Sans liberté de délirer, il n’est point de FakeNews sexy

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Sans liberté de délirer, il n’est point de FakeNews sexy

22 septembre 2020 – Sans rire, je suis fier de mes petites plumes françaises... Avant, un peu condescendant, on parlait des “petites mains”, aujourd’hui ce sont les ‘petites plumes’ de notre scintillante presseSystème.

Savez-vous que nos petits-salons comme-il-faut frémissent pour Navalny ? C’est le vrai John Wayne de la Neva, le White Lives Matter de notre Armageddon conduit avec une conscience très correctement politique contre l’inacceptable et insupportable Poutine. Deux exemples très récents, de la même publication qui est le quotidien Le Figaro dont la réputation de sérieux et de référentiel n’est plus à faire, méritent notre attention d’un instant par leur caractère d’exemplarité, – et je vous les soumets pour cette raison. Vous pourrez ainsi méditer sur les sommets de la zombifurcation que tous nos commentateurs agréés gravissent avec entrain.

• Le 7 septembre 2020, un texte titré « Avec l’affaire Navalny, la Russie se tire une balle dans le pied ». Il nous est expliqué combien cette affaire est invraisemblable, absurde, du point de vue de l’auteur du crime (Poutine, Who Else ?). En chemin, on commente : « C’est Ubu. Il est extrêmement difficile de bâtir un scénario rationnel qui expliquerait ce crime. » Et, après avoir examiné tout en détails, et confirmé combien tout cela montre une grande stupidité, une affreuse maladresse, etc., confirmant aussitôt le jugement de “combien cette affaire est invraisemblable, absurde, du point de vue de l’auteur du crime (Poutine, Who Else ?)”, on termine par cette citation définitive qui fait frissonner nos petits-marquis :

« Face à l’empoisonnement de Navalny, on a envie de reprendre le mot de Boulay de la Meurthe sur l’exécution du duc d’Enghien par Bonaparte. “C’est pire qu’un crime, c’est une faute.” »

On en reste coi, – cette fois, le ‘on’ parle de ‘nous’, de ‘moi’. Pas une seconde l’auteur du texte n’envisage l’évidence, savoir qu’il s’agit éventuellement d’un accident ou d’un montage (à l’insu de son plein gré de l’ami Navalny) des “services’ occidentaux qui pullulent et ont déjà si souvent prouvé, depuis les Armes de Destruction Massive (ADM) de Saddam pour la séquence en cours, leur habileté en ce domaine. On a l’impression que l’auteur, devant ce formidable obstacle du “pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué”, a évidemment choisi l’évidence et la facilité de la complication-Système ; il est vrai que, de toutes les façons, la narrative est déjà écrite et il importe de faire avec.

• Le 18 septembre 2020, du même organe, sous la rubrique “ENQUÊTE”, nous est annoncé sur un ton vibrant et triomphant, car enquête bouclée et vertu démontrée : « L’opposant, qui respire désormais sans assistance artificielle, a promis de reprendre son combat en Russie, après sa convalescence. »

Je ne vais pas m’attacher, et perdre mon temps précieux, à expliquer ce qu’on trouve dans la substance absolument sans essence de cette chose qu’est ce texte. Le titre suffit, car il est si ‘parlant” et même ‘hurlant’ que j’ai d’abord cru à une satire, me disant avec une pointe d’admiration : “Mazette, voilà que Le Figaro, ayant enfin consenti à ouvrir les yeux, se moque de nous-mêmes, du bloc-BAO, de lui-même, de ce formidable déterminisme-narrativiste antipoutinien !”... Mais non mais non, ils y croient.

Dans ce cas alors, avec ce titre nous sommes en compagnie d’Alice au Pays des Merveilles, où l’on vous parle de Navalny-Superman se réveillant à l’instant en pleine et superbe forme, le bel endormi du Bois-Dormant soudain décidé à reprendre le combat, à enfin ‘déstabiliser Poutine’, et comment ! Entendez-vous Vladimir-Poutine qui tremble, claque des dents, absolument déstabilisé ? Car c’est chose faite, par la seule grâce de la force de l’héroïque “principal opposant”, et la capacité miraculeuse de Berlin, qui est comme chacun sait le Lourdes des “principaux opposants” à Poutine, empoisonnés par Poutine, celui-là qui est en plus ‘l’homme qui se tire une balle de Novichok dans les pieds’... J’abrège, car voici le titre, avec Jésus-Navalny soudain ressuscité par le miracle de service, dans l’urgence d’affoler décisivement ce pauvre type, Poutine l’im-monde, désormais tremblant, affolé, sauve-qui-peutiste :

