T.C.-98 : Disloquée-désintégrée

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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T.C.-98 : Disloquée-désintégrée

7 mai 2021 – « Nous devons déconstruire notre propre histoire », disait notre président-deconstuctore, en veine d’idées fameuses. L’histoire, je veux dire la vraie, celle que nous faisons aujourd’hui, est en train de lui signifier que ce n’est pas le propos ; elle est en train de se faire, « sous nos yeux », en état sidérant de dislocation et de désintégration. Comment déconstruire ce qui est disloqué-désintégré ?

Tandis que le président est lancé dans cette palpitante aventure qui répond aux souhaits de tout un courant de hautes ambitions, que l’on dit venir d’une “basse-intelligentsia”, la France suit une pente qui ne cesse de se faire plus abrupte ; “vers la guerre civile” disent certains, qui jugent que “le Grand Remplacement” mérite une réédition hors-censure courante (avec ce sous-titre qui nous vaut bien tous et qui nous attend au prochain croisement : « Introduction au remplacisme global ») ; vers les putschs militaires disent d’autres, qui rêvent une tragédie qui justifierait la constante mobilisation de leurs slogans de plus en plus héroïques.

Et 2022 ? Ces deux partis qui, sous un nom de baptême ou un autre, ont dominé le monde politique français depuis 1958, «le Parti Socialiste et Les Républicains sont des astres morts » : cela, à un an des présidentielles ; et Patrick Buisson de s’expliquer : « Ils sont toujours dans une logique de réponse économique alors que les problèmes de la société française ne sont pas ceux-là. En tout cas, ce n’est pas l’approche qu’il convient d’adopter. » Là-dessus,  Buisson précise que si Sarkozy soutient Macron, Marine a gagné.

Même cette perspective (“La possibilité d’une île” pour Marine Le Pen) ne parvient pas à troubler l’Union Européenne et l’OTAN qui suivent une ligne parallèle consistant à tout faire pour susciter chez les Russes une réaction armée, quelque part sur la ligne de front, qui justifierait a contrario et a posteriori toutes les accusations préventives de provocation qu’ils lancent contre la Russie. Les Russes ne l’entendent pas de cette oreille, ni de l’autre. Ils n’écoutent plus.

Tout juste s’ils sourient parfois avec ironie, les Russes, de voir la Pologne lever les armes contre eux et les maudire au son de l’OTAN pour réclamer leur destruction, mais en même temps proclamer des zones interdites aux LGTBQ en repoussant furieusement les avertissements de l’UE (avec l’OTAN en bandouillère), et du Parlement Européen qui proclame Strasbourg “ville sanctuaire” pour les LGTBQ. J’ai employé le terme US pour les villes ouvertes aux migrants, mais un député de la bande des LREM, qui sont des sortes de migrants à leur façon, inventent une autre formule pour Paris : que cette belle capitale, si proprette et bien rangée au point que le monde nous l’envie, se fasse « zone de liberté pour les personnes LGBTQI ». (Pour mon compte, je n’ai pas encore inclus le “I” de “inclusif.ve”.) Qu’est-ce qui importe le plus ? Démolir la Russie ou fracasser les LGTBQ ? Autre grave question.

Pour faire la gracieuse courbe qui compte et repartir sur l’axe transatlantique, on citera l’indigéniste, décolonialiste, racialiste-racisée, etc., Rokhaya Diallo, une ‘Young Leader’ de la ‘French-American Foundation’. Elle vient d’accepter humblement, comme c’est charmant, une proposition de Georgetown University, pour pétrir de ses mains une nouvelle faculté consacré à l’étude de l’énigme extraordinaire et vraiment sans précédent de notre temps qu’est la question des genres. Il y a presque deux siècles, ils nous prenaient Tocqueville, mais heureusement nous le rendaient. Aujourd’hui, ils nous prennent Diallo : la garderont-ils ?  Est-ce une façon de déconstruire, monsieur le président, que cette fuite des cerveaux charmeurs outre-Atlantique ?

J’ai entendu, sur une chaîne honorable mais un peu barbante à force de n’examiner “les faits, rien que les faits”, – surtout quand ils sont cul par-dessus tête, c’est-à-dire bras ballants en fait, – un mandarin des instituts de sondages annoncer qu’avec les vaccins, les USA avaient repris le leadership de la communauté internationale, et avec Biden celui de la respectabilité qui assure la légitimité du Roi. Manifestement la nudité présidentielle n’effleure pas les esprits tandis que les prévisions d’un « long, hot summer » à la sauce BLM-Antifa se multiplient, et que les policiers démissionnent en masse (plus de 5 000 en 2020 au NYPD de New York, en augmentation de 75% par rapport à 2019).

L’étrange constat de l’honorabilité retrouvée des USA et de Biden intéresse le président ukrainien Zelenski, qui n’a toujours pas liquidé les traces illégales et scandaleusement outrageantes des rumeurs affreuses de corruptions pesant sur l’âme délicate du président, et encombrant les narines sniffeuses de son aimable fils. Pourtant, Joe fait ce qu’il peut, lorsqu’il fait dire qu’il voudrait bien de l’Ukraine dans l’OTAN, ce qui relèverait la sauce.

