RapSit-USA2021 : On cancel tout le monde en rond

Brèves de crise

   Forum

Un commentaire est associé à cet article. Vous pouvez le consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer

 1586

RapSit-USA2021 : On cancel tout le monde en rond

Le Grand-Prêtre lui-même, Saint-Barack, nous dit qu’il se peut qu’on soit allé “trop loin”, – “A cancel too far” si l’on veut, pour paraphraser l’expression choisie par Cornelius Ryan d’« Un pont trop loin » pour caractériser l’opération sur Arnhem, en septembre 1944. Mais dans ce cas (Obama), cela pourrait bien être plus une question de grande stratégie qu’une question de simple quoique grande tactique. Cela signifierait que le Grand-Timonier de la postmodernité d’Outre-Atlantique éprouverait une réelle préoccupation à l’égard des excès désormais manifestes du mouvement qu’il a largement contribué à lancer.

Quoi qu’il en soit, – et qui est vraiment capable de dire véritablement ce qu’il en est, y compris Obama ?, – c’est notre sentiment autant que notre jugement. Il s’agit d’un jugement d’importance pour nous, puisqu’il signifie que l’intervention d’Obama n’est pas une simple posture ou une manœuvre tactique de plus mais bien une préoccupation centrale qui, par ailleurs, nous en dit long sur la forme et la dynamique du mouvement wokeniste.

Lors d’une interview le 8 juin avec Anderson Cooper des amis-de-CNN (rapportée dans un article de SummitNews), l’ancien président Barack Obama a déclaré que la culture de l’annulation (“cancel culture”, ou wokenisme pour nous) est allée trop loin dans la société américaine, notamment dans le sport désormais national de la dénonciation, de l’accusation-condamnation publiques, et exécution immédiate qui s’ensuit. Obama emploie l’image fameuse du peloton d’exécution qui se forme en cercle pour caractériser la situation à laquelle on arrive ; tout le monde se radicalise encore et toujours plus, accuse tout le monde dans une surenchère caractéristique de vertu terroriste et de terreur vertueuse, – où les soldats du peloton d’exécution en arrive à se tirer les uns sur les autres et vice-versa, sinon ainsi de suite.

« Il existe un grand danger dans la culture de l’annulation et le “Nous allons condamner constamment les gens”, dans tous les cas chez les jeunes gens et jeunes filles de l’âge de mes filles ; dans les établissements d’enseignement et sur les campus universitaires, il est évident que les gens vont trop loin”.
» Bien qu’il estime justifié d’interpeller les individus et les institutions s’ils ont un “comportement cruel”, Obama estime qu’il est vain d’attendre de chacun qu’il soit “parfait”.
» “Il ne faut pas espérer que tout le monde soit, à chaque instant, parfaitement ‘politiquement correct’”
» L’opinion d’Obama sur le puritanisme ‘wokeniste’ n’avait pas changé depuis 2019, lorsqu’il avait affirmé qu’interpeller les gens sur les médias sociaux parce qu’ils ne sont pas politiquement corrects n’était “pas du militantisme” [et, par conséquent, était parfaitement justifié et nullement condamnable].
» “Cette idée de pureté selon laquelle vous n’êtes jamais moralement en faute, que vous êtes toujours ‘woke’ et tous ces trucs, il faut s’en débarrasser le plus vite possible”. Obama ajoute : “Le monde est chaotique. Il y a des ambiguïtés. Il y a des gens qui font de très bonnes choses, qui en même temps ont des défauts”.
» Obama a averti les gauchistes que la tendance continuelle à constamment renchérir sur les autres en termes de politiquement-correct conduit à la formation d’un “peloton d’exécution formé en cercle”. »

Obama-Mao cancel-rétropédale

Nous estimons devoir accorder une grande importance à cette intervention d’Obama dans la mesure de sa très forte influence, pour ne pas dire plus, sur l’administration Biden et, plus généralement, sur le mouvement antiraciste gauchisant (le wokenisme en général) qui constitue la base activiste de la situation politique actuelle aux USA. Très récemment encore, Obama avait affirmé (réaffirmé) cette influence sur l’administration Biden, et par conséquent sur la vie politique US :
« S’adressant à Ezra Klein du Times, Obama a expliqué : “Je pense que ce que nous voyons maintenant, c’est que Joe et l’administration sont essentiellement en train de finir le travail. Et je pense que ce sera un test intéressant. Quatre-vingt-dix pour cent des personnes qui étaient là durant mon administration poursuivent et développent les politiques dont nous avons parlé...” »

La question qui vient à l’esprit est, comparant ces deux interventions (celle du 2 juin et celle dont nous parlons aujourd’hui) : Obama a-t-il brusquement changé d’avis ? Ou bien, manœuvre-t-il, et dans quel sens, et dans quel but ? Nous pensons que la réponse se trouve dans la différence des sujets que traite Obama.

