RapSit-USA2022 : Un ‘ticket’ Carlson-Gabbard ?

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RapSit-USA2022 : Un ‘ticket’ Carlson-Gabbard ?

Décidément, l’on parle considérablement des prochaines présidentielles aux USA, comme si 2022 était 2024. Les temps vont vite, ces temps-ci... Et voici que surgit un nom, jusqu’ici évoqué sans vraiment y croire, mais toujours présent à l’esprit (ne serait-ce que par sa présence massive à la télévision [3-4 millions de téléspectateurs chaque jour en prime time] comme premier présentateur d’actualité des USA, de très loin). Il s’agit de Tucker Carlson, bien entendu. Il possède, avec sa popularité et ses engagements extrêmement précis, audacieux et d’une originalité rare au pays du conformisme-Système absolu dans un establishment complètement déconnecté de la population, un avantage que personne ne peut lui disputer.

Ainsi parle-t-on à nouveau de Carlson comme candidat... Républicain ? Pseudo-trumpiste ? Indépendant ? Toutes les voies lui sont éventuellement ouvertes.

« L'animateur controversé de Fox News, Tucker Carlson, a relancé les spéculations médiatiques sur sa volonté de se présenter à la présidence des États-Unis en 2024 en faisant des commentaires potentiellement révélateurs lors de sa dernière visite dans l'Iowa, un État clé pour les candidats dans le système électoral américain.

» S'exprimant vendredi lors d'un rassemblement d'électeurs chrétiens conservateurs à Des Moines, Carlson aurait commencé son discours en soulignant combien de fois il s'est rendu dans l'Iowa au fil des ans. “Je crois que j'ai fait le Grassley complet”, a-t-il déclaré, en référence au sénateur américain Charles Grassley (R-Iowa), homme politique chevronné qui se fait un devoir de se rendre dans les 99 comtés de l'État pendant ses campagnes.

» Ce commentaire a suffi pour que Yahoo ! News rapporte que Carlson envisage de se présenter à la présidence en 2024, malgré les démentis répétés de l'animateur lui-même. “Il est certain qu'il flirte avec cette idée, à 100%”, a déclaré Jon Schweppe, directeur politique de l'American Principles Project, cité par Yahoo !

» La semaine dernière, Politico a estimé que l'ancien animateur de talk-show Jon Stewart devrait se présenter sur la liste démocrate pour une éventuelle confrontation avec Tucker Carlson lors des élections générales. “Il y a de fortes chances que le candidat républicain le plus populaire et le plus dangereux soit Tucker Carlson”, a déclaré Juleanna Glover, collaboratrice de Politico.

» Glover a ajouté que la “large reconnaissance du nom de Carlson, ses dons démagogiques et son profond soutien parmi les téléspectateurs de Fox” l'aideraient à remporter l'investiture républicaine. Elle a cité un ancien collègue de l'animateur, le commentateur conservateur Jonah Goldberg, qui a déclaré que Carlson “sent l'opportunité d'être le prochain Pat Buchanan” et serait un candidat solide. »

Pour autant, les réticences de Carlson sont connues par rapport à ce scénario. Il les rappelle régulièrement depuis plusieurs années, se situant avec la volonté de garder la liberté d’action et l’indépendance de parole du commentateur, face aux contraintes de l’homme politique, souvent pour des résultats médiocres. En un mot, il se juge plus efficace et utile là où il est et avec ce qu’il fait, que dans l’arène politique.

« La semaine dernière, Carlson a tenté de mettre un terme aux spéculations sur sa candidature potentielle, en déclarant dans une interview qu'il ne se présentera pas à la présidence en 2024, ni probablement à aucune autre année. “Je ne veux pas le pouvoir", a-t-il déclaré à Ben Smith, cofondateur de Semafor. “Je n'ai jamais voulu le pouvoir. Je suis exaspéré par la situation actuelle et je veux qu'elle change. Mais je n'ai jamais été motivé par le désir de contrôler les gens.”

» Le pundit de Fox a déjà fait des démentis similaires auparavant, en disant par exemple en juin 2021 qu'il n'était pas intéressé par le poste. “Je suis un animateur de talk-show”, avait-il déclaré. “J’aime ça”.

