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Les quelques jours qui se succèdent dans cette phase à la fois “hystérique” (mot employé à Moscou) et grotesque qui ont suivi le prétendu-accord Poutine-Trump sur la vente de fuel-diesel russe aux USA (d’ailleurs dans des volumes dérisoires malgré l’importance des chiffres, par rapport à la consommation US qui est de 600 000 tonnes par jour), — ces quelques jours témoignent surtout du désordre extraordinaire régnant dans l’Occident-compulsif dans lequel il faut placer l’Ukraine-Zelenski. Mais nous ferons, rubrique oblige, une place très particulière à celui qui devrait être “notre maître à tous” qui est tout juste un “dé-maître” à tous, — les États-Unis d’Amérique.
Le jugement le plus mesuré parle essentiellement d’un “coup de com” au bénéfice d’un Trump qui vit au rythme des élections ; les Russes y gagnent aussi un petit peu en renforçant très temporairement les liens avec le Washington de Trump et en saluant l’intention de voir sauter, temporairement également, certaines des sanctions US contre eux. Pour le reste, les Européens dans un chœur unanime comme l’essentiel des actions de communication de la sécurité nationale US (y compris les médias et le Congrès) suivent et soutiennent bruyamment le chef d’orchestre Zelinski pendant que Kiev brûle ; lequel Zelinski se trouve, comme dit Alexander Christoforou avec sa gouaille grecque mais coutumière, « en plein effondrement ».
« En fait, ces dernières heures, Zelenski a tenu toutes sortes de propos — de plus en plus extraordinaires — au sujet de Trump et des États-Unis. Mon collègue et ami Alex Christophoru, dans une émission que nous avons réalisée ensemble pour ‘The Duran’, a décrit Zelenski comme étant en plein effondrement, et franchement, je ne contredirais pas ce constat. Quoi qu'il en soit, Zelenski a multiplié les déclarations en tous sens.. ».(Mercouris)
Ce qui caractérise l’aspect “opérationnel” de cet épisode et de cette guerre en général, surtout depuis l’arrivée de Trump, c’est l’absence d’identification d’une autorité et d’une chaîne de commandement du côté US, — qui reste le principal soutien du régime Zelenski. Il en résulte une extraordinaire expression de ce chaos qui touche également et complètement cette fois l’information et la communication, y compris les fuites nombreuses et variées, puisque les USA gardent dans ce domaine une prépondérance sinon une hégémonie qu’ils ont perdues dans les autres attributs de la puissance.
On ressent bien cela dans cette séquence folle et hystérique en œuvre depuis le coup de téléphone Trump-Poutine. Les Russes eux-mêmes, malgré l’ordre qui règne dans la marche des affaires de leur gouvernement, se trouvent très embarrassés dans leurs commentaires sur l’ex-ennemi juré devenu ami-pour-l’instant, les USA et leur Trump.
Il n’est qu’à lire l’entame d’une analyse de Fiodor Lukianov, éditeur-en-chef de ‘Russia in Global Affairs’ ; mais aussi président du ‘Council on Foreign and Defense Policy’, et directeur de recherche du ‘Valdai International Discussion Club’. Toutes ces choses le placent, dans ses avis, très proches des positions de la direction russe, et considéré à mesure.
« Le dernier rebondissement dans les relations entre la Russie et les États-Unis a stupéfié Kiev, indigné l'UE, suscité le mécontentement d'un nombre considérable de responsables politiques américains et laissé de nombreux observateurs à travers le monde perplexes.
» La décision soudaine de l'administration Trump de suspendre les sanctions visant les livraisons de diesel russe semble contredire ses récentes initiatives — notamment l'adoption d'une nouvelle législation imposant des sanctions sévères pour accroître la pression sur Moscou. Si certains attribuent ce revirement à l'imprévisibilité du président américain Donald Trump, d'autres y voient les prémices d'une nouvelle politique ou le signe d'un changement fondamental dans l'approche de l'administration à l'égard de l'Ukraine.
» Pour comprendre la situation, toutefois, il faut aller au-delà des particularités du comportement public du président américain. L’excentricité de Trump, qui frise souvent l’absurde, masque fréquemment des objectifs relativement clairs ; reste à savoir si ces objectifs sont judicieux.
» L’explication la plus probable de son dernier revirement réside dans la politique intérieure américaine : les élections législatives de mi-mandat approchent à grands pas — elles auront lieu dans moins d’un mois — et le parti républicain fait face à des perspectives difficiles. Trump affiche une apparente indifférence, mais perdre le contrôle des deux chambres du Congrès le condamnerait à deux années de confrontation politique et de frustration considérables. »
Autrement dit et à part les habituels poncifs sur la personnalité de Trump et la proximité des midterms, on n’y comprend pas grand’chose, notamment sur la question annexe devenue centrale et essentielle du transfert des renseignements US... On n’y comprend pas grand’chose parce que, à part la parole de Zelenski qui vaut bien celle de Trump en matière de franchise et de raison, personne ne nous dit :
1.) Si, effectivement, le transfert des renseignements US à l’Ukraine est coupé (certains en doute, et notamment, et catégoriquement, Alexandre Mercouris) ; et
2.) à part et mis à part les menteurs usuels, qui a pris cette décision ou a refusé de la prendre (c’est-à-dire de l’appliquer).