Certes, pendant ce temps les vaccins font leur chemin mais l’on apprend qu’avant d’officialiser leur divorce, Melinda et Bill Gates s’étaient querellés en 2013. Melinda reprochait à son mari de leur avoir fait faire quelques milliers de kilomètres pour rencontrer Jeffrey Epstein, fraîchement libéré d’un petit séjour à l’ombre pour pédophilie ou approchant. Melinda était « furieuse » de cette rencontre qu’elle qualifia de « très inamicale », de même qu’elle se montra peu satisfaite des fréquentations de Bill en général.

Cette mésentente sur le charme d’Epstein, qui fréquentait du beau monde pour le bénéfice des deux Bill, serait le tournant menant au divorce du couple à $190 milliards (dont $70 pour Melinda, j’arrondis), lequel divorce sera le plus financièrement sexy de nos temps improbables... Mais vous savez, la question sérieuse qui commence à nous tourmenter est de savoir si Melinda ne va pas se lancer dans une croisade à la fois anti-Bill et anti-vaccin, qui aurait ainsi des effets géopolitiquement sanitaires considérables. C’est là certainement l’hypothèse d’un complotiste qu’on ne saurait en aucun cas prendre au sérieux ; une hypothèse déconstructrice.

Aux USA, pour y revenir, une idée s’impose peu à peu, surtout dans les rangs des citoyens désenchantés, ou bien encore prêts à s’engager dans des combats extrêmes : « Nous sommes en train de découvrir qu’il est aussi important, sinon plus important d’élire un bon gouverneur pour son État qu’un bon président pour les USA ». Et même beaucoup plus (important), si l’on suit Brandon Smith, de AltMarket.us. Si les citoyens veulent survivre économiques, dit Smith, ils doivent se replier sur leurs États puisqu’il n’y a plus rien de bon à attendre de Washington D.C.; et il faut que les États se replient sur leurs propres capacités de production et d’investissement, qu’ils fassent du localisme, au besoin en instituant leur propre monnaie, hors-dollar et hors-Federal Reserve.

Pendant ce temps, que font les Chinois, outre d’être une fois de plus soupçonnés d’avoir fabriqué Covid dans leurs ateliers ? Ne seraient-ils pas en train d’attaquer subrepticement les USA en laissant aller dans l’espace des débris de fusée, dont certains considérables, en “espérant” qu’ils tombent sur les USA ? Il y a eu un passage hystérétique classique dans la presseSystème US (et même les antiSystème, en fait) suivant le lancement d’une station spatiale chinoise la semaine dernière, et les restes encore structurés de la fusée Longue Marche 5B laissés aux caprices des dieux qui pourraient avoir été corrompus par le PCC (Parti Communiste Chinois). Rudement interpellé par un journaliste (“Qu’est-ce que fait le Pentagone avec ses superbes technologies de missiles de défense antimissiles ?”), le secrétaire à la défense Loyd Austin a répondu avec une certaine candeur, selon les lignes de la “stratégie de l’espoir” :
« Pour l’instant, nous n’avons pas de plan pour abattre la fusée. Nous espérons qu’elle atterrira dans un endroit où elle ne fera de mal à personne, dans l’océan ou quelque part comme ça. »

Ce qui revient finalement, – je veux dire, tout cela, – à s’interroger, ou plutôt à interroger le président : pourquoi vouloir déconstruire l’histoire, qui est un peu « notre histoire » ? Elle est là, « sous nos yeux » elle aussi, littéralement en train de se disloquer et de se désintégrer, en train de naître disloquée-désintégrée, c’est-à-dire disloquée-désintégrée avant même que d’exister. « “Ils ont des yeux et ne voient pas.”, dit Renaud Camus. Terrible cécité. Il y avait un peuple, il y en a un autre. » C’est comme l’histoire en un peu plus confus : il y avait l’histoire, il y a autre chose. Déstructuration, dislocation, désintégration : vous croyez que cela suffira comme slogan pour 2022, monsieur le président-deconstructore ?

Allez, « Vas jouer avec cette poussière », disait Montherlant, – une de mes citations préférées, bien qu’il s’agisse d’un titre... D’ailleurs, c’est parfait pour une histoire disloquée-désintégrée, non ? Eh, l’histoire, « Vas jouer avec cette poussière », et laisse la place aux grands ; et de me tourner vers ma métahistoire favorite, avec la métapolitique comme marchepied royal, style Talleyrand. Dans cet Olympe-là, les dieux sont trop chers pour être achetés, que ce soit par un Joe ou par un Gates, et ils n’aiment pas du tout qu’on les vaccine d’emblée et passez muscade. Les dieux ne passent pas muscade.

Enfin, comprenez-moi : ce n’est pas du tout « La  fin de l’histoire », comme disait l’autre de son histoire d’alors ; c’est l’explosion de l’histoire, explosion volcanique et tellurique, – histoire disloquée-désintégrée... Grand Dieu ! Devenant plus Histoire que jamais...