Pourquoi pas une ‘October Surprise’ ?

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Pourquoi pas une ‘October Surprise’ ?

Voici une hypothèse qui nous reposera des vitrines brisées, des exercices de contrition à genoux et des cours de rééducation racisés qui meublent aujourd’hui les rues des villes des USA : la possibilité de ce qu’on nomme, depuis la trouvaille de Bill Casey en 1980, une ‘October Surprise’. Casey dirigeait la campagne de Reagan en 1980 (avant de diriger et de transformer la CIA en agences de subversion globale et de trafic de drogue mondialisé et financiarisé). Il avait interféré secrètement et efficacement dans les négociations entre les USA et l’Iran pour la négociation de libération des otages de Téhéran (prise de l’ambassade US en novembre 1979), pour faire repousser cette annonce à après l’élection de novembre 1980 en échange de la promesse de livraisons d’armes à l’Iran (ce qui se ferait plus tard dans le scandale de l’Irangate). En fait, l’‘October Surprise’ de Casey, expression ironique, était plutôt une absence de surprise en octobre : priver Carter, le président démocrate candidat à sa réélection, de l’avantage sans doute décisif de l’annonce de la libération des otages.

Cela rappelé, il est vrai que chaque octobre de chaque élection présidentielle aux USA est souvent marqué de tentatives plus ou moins réussies de manipulations d’événements spectaculaires, ou même d’événements non-contrôlés, interférant dans la campagne et l’élection présidentielle US. (On a fait un film de cette respectable coutume : ‘Des hommes d’influence’.) WSWS.org, quittant pour ce cas le champ de bataille intérieur qu’il parcourt d’éclairs de fureur et d’anathèmes de libération trotskiste des peuples, envisage l’hypothèse que Trump s’essaie à une ‘October Surprise’, plutôt du côté de l’Irak mais indirectement et fortement contre l’Iran, et cela en rapport avec plusieurs pistes se réunissant pour renforcer la perspective, notamment la reprise possible de livraisons d’armes russes et chinoises à l’Iran vers la mi-octobre...

« Aujourd'hui, la menace est que l’‘October Surprise’ se présente sous la forme d'une explosion de militarisme américain.
» Le chroniqueur du Washington Post David Ignatius a écrit la semaine dernière dans un article que “l’Irak est le lieu où un affrontement entre les États-Unis et l’Iran pourrait survenir dans les prochaines semaines, créant une ‘October Surprise’ avant l'élection présidentielle américaine”. Il est douteux qu’Ignatius, qui a des liens étroits avec l'appareil de renseignement militaire américaniste, utilise cette phrase de manière non documentée.
» Il faisait référence à un ultimatum lancé par le secrétaire d'État américain Mike Pompeo au nouveau Premier ministre irakien Mustafa al-Kadhimi, selon lequel Washington fermera son ambassade à Bagdad à moins que le régime ne réprime les milices chiites irakiennes alignées sur l’Iran qui ont lancé des roquettes dans le voisinage général des installations américaines. Une telle décision entraînerait probablement la chute du gouvernement.
» Ignatius a souligné que la fermeture de l’ambassade “pourrait également être le prélude à d’importantes frappes aériennes américaines contre les milices”.
» Une telle action militaire pourrait rapidement dégénérer en une confrontation avec l’Iran, alors qu’on note un renforcement de la tension par ailleurs. Pour la première fois depuis novembre dernier, un groupe de porte-avions d’attaque de l’U.S. Navy a été envoyé dans le Golfe Persique et vient de passer Ormouz. D’autre part, l’administration Trump a affirmé avec arrogance le droit de réimposer unilatéralement les sanctions des Nations unies qui ont été levées dans le cadre de l'accord nucléaire de 2015 entre Téhéran et les grandes puissances, un accord que Washington a unilatéralement abrogé pour son compte.
» Parmi les sanctions que les Etats-Unis revendiquent ainsi aujourd'hui, la plus importante est le droit de faire respecter une interdiction d'exportation d'armes conventionnelles vers l'Iran qui doit expirer au milieu du mois prochain. La Russie et la Chine sont toutes deux prêtes à reprendre ces exportations. La promesse des USA de poursuivre l’interdiction laisse entrevoir la possibilité que des navires de guerre américains affrontent des navires russes ou chinois dans le Golfe Persique ou en haute mer.
» La menace d'un conflit direct entre l’impérialisme américain et ses deux principaux rivaux nucléaires continue de s’intensifier sur un vaste champ d'opérations militaires. »

