T.C.-93 : La promesse du crépuscule

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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T.C.-93 : La promesse du crépuscule

28 août 2020 – La situation aux USA est extraordinairement confuse, chaotique et tendue jusqu’à un paroxysme mythique qu’elle semble toujours parvenir à aggraver et à recommencer, encore et encore, au moment de l’atteindre. Avec les émeutes de Kenosha, dans le Wisconsin, un tournant a eu lieu, un paroxysme de plus. Tom Luongo écrit : « C’est un moment de rupture où les Américains normaux concluent finalement : “Ça suffit, cela ne peut pas continuer comme ça”. »

Même CNN, la ‘tête parlante’ des démocrates et le ‘cerveau manquant’ au pauvre Biden, avertit les uns et l’autre (démocrates et Biden), dans le chef de son présentateur vedette Don Lemon, que tout ce beau monde révolutionnaire et postmoderne se trouve désormais dans ce qui ressemble à s’y méprendre à une bien fâcheuse posture en ne dénonçant pas ces violences comme il est désormais de bonne politique de le faire. Les sondages disent la même chose, qui condamnent les violences et réduisent l’avance de Biden-dans-son-bunker.

Mais comment condamner ceux qu’on a lancés dans la mêlée et sur lesquels on compte (ou l’on s’illusionne) pour s’attirer les votes de la gauche progressiste (les “Sander’s troops”) et des minorités ? C’est dire la difficulté de répondre : le pauvre Biden-dans-son-bunker en est à accuser Trump de favoriser les violences.

Les démocrates ne sont plus très loin du panic mode face à un Trump hyper-offensif. Il faut entendre les affirmations époustouflantes de Nancy Pelosi, déniant la moindre légitimation de président à Trump, et des commentateurs de la presseSystème (“Trump, le président qui a menti 20 000 fois”) ; tout ce toutim d’arguments forcés  et grotesques pour éviter les débats télévisés Biden-Trump où l’état mental terrible du vieux démocrate ne manquerait pas de lui faire perdre quelques points supplémentaires. Ainsi l’élection se resserre singulièrement et l’on passe peu à peu d’une perspective de victoire assurée de Biden à la perspective d’une bataille serrée débouchant sur d’interminables querelles juridiques, et un blocage complet des institutions... Le pire des scénarios.

Or, ce qui est remarquable dans cette situation où tous les efforts de l’administration Trump devraient être tendus vers la situation intérieure, c’est que les USA continuent à développer une politique extérieure active qui ne prétend même pas à assurer une diversion. La machine infernale de la politiqueSystème, que Caitline Johnstone décrit comme un python qui étouffe sa proie plus que comme un tigre qui la dévore, continue à tourner à plein régime. Les Chinois s’en aperçoivent en Mer de la Chine du Sud et les Russes en Syrie, où les incidents approchent dangereusement à l’affrontement, autant que sur tous les fronts des sanctions et des pressions de toutes sortes.

Les “alliés” européens ne sont pas mieux traités. Tom Luongo juge que Trump a juré de détruire l’Union Européenne, à commencer par l’Allemagne : « ...[L]a méfiance croissante de Trump à l'égard de l'UE et la résurgence d'Angela Merkel en Allemagne, dont il sait qu’elle s’oppose activement à sa réélection. Il n’y a aucun amour entre ces deux-là, et Trump a clairement désigné Merkel comme son plus grand ennemi en Europe. » Et lorsque les Français et les Italiens interviennent dans une manœuvre navale en soutien de la Grèce menacée par la Turquie pour des questions d’exploitation de gisements d’énergie, nul ne peut ignorer que les USA soutiennent clairement quoique sans trop le clamer les ambitions d’Erdogan, simplement pour contrer l'UE. Entre “alliés” de l’OTAN, on peut se rendre des petits services, n’est-ce pas ? Joies sans fin de l’alliance, particulièrement pour les Européens dont on connaît l’esprit de cohérence et le courage confinant à l’héroïsme.

Par ailleurs et sans la moindre surprise, – drôles d’Européens, comme on dit “drôle de guerre”, – pas drôle du tout... Après avoir fait force sourires et ouvertures à Poutine (NordStream 2, équilibre stratégique, etc.) en traçant des plans sur la comète, puis avoir demandé à Poutine de calmer le jeu en Biélorussie, sorte d’Objet Crisique Non Identifié (“révolution de couleur” ? Tour de vis du dictateur ou dégagement du dictateur ? Coup d ‘épée dans l’eau ? Renversement d’absence d’alliance ?) ; après tout cela donc, Allemands et Français sautent sur la très confuse affaire Navalny pour à nouveau faire une nième leçon de moraline-express mais très-pressante à l’intention de Poutine, à partir d’un dossier comme toujours fondé sur des accusations sans preuves et cousues de FakeNews.

Les Russes et les Chinois, de ce point de vue, sont depuis longtemps dans un grand état de mépris chronique sans irritation excessive vis-à-vis des Européens de l’UE et ils se cachent à peine pour préparer ce qui serait une aide militaire substantielle à l’Iran (on parle de $400 milliards de crédit de la part de la Chine, de la modernisation du système de défense aérienne et de S-400 de la part de la Russie). Cela se ferait éventuellement dès que l’embargo sur les armes que les USA voulaient à tout prix sera levé, à partir d’octobre, suite au départ unilatéral de ces mêmes USA du JCPOA.

