Poursuite de l’interrogation de l’“énigme”

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Le mouvement Occupy Wall Street s’impose chaque jour davantage comme un événement extrêmement singulier et spécifique, voire étrange et à première vue inexplicable. Il y a bien sûr l’explication des complots, mais elle explique si peu qu’elle sert finalement à confirmer la singularité extraordinaire de ce qui est effectivement une énigme. Un texte de William Echols, de Russia Today le 10 octobre 2011, apporte d’intéressants éléments de réflexion, – non pas de résolution de l’énigme, mais pour renforcer encore plus le sentiment que OWS est bien une énigme et mérite d'être traitée comme telle, selon des appréciations complètement nouvelles et non pas selon les références archaïques (complots, revendications, “révolution”, etc.).

Après avoir décrit la façon absolument inhabituelle dont se forment les différents mouvements, ou branches géographiques de OWS, dans d’autres villes des USA, après avoir acté le succès non seulement de communication du mouvement, mais le succès tactique de cette méthode, Echols développe ses observations…

«This reality points to one of the greatest paradoxes of the burgeoning Occupy Wall Street movement. Despite criticisms that the group has a vaguely defined message and no clear leadership, the protests, both in terms of demographic composition, conduct, and the messages being conveyed via placards and chants (often to the beat of a drum), are almost uniform. Whether crying out “we are the 99 per cent” or decrying the injustice that “they got bailed out, we got sold out,” the scenery changes from city to city, but one message remains the same: “this is what democracy looks like.”

»Perhaps the reason for it is that today’s movement is very much a product of its age and also an inversion of the past order. While the US was once viewed as a city on the hill that provided a mythical beacon of democracy to other nations, in an almost strange twist of fate, the Occupy Wall Street movement has found its inspiration in the Arab World, as even former vice-president Al Gore proclaimed that “America needed a non-violent Tahrir Square.” A seemingly metaphorical parallel took on life this past Saturday as Egyptian activist Mohammed Ezzeldin told an exuberant crowd in New York’s Washington Square Park about the link he saw between the anti-Mubarak protests and America’s growing civil action. In a somewhat awkward choral call and response, Ezzeldin proclaimed: “I am coming from there -from the Arab Spring. From the Arab Spring to the fall of Wall Street. From Liberation Square to Washington Square, to the fall of Wall Street and market domination, and capitalist domination.”

»It is the sort of message that both enlivens the nascent movement as well as points to the flaws inherit within it. For while youthful radicals might find exhilaration in Marxist calls to bring down the capitalist order, union members (among others) who came out in force are merely seeking to preserve their role in it.

»It is in that sense that a horizontally organized protest movement has the power to turn modern day tweets and status updates into old school bodies and placards filling the streets from sea to shining sea, while at the same time lacking any authority to impose a set of demands on its participants. If “we are the 99 per cent” means “we are not among the world’s elite,” the message almost certainly rings true. But qualify that message beyond one’s personal assets, and the unifying principle of the protestors becomes far less definable. Ultimately, the lack of a clearly defined message could just as well serve to rain on their own parade as it could to set the streets ablaze.

»Perhaps recognizing this, the famous writer and activist Naomi Klein attempted to address this very real problem while addressing demonstrators in New York on Thursday. “Being horizontal and deeply democratic is wonderful. But these principles are compatible with the hard work of building structures and institutions that are sturdy enough to weather the storms ahead. I have great faith that this will happen,” Klein said, as cited by the Nation.

»For now, there is enough public anger to give the movement lifeblood to both sustain itself and continue to grow. And in picking a fight with the most dominant economic and political forces on the planet, Klein implored the protestors to “treat this beautiful movement as if it is most important thing in the world. Because it is. It really is.”

»While Klein’s message is one of inspiration and hope, one question remains: Who is listening?»