• Dans les premières interventions, il parle, avec satisfaction, de son influence sur l’administration Biden, qui fait de cette administration une sorte de “troisième mandat” d’Obama. Dans celle qu’on traite aujourd’hui, il parle de la base activiste, du wokenisme, qui est censé soutenir l’administration Biden. On en tire alors la conclusion hypothétique que l’administration Biden (Obama-III) est de plus en plus dépassée par une base activiste qui devient de plus en plus incontrôlable, jusqu’à un extrémisme radicalisé qui produit un nihilisme politique très préjudiciable et très dangereux pour le parti démocrate, et pour ses propres ambitions (celles d’Obama), – en plus de l’être pour l’Amérique et les pays “sous influence”.

• D’une façon très intéressante, on pourrait faire le parallèle entre le rôle de Mao durant la révolution culturelle et celle d’Obama par rapport au wokenisme qui génère une “révolution culturelle” d’une radicalité équivalente, – mais sans la gravité et la terreur policière et liquidatrice des violences de masse de la période chinoise. Obama apparaît beaucoup moins à l’aise que Mao, qui jouait alternativement en faveur des Gardes Rouges et en faveur de la direction du Parti évoluant de purge en purge. Il semble bien qu’Obama n’ait pas la capacité de contrôle de Mao ; il faut dire qu’en Chine, on réalisait des réalignements à coup de massacres considérables effectués par l’armée alors que la bataille du wokenisme se livre au niveau de la communication (terreur, haine, accusations publiques, etc.) et les réseaux sociaux tenant le rôle des régiments de l’Armée Populaire fusilleurs de Gardes Rouges.

• On renforce alors notre constat qu’on se trouve effectivement dans une nouvelle phase de paroxysme. Le radicalisme gauchiste s’est mis en place et assure sa domination via les moyens de communication (presseSystème, bien entendu, réseaux sociaux, Politiquement-Correct hors du contrôle d’Obama) et une agitation politique et criminelle permanente dans la rue (voir par exemple Baltimore, Los Angeles, Minneapolis, etc.). Il apparaît de plus en plus que les principaux instigateurs perdent en plus de leurs moyens de contrôle, tandis que le mouvement morphe en une sorte de rhizome sans direction, sinon l’entraînement d’une dialectique folle et suicidaire. Les démocrates et Obama se trouvent dans une situation extraordinairement délicate, tenant de la schizophrénie, qui revient à la fois à accélérer (entretenir le paroxysme de leur base) et freiner (contenir le paroxysme de leur base), en constatant que les pédales répondent de moins en moins.

• La perspective reste donc plus que jamais chaos et désordre, et la perte de contrôle produisant paralysie et impuissance. Le puissant appareil bureaucratique et les diverses fortunes du Corporate Power, avec les Big Tech en pointe, ne font que poursuivre le verrouillage d’une apparence de contrôle, tout en alimentant à la fois les extrémismes et les contradictions qui érodent à une vitesse prodigieuse ce contrôle.

Kamala est tellement mauvaise...

Ce théâtre général, qui est plus un “système (de contrôle) de spectacle” qu’une Société du spectacle, est aggravé par un problème ponctuel, précis, et potentiellement grave. La preuve est assénée chaque jour que le simulacre important de la direction suprême de ce “spectacle” est entre les mains de deux personnes, de plus en plus diminuée pour l’une (Biden), de plus en plus évidemment incompétente pour l’autre (Harris).

Il est manifeste que les bruits de désappointement et de déception du comportement de Harris durant son voyage au Guatemala et au Mexique, viennent de sources de l’administration Biden qui sont des anciens d’Obama redirigés par l’ancien président, ceux au travers desquels Obama se targue de tenir et de diriger l’administration Biden. Il s’agit de faire peser une pression sur la vice-présidente pour qu’elle s’avise de sa position très délicate, qu’elle fasse plus d’efforts pour s’adapter à sa fonction actuelle, voire se préparer à une future fonction bien plus importante.

« Le premier voyage à l’étranger de la vice-présidente Kamala Harris – au Guatemala et au Mexique, – a laissé les responsables de la Maison Blanche très insatisfaits, selon un nouveau rapport.

» Jeremy Diamond de CNN, qui accompagnait Harris lors de son récent voyage, a rapporté mercredi matin que plusieurs sources à la Maison Blanche ont dit leur “perplexité” devant la médiocrité de la performance de Harris à l’étranger.

» Diamond a ajouté que la propre équipe de Harris a exprimé sa “frustration” à l’égard de sa patronne et que les réponses de la vice-présidente à certaines questions ont “éclipsé” les succès qu’elle a pu remporter au cours de son voyage.

