Surprise sans surprise

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Surprise sans surprise

10 juin 2024 (16H30) – C’est bien connu, les élections européennes, tout le monde s’en fout et cela ne sert à rien. Même quand cela donne des résultats quasiment antiSystème, je veux dire nucléaires à-la-Poutine, cela ne sert à rien.

Comme dit un lecteur de 80 balais qui répond à un autre qui se réjouissait de la rouste prise par Macron :

« Macron a rien pris du tout.

» Il a terminé la partie du boulot qui lui incombait et il commence à passe le flambeau à la connasse sioniste pour la suite à venir qui sera pas triste.

» Et il va continuer à sévir en tant que Président du Conseil de l'Europe et MLP entérinera tout ce qu'il voudra lui faire approuver.

» Comme Meloni en Italie.

» Franchement je regrette pas de pas être mort du virus fantôme. Ca m'aurait fait chier de pas voir la suite de ce merdier et de comment tout le monde y plonge en chantant.

» Après tout quand pendant 80 ans tu as vu des jobards s'assoir sur tous les godes qui passaient sans jamais prendre de décision radicale, ou agir pour plus le faire, tu dois en déduire que ça leur plaît.

» On aura pu voir en moins de dix ans un Juif nazi en Ukraine et bientôt une Nazi sioniste en France.

» Personne pourra dire qu'il a pas été averti.

» Et pas la peine de flipper ou culpabiliser : Que vous ayez voté ou non les résultats étaient écrits sur les murs. Avec un scrutin qui servait à rien... »

En un mot, à quoi ça sert de commenter si c’est pour dire que, de toutes les façons, il est inutile de commenter ? Et de voter, puisque de toutes les façons les résultats étaient acquis d’avance ? Le système de la communication est devenu d’une telle vélocité, d’une telle accessibilité sans crainte d’être tenu responsable des propos que l’on répand à l’emporte-pièce que l’on peut dire tout et son contraire pris au vol, en laissant penser qu’il ne sert à rien de dire tout et son contraire puisque passant de l’un à l’autre pris au vol on aura oublié et que, de toutes les façons, on peut tout dire puisque personne ni n’écoute, ni ne lit plus désormais, tout occupé à lancer son propre brûlot...

Je fais un aparté qui m’a paru charmant... Ce matin, regardant la chaîne ‘Histoire’, qui ne sert à rien puisque tout a déjà été dit ainsi que son contraire, et que ce même esprit nihiliste et nulliliste est partout répandu, et sur tout... Un commentaire d’un documentaire sur la débâcle d’août 1914, d’origine anglaise bien entendu parce que nous sommes incapables de documenter notre histoire sans passer par le simulacre anglo-saxon.  A un moment de la narrative, – pas d’autre mot, – où les Français qui n’imaginaient pas que les Allemands attaqueraient par la Belgique officiellement déclarée neutres ne sont pas encore au contact, le commentateur dit, enchaînant les deux phrases d’une seconde l’autre sans même reprendre son souffle :

« Les Allemands foncent à toute vitesse face à une armée belge peu motivée, et sans entrain pour se battre...

» Ils sont arrêtés quelques jours d’une manière décidée par les Belges qui se battent vaillamment autour des forts de Liège... »

Mais cette fois, les Belges ont perdu leur Premier ministre, démissionnaire. Le brave homme est plus “gaullien” (de Gaulle qui démissionne en avril 1969, son choix au référendum étant battu avec 47% des voix) que la pelure qui nous sert de président, qui reste au pouvoir avec 14% de votes en sa faveur, qui s’en prend à cette assemblée dont il se fiche comme sa première chaussette. On ne peut dire que les masques tombent, mais plutôt qu’ils étaient trop déchirés et couverts de crachats pour pouvoir servir encore très longtemps.

Bien entendu, ce gigantesque transfert de choix des électeurs (vers la droite, dite “extrême-droite”), leur dégoût des élites corrompues et zombifiées, leur désenchantement complet de l’UE, leur opposition à la guerre en Ukraine et leur méfiance furieuse de la politique US, rien de tout cela n’apparaîtra dans les modifications subies par les structures des institutions européennes ni dans les politiques nationales et supranationales à la suite de ce vote. Mais qu’importe ? Vous n’alliez pas croire, tout de même, que vous pourriez modifier ce monstre de l’intérieur : comme le Système, – ‘delenda est Systema’, rien d’autre n’est possible que le total néantissement.

Bien au contraire ! C’est de cela qu’il faut se féliciter : cet énorme tsunami ne va absolument rien changer et, selon les lois de la nature, se replier un instant en regroupant les forces nouvelles qu’il a éveillées pour à nouveau préparer un autre tsunami, encore plus puissantissime, plus géantissime !

Alors, j’en reviens à mon râleur du début de texte. Toutes ces insultes, railleries, fureurs cyniques qu’ils déversent avec une satisfaction presque masochiste, pourquoi y cède-t-il ? Pourquoi nous dire : “C’est bien fait, je vous l’avais bien dit” (« Personne pourra dire qu'il a pas été averti./ Et pas la preine de fkipper et de culpabiliser...  Que vous ayez voté ou non les résultats étaient écrits sur les murs »). Il faut qu’il se calme, qu’il soigne son orthographe et qu’il arrête de nazifier tout le monde à tout va et dans tous les sens. Au contraire, il devrait connaître le calme et l’apaisement qui suivent le constat de la prise en compte d’un juste courroux ; il le dit lui-même, grosse bête !

« Franchement je regrette pas de pas être mort du virus fantôme. Ca m'aurait fait chier de pas voir la suite de ce merdier et de comment tout le monde y plonge en chantant. »

Mais nous aussi, moi aussi, mais tout le monde se réjouit de voir cet effondrement du “merdier”... Tiens, grosse bête,  “Le Merdier” est l’immonde traduction du titre d’un film américain, et non américaniste, avec Burt Lancaster, titré en anglais « Go Tell the Spartians », d’après la fameuse inscription sur les lieux de la bataille des Thermopyles ou quelques centaines de soldats spartiates moururent en bloquant le passage aux immenses armées perses lancées  à l’assaut de la Grèce :

« Passant, va dire à Sparte que ses fils ici demeurent, Obéissant à ses lois jusqu'à la dernière heure. »

Le titre était bien beau dans l’original, surtout qu’il illustrait la misère et les erreurs des premiers engagements US au Vietnam, cette aventure qui allait ouvrir l’immense crise américaniste, source de notre GrandeCrise d’aujourd’hui. Ainsi donc, comme le symbole rejoint parfaitement le libelle trop vite dit et écrit à l’envers. Nous aussi, nous demandons au “passant” d’aller dire à “notre Sparte”, qui rejoint l’âme poétique de chacun, horrifiée par les attaques dont est l’objet l’espèce, qu’ici nous demeurons, qu’ici nous votons, qu’ici nous divergeons et méprisons nos maîtres indignes, et refusons même de tenter de les prendre à leur propre jeu avec leurs propres règles. Chaque fois qu’ils nous solliciterons pour se faire croire que nous les respectons et nous précipitons dans leurs traquenards, nous serons là pour dire : “Certes, nous sommes moutons et crétins, mais moutons furieux et crétins déchaînés, et un jour, tristes sires à la pâle figure, nous vous emporterons tous »