie, a comme titre « Le nouvel atlantisme de Marco Rubio ».

« Le discours du secrétaire d'État américain Marco Rubio lors de la Conférence de sécurité de Munich le 14 février 2026 différait nettement de celui du vice-président J. D. Vance, qui en avait prononcé un tout autre un an auparavant lors de la même conférence.

» Le discours de Vance était, en substance, un triomphe de l'esprit MAGA, cette idéologie sous la bannière de laquelle Donald Trump était arrivé au pouvoir et avait remporté à nouveau l’élection présidentielle. Le vice-président américain avait expliqué devant des Européens (majoritairement globalistes) la nouvelle orientation prise par Washington, visant à renforcer les États-Unis en tant que pôle souverain dans un monde multipolaire, ainsi que la fin de l’ère du globalisme. Vance ne dissimulait pas son mépris envers les Européens et critiquait sévèrement leur idéologie libérale de gauche. L’absence de discours hystériques russophobes et de malédictions dans son allocution a été perçue par l’élite euro-globale comme une «position pro-russe». On a eu l’impression que l’atlantisme s’était effondré et que l’Occident collectif se divisait en deux systèmes autonomes: le nationalisme américain (America First) et un fragment du mondialisme déchu, incarné par l’UE.

» Cette fois-ci, c’est le secrétaire d’État Marco Rubio qui s’est exprimé à Munich — et son discours reflétait les transformations que la politique de l’administration américaine avait traversées depuis. Il est important de noter que Rubio est lui-même un néoconservateur, orienté vers le renforcement de la solidarité atlantique, la poursuite, voire l’amplification, de la politique hégémonique en Amérique latine (c’est précisément Rubio qui a promu l’invasion du Venezuela, le renversement de Maduro ainsi que les interventions et changements de régime à Cuba), et vers l'escalade vis-à-vis de la Russie. Mais en même temps, Rubio cherche à s’inscrire dans la rhétorique conservatrice de Trump, critiquant (même si c'est de manière beaucoup plus douce que le mouvement MAGA et Vance) le programme du libéralisme de gauche. »

Puis nous passons à la conclusion après avoir lu un décorticage des propos de Rubio qui passe par instant un peu de brosse à reluire spéciale dans les cheveux bien coiffés, comme il sied aux esclaves de bonne souche, de ses auditeurs européens qui semblent communier en de tels instants en une sorte de transe orgasmique (par exemple, lorsque Marco leur chuchote, la voix tendre et forte à la fois : « Notre destin a toujours été, et le sera toujours, lié au vôtre. Car le destin de l’Europe ne sera jamais indifférent pour nous. » Frisson de bonheur inespéré, sous-vêtements mouillés, etc.)

« On peut donc, avec une certaine confiance, affirmer que la politique des États-Unis s’est éloignée depuis un an des projets révolutionnaires du mouvement MAGA et s’oriente vers une version plus radicale du néoconservatisme et du réalisme atlantiste. [...]

» ... et le retour aux valeurs traditionnelles correspondait même à notre propre idéologie patriotique-conservatrice. Avec MAGA, nous avions toutes les chances de trouver un terrain d’entente.

» Mais à un moment donné, Trump lui-même a commencé à s’éloigner des principes du mouvement MAGA dans sa politique et à se rapprocher des néoconservateurs. Parallèlement, le rôle de Marco Rubio dans le système politique s’est renforcé. Les négociations sur l’Ukraine, déjà problématiques et ambivalentes, ont progressivement abouti à une quasi impasse.

» Le plus important, c’est que cela ne concernait pas seulement les relations russo-américaines. La stratégie néoconservatrice (essentiellement un effort pour sauver l’hégémonie de l’Occident et un monde unipolaire) s’est également étendue à d’autres domaines: pression sur les BRICS, attaques contre l’Iran, enlèvement de Maduro, renforcement des sanctions contre la Russie. Et voilà que Rubio, lors de la conférence de Munich, expose le programme du nouvel atlantisme, moins libéral et plus réaliste, mais toujours atlantiste. Il ne s’agit donc pas d’un nouveau projet de globalisation des grandes puissances.

