T.C.-76 : Je strike, moi non plus

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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T.C.-76 : Je strike, moi non plus

21 juin 2019 – Alors que nous discutions des chiffres du chômage, de la popularité du président Macron et des quotas arc-en-ciel à la télévision, il semble que nous ayons frôlé la guerre comme si nous voulions fêter dignement le solstice … « Y a des oranges amères / Ça sent drôlement la guerre/ Passez-moi mon tambour » chantait en 1984 Didier Barbelivien, – je m’en rappelle encore de cette année “de tous les dangers”, qui était en plus celle de George Orwell.

Ou bien, est-ce 1914 ? Walrus, qui écrit chez le colonel Lang, a son intuition et tient l’information du New York Times pour vraie. Il s’agit de cette attaque de riposte autorisée par Trump suite à la destruction d’un drone géant de plus de $200 millions, un Global Hawk version Navy paraît-il, abattu par les Iraniens, – et attaque décommandée par Trump au dernier instant, comme si le président-bouffe voulait se retenir lui-même au bord de l’abysse de la Troisième Guerre mondiale :

« La véracité du NYT est sujette à caution, mais ce rapport est conforme à ma propre intuition pour l’appréciation de la chose, et il ressemble à une répétition de la séquence des remords de dernière minute éprouvés par le Kaiser Wilhems, mais trop tard, après avoir irréversiblement ordonné les opérations débutant la guerre de 1914. En 2019, grâce aux communications modernes, le président Trump a pu retenir à temps sa machine de guerre. » 

Les “officiels” du Pentagone sont blême de fureur et de crainte de ce fait que les Iraniens aient réussi à exploser leur bijou qui pouvait bien voler à 65 000 pieds et semblait impossible à abattre. Qu’ont donc employé les Iraniens ?Leur propre version avancée du Buk 9K37 russe, voire une version très-très-avancée du Standard américain qui équipait déjà les corvettes livrées par les USA à la marine du Shah ? Ou bien des éléments de S-400 que Moscou leur aurait secrètement livrés, – je parle bien d’“éléments de S-400”, pas de S-400 au grand complet parce que ce serait bien trop simple n’est-ce pas.

Ce serait pourtant bien le Pentagone, qui est sans chef ou bien avec des chefs (Shanahan et Esper) qui se croisent dans les couloirs en laissant inoccupé le fauteuil de secrétaire à la défense, qui aurait insisté pour qu’on ne riposte pas, contre l’avis de la côterie des super-faucons (il est désormais de bon ton d’ajouter la tortureuse-en-cheffe qui dirige la CIA à la doublette Bolton-Pompeo). Trump a-t-il jamais vraiment eu l’intention de riposter, lui qui propose aux Iraniens de parler entre deux provocations et deux courants de rumeurs d’attaque, et qui le leur aurait encore proposé quelques minutes avant de décommander l’attaque ? Mais qui peut être sûr de quoi et de comment… Ses propos ont été une suite de confirmations implicites et de démentis, ou plutôt de démentis et de confirmations implicites, de même que les rumeurs sur l’information passée aux Iraniens par Oman selon laquelle les USA se préparaient à attaquer

Reçus par le président et briefés par lui sur la situation, les dirigeants démocrates du Congrès ont plaidé vivement pour une désescalade en rappelant fermement que tout conflit devrait être autorisé par le Congrès. La Speaker de la Chambre, Dame Palosi, tout en renchérissant sur ces positions démocrates qui satisfont la gauche du parti, n’en a pour autant pas discuté une seconde le caractère intrinsèquement mauvais du régime des mollahs.

Le site The Daily Beast, lui, estime que Trump de facto un nouveau conseiller à la sécurité nationale, le fameux et talentueux Tucker Carlson, incontestable et virtuose n°1 de l’information télévisée aux Etats-Unis : « “Alors que les tensions avec l'Iran s'intensifient et que ses conseillers réclament à grands cris une approche belliciste, le président a suivi et suit les conseils en politique étrangère d’un présentateur de l’information de Fox News”. » Et Nebojsa Malic de préciser, sur RT.com : « Alors que Trump s'apprêtait à donner le coup d'envoi de sa campagne de réélection en Floride mardi, Carlson recevait dans son émission sur Fox News le colonel Douglas MacGregor, retraité de l’US Army, qui estima qu’une guerre contre l’Iran serait, entre autres calamités, une certitude d’échec pour les présidentielles de 2020. »

Tucker Carlson serait alors celui qui aurait convaincu Trump de ne pas se laisser convaincre par son trio de fous-bellicistes qui le tiennent enfermé dans la Maison-Blanche ? Il est vrai que l’hypothèse d’un remplacement de Bolton par Carlson est sérieusement évoquée par certains commentateurs. Il y a même un Frederic Gray, qui en sait peut-être plus qu’il n’en dit (notez le “au cours des dernières semaines”), pour proposer rien de moins que le Prix Nobel de la Paix pour Carlson : « Le rédacteur en chef du site Spectator USA [site US du fameux magazine UK The Spectator], Freddy Gray, a même lancé l'idée de donner à Carlson un prix Nobel de la paix pour sa réplique contre les faucons anti-iraniens. “Au cours des dernières semaines, il a peut-être fait plus pour faire avancer la cause de la paix que n'importe quel autre être humain sur la planète” » (Malic).

Que voulez-vous conclure pour l’instant de ces informations folles et fragmentaires sur ces journées incroyables où plus personne ne semble savoir ce qu’est le pouvoir et où est le pouvoir, où le président semble planer, impérial, en se contredisant régulièrement et souriant de ses petits tours de passe-passe ? Le désordre du pouvoir washingtonien, certes, mais ce n’est pas nouveau … La résolution des Iraniens, également, mais ce n’est pas une surprise même si le système de la communication a permis de mesurer toutes les dimensions dramatiques de la confirmation de la chose.

Si, tout de même, une chose nouvelle dans ce chaos de fureur et de communication : le parti de la guerre, le War Party, qui triomphe à Washington depuis 9/11, n’est peut-être plus tout à fait à l’aise aujourd’hui. Tout se passe comme si, dans ce champ de ruines de communication et d’imprécation qu’est “D.C.-la-folle”, apparaissait une sorte de “parti de la paix”, improbable et fait de bric et de broc, pour s’opposer aux entreprises des fous en position de pouvoir… Cela n’est pas dire que la paix est sur la voie de s’installer ; cela est plutôt dire, une fois de plus et un pas de plus en avant, combien le désordre en même temps que le chaos vont s’intensifier à Washington ; cette intrusion, si elle se confirme, ne fera qu’attiser l’incendie grondant des affrontements internes, – la guerre civile du pouvoir de l’américanisme embrasant le DeepState

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