Splendide et terrible Zakharova

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Splendide et terrible Zakharova

24 avril 2021 – Je l’avoue, j’ai un faible pour cette femme. Ce serait une formidable idée de nommer, le jour où Lavrov qui n’est plus très jeune s’en ira, sa porte-parole Maria Zakharova comme ministre des affaires étrangères de la Russie. Cette femme est à la fois légitime et pleine d’autorité et de fermeté, avec des compétences indiscutables en politique extérieure, une parfaite connaissance de l’anglosphère (des années à l’ONU, anglais parfait, excellente connaissance de la presse US) ; en même temps très féminine, pleine de grâce et rieuse à la fois lorsqu’elle participe à des danses folkloriques en habits d’époque.

Je l’ai découverte lors du paroxysme de la crise ukrainienne, lorsqu’elle sermonna dans ses confidences les journalistes US en poste à Moscou, refusant de se rendre dans un camp de prisonniers ukrainiens récupérés par les Russes (encerclés, ils fuyaient les Ukrainiens pro-russes comme ils pouvaient, y compris en passant la frontière russe). La raison de ce refus était simple et extraordinaire, une association courante ces temps-ci : cette situation des solkdats ukrainiens prisonniers contredisait la narrative occidentale officielle en tous points. Zakharova, qui était adjointe à la direction du service de presse du ministère, était stupéfaite de leur comportement, elle qui les connaissait bien de son séjour à New York. Cela se trouve dans un article où nous comptabilisions avec stupéfaction le simulacre du bloc-BAO dans cette crise, en élaborant de ce fait les concepts de “vérité-de-situation” et de “déterminisme-narrativiste” :
« Ils ne se battent pas contre la Russie, ils se battent contre la vérité, – ce que nous nommons “vérité de la situation” pour introduire un élément de relativité que nous jugeons nécessaire, mais qui devient, dans les exemples détaillés ci-dessous, vérité pure et simple. Il n’y a alors nul besoin d’être prorusse en l’occurrence, même si l’on peut l’être, car le seul spectacle des forces-Système, – ici le POTUS-Obama et les journalistes US à Moscou, – suffit à se faire une religion sur l’étrangeté et l’exceptionnalité de la situation. L’exceptionnalisme se niche partout... »

Depuis ce temps, Zakharova a été bien heureusement promue, – les Russes savent reconnaître les qualités des leurs, – et elle fait son travail de porte-parole, mais aussi un travail intensif dans la presse et la grande communication, où elle devient une interlocutrice qu’il faut interroger sur le fond. En plus d’être porte-parole portant le jugement de son ministre, elle a sa propre parole et son propre jugement politique, et ses supérieurs n’interfèrent en rien sur cette activité qui dépasse largement le cadre du travail de cette fonction.

Cette interview à RT-Allemagne, repris en synthèse par RT.com, nous donne une appréciation de l’Europe-UE incroyablement forte et juste, absolue vérité-de-situation. Son exclamation : « Si demain un président des USA, fût-ce un Biden, un Trump ou un Obama, dit à l’Allemagne d’arrêter de respirer, obéira-t-elle ? » (Cela me rappelle cette blague sur les Britts et leurs “special relationships” vis-à-vis des Américains : “L’Américain dit au Britannique : ‘vous allez monter dans cet avion et vous sauterez sans parachute’, avec cette réponse du Britannique : ‘A quelle hauteur ?’”)

Voici donc la leçon de chose de Maria Zakharova à l’Europe-UE, sur NordStream-2, sur Covid19 (et le vaccin russe que nous craignons tant d’acheter, sous la conduite éclairée du Commissaire européen chargé de la chose, le Français, – c’est bien sa nationalité, tonnerre de Brest, – Thierry Breton avec sa condescendance incroyable pour les Russes). Et dire qu’il y en a, dans les commentateurs zombieSystème français qui nous disent, soit que “ah là là, heureusement que l’UE est là, car sans elle il n’y aurait pas eu une bêtise collective sur les vaccins” ; soit que “l’échec de l’Europe dans cette affaire montre qu’il faut encore plus d’Europe”, – soit, quand on a fait très-bête, il faut y remédier vite fait en faisant très-très-bête...
 

