RapSit-USA2026 : Epstein nervous breakdown

Brèves de crise

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RapSit-USA2026 : Epstein nervous breakdown

Pour ceux qui suivent normalement la politique américaniste dans ses grandes lignes, on n’avait jamais vu ça, – allez, disons, de mémoire de quasi-centenaire dans tous les cas. Même les auditions du Watergate, même celles du maccarthysme n’atteignirent jamais une telle intensité que l’on ressentit le 11 février, où l’on vit quasiment une crise de nerfs furieuse de la ministre auditée et de tels éclats de fureur chez les parlementaires.

Nous parlons pour l’auditée de la ministre de la justice US Par Bondi (Secretary of Justice), et pour les parlementaires, autant sinon plus chez les républicains ; par exemple et meilleur exemple, le député Massie, républicain du groupe des antiguerres-tradi, sans doute le plus documenté et le plus incisif, auteur avec le démocrate Ro Khanna de la loi sur la publicité des documents Epstein (‘Epstein Files Transparency Act’ [H.R. 4405], votée par le Congrès et signée par le président Trump le 19 novembre 2025).

L’atmosphère et ce qu’on peut désigner comme la violence de cette audition, d’ailleurs avec une Bondi qui les surpassait tous en fait de “violence”, font de cet événement un accélérateur puissant de l’évolution politique de l’hyper-Epsteingate, – aux USA même, mais aussi ailleurs (notamment en France), par enchaînement zélé. Nul n’y a été indifférent.

Jimmy Dore s’y est évidemment arrêté, poursuivant sa mission d’information sur le scandale hyper-Epsteingate. Notre tandem Christoforou-Mercouris, pourtant toujours très prudent et jusqu’ici discret sur l’affaire, s’y est arrêté notablement ; Christoforou avec la verve qui lui est habituelle, Mercouris sur la fin de son émission quotidienne (quelques minutes à partir de 1 heure 16’30”), naturellement sur un ton retenu mais selon un jugement extrêmement ferme sur la conduite du DoJ et de Bondi, c’est-à-dire de l’administration Trump.

L’écho de cet après-midi va loin puisqu’elle touche les partisans les plus fidèles de Trump, qui parlent de la nécessité de sa démission. Un article très rapide de ‘Newsmax’, groupe entièrement proTrump,  montre combien la position de Bondi est devenue fragile.

« Les partisans de Trump s'en prennent à Pam Bondi après son passage catastrophique au Congrès : “Elle doit démissionner”.

» Des influenceurs pro-Trump et des membres du Parti républicain se sont retournés contre Pam Bondi après son audition désastreuse au Congrès.

» Bondi, nommée par Trump le 5 février 2025, a été critiquée par les électeurs et les porte-parole pro-Trump suite à son comportement lors de l'audition au Congrès concernant les dossiers de Jeffrey Epstein. La procureure générale a fréquemment interrompu les questions des parlementaires et a tenté, en vain, de reprendre le contrôle de l'audience.

» Tim Pool, le célèbre podcasteur pro-Trump, fait partie des nombreux partisans pro-Trump qui se sont retournés contre Bondi, rapporte The Daily Beast. Il a déclaré : “On est vraiment des enfants gâtés. Je pense que Pam Bondi a fait… Je lui accorde plus de crédit que ce que les gens pensent. J'allais dire qu'elle avait fait du bon travail, mais je ne peux pas. C'est juste… je ne peux pas le dire”. »

Le coup en vache de l’hyper-Epsteingate

Donc, c’est une quasi-unanimité qui s’est faite contre Bondi, pour qualifier sa prestation devant le Congrès, – ou plutôt, contre le Congrès. Un autre commentateur du groupe MAGA, effectivement devenu anti-Bondi et pas loin de passer à l’antitrumpisme :

« L’histoire dira que c’est ce jour, le 11 février, que Trump et les républicains ont perdu les élections de novembre 2026. A cause de la Secrétaire à la Justice. »

Il faut dire que sa tache n’est pas facile : contenir le congrès, surtout la Chambre des Représentants, surtout des gens comme Thomas Massie, républicain ex-proTrump devenu complètement l’adversaire du président à cause de ses obstructions pour accomplir sa promesse de diffuser les documents-Epstein, – Massie, un proche allié de Marjorie MGT, démissionnaire de la Chambre après des échanges très rudes avec Trump. Bondi est même sévèrement mise en cause par les parlementaires de la Chambre, démocrates et républicains confondus, pour surveillance et espionnage de leurs propres activités dans le cadre Epstein :

« Des élus des deux partis au Congrès ont exigé des explications du ministère de la Justice américain concernant sa surveillance des recherches menées par les enquêteurs du Congrès sur des documents sensibles et non expurgés liés au délinquant sexuel condamné Jeffrey Epstein.

