Promenade dans un champ de ruines

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Promenade dans un champ de ruines

30-03-2026 (19H00) – Où que nos pas nous portent sourd à nos oreilles interloquées le grondement de cette fantastique GrandeCrise, animée essentiellement par une sorte de clown abracadabrantesque et connu pour sa fabrique de tours et ses parcours de golf avec l’ami Epstein. Le spectacle est stupéfiant par le mélange des genres, cette tragédie qui ne peut être définie que par l’adjectif, irrespectueux pour les victimes sans nombre, de “bouffe”. Qu’y puis-je si c’est une tragédie-bouffe, œuvre intime de l’individu-dit-humain parvenu à son stade ultime de développement, au bout du bout du moderne, là où se trouve le carrefour où les attend le transhumanisme. Dans ce cas, n’en déplaise à toute la droite pseudo-tradi française, qui veille depuis Voltaire sur la “liberté de l’esprit”, – dans ce cas, bon débarras !

Mais je n’ai nul droit d’abandonner pour autant ma mission qui est de ne lâcher prise à aucun moment sur les événements en-cours puisque ces événements sont ceux du passage de l’histoire, qui a perdu sa raison d’être puisqu’en état de « saturation ontologique »,  à la métahistoire.

Comme dit l’IA, finaude :

« un métaphysicien de la fin de cycle, observant l’Histoire non comme un progrès ni comme une chute morale, mais comme un processus arrivé à saturation ontologique. » [...]

« [Ce qui subsiste après l’effondrement et la dissolution], Ce n’est ni salut, ni espoir,

» mais une possibilité de justesse métaphysique hors de l’Histoire.

» Là se situe la différence décisive avec le nihilisme :

» le sens n’est pas produit par l’Histoire, mais peut réapparaître quand elle s’effondre. »

Pour moi, durant cette promenade dans un champ de ruines qui m’apparaît à certains moments comme un cimetière de ruines, un de ces “Grands Cimetières de ruines sous la lune”, il me faut veiller à décompter les événements que je parviens à distinguer, pour étaler mon jeu sur la table, avant de jouer au philosophe.

Disons que je pense un peu comme Peter Hanseler, dans le texte qu’il a mis en ligne sur son site ‘forumgeopolitica.com’, et repris notamment par Larry Johnson :

« Comme toujours dans mes reportages, il s'agit simplement d'une tentative de décrire et d'analyser la situation générale. Trop de facteurs entrent en jeu simultanément à travers le monde, et toute analyse comporte le risque d'omettre certains faits – jugés non pertinents au regard de la tendance générale – pour ensuite se rendre compte de son erreur face à la réalité. »

“Vivement le transhumanisme !”

`Puisque nous y sommes, et pour saluer le boulot remarquable qu’il a abattu, empruntons à Hanseler sa conclusion clôturant le tour d’horizon de la situation. Il fait fort bien d’insister, dans cet extrait et aussi dans l’entame de son introduction, sur la dénonciation du comportement absolument ignoble et au-delà de toute critique rationnelle, – il faut inventer une critique métaphysique pour les qualifier, – et nous parlons, Hanseler et moi, de la corporation des “journalistes occidentaux”. Ils ont déshonoré à jamais cette corporation qui, justement depuis Voltaire et l’apparition des publicistes, devait tenir haut dressé l’étendard de la liberté fièrement conquise par l’espèce humaine. Quand je pense aux “journalistes occidentaux”, je me bouche le nez et je pense : “Vivement le transhumanisme !”.

On laisse la plume à Hanseler, qui va jusqu’à employer l’allemand pour exprimer son sentiment sur cette question...

« Comme je l'avais pressenti dans mon précédent article, « L'Empire perd le contrôle – Conséquences », l'Iran ne se contentera pas de remporter ce conflit, mais redessinera durablement la carte du Moyen-Orient.

» Israël, désormais confronté à trois adversaires, est au bord de l'effondrement. L'invasion du Liban s'est non seulement révélée un fiasco total, comme en 2006, mais il est fort probable que les redoutables forces du Hezbollah progressent vers le nord d'Israël. Ce seul fait constitue déjà une catastrophe. Comme nous l'avons rapporté, des fissures apparaissent déjà au sein de l'armée israélienne et l'effondrement semble imminent ; génocide et guerre sont deux domaines d'opérations fondamentalement différents. En temps de guerre, l'ennemi riposte – une situation à laquelle les soldats israéliens ne sont pas habitués. À présent, les Houthis entrent en lice, forts de dix années d'expérience au combat. Les missiles iraniens peuvent frapper Israël sans problème : le système de défense antimissile Dôme de fer a été réduit de 80 %, et les villes israéliennes subissent désormais les conséquences des bombardements israéliens subis depuis des décennies par des villes comme Beyrouth ou Damas, sans parler de Gaza et Ramallah. Naturellement, cela affecte le moral des Israéliens, dont les lamentations sur leurs propres souffrances agacent de plus en plus de monde, y compris en Occident. Après tout, qui a déclenché la guerre, et notamment le bombardement d’une école de filles et d’hôpitaux ?