On le voit, Echols cite notamment Noami Klein dans son adresse aux “Occupants” de OWS, à Wall Street. Alors qu’en la citant, nous insistions essentiellement sur l’aspect lyrique et esthétique du discours, pour mettre en évidence les très grandes différence de réactions (celle de Klein comparée à celle de Robert Reich), Echols mentionne un passage plus “technique”, qui est très intéressant : «Being horizontal and deeply democratic is wonderful. But these principles are compatible with the hard work of building structures and institutions that are sturdy enough to weather the storms ahead. I have great faith that this will happen…»

Cette idée peut être complétée par une autre, que présente un des “Occupants” d’OWS, également consulté par Russia Toiday, le 7 octobre 2011. Il s’agit de “l’activiste Yotam Marom, qui fut arrêté à Manhattan” lors de l’affaire du pont de Brooklyn. Marom, qui est toujours actif au sein d’OWS, à Wall Street, explique pourquoi il approuve le fait que Occupy Wall Street ne présente aucune revendication précise.

«Despite getting bigger and gaining more support every day, “Occupy Wall Street” has been largely criticized for not having any definite demands. Marom, who is a proponent of demands, explained that generally they are necessary as they clarify the struggle. However, he believes it is not compulsory for “Occupy Wall Street" to come up with demands. “I don’t think this occupation has to come up with its own demands. It can be a foundation on top of which community and grassroots organizations and movements can fight. We have an enormous potential to really build a movement capable of both creating an alternative structure and fighting to create space for that structure,” he concluded.»

On sait combien nous pensons que ce comportement spontané, ou cette “tactique”, – notamment l’absence de buts affirmés, – sont novateurs et essentiels pour cette sorte de mouvement. (Voir notamment le 28 juin 2011 et le 3 octobre 2011.) Qu’il s’agisse d’un “comportement spontané” ou d’une “tactique” importe assez peu, notre conviction étant d’ailleurs qu’il s’agit d’un comportement et d’une tactique, ou d’un comportement devenant une tactique, etc. L’explication d’un “comportement spontané” qui existe néanmoins, dans tous les cas à l’origine, peut être aisément trouvée dans le fait que ces mouvements se développent dans le cadre d’une crise dont tout le monde sent bien qu’elle ne peut être résolue d’une façon parcellaire, par une réforme ou l’autre, et que, par conséquent, la mise en avant de revendications parcellaires ne peut aboutir qu’à des mesures elles-mêmes parcellaires, qui ne changeront rien au fondement de la crise mais permettront la récupération du mouvement par le Système. Ce qui est par contre remarquable, notamment dans le cas US, c’est que cette absence de buts affirmés, souvent désigné comme une faiblesse du mouvement et la garantie de son échec, suscite un tel tintamarre, une telle accumulation d’interrogations ou de dénonciations, que cela donne un statut de plus en plus important au mouvement par le fait du système de la communication, et assure donc le succès du mouvement (Puisque, aujourd'hui, le succès réel se mesure en termes de communication.) Le paradoxe est complet puisque la faiblesse du mouvement comme garantie de son échec assure son succès. Aujourd’hui, aux USA, tout le monde ne parle que d’Occupy Wall Street, alors que le mouvement n’a rien exigé, n’a rien obtenu et a déplacé des masses extrêmement faibles de protestataires.

Un autre point est intéressant dans les extraits cités ci-dessus. Il s’agit du caractère d’“horizontalité” du mouvement. Pour les idéologues, cela se traduit aussitôt en termes de “démocratie directe”. (“[T]his is what democracy looks like”, disent les manifestants ; «Being horizontal and deeply democratic is wonderful», dit Noami Klein.) Nous chercherions plutôt une interprétation en terme de hiérarchie, d’inversion et d’action hors-Système. L’horizontalité entrave complètement le caractère vertical de la hiérarchie, que ce soit la hiérarchie du Système ou la contre-hiérarchie des groupes qui luttent contre le Système en acceptant les termes et les références du Système. L’horizontalité rompt le concept de hiérarchie, qui est dans ce cas une hiérarchie complètement subvertie et invertie, comme tout ce qui renvoie au Système. Même si elle peut être considérée comme théoriquement “subversive” par rapport à l’ordre théorique, cette horizontalité est en réalité subversive d’un ordre (d’une hiérarchie) lui-même subversif ; par conséquent elle est vertueuse. Elle agit en dehors du Système parce qu’elle refuse les références du Système et se révèle complètement antiSystème.


Mis en ligne le 11 octobre 2011 à 09H58

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