On continue, dans le texte de WSWS.org, avec le détail d’autres activités de provocation coutumière des USA, qui constituent le courant de leur ‘politique étrangère’ et de leur ‘diplomatie’, vis-à-vis de la Russie et de la Chine. Il y a d’abord la série continue des exercices militaires dits “de l’OTAN”, essentiellement sinon exclusivement US, sur les frontières de la Russie. On cite en vrac le vol héroïque d’un correspondant auprès du Pentagone pour l’étranger, Richard Engel, sur le second siège à bord d’un F-16 de l’US Air Force le long de la ligne diabolique,  au cours de manœuvres aériennes très démonstratives, à destination des Russes ; des exercices à tir réel de système de lance-missiles multiples, MLRS, en Lettonie, à portée de MLRS de la Russie.

(« Comment les Américains réagiraient dans l'éventualité d'un tel tir par notre armée à la frontière américaine ? », a demandé en gémissant l’ambassade de Russie à Washington après les exercices du MLRS, sans aucune réponse parce que tout le monde s’en fiche. Tout le monde se fiche également des discours de Poutine à l’ONU, à partir de Moscou et devant une salle vide style-Covid, proposant une coopération aux USA pour la réduction des armements, – mais où se croit-il encore, celui-là, pour y croire encore ? Allez, ouste !)

On notera également diverses agitations US du côté de la Chine et de Taiwan (visites d’officiels US et vente d’armes US à Taïwan), et aussi un numéro spécial de la revue de l’US Army ‘Military Review’, avec comme sujet : la perspective d’un conflit avec la Chine, tiens justement, à propos de Taïwan. Tonalité des articles : la guerre fraîche et joyeuse.

« Drive Them into the Sea » préconise l’un d’eux (de ces articles de militaires), qui conseille « l’envoi d'un corps lourd de l’US Army à Taïwan, pour repousser l’ennemi dans la mer ». Un officier du Corps des Marines nous parle du “dragon chinois” qu’il serait temps de dompter, et pour cela il importe de « déployer des forces US à Taïwan, de manière à déclencher inévitablement un conflit plus important et à faire connaître clairement notre engagement en faveur de la défense de Taïwan. »

Ces sordides stupidités des militaires US lassent assez vite WSWS.org, qui passe à l’essentiel : l’effet sur la situation intérieure d’une ‘October Surprise’ si juteuse : la loi martiale, la dictature, sous les applaudissements des démocrates, de Sleepy Joe toujours sommeillant, et sans doute des Black Lives Matter... De ce point de vue, le scénario est original, puisqu’il n’est même plus tellement question de gagner des voix à l’élection, puisqu’élection probablement kaput... D’autre part, il satisfait WSWS.org puisqu’il fait baigner les deux candidats dans la même matrice vaseuse et éculée, tels des Dupont-Dupond de l’impérialisme américaniste.

« Le déclenchement d’un conflit militaire direct dans l’un de ces domaines pourrait fournir à M. Trump son October Surpriseau prix potentiel d’une perte massive de vies humaines et d’une spirale de conflit menant à la guerre mondiale. L’objectif ne serait pas tant d’influencer les électeurs, car Trump ne poursuit pas une stratégie basée sur le vote populaire qu’il n’a pas réussi à gagner aux élections de 2016, mais plutôt de créer les conditions d’un coup d’État visant à consolider une dictature présidentielle et à supprimer violemment toute opposition. La guerre pourrait servir de prétexte pour mettre à exécution ses menaces d'invoquer la loi sur l'insurrection et d'imposer la loi martiale.
» La prétendue opposition politique de Trump, le parti démocrate et son candidat à la présidence Joe Biden, n’ont fait que contribuer à créer les conditions d'une telle provocation militaire et de ses conséquences politiques de grande envergure. Ils ont dénoncé à plusieurs reprises Trump pour avoir été trop ‘soft’ envers la Russie et la Chine, notamment à la suite d’un récent accident entre des véhicules blindés américains et russes en Syrie, dans lequel ils ont exigé des représailles pour les blessures mineures subies par les soldats américains.
» Compte tenu de cette réalité, en cas d'engagement militaire américain contre la Russie ou la Chine, les démocrates apporteraient leur soutien à l’effort de guerre de Trump. »

