RapSit-USA2020 : Chocs à répétition

Brèves de crise

   Forum

Il n'y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.

   Imprimer

 3465

RapSit-USA2020 : Chocs à répétition

Le 23 juin, des élections primaires pour diverses candidatures des deux partis pour les élections (législatives) du 3 novembres ont eu lieu dans le puissant État de New York. Le résultat nous importe peu puisqu’il s’agit de batailles locales mais il fut considéré que cette élection importante du point de vue quantitatif constituerait un test technique pour les présidentielles, d’autant qu’on y trouvait tous les ingrédients du vote du 3 novembre, dont le vote par courriel (vote par correspondance électronique) qui est une mesure loin d’être anecdotique dans ces temps de pandémie, et qui est l’objet d’une polémique virulentes entre démocrates et républicains.

Quarante-trois jours plus tard, il semble que l’on s’achemine vers la fin du décompte, et les vainqueurs présumés de certains districts encore sous comptage proclament leurs victoiressans que celles-ci soient officiellement homologuées. A ces six semaines de délais pour le comptage s’est ajoutée l’invalidation de plusieurs dizaines de milliers de votes ont été invalidés. Cela donne une idée du chaos que pourraient être, que seront quasi-sûrement les élections présidentielles et législatives du 3 novembre.

Un article du Washington Times du 4 août donne de nombreux détails sur cette situation qui n’est guère documentée par les grands médias de la presseSystème. Comme en toutes choses aujourd’hui aux USA, cette question de l’aspect technique du vote est un objet de plus de l’affrontement haineux entre les deux partis, ou mieux dit, entre les démocrates et Trump, regroupant derrière lui, avec plus ou moins d’entrain, les républicains. Cette situation est symbolisée par deux précisions que donne WashingtonTimes dans son article :

• Biden a rassemblé une ‘horde’ de 600 avocats et de plus de 10 000 observateurs des opérations de voie, « pour empêcher les chicaneries » disent les amis de Joe ; c’est-à-dire, éventuellement pour les susciter de leur propre chef. Il est difficile d’imaginer une seconde, dans le climat de haine qui règne à “D.C.-la-folle”, que cette armée de plaideurs et de matons n’accouchera pas d’un nombre respectable de plaintes pour fraudes, contribuant évidemment au blocage de l’élection sur une période de temps qui peut être substantielle (au moins plusieurs semaines, voire 2-3 mois, et cela sans tenir compte des événements extérieurs et de leurs effets). « Les supporteurs de Trump y voient une manœuvre de Biden pour fausser l’élection. »

• « Les républicains avertissent du caractère nocif de la situation si les votes par e-mail sont nombreux dans le pays », et l’on sait que Trump a déjà observé qu’il réservait sa réponse sur le fait de reconnaître les résultats si une telle occurrence se produisait. « Les démocrates disent que le vote physique, avec présence dans le bureau de vote, est dangereux et ils poussent pour étendre autant que faire se peut le vote par correspondance électronique, en expliquant que Trump tente de saboter le service postal. » 

Bien entendu, ce compte-rendu du Washington Times, et surtout la situation à New York après les primaires du 23 juin, renforcent la préoccupation concernant le fonctionnement technique et les différences conséquences juridiques et constitutionnelles au-delà des élections du 3 novembre prochain. Cette préoccupation a été largement mise en évidence par le « tweet nucléaire » posté par Trump le 22 juillet, où il posait la question de savoir s’il fallait envisager un report de l’élection en raison des diverses difficultés qui apparaissent pour l’opérationnalité et le décompte des résultats. Cette intervention avait provoqué, et suscite encore, des réactions hystériques.

On trouve ci-dessous des commentaires du professeur Jonathan Turley, sur son site éponyme, en date du 3 aoûtTurley est un éminent professeur de droit et expert des questions constitutionnelles, qui a occupé des postes prestigieux et accompli des missions juridiques d’une très grande importance, en général pour le Congrès, dans des questions souvent essentielles, notamment durant les diverses procédures de destitution des vingt dernières années.