» Carlson se classe comme l'animateur d'actualités par câble le plus populaire de l'histoire des États-Unis, attirant régulièrement plus de 3 millions de téléspectateurs à son émission nocturne. Il a rassemblé en moyenne plus de 5,3 millions de téléspectateurs en octobre 2020, établissant un nouveau record pour le secteur de l'information par câble. »

Mais l’époque est singulière, sans précédent, avec d’énormes événements et une rapidité de ces événements sans précédent, face à une classe politique d’une stupéfiante impuissance et d’une paralysie minitieuse dues à une pensée totalement emprisonnée dans un diktat de bienpensance d’une extraordinaire puissance. Cela est moins un argument rationnel pour faire changer d’avis Carlson, qu’une circonstance totalement incontrôlable qui peut tout bouleverser en un éclair de temps, y compris les certitudes de  Carlson .

Donc, une spéculation sur sa candidature, même si loin de 2024, ne peut être prise à la légère. Et dans ce cas, il ne nous semble pas inintéressant d’associer pour un “ticket” présidentiel et pour la vice-présidence le nom de Tulsi Gabbard, très proche de Carlson dans nombre de domaines, aussi bien politiques que personnels, et aussitôt vient l’idée qu’à eux deux ils formeraient un “ticket” formidable :
un homme blanc et très grand journaliste, –  populiste sinon libertarien ; une femme de couleur avec une expérience parlementaire et lieutenant-colonel dans la Garde nationale, – démocrate ;
tous deux avec les particularités traditionnelles de ces deux engagements,
mais tous deux farouchement opposés à ces deux folies dévastatrices, entropiques et stupides, de l’extrémisme wokeniste et des guerres folles de la “politiqueSystème”.

Il s’agit de pures spéculations qui n’ont pour l’instant quasiment aucune chance de se réaliser tant toutes les forces de l’establishment se ligueraient contre une telle entreprise. Mais nous ajoutons aussitôt le bémol de rigueur : l’entreprise pourrait néanmoins se concevoir dans une telle époque absolument incontrôlable où des choses impensables et absurdes s’imposent de plus en plus souvent. Dans ce cas, l’idéal serait qu’ils concourent comme indépendants, contre les deux partis traditionnels, pour en détacher les éléments  non encore entièrement pourris. C’est moins à une victoire problématique, sinon inutile que nous songeons, tant une telle aventure, simplement dans ses premiers développements d’une campagne électorale, provoquerait des remous d’une force si considérable que toutes les structures politiques traditionnelles seraient conduites à céder, provoquant une situation absolument sans précédent

Mais l’on s’arrête plus précisément à Tucker Carlson, qui est l’objet principal de ce texte. Pour mieux expliquer l’attention que nous portons à la nouvelle, nous reprenons une partie d’un texte ‘F&C’ du 21 janvier 2022, sur « La stature de Carlson, l’antiwar », où est essentiellement analysée sa position remarquable (absolument proche de celle de Gabbard) sur Ukrisis et la guerre en Ukraine, renouvelée dernièrement. On remarquera combien ce texte du 22 janvier anticipe absolument tous les événements qui vont se dérouler à partir du 24 février.

« La stature de Carlson, l’antiwar

 « ...Cette fois, on s’arrête à un aspect américaniste de l’épisode sans fin ukrainien, car il importe sans cesse de se documenter sur ce tsunami de démence qui affecte le monde, essentiellement le bloc-BAO, en très-bonne place les USA, avec la France en brillant second... Ici, il s’agit des aventures de Tucker Carlson, le plus populaire de tous les présentateurs TV actuels aux USA, et sans doute l’un des plus populaires de l’histoire de la télévision.

» Hier, Carlson a eu “un segment” avec un excellent expert et universitaire, Clint Ehrlicht. Carlson s’engage de plus dans la dénonciation de cette folie ukrainienne qui frappe aussi bien des républicains que des démocrates, comme on le voit le 11 novembre 2021, avec le député Mike Turner. Carlson a une fantastique vigueur et son incursion dans la politique étrangère belliciste des USA, – la “politiqueSystème”, disons-nous plus que jamais, – est un facteur politique très important.

» D’abord, quelques mots de ‘ZeroHedge.com’ reprenant le segment Carlson-Ehrlich de mardi soir.

» “L'auteur et commentateur politique Michael Brendan Dougherty écrit (tweet du 19 janvier 2022) : ‘Définir la souveraineté et l'intégrité de l'Ukraine comme un intérêt sécuritaire fondamental des États-Unis, comparable à l’intégrité du Massachusetts, est une forme de folie.’ Pour illustrer ce propos, on citera Clint Ehrlich, qui a passé beaucoup de temps en Russie et dans la région au sens large en tant que chercheur en géopolitique, ce qui en fait en quelque sorte un expert sérieux de la crise. Son apparition dans l’émission ‘Tucker Carlson Tonight’ a provoqué une crise de nerf collective parmi les experts de l’establishment, comme on n’en a plus vu depuis l'apogée de l’hystérie du Russiagate ces dernières années. 

