Poutine-Xi : tous les possibles...

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Poutine-Xi : tous les possibles...

• ... “Tous les possibles””, et même le reste. • Premier voyage de Poutine réélu à Pékin, tout comme il y a un an, le premier voyage de Xi réélu fut pour Poutine. • Plus que jamais, la Russie et la Chine travaillent ensemble, avec un objectif commun : détrôner puis détruire le système américaniste-occidentaliste. • Cette fois, la Russie a conquis dans ce partenariat de coopération une place d’inspirateur dans la bataille spirituelle impliquant la culture et la civilisation. • De cette façon, l’opposition qu’ils mettent en place brise tous les plans globalistes des élites du Système.

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Il y a un parallèle symbolique très puissant, qui est évidemment voulu : la première visite extérieure (les 16 et 17 mai) de Poutine réélu est pour la Chine, exactement comme la première visite de Xi réélu président en février 2023 avait été pour la Russie. Le but est similaire : la construction d’un « ordre mondial juste et multipolaire » qui se place en confrontation directe et frontale, non avec les peuplés de la sphère américanistes-occidentalistes mais avec la faction globaliste de leurs élites. C’est la plus grave rupture, et sans retour, au sein de ce simulacre installé depuis longtemps dans les esprits de l’existence d’une “élite mondiale” recherchant dans une unité exceptionnelle et exceptionnellement durable une hégémonie d’asservissement sur leurs peuples.

Dans une interview à l’agence Xinhua, Poutine a défini cette dynamique des relations sino-russes dans des termes assez convenus et un peu pompeux mais reposant sur une base principielle absolument intangible :

« “La Terre est le berceau de l'humanité, notre maison commune, et nous sommes tous égaux en tant qu'habitants", a déclaré Poutine. « Je suis convaincu que ce point de vue est partagé par la plupart des habitants de la planète. »

Cependant, a-t-il ajouté, « les élites occidentales dirigées par les États-Unis refusent de respecter la civilisation et la diversité culturelle et rejettent les valeurs traditionnelles vieilles de plusieurs siècles » et « ont usurpé le droit de dire aux autres nations avec qui elles peuvent – ou ne doivent pas – se lier d’amitié et coopérer. .»

« Ils cherchent à assurer leur bien-être aux dépens des autres États, comme autrefois, et recourent à cette fin à des méthodes néocoloniales... »

Il y a un an, Poutine et Xi scellaient officiellement et presque métahistoriquement la grande alliance entre les deux puissances, et notre perception était que la principale fondation était la puissance économique et commerciale de la Chine, tandis que la Russie était assez bienheureuse de voir ainsi confortée, au moment de cette guerre d’Ukraine alors encore incertaine, d’une manière si solennelle une telle alliance. Cette année, le Russe est en bien meilleure position du fait du succès de ses armes et de la puissance dynamique de sa base industrielle qui devrait intégrer les armements avec le nouveau ministre de la défense dont l’arrivée implique des réformes structurelles importantes. D’une façon plus générale, les liens économiques et commerciaux se sont renforcés considérablement.

« Alors même que l’Occident tentait de détruire l’économie russe par des sanctions, le commerce entre la Russie et la Chine a bondi pour atteindre près de 228 milliards de dollars, soit plus du double de celui de 2019. “Compte tenu des turbulences mondiales et des problèmes économiques en Occident, de tels résultats prouvent une fois de plus la sagesse stratégique de notre démarche souveraine et de la poursuite des intérêts nationaux”, a déclaré Poutine. »

Le zombie-diplomate s’en va-t-en-guerre

Les deux alliés ont été confortés chacun à leur façon dans leur hostilité à l’Occident, – en admettant implicitement (et parfois explicitement dans le cas des Russes) qu’il s’agit d’une lutte à mort où tous les moyens, jusqu’aux plus brutaux (exemple de l’Ukraine) seront employés. Des deux, c’est pourtant la Chine qui a subi le plus des nouvelles pressions dans ce sens de l’hostilité (la Russie étant déjà un “classique”), avec l’affichage quasiment officiel de la nécessité de se préparer à la guerre avec elle. La “diplomatie” US va dans ce sens, avec sa façon de réaliser des actes diplomatiques d’arrangement avec la Chine qui se concrétisent par des menaces et des ultimatums. La visite de Blinken à Pékin à la fin avril nous faisait écrire, pour résumer l’événement :

