RapSit-USA2026 : Trump en mille morceaux

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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RapSit-USA2026 : Trump en mille morceaux

4 septembre 2026 (11H50) – Voici donc Robert Barnes sur ‘Daniel Davies Deep Drive Français’, en grande conversation avec le colonel Davies, sur sa chaîne indépendante qui présente  un excellent doublage en français. Je m’attarde à cet entretien parce que ce Barnes m’est sympathique, avec son sourire ironique constant, ses formules à l’emporte-pièce et sa perception intuitive de la vie politique à Washington.  Cet avocat de tendance populiste qui a travaillé un temps avec Trump connaît fort bien toute la bande initiale des trumpistes, ceux qui sont passés dans le camp adverse et sont désormais, et de loin, ses meilleurs féroces-ennemis (rien de pire que la trahison d’un chef dans lequel on croyait).

Barnes, bon ami de JD Vance et donc formidable connaisseur du monde washingtonien, est de ce coup-là et nous donne quelques visions inédites sur un Trump dont il juge qu’il a le QI d’un voleur à la sauvette qui se fait prendre à chaque fois, et le comportement d’un enfant de 4-5 ans. L’écouter et l’entendre permet de mieux comprendre l’ampleur de la tragédie-bouffe qui se joue à Washington, qui nous concerne tous et pas seulement les citoyens américains parce qu’un ébranlement d’effondrement des USA serait, — sinon est déjà un événement formidable concernant nécessairement le monde entier.

Croisière dans le détroit de Trump

Ce sera un peu une conversation à bâtons rompus, où tout de même l’Iran a la vedette, mais aussi l’ambiance de cette administration et la révolte antiTrump qui sourd de partout, y compris des organismes les plus structurés pour une obéissance totale au pouvoir civil, élu par le peuple selon les règles de ce complet simulacre de démocratie. Il s’agit, pour ce cas particulier des organismes dépendant absolument du pouvoir, d’une révolte psychologique sinon pathologique contre une personne qui est à la fois “l’un des nôtres” puisque président élu partisan d’une domination mondiale, mais qui clame tout haut ce que les États-Unis font tous bas derrière leurs habits de moraline. L’activiste Abby Martin qui s’est infiltrée dans l’armée pour réaliser un documentaire, explique à Danny Haiphong que les généraux en révolte contre Trump avec lesquels elle a parlé partagent complètement la volonté trumpiste de domination mondiale mais ils le haïssent sauvagement parce que lui, — parfaitement “président du chaos” pathologique, — le clame ouvertement et réduit en pièces leurs “habits de moraline”. La haine est la drogue la plus puissante de l’effondrement.

Ici, on démarre sur l’affirmation répétée à satiété par Trump sur le détroit d’Ormouz (que Trump veut rebaptiser “détroit Trump”) : le détroit est ouvert, nous l’avons déminé avec un succès foudroyant. On s’y balade comme un yacht rentrant ou sortant d’un mouillage pour se ravitailler en pétrole dans la rade de Saint-Tropez. Voyez tous les acteurs de cette révolte : nombre d’entre eux font partie du Système, — l’autodestruction est inconsciemment (voir Lincoln) le but final de cette haine.

« Quand avons-nous envoyé nos dragueurs de mine pour déminer le détroit ? Pourquoi est-ce une nouveauté pour le monde ? Les Lloyds de Londres ont répondu non. Nous n'avons aucune confiance dans l'affirmation du président selon laquelle le détroit a été déminé, pas plus que dans l'affirmation de Trump selon laquelle la République iranienne est en train de s'effondrer et que la population se rallie à lui.

» Je pense, vous savez, qu’il en est maintenant arrivé à manipuler carrément toute une série de chiffres sur la situation iranienne. J'avais suggéré très tôt au vice-président Vance que Trump devrait simplement dire que l'Iran a tué 94 millions de manifestants... C'est plus que toute leur population... [...]

» Comme a plaisanté un jour la femme de Thomas Massie, Thomas Massie disait qu'à Washington, il (Trump) ne joue pas aux échecs, il joue aux dames. Elle a répondu non même pas. Il mâchouille le pion blanc et le pion noir pour voir lequel a le meilleur goût. C'est là où en est Trump malheureusement. Il y a un meme où on le voit comme un singe qui essaie de faire semblant de jouer aux échecs alors qu'en réalité il joue aux dames.