S’il n’est certainement pas un partisan de Trump, bien au contraire, s’il juge la question de Trump sur le report de l’élection politiquement “absurde” et dans l’esprit juridiquement “infondée”, par contre Turley ne la juge en rien illégale, notamment parce que Trump ne pose pas la question de savoir s’il devrait retarder l’élection, – ce qui lui est légalement interdit, – mais simplement si l’on ne devrait pas retarder l’élection ; c’est une question pour le Congrès qui, seul, a effectivement ce pouvoir. Turley juge Trump comme un personnage improbable et ridicule dans cette circonstance, mais il ajoute que Trump a trouvé bien plus ridicule que lui chez ceux qui ont émis l’hypothèse d’un “complot fasciste” de Trump, un “coup d’État” pour prendre (conserver) le pouvoir.

« ... Cette théorie conspirationniste est apparue pour la première fois peu après l’élection de Trump et a fait fureur depuis que l’ancien vice-président Joe Biden a prédit que Trump tenterait d’interrompre l'élection (et tenterait de voler l’élection par le biais du service postal). Malgré la surchauffe de la couverture médiatique, Trump n’a pas annoncé qu’il tenterait de retarder l’élection. Il ne peut pas retarder l’élection. Il a posé la question de savoir s’il fallait la retarder, ce que le Congrès peut légalement faire. Cependant, comme je l’ai dit immédiatement après le tweet, c’est une question politiquement absurde et juridiquement non fondée [mais nullement illégale].Cependant, la seule chose plus ridicule a été la réaction à cette question de onze mots. Tout cela fait partie de la pathologie de panique qui semble déclenchée quotidiennement par les tweets de Trump. »

Après avoir analysé l’intervention de Trump et les réactions hystériques et disproportionnées suscitées, Turley en vient au problème soulevé par Trump. Car il y a effectivement un problème, comme nous l’exposons ci-dessus, et un problème grave selon l’analyse qu’en fait Turley, – pourtant personnage prudent et précis, sourcilleux sur les détails et les prises de position. On tiendra donc son commentaire comme le plus modéré possible, le plus pondéré, comme le plus dégagé de toute préoccupation politique et de fièvre partisane pour en rester à l’aspect technique, et dans tous les cas comme la confirmation formelle et extrêmement bien documentée qu’il y a, avec cette élection, et avec le système de votation par courriels, un réel problème qui se pose au fonctionnement institutionnel du système de l’américanisme.

« Comme c'est si souvent le cas, la rhétorique bombastique de Trump a éclipsé ce qui aurait pu être un point de lucidité. Trump a objecté que le passage au vote par correspondance entraînera des retards et des difficultés après le jour du scrutin. J’ai couvert les élections présidentielles en tant qu’analyste juridique pendant plusieurs décennies ; chaque élection a connu des défis, notamment la controverse persistante sur la course Bush-Gore de 2000, finalement résolue par la Cour suprême. Si nous avons depuis longtemps eu recours au vote par correspondance, nous n’avons jamais utilisé le vote par correspondance à une telle échelle. Cela ajoutera inévitablement une nouvelle fournée de problèmes et de défis potentiels. Trump a également raison de dire que cela retardera probablement le décompte final des votes.
» Il y a tout lieu de s'inquiéter. Nous disposons d’un délai relativement court pour les contestations et les recomptages avant que le Collège électoral ne se réunisse le 14 décembre pour certifier les résultats. Cette date pourrait également être modifiée, mais elle entrerait bientôt en conflit avec une autre date réglementaire, – le 6 janvier, – à laquelle le Congrès doit se réunir pour certifier les résultats. Il y a une réelle possibilité de conflits entre les États sur la certification des votes de certains États et l’échec éventuel de la certification dans certains États en litige. Il est même possible que de telles contestations se poursuivent jusqu’au 20 janvier 2021. Ce qui ne fait aucun doute, cependant, c’est la question du maintien de Trump dans sa fonction : ce jour-là, il n’est plus président, sauf s’il est réélu. »

