RapSit-USA2021 : Le sénateur et le Texit

Brèves de crise

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RapSit-USA2021 : Le sénateur et le Texit

Bien que la question de la sécession soit officiellement considérée (aux USA) comme une non-question (une ‘cancel question’ comme il y a une ‘cancel culture’), elle est dans tous les subconscients et même dans pas mal d’esprits dans la phase présente (commencée début 2020 avec le Covid) de la crise de l’américanisme. Cette fois, un pas supplémentaire est franchi lors d’un débat à l’université A&M du Texas, avec le sénateur Ted Cruz, l’un des deux représentants du Texas au Sénat des Etats-Unis. Cruz a évoqué l’hypothèse de la sécession du Texas, non pas en passant, non pas par inadvertance, non pas par une allusion, mais d’une manière substantielle, en posant le problème dans le contexte de l’impossibilité grandissante où se trouvent les deux camps qui déchirent le pays de trouver un terrain d’entente.

C’est “un pas supplémentaire” et c’est un événement car il s’agit de la première fois, à notre connaissance, dans la séquence actuelle, qu’un parlementaire de cette importance, installé dans le système centralisateur des États-Unis, évoque la possibilité d’une rupture de cette centralisation. Cruz, sur un ton léger qui cachait à peine la gravité du propos, a tracé les conditions dans lesquelles il deviendrait nécessaire d’envisager la sécession du Texas. On ne pale ici que du Texas mais l’on sait bien que d’autres États, la Floride en premier, sont également travaillés par cette hypothèse.

Le Texas a d’ores s’est déjà opposé à diverses initiatives de l’administration Biden concernant les mesures anti-Covid, le système électoral, la politique de l’immigration, voire l’enseignement des théories wokenistes dans les établissements d’enseignement.

« Depuis l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, accompagné d’une bande de marxistes culturels fous, les Texans tentent de se distancer de la masse gauchiste qui engloutit désormais de larges pans du pays. En adoptant les mesures les plus restrictives du pays en matière d’avortement, en luttant contre les masques draconiens et les mandats de vaccination imposés par la Maison Blanche contrôlée par les démocrates, le Texas se montre à la hauteur de sa nature rebelle de l’État dit de la ‘ Lone Star’.

» Cependant, pour de nombreux Texans, comme le sénateur Ted Cruz, le rempart juridique érigé contre la folie qui s’installe n’est pas suffisant. Afin de s'immuniser totalement contre le virus rampant du progressisme hyperlibéral, Cruz estime que la sécession du Texas des États-Unis est une option qui ne peut plus être exclue. »

Le commentateur fameux de RT.com Robert Bridge analyse cet événement dans un texte publié le 8 novembre, sous le titre « Le Texas devrait-il songer à suivre sa propre voie ? Ted Cruz pense que l’hypothèse de la sécession ne peut plus être écartée ».

« Au cours d'une discussion animée à l'Université A&M du Texas, où l'on ne voyait pas un seul masque anti-Covid dans l’auditorium bondé, Cruz a averti que si les démocrates continuaient à “détruire les fondements du pays” avec leurs expériences du wokenisme déviant, il pourrait arriver un moment où la situation deviendrait “sans espoir”. Le sénateur a souligné d'autres actions de division menées par les démocrates qui pourraient déclencher un mouvement de sécession, y compris la modification de la composition de la Cour suprême, la transformation du district de Columbia en un État et l’expansion massive de la “fraude électorale” par le biais de diverses machinations, comme le vote par correspondance. Toutes ces actions ont été évoquées par les démocrates, qui sont furieux que la Cour suprême [...] soit désormais sous influence majoritairement conservatrice.

» Si les démocrates adoptent les mesures susmentionnées, Cruz a suggéré que l’État du Texas pourrait “prendre la NASA, prendre l'armée et prendre le pétrole”. Ces mots pèsent lourd, si l'on considère que le Texas abrite le tentaculaire centre spatial Lyndon B. Johnson de la NASA, 41% des réserves totales de pétrole des États-Unis, et plus d'une douzaine d'installations militaires majeures. Il est clair que la menace “Don't Mess with Texas” [“Ne cherchez pas des noises au Texas”] n'est pas une menace vide de sens ; l'État a plus que suffisamment de réserves pour survivre par lui-même.

» Bien que les remarques dites sur un ton désinvolte de Cruz aient déclenché rires et applaudissements de la part de la foule, l’univers Twitter s'est mis à hurler de façon hystérique que le sénateur appelait à une nouvelle “insurrection”, comme le pétard mouillé du 6 janvier où les manifestants ont été escortés par la police à travers le bâtiment du Capitole.

» Même si l’on les considère comme des plaisanteries devant un public local et acquis à sa cause, les commentaires un peu rugueux de Cruz ont mis à jour les profondes fissures qui existent tout juste sous la surface de la société américaine en ruine. Il n’est pas difficile d’imaginer, avec chaque nouveau décret de Biden et chaque expérience libérale imposée au pays, que la possibilité d'un ‘Texit’ n’est peut-être plus très éloignée. »

Bridge passe ensuite en revue les aspects les plus insensés et les plus déstabilisants de l’étrange “politique” menée par l’équipe Biden, – plus que par Biden lui-même. Cette équipe est farcie d’hommes (et de femmes, certes) venus de l’administration Obama ou proches d’Obama. On se rappelle à cette occasion que l’ancien président avait fait le 1er décembre 2020 à Stephen Colbert, dans son émission ‘The Late Show’, cette déclaration en forme de plaisanterie symbolique à-la-Cruz, qui aurait été plutôt (elle aussi ?) une confidence de circonstance et du type prémonitoire...