« La pandémie actuelle de coronavirus a mis en évidence des “problèmes massifs” dans l’ensemble de l'Occident, et en particulier dans l’UE, qui a souffert d’un manque de leadership et de volonté politique, a déclaré Maria Zakharova à RT Deutsch.
» L'Union européenne (UE) a montré à plusieurs reprises son incapacité à prendre des décisions et à défendre ses propres intérêts ces derniers temps, a déclaré la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères à Thomas Fasbender de RT Deutsch dans une interview exclusive.
» Le bloc n’a pas réussi à agir comme une entité véritablement indépendante pendant la saga du projet de gazoduc Nord Stream 2. Alors que de nombreux experts montrent que le gazoduc sert au mieux les intérêts de l'Allemagne, a souligné Zakharova, sa construction a été interrompue à de multiples reprises, les membres du bloc cédant sans cesse aux pressions américaines.
» “À cet égard, la question qu'il faut se poser est la suivante : que se passera-t-il si demain le président américain, que ce soit M. Biden, M. Trump, M. Obama ou n’importe qui d’autre, dit à l'Allemagne d’arrêter de respirer, obéira-t-elle ? Va-t-elle arrêter de respirer ? Ou réalisera-t-elle enfin que ne pas respirer signifiera mourir ?”, s'est interrogée Maria Zakharova.
» C’est une question très importante, et tout le monde a peur de la poser. Tout le monde essaie d’éviter d’y faire face. Mais elle est cruciale : dans quelle mesure chaque État membre de l'Union européenne est-il encore capable de promouvoir ses intérêts ? D'après ce que je vois et ce que chacun peut voir, la réponse est négative, y compris en matière d’acquisition de vaccins.
» Parce que les mêmes situations ont été rencontrées par le bloc lors de la pandémie de coronavirus, qui a “mis en évidence des problèmes massifs dans l'UE et l’Occident dans son ensemble“, estime Zakharova. Bien que la crise Covid-19 soit massive, elle n’est pas devenue “une horrible catastrophe mondiale à laquelle le monde n’a jamais été confronté auparavant”, et alors il faut admettre que sa gestion bâclée est inacceptable.
» Des pandémies ont eu lieu dans le passé. Et il s’avère que les dirigeants qui se disent leaders du monde ne sont pas vraiment des leaders. Ils ne font que rouler des mécaniques.
» Au lieu de se précipiter pour sauver des vies, l’UE a simplement “perdu du temps” en faisant de la pandémie une question politique et en nuisant à sa propre capacité à répondre à la crise, a déclaré Zakharova.
» “Elle aurait pu devenir le leader dans le déploiement et la fabrication de vaccins. Mais elle n’a pas réussi. Pourquoi ? Parce que le processus a été politisé et que les fonctionnaires de l'UE ont lié les mains de leurs fabricants, de leurs entreprises et, surtout, de leurs citoyens”.
» “Il s’avère que l’UE, y compris l’Allemagne et la France, les États-Unis et de nombreux autres pays n’ont pas pu donner l’exemple au reste du monde et montrer comment lutter efficacement contre la pandémie”, a-t-elle poursuivi. “Malheureusement, ils ont échoué dans tous les domaines, – économie, politiques sociales, vaccination. Certes, ils ont développé et fabriqué des vaccins, mais ils n’ont pas fait preuve d’un véritable leadership à cet égard.” »
 

C’est dit en termes simples et on y voit manifestée la force de l’évidence. C’est justement cette force du discours qui est présente partout, qui en signale la justesse et la vérité-de-situation. On dira bien entendu : mais elle parle exactement sur la ligne de son gouvernement. Évidemment, car il se trouve qu’en cet instant T du temps, au cœur de cette crise et dans la décadence, la corruption et la néantisation de notre civilisation du bloc-BAO s’effondrant bruyamment et avec le plus grand empressement, le gouvernement russe et Poutine, c’est-à-dire la Russie, voit justement la vérité-de-situation. (Et d’autres, bien sûr, la Russie prise ici comme symbole d’une attitude et d’un engagement implicite mais très affirmé, et les manifestant avec une force rare.)