» “Il y a quelques jours, Ehrlich a écrit (tweet du 16 janvier 2022) que ‘le monde est perché au bord d’un abîme. Nous pourrions bientôt assister aux pires combats en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, tuant des milliers de personnes et augmentant la probabilité d'une guerre nucléaire. Il n’était pas nécessaire que les choses se passent ainsi.’ Et ce mercredi, il avait encore ceci à dire : ‘Mon segment d’hier soir avec  Tucker Carlson a eu un impact plus grand que je ne l'aurais jamais imaginé. Elle fait perdre la tête aux experts et aux politiciens pro-guerre ! Faisons un catalogue de leur crise nerveuse...’

» “Clint Ehrlich décrit ensuite l’avalanche de “courrier haineux” qu'il a reçu en moins de 24 heures depuis son segment ci-dessus avec Tucker Carlson de FoxNews...”

» Suit une avalanche de tweets comme un florilège des experts et spécialistes de sécurité nationale, en général toutes tendances confondues, mais avec une forte prééminence de progressistes et de démocrates qui se révèlent d’extraordinaires et hystériques bellicistes. Dans ce cas, c’est nettement la gauche progressiste-libérale intra-Système qui mène le bal ; comme on trouvait, dans les années 2000, des rassemblements de même acabit, mais avec la droite universaliste-interventionniste comme inspiratrice. On a rappelé cela avant-hier, d’une façon générale.

» Le journaliste et analyste irlandais Graham Dockery s’attache de façon plus précise à la signification de la ‘sortie’ de Carlson, pour faire le constat qu’on voit effectivement s’imposer un renversement complet des tendances d’influence dans la répartition des pro-guerres et des antiguerres :

» “Imaginez que vous reveniez 20 ans en arrière et que vous expliquiez la situation géopolitique actuelle des États-Unis à quelqu'un de 2002. Il croirait facilement que les dirigeants du pays s'engagent dans une guerre qu'ils ne peuvent gagner pour des raisons qu'ils n'ont pas expliquées.

» “Mais l'Américain de 2002 serait choqué d’allumer les chaînes d'information et de constater que le seul message anti-guerre aux heures de grande écoute provient de Fox News, et que les cris les plus forts en faveur de la guerre proviennent des chaînes progressistes CNN et MSNBC.

» “Alors que l'administration Biden envisage sérieusement la perspective d'une guerre avec la Russie au sujet de l'Ukraine (la dernière idée brillante de la Maison Blanche est d'envoyer des armes aux paramilitaires ukrainiens, à la manière de la Syrie), c'est exactement ce qui se passe.

» “Mardi soir, l'animateur de Fox News Tucker Carlson s'est longuement prononcé contre une guerre en Ukraine, affirmant qu'un tel conflit serait ‘incroyablement destructeur’. L'invité de Carlson, l'analyste Clint Ehrlich, a développé ce point de vue, affirmant que faire entrer l'Ukraine dans l'OTAN, – le plan qui a déclenché la descente actuelle vers la guerre, – ne servirait pas les intérêts stratégiques des États-Unis, ni ceux de l'OTAN elle-même

» Effectivement, Dockery tient pour essentielle la prestation de Carlson mardi soir, avec son interlocuteur Clint Ehrlich. Le présentateur de Fox.News, dont les audiences quotidiennes sont les plus hautes du monde télévisuel avec des chiffres moyens proches de 4 millions d’auditeurs et d’innombrables reprises sur vidéos, représente depuis deux-trois ans la principale force de communication dans les affaires intérieures qui développent une crise fondamentale de l’américanisme ; bien entendu il est contre Biden, contre les progressistes-sociétaux, etc. (plus que pro-Trump, ce qu’il est assez souvent, mais dont il n’est en aucun cas le prisonnier). Carlson est régulièrement traité de ‘suprémaciste blanc’ et de ‘populiste’.

» Comme on le notait plus haut, il semble que Carlson s’implique désormais de plus en plus dans la politique extérieure, et il le fait en tenant une ligne plutôt proche des libertariens et des ‘paléoconservateurs’ (isolationnistes). Cela se traduit dans ce cas par une posture antiguerre, dont il pourrait être la figure de proue, disposant d’une formidable tribune sans être tenu par aucune attache politique... Drôle de cure pour FoxNews.