Jouer avec le feu

Un événement électoral qui serait normalement d’une importance mineure est venu au contraire nous indiquer combien la voie maximaliste, “diversaliste”, progressiste-sociétale prise par le parti démocrate, est dangereuse pour lui-même. Il s’agit de la victoire de l’étrangement ou l’ironiquement nommée Bush (Cori), une dame de 44 ans, ancienne sans-logis, célibataire avec deux enfants, Africaine-Américaine, maximaliste et militante des BLM de Saint-Louis, la ville-jumelle de Minneapolis. Elle a battu pour la candidature démocrate d’un bastion du parti, un “baron” de l’establishment africain-américain, d’une famille (les Clay) qui s’illustra dans les années1960 dans la lutte pour les droits civiques, fournissant dans ce district électoral une rente politique qu’on croyait indéboulonnable à William Lacy Clay, le dernier en date de la famille. Le New York Times présente de cette façon l’événement :

« Mme Cori Bush, 44 ans, avait recueilli près de 49 % des voix en fin de soirée mardi, contre 45,5 % pour M. Clay, selon The Associated Press. Elle avait tenté en vain de détrôner Clay en 2018, mais cette année elle a suscité et profité d’une progression remarquable de la tendance la plus progressiste et la plus agressive au sein du Parti démocrate, dans un contexte de pandémie de coronavirus et de colère au niveau national face aux inégalités raciales.
» La victoire de Mme Bush, qui est survenue le soir même où les électeurs du Missouri ont décidé d'élargir l'éligibilité à Medicaid, a été une étape importante pour les candidats progressistes insurgés et les groupes, comme les Démocrates de la Justice, qui les ont soutenus dans tout le pays. Elle a montré que le même type de politique qui a permis à de jeunes candidats libéraux de couleur de détrôner les vétérans des partis dans des endroits comme le Massachusetts et New York pouvait aussi résonner au cœur du pays contre un député noir sortant dont la famille règne sur la circonscription depuis des décennies.
» Mme Bush rejoint maintenant des personnalités comme la représentante Alexandria Ocasio-Cortez de New York, qui a battu en 2018 le représentant Joseph Crowley, parlementaire depuis 20 ans, et Jamaal Bowman, qui a remporté le mois dernier une primaire contre le représentant Eliot L. Engel, un puissant président de comité qui, pour son 16e mandat, représente un district à cheval sur le Bronx et Westchester.
» Mère célibataire, ancienne infirmière et pasteur, Mme Bush serait la première femme noire à représenter l’État du Missouri au Congrès si elle est élue[comme c’est probable]. La dominante majoritaire de la population du district, considéré comme un bastion démocrate avec St. Louis et certaines de ses banlieues les plus progressistes, est afro-américaine. »

Par conséquent, l’on retrouve l’un des préceptes de Tocqueville pour La démocratie en Amérique, qui se résume par la formule de « la dictature de la majorité ». En effet, dans le contexte qu’on connaît, avec un parti démocrate maximaliste et jouant à fond la diversité (les minorités), ce que montre cet épisode électoral, – parce qu’il n’est pas isolé et qu’il illustre une tendance, – c’est que la fraction extrémiste africaine-américaine pourrait bien former une tendance destinée à être majoritaire dans le parti : la “dictature de la minorité devenue majoritaire”, ou bien la “dictature de la minorité à l’intérieur de la minorité devenue majoritaire”, etc. Et le phénomène se développe aussi bien depuis les positions des minorités (surtout les Noirs, mais les Latinos ne sont pas loin) par rapport au parti et à la direction du parti qui est quasi-exclusivement faite de progressiste blancs renvoyant à la tradition de gauche de l’américanisme ; que depuis les positions des radicaux jeunes, nouveaux-venus, qui délogent de plus en plus, chez les Noirs, les vieux “barons” venus des luttes des droits civiques autour de King dans les années 1960, et depuis confortablement installés au sein de l’establishment américaniste. L’ensemble ressemble également à un phénomène de “dégagisme” des jeunes radicalisés contre les vieux gérontocrates qui tiennent le parti depuis des décennies, – à nouveau une occurrence où œuvre “l’effet-Janus”, puisque s’affrontent des factions en principe chaperonnées par le Système, mais dont l’une, – et c’est la plus dynamique, – devient par effet logique antiSystème.

