RQ-170 : la “riposte” de l’USAF

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On nous précise aussitôt que la chose était prévue depuis juillet dernier, bien avant que le RQ-170 tombât dans les mains impies et iraniennes, puisque le processus d’achat de “la chose” commençât le 9 juillet 2011. Il s’agit du déploiement d’un nouveau modèle de drone en Afghanistan, le Predator C Avenger, un UAV d’une nouvelle génération (ou UAS nous dit-on également, si nous voulons suivre la valse des acronymes du Pentagone : Unmanned Air System au lieu de Unmanned Air Vehicle… Allons, échangeons le V pour le S).

Dans tous les cas, l’USAF a annoncé ce déploiement le 9 décembre, la chose a été relayée le 12 décembre 2011 par Stephen, Trimble, de Flight International, puis le 15 décembre 2011 par PressTV.com. Il s’agira d’un seul exemplaire de cette merveille, qui aura pour mission de tester ses propres capacités en Afghanistan, et en Afghanistan seulement.

Selon Trimble : «The jet-powered, stealthy unmanned air system (UAS) with – and this is important – an internal weapons bay is going to Afghanistan. […] With the Avenger, the USAF's “classified custome”" will have an aircraft that can drop 900kg (2,000lb) bombs. […]

»By the way, don't think the Predator C is intended to replace the hostage Lockheed Martin RQ-170 Sentinel. The 9 December notice says the USAF started the process of buying the Predator C on 5 July.»

PressTV.com rapporte la nouvelle sans ajouter de d’informations spécifiques, mais en signalant continuellement la proximité de cette annonce avec l’affaire de la capture du RQ-170… Cela n'est après tout que respecter la chronologie et, éventuellement, un bon sen qui a même effleuré Trimble.

«The US Air Force reportedly plans to deploy a new highly-capable radar-evading generation of drone in Afghanistan after Iran downed one of its stealth drones, which was in violation of the Islamic Republic's airspace. […]

»Analysts say the fact that Taliban militants have no radars to detect such aircraft robs Washington of excuses to deploy the stealth drone in the war-torn country.

»The prospect of the deployment of the highly-capable Predator C comes after Iran successfully brought down a US RQ-170 stealth drone on December 4 as the aircraft was flying over the northeastern Iranian city of Kashmar, some 25 kilometers (140 miles) away from the Afghan border.»

La chose, – cette fois, nous parlons de l’arrivée du Predator C Avenger plutôt que de l'enhin lui-même, – n’a pas de rapport avec la perte du RQ-170, nous dit-on, mais il ne nous étonnerait pas qu’elle en ait tout de même, et considérablement. D’abord, le passage de la commande le 9 juillet dernier d’un exemplaire de test d’engagement en combat dece système n’implique absolument pas la nécessité d’effectuer une première campagne en décembre, ou annoncée le 9 décembre. D’où l’on en déduit que, au contraire de ce qu’affirme Trimble, cette décision pourrait effectivement à voir avec la capture du RQ-170. On ajoutera, dans ce sens, que le secrétaire à la défense Panetta a annoncé, à la suite d'une obligeante question à la télévision, que la perte (la capture) du RQ-170 n’interromprait en aucune façon les missions des UAS et autres UCAS (Unmanned Combat Air System).

Il s’agit donc d’une opération de communication autant que d’une mission d’évaluation en combat, une façon de dire aux Iraniens, pour les rassurer : “Nous n’avons pas peur de vous”. On remarque tout de même, 1) que l’Avenger n’est pas du tout de la même catégorie que le RQ-170 ; c’est un drone d’attaque, ou d’appui rapproché, c’est-à-dire un système d’emploi tactique de basse intensité, qui n’a aucunement la vocation de missions de surveillance stratégique, qui est donc d’une catégorie radicalement différente de celle du RQ-170, – par conséquent, avec peu ou pas d’informations stratégiques à bord, puisque détaché des structures stratégiques. 2) Il n’empêche, certains aspects des déclarations de Panetta, disant que les USA “protègeront les missions de leurs drones” est à double sens, et peut laisser entendre que des mesures spéciales, extérieures au drone lui-même, seront prises, en cas de perte de contrôle, par exemple des patrouilles de combat aérien d’avions pilotés à vitesse très supérieure à celle du drone pour sécuriser la destruction du drone en cas de perte de contrôle, par destruction directe. Tout cela ne faciliterait pas les choses, d’autant que ces drones sont évidemment présentés comme ayant des capacités de technologies furtives (stealth), donc difficile à repérer, même pour des avions “amis”, dès lors que leur contrôle est perdu.

D’une façon générale, si l’hypothèse d’une opération de communication doit être retenue, elle marque évidemment une extrême sensibilité de l’administration Obama à la capture du RQ-170 par les iraniens, et aux conséquences autant de prestige que du point de vue de la technologie et des informations perdues. L’hypothèse est d’autant plus acceptable que la demande de restitution du RQ-170 d’Obama aux Iraniens, quelque peu ridicule sinon puérile vus les rapports et les conditions d’évolution du RQ-170 lorsque ce système fut capturé, marque également l’inquiétude, voire la panique de cette administration face à cet évènement. Il est assez probable que c’est l’administration Obama qui a demandé au Pentagone d’effectuer un tel déploiement, toujours dans un but de communication, mais qu’elle n’a pas eu à trop insister, l’USAF elle-même tentant de réparer les dégâts occasionnés à son prestige par la capture du RQ-170.

Dans tous les cas, il s’agit d’une phase nouvelle de cette “guerre des drones”, plutôt dans le domaine de la communication, après l’épisode du RQ-170. Plus rien, aujourd’hui, – sauf l’hypothèse d’un raid pour détruire l’appareil, ce qui semble devenir complètement irréaliste, –ne peut limiter les dégâts occasionnés par la perte du RQ-170, dont les Iraniens poursuivent l’exploitation au niveau de l’extraction des informations et l’évaluation des technologies. L’affaire de l’Avenger ressort d’une nouvelle phase de pure communication, quand elle est connectée à l’affaire du RQ-170. Une récente indication nouvelle de l’importance de cette affaire (le RQ-170) est trouvée dans certains bruits répandus en Israël selon lesquels une attaque des installations iraniennes nucléaires pourrait être lancée très rapidement, avant que les Iraniens aient complètement exploité les données du RQ-170, et avant que les Russes ne livrent des S-300 aux Iraniens. Cette hypothèse, d'ailleurs tant de fois répétée, semble dans ce cas plutôt du type “solution de désespoir”, et selon des conditions extrêmement risquée. (“Risquée”, Selon le niveau d’exploitation des renseignements par les Iraniens, et même selon certains soupçons que les Russes, ayant déjà durci leur attitude vis-à-vis du bloc BAO avant même l’affaire du RQ-170, notamment en livrant des stations de guerre électronique Avtobaza qui ont sans doute participé à la capture du RQ-170, pourraient également avoir déjà transféré clandestinement des batteries de S-300 aux Iraniens.)


Mis en ligne le 16 décembre 2011 à 04H31