» Donc voilà, malheureusement c'est la réalité. Il a l'état d'esprit et la mentalité d'un tout petit enfant. »

L’enfant dont la Maison-Blanche est la résidence

Ensuite, l’ironique Barnes fait une comptabilité impressionnante : l’espèce de “néoconisation” de son entourage, désormais réduit à des personnages à la fois serviles et hyper-extrémistes, rapportant à “l’enfant dont la Maison-Blanche est la résidence”, — comme une variation sur un thème-bouffe de la pièce de Montherlant, — exactement ce qu’il veut entendre. On alimente la folie du “président du chaos” pour qu’il ne cesse d’en rajouter.

Ce qui compte dans leur cas n’est plus tant leur position extrémiste mais leur servilité absolue. Ils disent tout ce que Trump veut entendre, que “Nous sommes les plus forts“, que “Nous dominons le monde”, que “Nous avons gagné”, que “l’Iran s’est effondré” et toutes ces sortes de choses. Eux-mêmes semblent intoxiquées par le vide et le rien de celui qu’ils servent et couvrent de louanges. Avec Trump, les neocon nihilistes et leurs amis milliardaires et milliardaires juifs en arrivent à ne plus avoir comme stratégie que celle du vide et du rien : tout faire pour que Trump reste en place et continue à débiter ses absurdités contradictoires bâties sur une forêt de mensonges dont on ne sait plus s’ils méritent le nom de “mensonges”. Les nihilistes soutiennent à force d’aveuglement une énorme personne de plus en plus fatiguée, de plus en plus sénile et de plus en plus nihiliste pour n’obtenir aucun autre résultat que de le voir rester en place et répéter sans cesse et de plus en plus ces mêmes absurdités contradictoires. Il n’y a plus personne pour contenir le flot furieux de la plongée dans l’effondrement. Attendez-vous à bien des surprises de la folie poussée à bout, même et surtout si les républicains perdent le Congrès en novembre

« Et puis tous ceux qui prenaient la retenue, tous les réalistes, tous ceux qui penchaient vers le non interventionnisme, au moins concernant le Moyen-Orient, à une ou deux exceptions près, sont désormais partis.

» Vous savez aujourd'hui le secrétaire à l'armée de terre Daniel Driscoll et son adjoint ont démissionné et c'était l'un des derniers partisans de la retenue, un des derniers réalistes qui restait dans toute la partie des nommés de l'administration Trump. Mike Anton au département d'État qui a rédigé la stratégie de sécurité nationale affirmant que nous allions nous retirer des guerres au Moyen-Orient est parti. Tulsi Gabard, directrice du renseignement national, partie. Ann Mary Fox, la belle fille de Kennedy, nommée sur sa recommandation, une autre partisane de la retenue. Elle est partie. Joe Kent, du centre national de lutte contre le terrorisme est aussi partie. Et maintenant, le secrétaire à l'armée de terre, Daniel Driscoll, et son adjoint sont partis.

» Il y a encore quelques personnes aux échelons inférieurs des postes nommés qui sont toujours là, mais presque tous ceux qui étaient au sommet sont partis, y compris des gens qui avaient été placés dans l'équipe de Pete Hegseth sur recommandation du vice-président Vance. Il s'est débarrassé d'eux assez tôt.

» Des gens qui allaient entrer ou qui sont entrés au début comme Jeremy Carl qui devait rejoindre le département d'État ont été refusés. D'autres ont été écartés très tôt par le lobby israélien, Donc au sommet, il ne reste que Colby et son adjoint. Tous les autres réalistes, tous les autres non interventionnistes sont partis.

» Maintenant, les analystes de carrière au département d'État, à la CIA et chez le directeur du renseignement national ainsi que les officiers militaires de carrière... Le fait qu'ils aient fait fuiter que chaque commandant de tous les autres commandements que CentComont dit “N'envoyez pas davantage de troupe. Ne continuez pas à maintenir nos effectifs militaires au Moyen-Orient”, contrairement à l'ordre de Hegseth. Vous savez faire fuiter, c'est une chose ; mais ne pas approuver la recommandation meurtrière de Hegseth et faire fuiter le fait qu'ils ne l'ont pas approuvée, c’en est une autre. »

Trump reçoit Driscoll et lui parle d’or

Barnes aborde bien entendu les circonstances du départ de Driscoll qui a agi comme un détonateur dans une situation déjà dévorée par les flammes. Il rapporte les conditions de la dernière rencontre de Driscoll avec Trump, le second ayant tenté pour la dernière fois d’expliquer au président la réalité de la situation. Cela ressemble à un chapitre supplémentaire, poussé au paroxysme, de ‘Alice in Wonderland’, comme si la scène se situait dans un hôpital psychiatrique... Où l’on voit combien Barnes est bien informé de toutes ces affaires de la folie présidentielle.

