Terra Incognita

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Interrogé sur la chaîne Boomberg News, un jeune “psychologue des crises boursières” expliquait qu’on délimite la psychologie des crises en trois phases. La première voit le démarrage de la crise : une poussée de panique devant certaines nouvelles, annonces, etc., en général une réaction brutale devant des événements imprévues sur le court terme mais réaction d’intensité rapidement assez contrôlable. Puis vient une phase où les uns et les uns tentent de reprendre le contrôle des choses en expliquant les événements ayant provoqué la première phase. La chute se poursuit mais plus ordonnée. Des conseils de prudence, certaines interventions des Banques centrales, on parle de “correction” et on écarte avec un peu de dédain le mot de “crise” en même temps qu’on met les chiffres sur la table. C’est la deuxième phase où l’on espère que la “raison” (le calme) va reprendre le dessus. C’est ce que nous avons connu la semaine dernière. La troisième phase, quand la “crise” devient vraiment une crise, c’est quand le mouvement s’accélère après que les réalités (les chiffres) aient été mises à jour durant la deuxième phase, sans succès finalement. «C’est là où la psychologie entre sur un territoire inconnu, et c’est là où nous nous trouvons», conclut notre jeune psychologue.

Dans une analyse qui se veut rassurante pour le long terme, le Times d’aujourd’hui recommande de regarder au-delà de la crise, vers l’horizon, — et la panique actuelle n’apparaîtra que comme un épisode sans gravité, un parmi tant d’autres, un épiphénomène.

«“If you’re feeling seasick, look at the horizon,” says Justin Urquhart Stewart, director of Seven Investment Management. “It works in boats and it works in markets.”

»For ordinary investors and anyone saving for retirement, it’s sage advice: peer five, ten, twenty or forty years into the future and the gyrations in financial markets this month probably won’t amount to a hill of beans.»

Nous en sommes donc aux conseils de grand’mère et à la sagesse populaire. Il est vrai que la peur d’un instant, le crime d’un jour, le carnage d’une saison, une guerre cruelle d’un temps historique paraissent, au regard de la grande Histoire, des détails sans importance. Mais a-t-on encore cette sorte de sagesse qui était celle des Aciens, — alors que seul le futur de l’instant compte aujurd’hui? Les temps sont au penser-coourt, au penser-très-court, le plus court possible, à la pensée de l’instant. De ce point de vue, c’est bien la crise, la panique, le gros temps, la tempête… Et la sagesse, à ce point où l'on constate que nous n'avons plus la sagesse des temps anciens, pourrait aussi bien être de conseiller de ne pas croire que le retour au calme est un don du Ciel absolument assuré, et de ne pas plus croire que l’excès psychologique actuel porte en lui l’assurance paradoxale de ne pas porter sa contagion vers d’autres domaines inattendus.

Terra incognita: l’expression veut bien dire ce qu’elle veut dire. Terra incognita n’est pas un moment, un instant d’inconnu suivi de l’assurance de retrouvailles avec des territoires à nouveau connus de notre histoire et de notre psychologie — et ce constat est bien la sagesse populaire, là aussi. Terra incognita signifie que nous sommes en territoire inconnu, “in unknown territory”, sans restrictions ni aménagements, point final. Cette réalité n’est comptable de rien pour l’avenir, notamment pas du mieux inévitable, contrairement à ce que nous dit l’idéologie du Progrès. Chaque moment de l’Histoire et chaque crise sont nécessairement sans précédent, leurs conséquences de même.

«The momentum of sell orders can overwhelm the most rational buy case. Markets overshoot. Hedge funds and other leveraged investors are having to offload shares and other assets regardless of price as lenders demand their money back.

»We are in unknown territory…»


Mis en ligne le 17 août 2007 à 09H32

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