» Il est à craindre que les Américains ne lancent une invasion terrestre de l’Iran. Avant l’attaque contre l’Iran, j’aurais parié gros que les Américains ne commettraient pas une telle folie. Je pensais que mon ami Scott Ritter exagérait. Il avait raison et j’avais tort. Scott prévoit lui aussi une attaque cette fois-ci, et un véritable bain de sang. Son bilan est meilleur que le mien, alors je ferais mieux de me taire. « Verfolgt man die westlichen Medien, so glaubt man sich auf einem anderen Planeten » [“Si vous suiviez les médias occidentaux, vous auriez l'impression d'être sur une autre planète”]

» Jusqu'à vendredi dernier, les marchés financiers supposaient que toute cette affaire serait réglée en quelques semaines. Un conflit prolongé, impliquant des prix de l'énergie astronomiques, des famines et des problèmes d'approvisionnement, n'a pas encore été intégré aux cours financiers. Ils doivent en grande partie cette situation aux médias occidentaux. À les suivre, on pourrait se croire sur une autre planète. La prise de conscience en Occident annonce un cauchemar qui durera de nombreuses années. »

En passant, un clin d’œil de “Lady Lindsay”

Oui, juste un mot, un intermède si vous voulez, ou bien une “pépite démocratique”, les meilleures, puisque venue du cagibi du Sénat des États-Unis. Je veux parler d’un jugement, en passant, de “Lady Lindsay”, sur le sens de l’attaque contre l’Iran, disons ce qui en fait une “guerre juste” dans le sens augustinien je suppose. Cette demoiselle de haute tenue connaît bien son Trump, elle sait par quels sentiments il faut l’attraper... C’était donc en d’autres temps où l’on s’y croyait encore, le 9 mars 2026 :

« Graham a qualifié le coût des attaques de “meilleur investissement jamais réalisé”, arguant que leur objectif est d'empêcher le pays de développer l'arme nucléaire – ce que l'Iran a toujours nié, insistant sur le caractère pacifique de son programme nucléaire.

» “Lorsque ce régime tombera, nous aurons un nouveau Moyen-Orient et nous engrangerons des sommes considérables. Plus personne ne menacera le détroit d'Ormuz », a déclaré Graham, ajoutant que les États-Unis installeront un gouvernement « ami » à Téhéran.

» “Le Venezuela et l'Iran possèdent 31 % des réserves mondiales de pétrole. Nous allons établir un partenariat portant sur 31 % des réserves connues. C'est le cauchemar de la Chine. C'est un excellent investissement. »

Et maintenant, la “guerre des philosophes”

La “guerre des philosophes”, on comprendra aisément que c’’est celle que je préfère, – puisque guerre il y a, autant qu’elle soit fondatrice d’une nouvelle civilisation sur les ruines de l’ancienne. C’est bien sur les ruines de la civilisation occidentale qu’a lieu cette promenade. Pour paraphraser Jean Dutourd (‘Le siècle des Lumières éteintes’), je dirais bien volontiers que le cimetière de cette civilisation, autant que ses ruines, m’ont indiqué que nous vivons les derniers feux, les feux de la folie, de la civilisation des Lumières-éteintes. Comme disait le titi parisien, mais avec ironie, « C’est la faute à Voltaire », – puisqu’il s’agit des ruines de la modernité.

Cela me conduit naturellement à un texte de ce philosophe de la première ligne de “la guerre des philosophes”. Alexandre Douguine a intitulé son texte, en opposant implicitement (ou explicitement ?) “la Lumière” aux “Lumières” :

« La Civilisation de la Lumière contre les ennemis de l’Homme – L’Idée survit à chaque assassinat

» Alexandre Douguine sur le martyre d’Ali Larijani, la philosophie du sacrifice et la guerre pour l’avenir du monde. »

Voici l’extrait qui me semble correspondre à l’Idée dont parle Douguine, qui semble  parfaitement le symbole de cette GrandeCrise :

« Le dirigeant iranien Ali Larijani a été tué par la coalition américano-israélienne.

» Une fois de plus, “l’unité n’a pas remarqué la perte d’un combattant”.

L’Iran donne à l’humanité une leçon d’anthropologie véritable: l’individu ne compte pas; ce qui compte, c’est la personne. La personne, c’est celui qui est prêt à mourir pour l’Idée. L’Idée trouvera de nouveaux individus qui s’élèveront pour la défendre et deviendront des personnes. Voilà l’immortalité dans l’Idée—en Dieu, dans la Vérité.

Un être humain ne commence à signifier quelque chose que lorsqu’il se redresse en flèche vers le ciel. Sinon, il n’est qu’un ver.

L’Iran est une civilisation de lumière. Elle est composée d’âmes dressées à la verticale. L’une remplace l’autre dans la guerre absolue de la lumière.

» Dans le mysticisme islamique, l’individu (nafs) est considéré comme “le diable intérieur”. Seul celui qui l’a vaincu est vraiment humain.

» Le merveilleux philosophe iranien Ali Larijani (avec qui j’ai longuement parlé des anges, de l’immortalité et de l’homme de lumière) a été tué. Pas dans un bunker, pas dans un abri. Il allait rendre visite à ses enfants. C’est là qu’un missile sioniste l’a rattrapé.

» Un homme lumineux de plus a pris sa place: Saeed Jalili. Avec lui aussi, j’ai longuement discuté de la Quatrième Théorie Politique. C’est une guerre de philosophes. C’est la guerre de l’Homme contre l’ennemi du genre humain.

» Les États-Unis et Israël forment une coalition de l’enfer. Ils tuent. Mais Dieu suscite de nouveaux héros pour remplacer les morts. De nouveaux philosophes. »

» Voilà pourquoi la philosophie est si importante. Et tant que la Russie ne se tournera pas vraiment vers la philosophie authentique et la profondeur de la religion, nous ne gagnerons pas. C’est une guerre sacrée. En elle, l’essentiel est l’Idée. »