« • Anthony Blinken est un zombie-diplomate qui restera dans les annales. • Il vient en Chine, supposément pour discuter posément et tenter de rapprocher les points de vue, et il dévide diverses exigences catastrophiques assorties de menaces de sanctions si la Chine n’obéit pas. • Mais Blinken n’est bien que zombie, comme toute la bande à Biden avec le vieux Joe en porte-drapeau ; ils ne font qu’obéir aux pressions d’une bureaucratie prédatrice. • On est déjà en train de faire deux guerres qu’on est sur le point de perdre, pourquoi pas une troisième ? »

Ainsi, loin de séparer la Chine de la Russie comme il en affirme poursuivre le but, l’Occident-compulsif semble tout faire, avec le plus grand succès, pour les rapprocher. En même temps, il menace la Chine comme si la Russie n’existait plus, complètement écrasée par l’excellent génie militaire qu’est Zelenski alors que cette ridicule pocharde grimée en simulacre se heurte de plus en plus méchamment à des défaites successives et à une menace d’effondrement du fait d’une armée russe complètement ragaillardie en première puissance militaire du monde. Que vont faire les amis chinois sinon considérer avec encore plus d’estime et d’entrain leurs liens avec la Russie, comme un partenariat où la force militaire russe donne à cette puissance un statut largement équivalent à celui de la Chine dans un duo de mieux en mieux accordé ?

La Russie parle pour deux

Comme c’est normal et comme c’est bien, il y a une dynamique dans ce partenariat, les rôles de l’un et l’autre variant au gré des situations mais suivant des tendance nationales et civilisationnelles propres. Des deux, c’est l’évolution de la Russie qui est la plus remarquable dans l’évolution des rapports d’hostilité avec la sphère américaniste-occidentaliste. C’est elle, la Russie, qui a le plus évolué, c’est elle qui revient de plus loin, – ou plutôt de plus bas, de l’infâme cloaque clintonien-eltsinien des années 1990 où la Russie connut sans doute la  pire humiliation de son existence historique, – un peu comme avait connu la Chine au XIXème siècle, mais elle s’en était sortie depuis longtemps et avait assuré ce dernier tiers de siècle une stabilité de puissance incontestable..

Le très récent texte de Dimitri Trenine, pourtant libéral-progressiste et occidentaliste il y a encore quelques petites années (il fut président du Carnegie Moscow Center, de la prestigieuse Carnegie Foundation, pilier de l’élite américaniste-globaliste) présente bien l’évolution en cours en Russie, à une stupéfiante rapidité, déjà en cours avant la guerre mais infiniment accélérée par elle :

« Deux ans et demi après le début de sa guerre contre l’Occident en Ukraine, la Russie se trouve certainement sur la voie d’une nouvelle perception d’elle-même.

» Cette tendance était en réalité antérieure à l’opération militaire, mais s’est par la suite fortement intensifiée. Depuis février 2022, les Russes vivent dans une toute nouvelle réalité. Pour la première fois depuis 1945, le pays est véritablement en guerre, avec d’âpres combats le long d’une ligne de front de 2 000 kilomètres, non loin de Moscou. Belgorod, centre provincial proche de la frontière ukrainienne, est continuellement soumis à des attaques meurtrières de missiles et de drones de la part des forces de Kiev. » [...]

« La déclaration de Poutine sur la nécessité d’une nouvelle élite nationale, et sa promotion des anciens combattants comme noyau de cette élite, est plus une intention qu’un véritable plan à ce stade, mais l’élite russe est définitivement confrontée à un changement massif. De nombreux magnats progressistes n’appartiennent plus à la Russie ; leur volonté de conserver leurs actifs en Occident a fini par les séparer de leur pays d'origine.