» Les voies de la civilisation russe et celles de l’Occident s’éloignent de plus en plus (alors que ce processus a commencé il y a plusieurs siècles). Et nous devons nous y préparer. »

Ce n’est pas la première fois que Douguine, – et nous également ! –change d’avis sur Trump, à suivre le parcours sinueux et vertigineux du président. Cela nous conduit à nous renforcer dans l’idée que Trump n’est pas la marionnette d’un marionnettiste, essentiellement le DeepState, mais plutôt qu’il y a là la manifestation d’une personnalité extraordinairement narcissique, d’une intelligence très faible et d’une habileté extrême dans la maniement des médias de l’image qui dispensent des illusions sur le court terme.

Ce n’est certainement pas l’hyper-Epsteingate qui nous fera changer d’avis. Si les complotistes sont contents, – il y a effectivement complot mais on pouvait s’en douter, – les complotistes-sceptiques, comme nous nous qualifierions nous-mêmes, ne sont pas mécontents. La nébuleuse Epstein, si elle est quantitativement colossale (‘Le Règne de la Quantité’, dirait Guénon), montre également une irresponsabilité, une naïveté, une sottise, un vice affiché avec arrogance et une perte complète du sens des réalités (“Le vide de la Qualité”, non ?) qui sont encore plus colossales. Ce n’est pas avec un tel troupeau de cerveaux réduits au bling-bling, au $milliard et au miroir déformant que l’on catapulte et manipule des choses du type-Trump.

Par contre, certes, on peut voir comment les lacets et les virages à 180° de Trump ont fini par l’enfermer dans une destinée qui reprend à son compte tous les défauts de l’hybris impérial, jusqu’à la caricature. Pour notre part, nous distinguons deux affaires que Trump a suivies, déformées et maltraitées, qui ont fini par l’enfermer :

• L’Ukraine d’abord, et l’absurde volonté de Trump de vouloir y jouer un rôle de pacificateur sans rien savoir ni comprendre, d’une part de la corruption de Zelenski et de ses soutiens, d’autre part de la détermination et de la puissance des Russes. Mercouris-Christoforou s’exclamait dès février 2025 : “Mais pourquoi ne s’en lave-t-il pas les mains ? Disant ‘Cette guerre n’est pas de moi ni de l’Amérique, nous retirons tous nos pions, n’y jouons aucun rôle, débrouillez-vous sans nous”. Trop narcissique-vaniteux pour un tel bon sens, il a préféré le destin du neocon Rubio... Bonne chance.

• L’hyper-Epsteingate : faire de la divulgation des documents une promesse-clef de sa campagne, puis livrer ensuite des mois et des mois de bagarre pour n’en rien faire, puis céder finalement après s’être brouillé à mort avec la seule portion dynamique et révolutionnaire de son électorat. Les Marjorie Taylor Greene, les Thomas Massie, artisans de la victoire de la diffusion des documents comme ils avaient été les artisans de l’élection de Trump, sont aujourd’hui ses ennemis les plus décidés, porteurs ou inspirateurs d’un mouvement qui a toutes les chances de prospérer aux USA.

Cette ode aux ex-MAGA (regroupés sous la vocable d’“exode-MAGA”) rencontre évidemment l’une des rares satisfactions de Douguine du deuxième mandat de Trump, sous-entendant par là que Trump est quasiment fini comme devrait le montrer les élections de novembre 2026 qui seront très intéressantes. Si les républicains sont quasiment assurés de perdre, ils perdront sous la forme d’une explosion qui pourrait susciter la nécessité d’un regroupement vers on ne sait quelle combinaison politique, voire l’enchaînement vers une guerre civile. Douguine donne dans le texte ci-dessous (‘usa.news-pravda.com’) une bonne analyse des effets de l’ère trumpiste.