« Et vendredi [il y a une semaine], Driscoll va voir le président pour lui expliquer les problèmes, les limites de nos munition et la manière dont cette guerre détourne l'attention de tous les autres objectifs géopolitiques du président, y compris de toute possibilité de paix dans la guerre en Ukraine.. Le capital politique de Trump est siphonné par la guerre contre l'Iran. ce qui compromet sa capacité à accomplir quoi que ce soit sur le front de la guerre en Ukraine. Et il faut un changement majeur au sein de l'armée vers un système davantage fondé sur les drones. Or, tout cela est déraillé par la guerre contre l'Iran et ils n'ont pas les munitions pour poursuivre cette guerre contre l'Iran.

» Et Trump, de son côté,  a passé l'essentiel de son temps à parler à Driscoll des rideaux et de la quantité d'or qu'il avait. Regardez cet or. Regardez cette pièce en or. J'en ai une autre ici dans le bureau ovale. Et je pense que je vais faire aménager ma salle de bal. Ça a convaincu Driscoll qu'il n'y avait aucun espoir avec Trump pendant son second mandat. Il s'est dit “Je me tire d'ici, je ne vais pas rester pour ce bordel sous stéroïde.” C'est pour ça qu'il est parti mardi avec son adjoint. »

Hegseth, pom-pom girl du président

Alors, quelle situation après tous ces départs ? Trump a une animation personnelle, un spectacle permanent qui le rassure et assure que son simulacre tient la route et remplace la réalité. Hegseth en est l’animateur préféré, tout entier absorbé par sa tâche de “pom-pom girl” dans son bureau du Pentagone ; Hegseth, devenant aussi fou que son mentor, plongé dans son océan de mensonges et ne cessant d’en rajouter pour que le spectacle continue, — Hegseth, ou “the show must go on”...

« Ce que ça veut dire, c'est qu'il ne reste plus que Hegseth, tout droit sorti d'un casting. Oui, d'un casting de Central Casting version Team America World Police de South Park. Il fait juste de la pom-pom girl pour le président. Partout où il va, quels que soient les pires instincts du président, lui, il les encourage. Et c'est pour ça que Trump vit dans son propre monde délirant, qu'il fabule régulièrement. Il prétend avoir du levier. Il l'a même répété encore et encore.

» Einstein disait que la définition de la folie, c'est de refaire sans cesse la même chose en espérant un résultat différent. C'est exactement ce que Trump fait depuis 6 mois. Il fait exactement la même chose et seul Satan obtient un résultat différent. Et il se persuade qu'un résultat différent va arriver quand il n'arrive pas dans une tentative précédente.

» Même quand ses militaires de carrière lui disent que ça n'arrivera pas. Je veux dire, Tulsi Gabbard a maintenant été liquidée. Je sais qu'on a essuyé des critiques à l'époque en le disant, mais elle avait affirmé et c'est désormais confirmé qu'elle avait dit à Trump tout ce qui allait se passer dans cette guerre en Iran. Et tout ce qui s'est passé dans cette guerre en Iran s'est effectivement produit comme elle l’avait dit. » 

Les démons de Trump et le nucléaire

Trump a une attitude ambigüe vis-à-vis de l’emploi du nucléaire dont tout le monde parle. D’une part, il ne cesse d’en parler lui-même et brûle d’utiliser ce sommet absolu de la puissance de destruction ; d’autre part, il en a peur, comme un enfant devant un jouet inconnu et tentant mais dont il craint de ne pas savoir l’utiliser et d’en souffrir jusqu’à en être ridiculisé. Deux fois l’année dernière, il avait décidé de l’utiliser, deux fois il en a été découragé par ses généraux qui alimentèrent cette crainte enfantine.

Une réponse récente à une journaliste montre cette attitude ambigüe. Le pire est qu’il appuie son attitude de ne finalement pas vouloir l’utiliser sur des constructions folles du simulacre qui lui sert de pensée. Sa colère contre la journaliste éclate finalement dans le fait d’avoir été contraint par ses propres démons de répondre qu’il ne l’utiliserait pas alors que ces mêmes démons le poussent à rêver de le faire.

« Une journaliste lui a demandé : “Vous avez exclu d'utiliser une arme nucléaire contre l'Iran ?”

» Eh bien, je ne dirai jamais que j’ai exclu de l’utiliser mais la réponse est oui. Je l'exclus. Il n'y a aucune raison à cela. Franchement quelle question stupide. Ils sont là, ils ont été totalement vaincus militairement.

Donc maintenant, je les ai vaincus et je devrais en plus utiliser une arme nucléaire contre eux ? Quelle question stupide. »