Je ne voue aucune allégeance à la Russie en cet instant T, ni à Poutine, ni à nulle puissance humaine mais je fais un constat avec mon objectivité qui est de dénoncer la source de tous nos maux et le but qu’il faut alors absolument rechercher, – Delenda Est Systema. Dans ce cadre, la Russie me va tout à fait.

Il se trouve, dans ces conditions et fort malheureusement, que le pays d’où je suis conduit une politique déplorable de proximité du Mal, de son asservissement au Mal, et les États-Unis pareillement qui ne sont pas loin d’en être la source, et le bloc-BAO au pas cadencé. J’en suis fort attristé, mais c’est une époque si basse et corrompue, comme l’a voulu le bloc-BAO, que des mots comme “trahison”, “honneur”, “dignité” par rapport à un pays ne figurent plus dans le répertoire de ce pays, et qu’il n’y a aucun embarras à choisir ses engagements selon les évidences du jour. Où voudriez-vous que je fixe ma fidélité à cette France au président “déconstructionniste”, qui mutile et décapite sa propre histoire, ainsi réduisant un pays à la haine de soi ?

Au reste, je constaterais bien volontiers que dans cette époque d’énorme tumulte et de chaos furieux, les conflits n’ont plus rien à voir, ni avec les frontières, ni avec les religions, ni avec les armes, – ni même avec les nations qui ne supportent plus leur propre existence. Curieusement pour moi qui lutte contre la globalisation, je plaide absolument que le conflit de la Grande Crise est totalement globalisé, qu’il traverse et bouscule tous les particularismes et tous les nationalismes, qu’il s’exprime au niveau de l’esprit et de l’âme, et que la souveraineté, – qui existe plus que jamais, certes, – s’exprime au niveau de cet engagement. Il est vrai que je me sens bien plus proche de la brillante Zakharova que du grisâtre Le Drian, débitant ses énormes bêtises dans une sorte de posture moralinesque. (Il paraît que nous taperons sur Moscou si Navalny venait à décéder, – quoi que, en bon agent de Poutine et obligé de Le Drian, il ait décidé d’interrompre  sa grève de la faim.)

C’est une curieuse conséquence des circonstances étranges que nous connaissons, où inversion et simulacres dominent, où l’acariâtre Anastasia a pris l’allure du sautillant petit oiseau de Twitter. Je ne me sens plus tenu par aucune des attaches et des liens traditionnels dont j’avais l’habitude dans mes sentiments d’origine ; c’est-à-dire que je me sens paradoxalement libéré et tragiquement libre, puisqu’ils ont brisé et pulvérisé toutes ces attaches et tous ces liens, tout ce qui avait à voir avec la tradition (la Tradition)...

La seule réserve concerne la seule chose qui m’attache, et ce n’est pas rien, c’est évidemment la langue ; mais ce n’est pas la langue qu’ils parlent, eux qui sont passé au sabir transatlantique et migratoire, commun aux salons parisiens et aux “quartiers difficiles”. Alors, effectivement libéré et libre, tragiquement, comme le dernier des résistants qui se voudrait le premier dans son propre évangile, appelant ardemment de ses vœux la manufacture de la Grande Crise qui est d’ailleurs en bonne voie.

Cela aussi, – la Russie sait l’inéluctabilité et la nécessité de la Grande Crise.

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