« Si je pouvais arriver à un arrangement où j’aurais un relais dans la place [à la Maison-Blanche], un homme ou une femme de tête, avec une oreillette par où recevoir mes suggestions de proposition ou d’action, et moi dans ma cave, à  consulter fiévreusement ma documentation, et que je pourrais en quelque sorte exercer mon influence [comme si j’étais président] tandis que quelqu’un d’autre se chargerait de la conversation et du cérémonial, ce serait parfait pour moi parce que je trouve ce travail à faire absolument fascinant. »

C’est à cette lumière qu’il faut envisager la suite, notamment l’activisme de l’administration disons Barack-Biden, et c’est à cette lumière que Bridge conclut donc son article. Les perspectives sont de la sorte qu’on imagine : elles doivent nous faire penser, notamment en songeant à la France qui se considère si souvent comme le pays en crise-maxi au milieu d’un univers où elle ferait figure de mauvais élève trop dissipé, que la sacro-sainte Amérique est elle aussi au bord du paroxysme d’une crise-maxi qui, si elle tient ses promesses, ébranlera le monde.

« Jusqu’à présent, [les affrontements entre démocrates (gauchistes radicaux) et les républicains (conservateurs populistes) ont] été un sport relativement inoffensif, une sorte de spectacle de salon du type “Panem et Circenses” qui donne à la nation une soupape de sécurité pour évacuer la pression politique qui s’accumule. Toutefois, comme en témoignent les commentaires de Cruz, qui ont été accueillis avec délice par son public universitaire, il semble que les États-Unis se dirigent vers le jour où le spectacle médiatique du Grand-Guignol ne sera plus en mesure de contenir les forces primaires désormais à l’œuvre dans le pays.

» La distance idéologique entre les démocrates et les républicains atteint ce seuil invisible où les pitreries quotidiennes des grandes gueules des médias ne parviennent plus à satisfaire les masses, dont les psychologies sont déjà tendues jusqu’au point de rupture par une pandémie et toutes les restrictions extrêmes.

» Ted Cruz a tiré un coup de semonce vers la ménagerie du parti démocrate, pour avertir des dangers de pousser la nation au-delà du point de non-retour. Bien qu’il soit peut-être trop tôt pour que les Texans se préoccupent de l’écriture d'un hymne national ou de savoir si [le polémiste-radio ultra-populaire] Joe Rogan ferait un bon président du Texas, il est clair que des problèmes se profilent à l'horizon. À moins que les Américains ne trouvent un moyen de dompter les passions politiques ferventes de la gauche progressiste, qui entraîne le pays vers une vertigineuse terra incognita, les discussions sur un divorce national ne feront que s’amplifier. »

Il y a déjà un certain temps qu’on parle de sécession dans une atmosphère de tension extraordinaire, notamment et justement à propos du Texas. Le point essentiel est bien entendu que cette “conversation” ne cesse pas et prend une allure de plus en plus tangible, tandis que s’accumulent les querelles pressantes et opérationnelles entre le centre washingtonien-démocrate et les États à direction républicaine.

Comme on l’a vu avec le Texas justement, il s’est agi jusqu’ici d’autorités de l’un ou l’autre État, et chaque fois d’un point de vue tactique, à propos de querelles opposant l’un ou l’autre aux lois et directives fédérales, notamment devant la Cour Suprême. Avec Cruz, il s’agit d’un membre d’une des branches du pouvoir fédéral, ce qui élargit effectivement, symboliquement autant qu’opérationnellement, la thématique de la sécession au plus haut niveau possible, celui qui précède l’action. On peut d’autant plus avancer cette remarque qu’à notre sens, même sous forme de plaisanterie, Cruz n’a pas dit ce qu’il a dit à la légère, et qu’il l’a dit après s’être consulté lui-même avec les autorités de l’Etat, notamment le gouverneur Abbott... Lequel Abbott se trouve de plus en plus pressé par la situation sur sa frontière Sud, plus très loin d’une situation où la crise ne pourrait être contenue que par une sorte de “mobilisation” des réservistes texans (y compris les vétérans texans de l’armée fédérale), donc dans une posture d’insubordination vis-à-vis de Washington qui ne pourrait se justifier que par l’acte de la sécession après avoir été interprété comme tel.

Le fait important depuis la défaite démocrate de Virginie est que cette défaite n’a en rien apaisé les tensions déstructurantes et wokenistes des radicaux de l’ultragauche démocrate, y compris des recommandations extraordinaires d’illégalité de la porte-parole de Biden recommandant aux dirigeants d’entreprise américaines d’ignorer les décisions de certaines courts de suspension au moins temporaire du décret-Biden concernant les vaccinations obligatoires dans les entreprises. D’autres signes d’opposition à la folie wokeniste-covidienne apparaissent dans divers points du pays, jusqu’en Californie et y compris contre les vaccins qui sont pourtant des actes sanitaires du parti des démocrates dans ces querelles de modernité-tardive versant dans un monstrueux Absurdistan.

Comment pourraient-ils s’entendre ? Zemmour aime bien citer de Gaulle disant que les musulmans et les chrétiens sont « comme l’eau et l’huile », sans espoir de s’assimiler et de s’intégrer. Aux jours étranges de notre étrange aujourd’hui, la formule pourrait être dite encore plus sûrement, aux USA, des démocrates et des républicains à la lumière de leurs radicalités respectives.

 

Mis en ligne le 9 novembre 2021 à 15H25