» L’une de ces réponses a été donnée lors d’une interview avec Lester Holt de NBC News, qui a interrogé Harris à propos de son absence  de visites à la frontière américano-mexicaine, un point fréquemment soulevé par les critiques conservateurs depuis que Harris a été chargée de la crise frontalière en mars.

» A la question de savoir pourquoi elle ne s’était pas rendue à la frontière, Mme Harris a rétorqué qu’elle n’était pas non plus allée en Europe. La réponse a répandu la perplexité.

» Harris a également été critiquée pour avoir tenté d’adopter une position intransigeante sur l’immigration lors de son séjour au Guatemala, en disant à plusieurs reprises aux migrants qui envisageaient de faire le “dangereux voyage” vers les États-Unis de “ne pas venir”. Ce langage a ensuite été adouci par la Maison Blanche, – il a été rectifié pour dire d’une façon plus neutre que les structures nécessaires pour l’accueil des migrants n’étaient pas encore en place. Harris a été fortement critiqué dans son propre parti, notamment du fait de la représentante Alexandria Ocasio-Cortez. »

Jusqu’ici, la question de la direction de l’administration était ramenée à cette interrogation : jusqu’à quand Biden pourra-t-il tenir à la présidence dans son état de santé ? Désormais, il s’en ajoute une autre, encore plus angoissante : si Biden s’en va, que va-t-il se passer avec une nouvelle présidente si complètement incompétente, et qui semble ne pouvoir rien apprendre de rassurant depuis six mois qu’elle se trouve en place ?

Les réponses stéréotypées habituelles, sur la réalité du pouvoir, y compris dans ce cas où l’administration est quasi-totalement tenue par des hommes d’Obama, ne sont pas absolument pas suffisantes. Même si l’on est manipulé, il faut avoir une certaine souplesse et une certaine intelligence de comportement dans une position si importante que la direction suprême même de circonstance, où il existe des pouvoirs directs qui, eux, ne peuvent pas être manipulés et demandent une capacité de réaction personnelle constructive et convaincante dont il semble que Harris ne soit guère pourvue.

C’est un problème gravissime pour Obama, pour les démocrates, pour la tentative de prise en main plus ferme du contrôle de la situation. Plus que jamais, la fermeté et la compétence des exécutants au sommet de l’administration sont requises, sans quoi les préoccupations d’Obama devant les excès incontrôlés du wokenisme vont se transformer en un cauchemar de l’incapacité du pouvoir suprême d’utiliser tous ses moyens d’une manière appropriée pour participer à cette tâche de reprise en mains ; car il est entendu que les foules wokenistes incontrôlées entendent, par la dynamique naturelle de leur activisme, profiter de toutes les faiblesses exploitables.

On est alors ramenés pour une explication satisfaisante aux conditions qui ont présidé à la “sélection” (début 2020) des candidats démocrates contre Trump, selon les coups fourrés et les illégalités habituelles de la direction du parti démocrate. On est ramené au climat d’archi-diabolisation de Trump qui régnait alors, – et qui continue d’ailleurs à régner, comme un signe d’une pathologie contre laquelle aucun vaccin miraculeux n’a été développé : selon les plus récentes analyses statistiques reprenant les divers émissions de la chaîne, CNN cite plus souvent le nom de Trump que celui de Biden !

Ce climat du début 2020 imposait une seule option aux différents patients de l’asile d’aliénés : trouver n’importe qui, dans l’urgence extrême et le respect religieux des quotas de la diversité, pour (les) opposer à Trump qu’on se chargeait de démolir consciencieusement par les moyens habituels du “complotisme”, des “FakeNews”, etc., – de toutes ces choses dont ils usent immodérément et qui les enivrent. Ainsi fut sélectionnée Harris, dont l’incroyable incompétence avait été mise à jour et démontrée lors d’un affrontement célèbre entre elle et Tulsi Gabbard, au cours d’un débat de janvier 2020 entre les candidats à la désignation démocrate.

On se trouve bien dans le tourbillon crisique du simulacre truffée de divers sous-simulacres d’où toute vérité-de-situation est exclue, où règne le déterminisme-narrativiste construit sur un empilement de fausses “vérités” et de “vrais” mensonges. Cette situation oblige à mettre en piste des situations et des acteurs absolument mensongers et incompétents, pour les confronter à des réalités extrêmement dures et de plus en plus rétives, elles, à ce déterminisme. On comprend les craintes et les inquiétudes de Mao-Obama, dont l’intelligence est incontestable, et semble-t-il suffisante pour lui faire mesurer la catastrophe qui règne aujourd’hui dans la direction et les élitesSystème de l’américanisme.

Bon vent, les gars.

 

Mis en ligne le 10 juin 2021 à 11H40