» La polémique a éclaté après que la procureure générale Pam Bondi s'est présentée mercredi devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants avec des documents imprimés listant des fichiers et des requêtes spécifiques auxquels la représentante démocrate Pramila Jayapal avait eu accès.

» Le principal démocrate au sein de la commission judiciaire, le représentant Jamie Raskin, a qualifié cette pratique de grave abus de confiance et de violation potentielle du principe constitutionnel de séparation des pouvoirs. Il a réclamé une enquête, affirmant que le ministère ne se contentait pas de retenir des documents, mais qu'il “espionnait également les membres du Congrès dans l'exercice de leur contrôle, dans une nouvelle tentative flagrante d'ingérence dans les procédures de contrôle du Congrès”. »

Le problème de Bondi est qu’elle doit vendre au Congrès une situation farcie de mensonges et de manipulations voulues par un Trump qui est encore plus paranoïaque que coupable de ce dont on l’accuse (être un co-criminel d’Epstein) dans l’affaire. D’ailleurs Bondi reprend mot pour mot l’argumentation absurde, lunaire et stupide de Trump dans ses interventions devant la commission de la Chambre : “Au lieu de vous intéresser à cette histoire dépassée [l’hyper-Epsteingate], parlez plutôt des performances du Dow et du Nasdaq à Wall Street, grâce à la politique de Trump”.

Il n’y a pourtant aucune raison de la plaindre, si l’on juge d’une façon équitable : elle a été choisie par Trump pour faire exactement ce sale travail, et elle le savait parfaitement et ne s’en offusquait guère. Elle a donc appliqué la maxime officieuse des avocats US : “Mon boulot n’est pas de chercher la vérité mais de faire gagner mon client, par tous les moyens ‘légaux’ (!)”. Le problème mis en évidence par la performance historique de Bondi au Congrès devient alors considérable, et avec lui l’importance de l’hyper-Epsteingate. Il s’agit du sort de la présidence Trump au moins par le biais de l’obstacle électoral de novembre prochain qui n’est même plus une mauvaise surprise, et sans doute par d’autres obstacles et mauvaises surprises dont nous ne savions rien.

A cause de l’hyper-Epsteingate et de ses conséquences collatérales (Bondi à la Chambre), Trump peut même voir sa majorité républicaine actuelle (future minorité ?) voler en éclat du fait de la défection de l’aile anti guerre-tradi des Massie & MTG. Massie avait déjà encouru les foudres de Trump qui lui avait retiré son soutien pour l’élection de novembre. Massie a signalé qu’il s’en fichait notablement puisque, privé de ce soutien, il était largement en tête dans la parti républicain, dans sa circonscription. Il est certain que si les choses continuent à se détériorer comme on les voit actuellement, le soutien de Trump va devenir “toxique”, plutôt un repoussoir, pour les candidats républicains ; exactement la même situation que pour les démocrates lors de la fin du mandat de Biden.

Trump, ou l’Antéchrist vertueux

On se trouve ainsi sur la voie de faire entrer l’hyper-Epsteingate sur le chemin des plus hautes destinées. Si Bondi est conduite à démissionner, – tout à fait possible, on en conviendra, – c’est le cœur du Politburo de l’Occident-compulsif devenu Occident-convulsif qui est touché. Encore plus, c’est la voie royale ouverte à la GrandeCrise pour pénétrer dans le domaine de la métaHistoire, là où les causes les plus dérisoires et les plus sordides entraînent des effets cosmiques accordés à la métaphysique pure de l’âme poétique. Soudain, la terra incognita tant redoutée devient une perspective éventuellement sublime, qui secoue dans son chaos tous les composants de la possibilité d’une renaissance exceptionnelle. C’est juste un puzzle à reconstituer.

Dans ce cas, Trump, ce brigand des grands espaces qui grattent le ciel, ce milliardaire incontinent qui pense que tout s’achète à crédit, y compris la Grandeur de l’Amérique, se retrouve, – lui et ses acolytes, les Epstein, Bondi & Cie – dans un rôle taillé sur nature pour ses tendances irrésistibles. Intronisé dans le rôle de l’Antéchrist, il arrive, par habitude de la tromperie, de la subversion et de l’inversion, à faire de cette fonction infâme un moyen de transformation total, un joyau révolutionnaire accomplissant la tâche accordée à la signification initiale du mot souvent rappelée par Arendt (une révolution est un retour au point de départ d’une orbite).

Et c’est ainsi que l’on retrouve un bon moral, un esprit roboratif, un entrain juvénile et une foi que l’on n’avait, finalement, jamais vraiment perdue...


Mis en ligne le 13 février 2026 à 18H00