On reconnaît là les vieilles rancœurs de WSWS.org et les scénarios minables et sans fin des ‘experts’ et ‘analystes’ des canards de “D.C.-la-folle” relayant évidemment toutes les lubies de la communauté du renseignement et de communication. A cet égard, il n’y a pas grand’chose de nouveau sous le soleil, hormis l’accélération constante de la progression de la pourriture du Système et de sa représentation en usine à gaz que sont le Pentagone et toute sa quincaillerie ; et, à mesure, l’accélération du désordre, bien entendu...

Coincés entre la corruption et la trouille de contrevenir au Politiquement-Correct (PC) dominant du type BLM et progressisme-sociétal, les généraux et amiraux du Pentagone atteignent actuellement le terme d’une vertigineuse chute dans la médiocrité et la nullité. C’est bien de l’honneur de la part des phantasmes classiques de WSWS.org de les charger d’un tel projet de subversion d’une sorte de coup d’État plus ou moins bidouillé à partir d’un pseudo-conflit extérieur.

Sans doute jamais l’armée des USA n’a présenté un tel tableau d’un rapport catastrophique de rentabilité, pour des dépenses astronomiques, des échecs répétés de tous les programmes de technologies avancées désormais, des guerres devenues ingagnables du fait de l’action de puissance aveugle des forces, d’une extraordinaire pléthore d’étoiles de généraux et d’amiraux comme une super-armée mexicaine bureaucratisée, d’une corruption endémique institutionnalisée et ainsi de suite. Dans tous les facteurs d’appréciation de l’efficacité, de la rentabilité et des vertus militaires, le “Principe de Peter” est totalement en contrôle des choses.

Ces quelques extraits d’un article de Hunter Derensis, dans The American Conservative, donne quelques tristes idées à cet égard, et notamment à propos du glorieux général Mattis, acclamé dans tous les cercles progressistes-démocrates comme “le seul adulte dans la pièce”...

« Trump a peut-être appris à ses dépens que les généraux des guerres éternelles [du XXIème siècle] ne sont pas à la hauteur des soldats du XXe siècle qu'il adorait en grandissant.
» Lorsque George Marshall a supervisé le déploiement de 8,3 millions de GI sur quatre continents pendant la Seconde Guerre mondiale, il l’a fait avec l'aide de seulement trois autres généraux quatre étoiles. À la retraite, Marshall a refusé de siéger à des conseils d'administration d'entreprises avec de nombreux contrats lucratifs, ne voulant pas profiter de la sorte de son passé militaire. Il avait déclaré à un éditeur qu’il “n’avait pas passé  [sa]  vie à servir le gouvernement pour vendre l’histoire de  [sa]  vie au Saturday Evening Post”.
» Comparez cela à l’establishment militaire obèse et grotesquement alourdi d’aujourd'hui, où un nombre sans précédent de 41 quatre étoiles supervisent seulement 1,3 million d’hommes et de femmes. Ces généraux et amiraux, sélectionnés et préparés en raison de leurs habitudes de prudence conformiste, passent des années à se féliciter d'avoir géré des guerres non gagnées, en attendant le jour où ils pourront encaisser. Selon le Boston Globe, au milieu des années 1990, près de 50 % des généraux à trois ou quatre étoiles étaient ensuite passés consultants ou cadres pour l'industrie de l'armement. En 2006, au plus fort de la guerre en Irak, ce nombre avait augmenté pour atteindre plus de 80 % des retraités.
» Les exemples sont aussi nombreux que les occupations américaines à l'étranger : l’ancien directeur du renseignement naval Jack Dorsett a rejoint le conseil d'administration de Northrop-Grumman ; il a été suivi plus tard par l'ancien chef d’état-major de l’armée de l’air Mark Welsh ; pendant ce temps, l’ancien vice-président des chefs d’état-major interarmées James Cartwright est allé chez Raytheon ; les anciens présidents des chefs d'état-major interarmées, – le poste le plus élevé dans l'armée, – William J. Crowe, John Shalikashvili, Richard Myers et Joseph Dunford ont ensuite travaillé pour General Dynamics, Boeing, Northrop-Grumman et Lockheed-Martin, respectivement. [...]
» Le général James ‘Mad Dog’ Mattis, entre sa retraite de 2014 du Corps des Marines et sa nomination en 2016 comme secrétaire à la défense, a rejoint le conseil d’administration de General Dynamics où il a reçu plus d’un million de dollars en salaire et avantages. De retour à la vie publique, Mattis a passé deux ans à cajoler le président Trump pour qu’il maintienne l’engagement de l’armée américaine dans des endroits aussi disparates que l’Afghanistan, la Syrie et l’Afrique. “Monsieur le Président, nous le faisons pour éviter qu’une bombe n’explose à Times Square”, a déclaré le secrétaire à la défense Mattis à son commandant en chef.
» On s’est gardé de préciser qu’un retrait stratégique de ces guerres entraînerait une baisse précipitée des ‘stock options’ de Mattis, qu’il a récupérées après avoir rejoint General Dynamics suite à sa démission en décembre 2018. »