« Vladimir Poutine déstabilisé par la miraculeuse résurrection berlinoise d’Alexei Navalny. »

Je cède à la facilité en vous rappelant ce qui se trouvait dans le Journal-dde.crisis le 4 septembre 2020, avec tout de même la nuance de mon erreur d’appréciation. J’écrivais que cette fois on n’en parlait pas trop, des aventures de Navalny au Pays des Miracles, à cause d’autres crises extrêmement exigeantes de commentaires ; ce n’était pas tout à fait juste, ils ont trouvé le temps et la plume d’en parler comme d’un évènement grave, un ‘tournant’, etc. Pour le reste, ce qui est écrit est écrit.

« Il devient difficile, à chaque fois que surgit un tel événement, de s’atteler à en parler sérieusement, tant la mécanique du montage, archi-connue, apparaît à ciel ouvert. Il est encore plus difficile d’en faire le commentaire, d’autant qu’existe non pas un complot, non pas une offensive, mais une mécanique quasiment autonome et si monotone, et sous nos yeux parfaitement identifiable, et que rien n’arrête dans sa route de bulldozer, et elle-même complètement indifférente à toute appréciation critique, pour débiter encore et encore la même narrative dispensée en aveugle, sans même goûter le sel de la moquerie de la vérité qu’elle prétend contenir ; tous, justiciers-zombie à la morne moraline, menteurs comme des arracheurs de prothèses dentaires, doublement simulacres par conséquent avec leur indignation fabriquée en matière bling-bling.
» Cette ‘mécanique’, celle qu’est la presseSystème, ou mainstream outre-Atlantique, fonctionne à cet égard effectivement comme une entité absolument fiable et superbement apprêtée, démarrant au quart de tour, sans demander son reste ni se préoccuper des restes. Pour elle, pour la presseSystème et ses bataillons obéissants, la culpabilité russe est l’existence qui précède l’essence, et au-delà, pour le prochain ‘crime d’État’ de Poutine & Cie, l’essence qui précède l’existence. La culpabilité russe existe avant même que ne soit connu et encore moins commis le crime, tout comme est déjà écrit le communiqué de dénonciation du bloc-BAO. »

Quelle étrange époque, en vérité. Ces régiments, ces armées de zombies qui ont pourtant toute leur intelligence pour juger d’une réalité complètement alternative et retournée comme un gant, entraînés dans leur logique folle par ce que je nomme déterminisme-narrativiste. Ce qu’ils ‘jugent’ selon une science irréfutable qui tient le libre-arbitre dans ses mains de fer, leur semble tellement impeccable, juste, sans discussion, puisque construits dès le départ selon les déformations totales et absolues du Grand Architecte qui les inspire.

Voyez cet autre qui raisonne, comme vous et moi, sur l’absurdité de mettre ce crime au compte de Poutine par rapport aux intérêts de Poutine, qui ne dénie pas que Poutine est un maître du Mal, un homme si habile pour ses intérêts et sa volonté de détruire la vertu américaniste-occidentaliste ; et notre auteur qui conclue de tout cela que Poutine est bien le seul coupable possible de cette sottise indescriptible, qui n’en discute même pas ; cet homme si intelligent dans la production du crime, accouchant d’une sottise aussi considérable dans le domaine du crime.

Il y a quelque chose d’extraordinaire qui s’est installé dans ces esprits, dans ces perceptions, dans ces élites-Système du bloc-BAO. Car vous ne pouvez pas croire une seule seconde qu’ils n’y croient pas, qu’ils propagandent en ignorant qu’ils propagandent, qu’ils affabulent en ignorant qu’ils affabulent. Mais non, certes non ! Ils sont sincères avec eux-mêmes, et face à eux-mêmes ils ne croient pas une seule minute qu’ils propagandent, pas une seule seconde qu’ils affabulent. Ils sont vraiment aux Pays des Miracles, en compagnie d’Alice mais absolument sans la candeur ni la spontanéité d’Alice. Leur infection est infiniment pire que celle qui nous mène par le bout du nez, c’est l’infection du Covid19 devenu ‘Coviduité-2020’.

Est-il intéressant de se demander où tout cela va nous mener ? Certes, il est toujours très intéressant de suivre Alice aux Pays des Merveilles, même lorsqu’Alice a cédé sa place à un double trompeur.

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