Trump-Pompeo ont subi au Conseil de Sécurité de l’ONU une fameuse défaite en voyant leur proposition de résolution prolongeant l’embargo être rejetée (2 voix pour seulement sur 15), y compris par les Européens en pleine crise d’audacieuse abstention. La trompeuse apparence ferait donc penser que les Européens n’ont rien à redire à cette éventuelle démarche russo-chinoise de donner à l’Iran des moyens de défense contre les constantes menaces USA-Israël. Il n’en est à peu près rien ; au contraire sans doute, les Européens sont très inquiets et le chuchotent à qui de droit (aux Russes et aux Chinois qui n’ont rien à leur refuser, on s’en doute...). Ils veulent bien une levée théorique de l’embargo pour “adresser un message à Washington D.C.” mais surtout pas de livraisons qui accentueraient l’ire de Washington D.C. Les Européens ne changeront jamais dans les conditions présentes, où la pusillanimité et la lâcheté mondaine font figure de vertus postmodernes.

En effet et par ailleurs, les Européens ne se cachent pas pour faire comprendre qu’ils attendent, espèrent et pronostiquent une défaite retentissante de Trump et un retour à une Grande Politique de Soumission Volontaire & Transatlantique par le biais du rétablissement d’un comportement ‘convenable’, – avec le départ de Trump, – bon débarras, retour aux vieilles habitudes. Ce en quoi, bien entendu, ils se trompent, sans étonner vraiment les regards impartiaux.

D’abord, comme on l’a vu, Trump est loin d’être dégagé et reprendrait plutôt des couleurs pour un second mandat ; mais il ne semble pas que les experts et dirigeants européens s’intéressent vraiment aux réalités intérieures américanistes. Ensuite, si le sémillant Biden-dans-son-bunker est élu, on aura une marionnette poussive et épuisée, très vite remplacée par une dame flamboyante qui brûle de donner des gages à sa gauche ultra-militante et de rester dans l’histoire comme “la première femme de couleur présidente” ayant transmuté les USA en USSA.

Quant à la politique extérieure de cette improbable doublette, autant la future présidente que Biden sont des pro-israéliens convaincus, et tout prêts à laisser libre cours à l’installation aux commandes d’influence des neocons, phénix éternels qui ne meurent jamais et sont aux aguets pour enfin donner un peu de nerf belliqueux à cette politique capitularde de Trump. Nous prendrions même le pari : un Biden élu ne ramènerait jamais les USA dans le JCPOA avec l’Iran, bien qu’il ait été vice-président de l’administration qui le mit en place et que son programme prévoit cet acte : les temps ont changé et ce qui est fait est fait, surtout si cela plaît à Israël, – à moins que Netanyahou connaissent d’ici là, sa propre “révolution de couleur”, barbouillée de l’intérieur, par des citoyens exaspérés par sa corruption, – Israël à l’imitation du grand frère-USA....

Au-dessus de tout cela planent l’ombre glaciale et glaçante, et bien entendu masquée réglementairement, de Covid19, accompagné en formation serrée d’une crise économique, sociale et financière d’une dimension “biblique” (c’est le qualificatif généralement affectionné). On y ajoutera les agitations des globalistes avec leurs complots divers ; les projets des postmodernes et dérangés-mabouls, les ‘milliardaires avec un fric de dingue’, Gates, Musk & Co ; les GAFA’s boys/girls avec leur Intelligence Artificielle à défaut du produit naturel ; la banquise qui fond, qui fond, qui fond,– “Ainsi font, font, font les jo-olies-euh marionnettes”...

Ainsi ce bref et succinct Tour Operator vous permet-il de mesurer combien toutes les issues de secours sont bloquées, verrouillées et scellées, tandis que l’impasse s’est renforcée d’un statut officiel de “voie sans issue”... D’ailleurs, à quoi bon spéculer ? D’ici là, USA ou USSA, tout cela n’existera plus, non ?

Il n’y a rien de précis, rien de droit, rien de net et d’assuré, rien d’évident dans tout cela, dans ce cortège dont on ne comprend pas le sens ni dans quel sens il va, dont on ne voit ni le début ni la fin puisqu’on ne sait pas où se trouve le début et où se trouve la fin, dont on tente en vain de comprendre la raison d’être, et s’il a raison d’être, s’il ne ferait pas mieux de ne pas être, et finalement voilà que tout cela c’est nous... La caravane passe et les chiens n’aboient même pas, ne reconnaissant nullement là-dedans quoi que ce soit qui ressemblât à une caravane ; et plutôt qu’aboyer, après tout, les chiens tournent fous en se mordant la queue, se demandant ce qui a foudroyé et fourvoyé les hommes, leurs soi-disant ‘maîtres’, pour les mettre dans une telle occurrence où même un cercle ne semble jamais devoir finir, comme un cercle sans fin, comme un univers en expansion sans limitation de vitesse, un peu comme le sont devenues vanité et suffisance, et notre si-précieux hybris, ces traits de notre-caractère qui semblent promis à l’éternité.

Vous comprenez alors comment on peut voir une promesse dans le crépuscule tombant sur cette partie de dupes jouée par des dieux sans divertissement et pressés d’en finir... “Passons à autre chose” conclut l’un d’eux, je ne sais qui.

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