C’est un phénomène qui semble devoir être identifié, et perçu comme un problème, dans cette direction gérontocrate venue à la direction du parti démocrate dans les années 1970-1980, et désormais un peu rancie. C’est pour cette raison qu’on signale que la tension monte de plus en plus clairement autour de Joe Biden, par rapport au choix qu’il doit faire d’une colistière (une femme de couleur), choix qu’il devait annoncer le 1eraoût et qui ne cesse de traîner... La question est bien de savoir ce que représentera cette colistière en termes de radicalisme gauchiste dans le progressisme-sociétal.

Les hyper-riches et la violence

La violence armée et les meurtres échappent à tout contrôle dans la ville de New York au milieu des émeutes prestement et généreusement autorisées des BLM & consorts, et de la décision de dissoudre les unités en civil de la police de New York chargées de la lutte contre la criminalité, la hausse sensationnelle de la criminalité dans la ville, par rapport à la période correspondante de 2019. Grand événement enfin, cette montée de la violence a atteint l’Upper East Side, là où vit une remarquable concentration de milliardaires courants et de simples et modestes multimillionnaires, dont des patrons des milieux de la mode et artistiques, de la finance et des banques de Wall Street, – tous “libéraux” bon teint, c’est-à-dire opérationnellement et opportunément progressistes-sociétaux. Pour la police de New York (NYPD), l’Upper East Side, entre la 59èmeet la 96èmerues, est inclus dans le 19ème district de New York City et est décrite comme « l’une des zones résidentielles de très grande richesse les plus denses de Manhattan ».

Les vols y connaissent donc une hausse extraordinaire. Dans les derniers 28 jours, selon la direction NYPD de ce 19èmedistrict, il y a eu 27 vols dont cinq à main armée, sous la menace directe de l’arme. C’est une augmentation de 286% par rapport à la même période, en 2019. Les noms et les fortunes des résidents sont également vertigineux, et parmi eux et elles se recrutent quelques-uns des principaux donateurs du parti démocrate et du monde progressiste-sociétal dans le courant duquel s’inscrivent évidemment les BLM, la diversité raciale, le courant glorifiant la communauté africaine-américaine. 

C’est bien entendu au nom du soutien à ces mouvements et à toutes ces causes et tendances politiques que les démocrates et leurs milliardaires (ou “les milliardaires et leurs démocrates”) soutiennent à 100% (et même 125% ?) la politique de tolérance des manifestations de rues, au nom de laquelle le maire De Blasio de New York City a dissous des unités d’intervention de police et limité drastiquement les règles et les instruments d’intervention de NYPD... Mais peut-être cette posture pourrait-elle éventuellement évoluer dans les prochains mois si l’activité des agressions illicites se poursuivaient dans le sens de l’augmentation exponentielle qu’on signale.

Il est remarquable de mesurer à quelle vitesse nous atteignons les points de contradiction paroxystique entre les mouvements ainsi activés dans les minorités, et les fortunes et influences progressistes-sociétales. Il est très probable que personne dans le parti démocrate, chez les stratèges du parti qui sont réputés pour être brillants n’en doutons pas, personne donc n’avait envisagé une situation aux intérêts de factions amies aussi contradictoires ; et plus encore, certes, personne n’avait prévu une situation mettant à jours aussi rapidement cette contradiction. La rapidité de cette évolution est si grande qu’elle n’a pas le temps d’être absorbée ou d’être dissimilée dans un simulacre prestement bouclé, comme c’est de coutume. Ce processus est d’une grande importance, à cette vitesse soulignons-le car c’est à cause de cette dynamique que se trouve menacé le fragile équilibre entre d’une part les élitesSystème avec leurs fortunes et leurs privilèges non-blancs malgré les apparences et complètement progressistes-sociétaux ; et d’autre part le “matériel humain” de base utilisé par le biais des manifestations et du désordre pour installer des conditions chaotiques permettant espère-t-on de se débarrasser de Trump. (Car ce “bon débarras” par tous les moyens, jusqu’aux plus fous et aux plus schizophréniques, est le cœur, les muscles et les nerfs de la si remarquable stratégie démocrate.)

 

Mis en ligne le 6 août 2020 à 09H55

Donations

Nous avons récolté 1873 € sur 3000 €

faites un don