Il est possible que les supputations de WSWS.org soient fondées, les généraux-améraux n’étant effectivement à leur aise que lorsqu’ils donnent de leurs bureaux du Pentagone l’ordre de faire tirer à quelques milliers de kilomètres de là un missile d’un drone ou larguer une bombe ‘intelligente’ d’un F-35-qui-vole. Ils pourraient effectivement favoriser une sorte d’‘October Surprise’ mais il nous semble que ce serait plutôt pour éviter d’avoir à se prononcer en prenant une position politique sur une action intérieure que de la favoriser. Par exemple, les chefs militaires pourraient croire qu’une ‘October Surprise’ leur donnerait à nouveau une position d’influence sans avoir à se ‘mouiller’ politiquement tandis que cela obligerait le monde politique à trouver un arrangement pour faire perdurer quelques semaines ou mois de plus cette barcasse pourrie qu’est devenue Washington D.C. ; ce qui serait, à notre avis, se faire beaucoup d’illusions, une des occupations favorites (les illusions du simulacre) avec la chasse aux milliers de dollars des généraux-amiraux en pré-retraite.

Il est à considérer que cette option de l’‘October Surprise’ sous cette forme, qui a été considérée à diverses autres reprises lors de diverses élections présidentielles, n’est pas complètement à rejeter dans l’extraordinaire désordre qui affecte la situation de la direction du système de l’américanisme. Pour autant, et pour ce coup complètement à la différence des trotskistes de WSWS.org qui passent leur temps dans leurs estimations à accorder bien plus de structurations qu’ils n’en ont à tous leurs supposés adversaires, à tous les représentants du capitalisme américaniste, etc., pour autant une telle entreprise ne conduirait à notre sens qu’à accentuer encore plus le désordre ; et d’abord à l’intérieur, dans la mesure où le ralliement des démocrates (de tous les démocrates) à un Trump opérant de cette façon est très loin d’être acquis, – simplement, parce que Trump reste Trump...

Dans tous les cas, un incident de parcours du type ‘October Surprise’ nous permettrait d’apprécier d’une façon décisive l’état de dégradation de la puissance militaire US, notamment au niveau de la psychologie et du caractère. Sans le moindre doute, le dernier apport à ce constat a été la démonstration, ces derniers mois, de la paralysie et de l’impuissance des chefs militaires dans le jeu du désordre de “D.C.-la-folle’. Une ‘October Surprise’ ne serait plus une surprise, mais elle nous permettrait au moins de voir s’accélérer le naufrage de leur piètre Moby Dick devenu Titanic.

 

Mis en ligne le 28 septembre 2020 à 14H15

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