RapSit-USA2020 : l’horizon du terrible événement

Brèves de crise

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RapSit-USA2020 : l’horizon du terrible événement

Désormais, nous sommes dans la phase finale de l’approche de l’élection présidentielle aux USA et, depuis la fin du mois de septembre à peu près, il est devenu courant, hors des USA, d’apprécier cette perspective comme incertaine et terrible, peut-être catastrophique. Les événements ayant contribué à fixer cette perception sont le débat Trump-Biden et sa sauvagerie, à la fin septembre, puis l’épisode ultra-rapide, surréaliste, à la fois tragédie et bouffe, de Trump-Covid19, de son hospitalisation et de son rétablissement.

(Il faut noter qu’une explication rationnelle et acceptable sinon scientifique de cet épisode, par rapport à la position conformiste-PC de la pandémie et de la séquence d’incubation, de la maladie ou pas, de sortie enfin de la maladie, reste encore et toujours à être présentée. Cette remarque vaut d’autant plus en fonction de la personnalité de Trump, des sentiments extrêmes qu’elle suscite, de la situation aux USA, etc. Tout se passe comme s’il y avait un peu de magie dans ce cas, ce qui ne peut étonner lorsqu’il s’agit des USA [American Dream] et de Trump-Hitler.)

 Il se fait donc que les commentaires se font désormais plus précis, et des expressions comme “guerre civile” sont monnaie courante. Nous citons ci-après quelques interventions et textes allant dans ce sens, présentant à notre sens un intérêt de circonstance ou un intérêt de fond caractérisant l’évolution des positions et du jugement. Nous donnons quand c’est le cas une appréciation sur la personne concernée, sur la circonstance, sur la signification qu’il faut à notre sens proposer, etc.

• « Y a-t-il un risque de guerre civile dans ce pays ? », question posée à Sylvie Matelly, directrice adjointe de l’IRIS, par le chroniqueur économique Pascal Perri. “Ce pays”, ce n’est rien de moins que les États-Unis. Cela se passe sur LCI, chaîne de TV française, le 6 octobre un peu avant 16H30, dans l’émission PerriScope, – exactement à partir de 24’00” sur cette vidéo. Cette intervention est une sorte d’événement dans le sens qu’on parle pour une des premières fois de cette façon aussi abrupte de la situation aux USA, de cette possibilité-là, sur une chaîne aussi complètement MainStream (chaîne-Système, quoi) que LCI, dans une émission qui ne s’intéresse guère à la polémique des perceptions politiques. (Cette ‘avancée’ de la perception fait suite à cela, sans nul doute.) L’interlocutrice de Perri, plus au fait des événements aux USA et moins tenue aux règles-PC de fer des présentateurs, n’est pas étonnée par la question, et la prudence de la réponse, – un botté en touche en douceur, et nullement la moindre dénégation, – est aussi une bonne mesure de la prise de conscience dans les “territoires” du bloc-BAO, hors-USA et hors presse-antiSystème.

• De Alain de Benoist, répondant à des questions d’un intervieweur de BoulevardVoltaire, sur « la guerre civile à venir » (en France), que de très nombreux commentateurs « n’en finissent plus d’annoncer ». (Dans le reste de l’interview, il a été question du Liban, mais pas des Etats-Unis.) : « D’abord, pour qu’éclate une guerre civile, il faut déjà que la police et l’armée soient divisées, ce qui n’est pas le cas [en France]. Il faut ensuite que, de part et d’autre, il y ait des dizaines de milliers de personnes décidées à prendre les armes, ce qui n’est pas le cas non plus. Dans un avenir proche, une guerre civile me semble beaucoup plus probable au Liban, qui en a déjà connu, voire aux États-Unis, où les deux principaux camps politiques ont atteint, aujourd’hui, un niveau de détestation mutuelle que l’on n’avait pas connu depuis la guerre de Sécession. »

• D’Alastair Crooke, un extrait de son dernier commentaire, du 12 octobre en anglais sur Strategic-Culture.org et du 13 octobre en français sur RéseauInternational... Crooke a déjà souvent parlé de la situation interne aux USA, bien entendu, mais cette fois il la situe résolument d’une façon la plus large possible, rejoignant l’appréciation que nous en avons d’un très important ensemble de conséquences pour le reste du monde. En un mot, il lui donne sa dimension réelle, c’est-à-dire comme un composant central, sinon la matrice elle-même de la Grande Crise GCES... C’est dire s’il ne faut pas attendre de la crise aux USA une fin en elle-même tandis que le reste poursuivrait son chemin, mais un autre départ de feu, et sans doute le départ de feu fondamental de l’immense brasier du Système...