... Sans oublier bien entendu les actions désordonnées, inattendues, imprévisibles, dans l’action de Trump d’ici novembre, – y compris notamment (!) une guerre avec l’Iran dont on se demande vers quel chaos supplémentaire elle nous entraînerait.

dedefensa.org

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Trump ne fait que détruire

Trump ne crée rien, il ne fait que détruire. Il a raté l'occasion d'une révolution conservatrice (et il y en a eu une), et il ne faut guère s'attendre à quoi que ce soit de constructif de sa part. Les mondialistes purs et durs le considèrent déjà comme fini, persuadés que les élections de mi-mandat de cet automne entraîneront l'effondrement des Républicains (ce qui n'est pas étonnant, puisqu'ils n'ont tenu aucune de leurs promesses à la base électorale du MAGA). C'est pourquoi aucun Européen (à l'exception du pauvre Orbán) n'a daigné se rendre à cet idiotie de « Conseil de paix ». Seule une bande de laquais sans envergure s'y est présentée. Mais ils se déroberont à Trump à la première occasion.

Trump n'était pas destiné à devenir un grand créateur ; il nous faut maintenant assister à sa destruction. Elle concerne les institutions globalistes. Et c'est tant mieux. Mais force est de constater qu'il ne les anéantit pas, il les ébranle. Sa véritable agression s'abat sur ceux qui tentent de défendre sérieusement leur souveraineté et un monde multipolaire. Trump veut tout détruire, mais pour l'instant, il s'attaque à ce qui reste de ce qu'il y a de meilleur dans le monde. Il préfère s'attaquer psychologiquement aux globalistes et à l'État profond, par des pitreries incohérentes et absurdes. Mais il refuse toute confrontation sérieuse. Et cela nuit gravement à tout ce qui est positif.

Trump a déjà pris le pouvoir au Venezuela et instauré un contrôle direct sur le pays (la sixième colonne vénézuélienne s'est honteusement soumise à son joug). Il n'a pas renoncé à l'idée de frapper l'Iran. Netanyahu le soutient en tout. J'ai oublié le Groenland et le Canada, mais il a étendu les sanctions contre la Russie. À en juger par leurs actes, ils nous font plus de mal qu'à quiconque.

C'est une toute autre histoire, et nous devons revoir notre attitude envers Trump. Dans ce cauchemar qu'il représente aujourd'hui, seuls les effets secondaires de son règne erratique sont intéressants. — Le simple fait de la publication des dossiers Epstein (où il s'est avéré être loin d'être le principal impliqué, mais où le vrai visage des élites sataniques et cannibales qui gouvernent l'Occident a été révélé) ;

L'ébranlement des structures globalistes qui, sous la pression des bouffonneries de Trump, sont contraintes de faire des révélations capitales (comparables aux déclarations du Premier ministre belge à Davos, aux aveux de Larry Fink ou de Schwab sur l'effondrement de la mondialisation, etc.) ;

l'émergence aux États-Unis d'un puissant courant qui a porté Trump au pouvoir grâce à des slogans certes séduisants, mais qui se heurte aujourd'hui à un rejet massif (on a même parlé d'« exode MAGA » : ceux qui rêvaient de rendre sa grandeur à l'Amérique ont essuyé un revers, mais ont pris conscience de leurs forces et de leurs aspirations, et l'avenir leur réserve de belles surprises) ;

la consternation des dirigeants européens, réduits à l'état d'esclaves pitoyables des États-Unis et qui tentent par tous les moyens de se sortir de cette situation honteuse, habilement dissimulée par les précédentes administrations américaines (l'antiaméricanisme est en pleine expansion en Europe).

On peut espérer que Trump s'attaquera également à l'économie, et sa folie générale laisse présager un tel scénario. Il semble que les élites liées à Epstein aient délibérément confié les premiers rôles à un fou furieux afin de pouvoir ensuite se dédouaner de toute responsabilité. Elles parviennent néanmoins d'une manière ou d'une autre à le préserver d'une destruction grave et fatale.

Nous avons probablement décidé d'attendre la prochaine crise ou l'effondrement du pays, mais je suis convaincu que nous avons tiré les bonnes conclusions. Nous ne parviendrons pas à un accord avec Trump sur des conditions acceptables ; nous lutterons jusqu'à la victoire. Il est cependant essentiel d'examiner de plus près et avec la plus grande gravité les conséquences dévastatrices de ce cyclone. Trump a mis en lumière certaines faiblesses de l'Occident. Il est impératif de les combattre désormais.

Alexandre Douguine