C’est une situation caractéristique de la position pourtant centrale des USA dans cette guerre de l’Ukraine, — dont on a déjà vu, par exemple, qu’elle était d’abord “la guerre de la CIA”. Cette situation, pour être bien comprise et détaillée mérite une comparaison avec celle de la guerre du Vietnam ; et notre comparaison se fera d’une manière parfaitement identifiable, en opposant particulièrement le rôle des ambassadeurs US dans les deux pays-proxy impliqués, l’Ukraine et le Sud-Vietnam.
En Ukraine, l’ambassadeur US ne joue actuellement, quasiment aucun rôle. Sans consulter ses et nos fiches ni l’IA, qui peut répondre tout à fait à l’aise en nous disant “Monsieur Barack H. du Schnock est ambassadeur des USA à Kiev et son rôle nous importe” ? Il arriva à l’ambassadeur des USA à Kiev d’en jouer un, — nous voulons dire un rôle, et encore fort secondairement, en d’autres temps, lors du “coup de Kiev” de février 2014. On se rappelle l’entretien téléphonique fameux révélé le 7 février 2014 entre Victoria Nuland, qui mena toute l’opération, et l’ambassadeur US à Kiev Geoffrey Pyatt. Effectivement, à cette époque, il y a 12 ans, il avait un nom.
Au Sud-Vietnam, par contre, l’ambassade US était une forteresse dans Saïgon qui fut l’objectif principal des Vietcongs lors de l’offensive du Têt. Quant à l’ambassadeur, il tint certainement, sur les questions politiques de la guerre du Vietnam, le rôle civil le plus important après le président. Il suffit de rappeler que Henry Cabot Lodge Jr., petit-fils du sénateur du même nom Senior, candidat républicain à la vice-présidence et colistier de Nixon en 1960, occupa à deux reprises ce poste : en 1963-1964, puis de 1965 à 1967. Il tint donc un rôle fondamental et toute décision politique (et militaire) concernant la guerre du Vietnam passait par lui, si même elle n’était directement inspiré par lui vers le président.
Même les opérations secrètes de la CIA, notamment les activités de ‘Air America’ et l’opération ‘Phoenix’, étaient supervisées et validées par l’ambassadeur Cabot Lodge.
Note de PhGBis : « En 1975, le Sénat, jusqu’alors dans l’ignorance officielle de la chose (fuites mises à part), fut mis au courant des horreurs de l’opération ‘Phoenix’ (liquidation sans procès ni ‘charge de la preuve’, de plusieurs dizaines de milliers de Sud-Vietnamiens soupçonnés, même effleurés du soupçon de collaboration avec le Vietcong) — par un William Colby repentant et humble de contrition, et accessoirement directeur de la CIA. Kissinger, qui ne s’embarrassait pas du Canon de l’Église, disait sarcastiquement à Cabot Lodge, à propos des auditions du catholique Colby devant le Sénat : “Chaque matin, il partait au Sénat comme s’il allait se faire entendre en confession par le Saint-Père”. »
Il n’y a plus de Cabot Lodge à Saïgon, et certainement, il n’y a pas un Cabot Lodge à Kiev. Alors, qui ? Trump est raillé par tous et par n’importe qui lorsqu’il prend une décision, même si Poutine veut bien l’écouter. Le Secrétaire d’Etat Rubio, fort petit de taille et d’intérêt, a d’autres chats cubains à fouetter ; le Secrétaire “à la Guerre” est devenu un véritable tombeau tatoué depuis les polémiques iraniennes ; la CIA est toujours et sera toujours la CIA... Et ainsi de suite, et nul ne sait qui prend ou ne prend pas la décision d’on ne sait quoi, et le porte-parole du Pentagone viendra nous confirmer qu’il n’a jamais entendu parler de transferts de renseignements vers l’Ukraine.
Ainsi la guerre en Ukraine est-elle un complet miroir de la situation politique à Washington D.C. Les élections midterms changeront tout cela ? Nous verrons et il se trouve que, dans ce moment de grâce où paraît-il l’Amérique trumpiste “change de politique” nous en doutons grandement, — à moins que par “changer”, l’on entende “faire empirer” ?
Comme l’on voit, nous restons dans les affaires impériales : puisqu’il s’agit de “faire empire”, — comme l’on dit “faire affaire”. Nous y sommes et y restons fermement accrochés : même, et surtout, pour un suicide à-la-Lincoln, l’Amérique reste exceptionnellement elle-même.
Mis en ligne le 14 octobre 2026