(Et l’histoire du monde de notre avenir jugerait alors que Trump, avec ses tweets au lieu de sa lyre, aurait été le Néron de la postmodernité, mettant le feu au monde au rythme de son clavier sarcastique et furieux.)

 « Alors que nous entrons dans le dernier mois des élections américaines, le point culminant attendu des animosités longtemps enfouies est tout proche. Il est peu probable qu’il soit bref ou décisif. Les convulsions internes des États-Unis sont cependant bien réelles. Mais l’implosion de la confiance sociale aux États-Unis se propage, et ses effets se font sentir dans le monde entier. Si l’incertitude de notre époque – aggravée par le virus – nous rend nerveux et tendus, c’est peut-être parce que nous avons l’intuition qu’un mode de vie, un mode d’économie aussi, touche à sa fin.
» La peur des bouleversements sociaux sème la méfiance. Elle peut produire l’état spirituel qu’Emile Durkheim appelait anomie, le sentiment d’être déconnecté de la société, la conviction que le monde qui nous entoure est illégitime et corrompu, que nous sommes invisibles – un “numéro” ; un objet impuissant de répression hostile, imposé par “le système” ; avec un sentiment qu’il ne faut faire confiance à personne.
[...]
» L’essai de David Brooks dans The Atlantic est centré sur l’effondrement actuel de la confiance sociale en Amérique – la confiance, dit-il, est une mesure de la qualité morale d’une société. Il explique comment, au cours des dernières décennies, l’Amérique est devenue “une société plus indigne de confiance … Les Américains connaissent aujourd’hui plus d’instabilité qu’à n’importe quelle autre période de leur histoire récente – moins d’enfants grandissent dans des ménages biparentaux mariés, plus de ménages monoparentaux, plus de dépressions et des taux de suicide plus élevés”.
» Les gens vivent aujourd’hui dans ce que le sociologue Zygmunt Bauman appelait la modernité liquide – tous les traits qui vous étaient autrefois attribués par votre communauté, vous devez maintenant les déterminer vous-même : votre identité, votre moralité, votre sexe, votre vocation, votre but et le lieu de votre appartenance.
» Ce que Brooks n’aborde pas, cependant, c’est la façon dont la méfiance des Américains les uns envers les autres, et pour quiconque d’autre qu’eux-mêmes, étant un empire, a eu un impact, plus largement, sur l’ordre géopolitique, et sur les perceptions de la bonne gestion des économies – qui, dans le cas de la Russie et de la Chine, sont tirées de l’expérience de convulsions antérieures qui leur sont propres.
» La méfiance [entre les pays et les puissances] se répand aujourd’hui plus vite que le coronavirus.
[...]
» Eh bien, la défiance géopolitique explosive se trouve dans ce fait que ces États qui sont en désaccord avec vous ne sont pas seulement en tort, mais illégitime et toujours menaçants. Ce sont les nouveaux barbares à nos portes. »

• Ici, une petite incursion sur le site Marxisme.fr qui défend nettement la ligne marxiste-léniniste classique, y compris avec Staline comme l’un des grands anciens. On trouvera dans ce texte une proximité certaine avec la Chine et sans aucun doute indirectement avec la Russie si l’on en juge par rapport aux sources référencées par liens, et aussi une appréciation générale de l’Amérique comme matrice du système de l’américanisme sans aucune préoccupation de la personnalité des acteurs de l’élection, et nullement comme terrain bien achalandé pour la classique lutte des classes. On jugera donc de la différence avec, par exemple mais puisé dans le même terreau marxiste originel, les trotskistes de la IVème Internationale (site WSWS.org), différence certainement jugée avec mépris et fureur par les seconds.

