Sagesse de Pompeo 

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Sagesse de Pompeo 

Tout est possible dans cette étrange époque et dans la non moins étrange administration Trump, particulièrement au niveau de la sécurité nationale. Parmi ce “tout est possible”, il y aurait un comportement inattendu de retenue et de “savoir-faire” politique modérateur de la part du secrétaire d’État Pompeo, réputé pour être l’une des deux chenilles du bulldozer Bolton-Pompeo qui accomplit depuis un an un travail de destruction massive pour le compte du président Trump. (Dans nos commentaires, nous ne lui ménageons pas nos encouragements et nos considérations distinguées pour sa fonction de brute ; d'où notre attention curieuse pour ce qui paraît être de la sagesse.)

Le Washington Post a publié des confidences sur une réunion secrète qu’aurait eue, le 28 mai, Pompeo avec des dirigeants juifs américanistes, à propos du fameux “accord du siècle” concocté par le gendre de Trump, Jared Kushner, sur le problème israélo-palestinien et le reste. Il n’y a pas eu de commentaires ni d’espace éditorial important accordé à ces confidences, ce qui tendrait éventuellement et paradoxalement à prouver leur importance tout autant que la difficulté de les expliquer selon le catéchisme du Système, les sensibilités israélo-trumpiennes mais aussi les positions compliquées des uns et des autres dans cette question très complexe et très controversée. (Quand il se produit quelque chose d'important et d'inattendu, qui ne va pas dans le sens de la déstrucuration voulue part le Système, le commrentaire le plus courant est le silence.)

La nouvelle est reprise par l’un des collaborateurs du colonel Lang, connu sous le patronyme de “Harper”, sur le site Sic Semper Tyrannis le 3 juin 2019. On note donc l’appréciation laudative mais étonnée, – on le serait à moins, – de “Harper” pour la position de Pompeo, marquée de gras par nous...

« Le 28 mai, le secrétaire d'État Mike Pompeo était à New York pour une réunion à huis clos avec la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines.  Dans des remarques qui ont été secrètement enregistrées et transmises au Washington Post, Pompeo a effectivement déclaré que le plan de paix au Moyen-Orient évoqué par le gendre de Trump Jared Kushner n’avait aucune chance d’être adopté et serait rejeté par la plupart des parties. Au lieu de l’“accord du siècle” vanté par le président Donald Trump, Pompeo a admis que le plan de paix était une proposition perdante.  “Je comprends pourquoi les gens pensent que c'est un accord que seul Israël pourrait accepter.  Je comprends ce que vous en pensez.  J'espère juste que tout le monde aura le temps d'écouter et de réfléchir un peu.” Pompeo a poursuivi ses remarques sans détour : “Je ne veux pas dire que c'est un échec.  Appelez ça comme vous voulez.  Moi aussi, j’ai l’impression d’échouer dans nombre de mes tentatives, alors il faut prendre des précautions avant d’utiliser un tel mot.”  M. Pompeo a admis que le département d'État accorde beaucoup d'attention à ce qu'il faudrait faire si le plan Kushner échoue.
» Jusqu'à ce que le Premier ministre élu Benjamin Netanyahu échoue cette semaine dans sa tentative de former un gouvernement et doive convoquer des élections anticipées pour septembre, on s'attendait à ce que le plan Kushner tant attendu soit mis en œuvre ce mois-ci. Aujourd'hui, la date de lancement est reportée à fin septembre ou début octobre après la formation et l'assermentation d'un nouveau gouvernement israélien.
» Pompeo a fait preuve dans la circonstance d'un savoir-faire politique inattendu en prenant ses distances du “plan de paix” voué à l'échec, qui semble n'être rien de plus qu'un plan pour acheter la capitulation palestinienne par une combinaison de promesses d'argent arabe et d’engagements politico-militaires des pays du Golfe et d'Israël. »

Faut-il s’étonner de ce comportement inattendu de Pompeo, réputé pour sa lourdeur, sa brutalité, etc., et qui montre dans ce cas ce que nous désignons comme de la sagesse ? D’abord, il ne faut pas oublier que la politique extérieure des États-Unis est tellement nulle et inexistante que prendre le contrepied d’une décision ou d’une orientation suffit en général à faire preuve de “sagesse”. Ensuite, il y a le constat que tous les exécutants de cette politique dont nul ne sait d’ailleurs précisément l’inspirateur, et s’il y en a un, sont loin d’être unis et de former une équipe solidaire. Chacun a ses propres intérêts, les intérêts de sa bureaucratie, etc., et des affrontements ont lieu couramment ; simplement, jusqu’ici on en a eu fort peu d’échos, dans tous les cas sous une forme très élaborée comme celle d’un discours construit comme celui de Pompeo, – s’ils entrent effectivement, Pompeo et sa sagesse, dans cette catégorie des règlements de compte et des manœuvres personnelles.

En effet, il nous semble qu’il ne serait pas illogique de placer l’événement dans cette catégorie, d’abord parce que la proposition que Pompeo tourne en ridicule et critique vertement autant qu’il l’annonce mort-née vient de Jared Kushner, qui travaille en solo, autant à cause de ses liens familiaux (gendre de Trump) que de ses liens avec divers dirigeants israéliens et éventuellement quelques personnalités du crime organisé. Pour la bureaucratie du département d’État, et par conséquent pour ce cas pour le ministre lui-même, cette action est une concurrence inacceptable et il faut tout faire pour la contrecarrer. C’est d’autant plus faisable si la proposition est effectivement mort-née, déjà perdue dans la perspective de nouvelles élections, etc. Pompeo, qui a sans doute organisé lui-même la fuite vers le Washington Post qu’il connaît bien puisqu’il a dirigé la CIA,  prend les devants pour annoncer le décès de la chose, et pour préciser que sa bureaucratie travaille déjà sur un post-“accord du siècle”, de façon à se trouver en bonne place pour relancer un autre processus qui serait maîtrisé par la bureaucratie du ministère.

Il est également possible que Pompeo se paie Bolton au passage, parce qu’il est très probable qu’il doit juger trop grand le champ d’activité qui est laissé au conseiller du président pour les affaires de sécurité nationale au détriment de ses propres pouvoirs. C’est d’autant plus possible que Bolton s’est placé dans cette affaire très proche de Netanyahou, – tout ce qui est extrême et anti-iranien, le fascine, – et donc comme soutien plus zélé du plan-Kushner que Pompeo. 

Tout cela nous ramène donc, avec cette surprenante escapade vers une sagesse inattendue de Pompeo, vers les habituelles querelles internes des grands ensembles bureaucratiques. D’autre part, la nouvelle elle-même de la probable mort du plan-Kushner représente un coup très rude pour Trump, qui proclame volontiers que cet “accord du siècle” représentera sans aucun doute le grand accomplissement, le legs historique de son (premier ?) mandat. Nous n’en sommes qu’au stade de la communication et des batailles bureaucratiques et il semble bien que Pompeo, le sage inattendu et par procuration, ait lancé sur l’accord une torpille fatale. Après tout, la sagesse elle-même, lorsqu’elle est convoquée en d’aussi étranges circonstances, n’est rien de moins qu’un élément supplémentaire et original du désordre ; car effectivement, sans l’“accord du siècle” qui doit consacrer une sorte de recommandation US de la domination de la région par Israël et l’Arabie, ce qu’Israël et les amis d’Israël à Washington considèrent comme étant du désordre régnera plus que jamais dans la région.

 

Mis en ligne le 4 juin 2019 à 11H00

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