» “L'image est claire : lorsqu'il s'agit de l'Ukraine, les experts et les commentateurs, de l'establishment de gauche à la droite néoconservatrice, ne sont pas d’accord seulement sur la rapidité et la force avec lesquelles les États-Unis devraient intervenir pour stopper une éventuelle invasion russe en Ukraine, [mais approuvant tous l’intervention]. Seul Carlson, considéré comme d'extrême droite par les progressistes américains, est totalement opposé à l'implication des États-Unis.

» “Il s'agit d'une inversion fascinante du scénario par rapport au paysage médiatique de l'après-11 septembre, dans lequel la dissidence était principalement le domaine de la gauche. Cette inversion des rôles est un autre rappel du réalignement en cours dans la politique américaine, largement déclenché par l'ascension de Donald Trump. En faisant campagne sur une plateforme d'isolationnisme ‘America First’, Trump a arraché le contrôle du parti républicain aux faucons et aux interventionnistes, dont beaucoup ont afflué dans les médias progressistes pour se plaindre de lui. Max Boot, Bill Kristol et les prédateurs sexuels bellicistes et usés qui travaillent pour le Lincoln Project ont tous trouvé un nouveau foyer dans les médias progressistes, qui cherchent désespérément quelqu’un, n’importe qui, qui veuille bien s’en prendre à Trump. 

» “L'importante faction pro-guerre qui reste au sein du GOP est désormais confrontée à un accueil beaucoup plus glacial lorsqu'elle tente de proposer des conflits étrangers auprès de la base de Trump. Lorsque Mike Turner, membre du Congrès de l'Ohio, a tenté de rallier Carlson à l'idée d'envoyer des armes en Ukraine en novembre dernier, il a été verbalement anéanti par le présentateur de Fox News. 

» “Notant que de nombreuses familles de militaires regardent son émission, Carlson a dit à Turner : ‘Je me demande si vous pourriez leur expliquer pourquoi il est dans l'intérêt de l'Amérique que leurs enfants risquent leur vie en Ukraine ... pourquoi l’Américain moyen devrait-il se soucier de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, sincèrement ?’”

» Conclusion à ce point : une stature médiatique et une influence, une conviction aussi forte également, font de Tucker Carlson un candidat naturel, – sans volonté politique ou ambition manifestées jusqu’ici, c’est important – pour accompagner, exprimer, voire conduire en certains cas la fureur de la droite populiste, libertarienne et paléoconservatrice. Il ne faut absolument pas le confondre avec Trump, ni en faire ‘un homme de Trump’ ; Carlson a une réelle indépendance, et dans cet ordre d’idée, plus que dépendre de FoxNews c’est FoxNews qui dépend de lui pour l’orientation doctrinale.

» La remarque de Dockery est importante :

» ‘'L'importante faction pro-guerre qui reste au sein du GOP est désormais confrontée à un accueil beaucoup plus glacial lorsqu'elle tente de colporter des conflits étrangers auprès de la base de Trump...”

» Cela signifierait qu’il existe à droite une ‘base populaire’ à un mouvement antiguerre, ce qui serait totalement inédit depuis les années 1930-1941 et le mouvement ‘America First’, – que seuls les psychopathes progressistes peuvent traiter de ‘fascistes’ alors que les fascistes d’alors étaient du côté de Wall Street et du Corporate Power, demandant [en 1933] au général Butler d’organiser un coup d’État. Nous parlons de ces mêmes Wall Street et Corporate Power qui, aujourd’hui, suscitent et subventionnent à fond toute la gauche hystérique, sociétale-progressiste, wokeniste, déconstructrice, etc., en se vautrant dans la gestuelle déconstructrice comme des mandarins du Parti durant la révolution culturelle de Mao.

» Dans cette nouvelle structuration, on comprend le rôle essentiel de Carlson, encore une fois comme ‘influenceur” et porte-parole dans cette bataille politique ‘hybride’, comme il y a une ‘guerre hybride’, sans rapport d’organisation idéologique avec ce qui a précédé, c’est-à-dire une structuration non-idéologisée. Le point principal ‘du jour’ est l’intervention de plus en plus grande, et radicalisée, de l’intérêt de Carlson pour la politique extérieure, dans un sens antiguerre radical. »

 

Mis en ligne le 18 juillet 2022 à 15H25