« Au moment où les USA durcissent leur politique extérieure anti-chinoise pour tenter de faire de la Chine leur bouc-émissaire et ainsi faire oublier les innombrables échecs nationaux et internationaux de l’administration Trump, les prochaines élections US risquent d’agir comme un catalyseur supplémentaire de la décomposition économique, politique et sociale du pays. Ce sont aujourd’hui 60 % des Américains qui pensent que leur pays est sur le point de sombrer dans la guerre civile, et 50 % d’entre eux ont d’ailleurs commencé à s’y préparer en stockant des produits de première nécessité. Les USA risquent donc de devoir faire face, outre une crise économique sans précédent, à une crise de civilisation qui pourrait revêtir la forme d’affrontements inter- ethniques. En effet, alors que 80 % des électeurs américains estiment que les électeurs du camp opposé n'ont ni la même vision politique, ni les mêmes valeurs que les leurs, révélant la profonde fracture qui traverse la société US, les milices noires d’autodéfense s’affirment et, en cas de contestation des résultats des élections du 3 novembre prochain, les heurts avec celles des suprématistes blancs pourraient donner le coup d’envoi d’une nouvelle Guerre de Sécession, qui s’avérerait inévitablement fatale pour la tête du monstre atlantiste. Aux USA, 85 % des Américains majeurs détiennent au moins une arme, ce qui offre certes la meilleure assurance pour les masses populaires que l’ordre bourgeois y réfléchira à deux fois avant de réprimer un mouvement de contestation sociale dans le sang, mais qui présente également d’immenses dangers dans une société fortement polarisée autour de la question raciale, comme le sont les USA aujourd’hui...
» Au même moment, la diplomatie chinoise qui proclame depuis plusieurs mois qu’ “une Amérique en panne n’est pas fondée à critiquer la Chine”, rend chaque jour les coups au centuple. “Leur ‘diplomatie du mensonge’ discrédite les Etats-Unis”, titrait encore aujourd’hui la grande presse chinoise internationale... »

• Exemple pris sur le vif d’un climat répandu dans tout le pays, pour ce qui concerne les perspectives : un document de la direction de la NYPD de New York City sur la posture et les précautions à prendre par la police de New York City pour avant et après, et au moins jusqu’en 2021, l’élection du 3 novembre... Tout cela sans surprise, simplement pour confirmation du climat et de la tension.

« Le document, rédigé par Dermot Shea, ‘Commissioner’ (le chargé de la direction) de la police de New York (NYPD), décrit le vote de novembre prochain comme “les élections présidentielles les plus disputées de l’ère moderne”, où le vainqueur “pourrait ne pas être désigné avant plusieurs semaines”.
» “En conséquence, nous devrions anticiper et nous préparer à des manifestations de plus en plus importantes, fréquentes et intenses avant les élections et probablement jusqu'en 2021”, a écrit le commissaire.
» Il est avancé par certaines sources que la direction de NYPD se prépare à des troubles électoraux et à d'éventuelles tentatives d'interférence dans le comptage des votes. Les fonctionnaires seraient surtout préoccupés par la séparation des manifestants pacifiques des groupes violents et armés. »

L’Horizon de l’Événement

Il est tout à fait possible que nous soyons en train de vivre un moment sans guère de précédent, avec l’annonce d’un événement d’une importance extraordinaire pour tous les domaines de la Grande Crise que nous vivons, événement annoncé, prévu, programmé, etc. La très grande question est d’abord de savoir si cet événement se produira, – c’est-à-dire non pas qui sera élu, ou bien s’il y aura un élu, etc., mais bien si le jour du 3 novembre, élection accomplie ou pas, sera le signal d’une accélération puissante et, quasiment, d’un verrouillage de la crise du système de l’américanisme dans la dynamique de sa totalité, avec, posées ‘sur la table’, toutes les options catastrophiques envisagées (guerre civile, sécession, désintégration, etc.) ; ou bien si, comme quelques voix de plus en plus timides l’espèrent, un sursaut aura lieu, avec un regroupement sur les quelques débris restants de quelques principes éparts de la Grande République.

Nul ne peut répondre à ces interrogations, même et surtout ceux qui prétendent en organiser l’une ou l’autre réponse. Cela fait qu’en tout état de cause, même ce qui est d’ores et déjà annoncé, programmé, prévu, etc., surviendra comme un choc considérable, comme s’il s’agissait d’une énorme et complète surprise déstabilisante et déconstructurante. Nous nous trouvons devant “l’horizon de l’événement” (le 3 novembre) au-delà duquel nous ne voyons rien, ignorant ce qui se trouve au-delà même si nous entretenons nombre d’hypothèses tout à fait acceptable pour cela. L’on voit ici les limites évidentes et d’ailleurs convenables, – on ne devrait pas lui en demander plus, – de cet outil qu’est la raison, lorsqu’elle est effectivement utilisée comme ‘outil’.