» Ceux qui sont restés en Russie savent que les yachts en Méditerranée, les villas sur la Côte d’Azur et les demeures à Londres ne leur sont plus accessibles, ou du moins, ils ne sont plus sûrs à conserver. En Russie, un nouveau modèle d’homme d’affaires de niveau intermédiaire est en train d’émerger : celui qui combine argent et engagement social (et non le modèle ESG) et qui construit son avenir à l’intérieur du pays.

» La culture politique russe revient à ses fondamentaux. Contrairement à celui de l’Occident, mais quelque peu similaire à celui de l’Orient, il est basé sur le modèle de la famille... »

Ce texte, comme tant d’autres analyses et constats, et comme tant de discours de Poutine, résume avec une netteté impressionnante l’évolution de la Russie, – culturelle, sociétale, civilisationnelle et peut-être même métaphysique (pour Douguine, la guerre en Ukraine est « une guerre métaphysique »). Sur ces domaines, la Chine est beaucoup moins en pointe, non par désaccord mais du fait d’une certaine indifférence historique d’un empire qui se suffit à lui-même face aux influences extérieures et aussi parce qu’elle est beaucoup moins mise en cause (jusqu’à ces derniers mois) dans ce domaine par les accusateurs du Système, ou sphère américaniste-occidentaliste. La Russie, par contre, est en première ligne, et c’est sur cette ligne qu’elle se défend, – dans le genre “défense agressive”, qui ne marche pas si mal en Ukraine.

Or, ce domaine (culture, sociétal), tenu comme négligeable il y a trente ans encore, est aujourd’hui le moteur stratégique central de l’action extérieure et globale, montée sur cette formidable puissance de diffusion qu’est le système de la communication. Pour cette raison, la Russie a une certaine prépondérance sur la Chine, – aucune des deux, Chine et Russie, ne s’en émeuvent ni ne s’en plaignent, – cela rattrapant dans une mesure non négligeable la différence de puissance type-PIB, économie, commerce, etc. Pour cette raison encore, c’est elle, la Russie qui parle pour deux en réclamant, non seulement une nouveau système mondial, mais surtout une nouvelle civilisation.

« Tous les possibles, et même le reste »

Ces différences de position et cette structuration des rapports sont importantes dans la mesure où ils donnent à la Russie la position de proposer et d’impulser la dynamique des relations avec la Chine. Il y a une quinzaine d’années (voir notamment le 27 mai 2009), le problème était posé aux Chinois de savoir s’ils entraient complètement dans le système américaniste-occidentaliste, aujourd’hui ils lui ont complètement tourné le dos en suivant la Russie sur sa voie de la multipolarité identitaire, sur l’existence de civilisations différentes souvent représentées par des nations, etc. C’est-à-dire qu’ils ont complètement intégré l’idée de l’importance des matières disons “spirituelles” dans la définition d’un système jusqu’alors uniformément globaliste et réduit aux seules matières économiques.

Il s’agit d’une évolution importante, nullement en raison de l’importance de circonstance qu’on  reconnaît à la Russie, – ce serait une attitude contraire au système égalitaire mais différencié que propose la Russie ; – mais en raison de l’importance de la fracture impliquant les élites des différents systèmes.

La globalisation, les thèses d’une coordination complète des élites contre les peuples, les visions catastrophistes qui en découlent, impliquent une unité de vue de ces élites. La rupture que nous décrivons et qui se fait actuellement sous nos yeux est totalement incompatible avec ce que nous décrivons avec tous les projets globalistes. En considérant le fait que cette rupture révèle une extraordinaire vulnérabilité, une mollesse décadente, une faiblesse fondamentale menant à la désintégration des élites américanistes-occidentalistes, on peut très aisément envisager que la position de force des élites eurasiatiques et du reste qui les accompagnent devrait se renforcer jusqu’à une position inexpugnable.

Il ne s’agit nullement d’une prévision, ou d’une prédiction mais de la description d’un processus, d’ores et déjà en cours. Ce qui en sortira est une toute autre affaire. Sur la terra incognita post-postmoderne, tous les possibles sont envisageables, et même le reste...

 

Lis en ligne le 16 mai 2024 à 14H10