(Lorsqu’elle prétend à plus et à une majuscule, lorsqu’elle prétend être maîtresse du monde et organiser le destin du monde, c’est alors que la Raison montre toute sa vanité et son hybris absurde. Ainsi n’a-t-elle pas su entendre, depuis quasiment deux décennies sinon plus [depuis 1992, selon nous], les craquements terribles de l’ébranlement sismique de l’Amérique, et n’a-t-elle rien vu venir à cet égard, confiante dans les sondages, dans les éditos du New York Times et dans Hillary Clinton. Écrivant sur Pascal, Léon Chestov observe : « Notre raison, par ses vérités propres, fait de notre monde le royaume enchanté des mensonges. »)

Cette expression, que nous avons très récemment pêché dans un documentaire sur les ‘trous noirs’ de l’univers, et qui concerne dans ce cas la maîtrise des événements de l’univers qui l’entoure par cet ogre cosmique qu’est ce phénomène, nous paraît parfaitement convenir à cette situation que nous suivons actuellement. C’est pour cette raison que nous mettons un court extrait concernant ‘l’Horizon de l’Événement’, sorti de ‘La Grâce de l’Histoire’ (Tome-III, suite de la première partie) en cours de rédaction.

« Il est vrai, pour sacrifier un instant au ‘sérieux’ des affaires du monde, que la pensée-‘tragédie-bouffe’, sorte d’interprétation postmoderne d’une variante de la “pensée-Maozédong”, constitue une très-acceptable feuille de route pour poursuivre dans la voie de la pensée dominante. Ma mission est d’observer ce charmant phénomène qui nous propose une élégante façon d’être en constante modification ontologique de la démence en-cours ; car nous évoluons, mazette, à quelle vitesse, si grande qu’elle se confond avec le sur-place, comme au cœur du cyclone.

» Nous entrons par conséquent, dirais-je, dans le domaine phénoménologique de “l’horizon des événements”, traduit éventuellement en un concept théorique qui serait désigné avec une pompe toute majusculée : ‘l’Horizon de l’Évènement’. Ce phénomène est scientifiquement défini, depuis assez récemment où notre pensée astrophysicienne est entrée, peu avant la fin du siècle dernier, dans la logique ondoyante et abyssale, et absolument extra-or-di-nai-re selon Dali, du “trou noir”. Une définition succincte de la chose, – qui nous suffira amplement, nous autres scientifiques de l’‘âme poétique’, – se lit comme ceci, avec quelques accentuations de mon fait (les caractères gras sont arbitrairement posés) :

» “En relativité restreinte et en relativité générale, l'horizon des évènements est constitué par la limite éventuelle de la région qui peut être influencée dans le futur par un observateur situé en un endroit donné à une époque donnée.
» ”Dans le cas d’un trou noir, en particulier, on peut définir son horizon des évènements comme une surface qui l’entoure, d’où aucun objet, ni même un rayon de lumière ne peut jamais échapper du champ gravitationnel du trou noir. Cet horizon se trouve au niveau où la vitesse de libération à l’attraction gravitationnelle du trou noir devrait être supérieure à la vitesse de la lumière. Il s'agit d'une surface géométrique définie par la physique théorique (en relativité générale), et donc sans consistance matérielle, au contraire du cas des surfaces des planètes et des étoiles, gazeuses ou solides. ”

» Le cas qui nous importe, poussé à son extrême dans nos propositions de transmutation des sujets, étant celui-ci : et si nous remplacions, pour notre facilité et notre confort, “vitesse de la lumière” par l’‘éternité de l’âme poétique’ évoluant pour l’occasion en une dynamique de l’infini ? Tout cela nous avancerait-il, nous ferait-il progresser dans le sens de la Tradition, qui se fiche bien du sens physique ? N’atteindrions-nous pas l’‘horizon des événements de l’éternité’ ? »

 

Mis en ligne le 14 octobre 2020 à 15H40

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