Pour accueillir la démocratie, Israël veut plus d’armes et de $milliards

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Le Wall Street Journal s’est enquis auprès du ministre israélien de la défense Ehud Barack des conséquences pour Israël, du point de vue militaire et de la sécurité, des événements de la chaîne crisique en cours dans les pays arabes de la région. (Dans le Wall Street Journal du 8 mars 2011.)

Premier constat du ministre, dont la vigueur intellectuelle est connue dans les milieux politiques israéliens, – constat particulièrement roboratif et original…

«“It's a historic earthquake...a movement in the right direction, quite inspired,” Mr. Barak said in an interview with The Wall Street Journal, surveying the youthful revolts in Egypt, Tunisia, Libya and the Gulf. “It's a movement of the Arab societies toward modernity.”»

Un peu plus bas, le même Barack fait une confidence à ses intervieweurs, à propos d’une confidence que lui a faite une “personnalité égyptienne” dont il ne veut pas dire le nom, qui n’est pas, dit-il, le président du conseil militaire qui dirige actuellement l’Egypte, le maréchal Mohamed Hussein Tantawi. Il pourrait bien s’agir d’Omar Souleiman, le n°2 de Moubarak qui a été brutalement éliminé de la scène politique égyptienne, mais qui garde assez de contacts au niveau politique pour pouvoir donner une analyse sérieuse de l’évolution politique prévisible de l’Egypte dans les prochains mois, dans tous les cas telle que l’envisagent les dirigeants militaires. Cette évolution n’est pas exaltante pour Israël, ni pour les USA d’ailleurs.

«In the interview, Mr. Barak described a recent warning from another prominent Egyptian, whom he didn't name, that Israel could expect a different attitude unless it moved to make peace with the Palestinians. “He told me, ‘We're going to have a really open election....Civic parties will hire advisers from the U.S. and Europe and find immediately that what can bring them voters is hostility to America and Israel.’”»

…D’où l’on déduit, comme l’a fait Barack lui-même, que ce mouvement démocratique si exaltant présente inéluctablement un penchant antiaméricaniste et anti-israélien fort préoccupant pour Israël. D’où l’on en vient à l’essentiel pour Barack, qui est la nécessité d’un renforcement militaire sur le long terme… La chose est déjà chiffrée à $20 milliards, avec la précision “pour la prochaine génération”, ce qui pourrait être en réalité pour les prochaines dix années.

«“The issue of qualitative military edge for Israel becomes more essential for us, and I believe also more essential for you,” said Mr. Barak, a former prime minister. “It might be wise to invest another $20 billion to upgrade the security of Israel for the next generation or so....A strong, responsible Israel can become a stabilizer in such a turbulent region.”

»Defense analysts say Israel spends about 9% of its gross national product on defense, or roughly $17 billion per year. U.S. military assistance accounts for $3 billion of that. Mr. Barak said Israel faces no imminent threat but would have to increase its spending over the long-term.»

Ces constats sont accompagnés de la précisions, en début d’article, qu’Israël espère fermement que ces $20 milliards supplémentaires viendront bien entendu des USA, dans le cadre d’un renforcement de l’aide militaire US à Israël qui pourrait ainsi passer de $3 à $4-$5 milliards par an, – espère-t-il… («Israel will need to boost military spending and may seek an additional $20 billion in U.S. security assistance to help it manage potential threats stemming from popular upheavals in the Arab world, Defense Minister Ehud Barak said Monday.»)

Malgré toute la belle rhétorique et les habituelles exclamations de bonheur politique devant l’extension de la démocratie, la puissance des mouvements en cours pousse à l’orientation qu’on pouvait prévoir. Pour l’Egypte, elle est irrésistiblement de rechercher un leadership du monde arabe, peut-être partagé avec la Turquie, qui aura nécessairement une coloration panarabe, ou néo-panarabe, et qui sera nécessairement distanciée d’Israël et des USA, sinon hostile à ces deux pays, ou disons à l’“axe” qu’ils forment, – sorte d’“axe du mal” à peine atténué, à l’envers...

Barack confie dans l’interview qu’il a pris contact avec le maréchal Tantawi pour sonder l’attitude des militaires. Le rapport qu’il en fait dans l’interview est rassurant en surface mais ne dissimule pas sa propre inquiétude lorsqu’il rapporte une phrase qu’il a dite à Tantawi, de leur responsabilité commune “d’éviter que nos jeunes gens s’affrontent à nouveau”. («Messrs. Tantawi and Barak met about 15 years ago and discovered that they had fought on opposite sides in a fierce tank battle in the Sinai desert during the 1973 war. Mr. Barak said he told the Egyptian leader on the phone last month that “we have a responsibility to avoid that our young people fight again.”»)

La démarche de Barack auprès de Tantawi (un coup de téléphone, autour du 20 février) était essentiellement pour s’assurer que l’Egypte respecterait le traité de paix israélo-égyptien de 1979. Barack a obtenu cette garantie de Tantawi, mais le fait même de sa démarche, et l’évocation, même a contrario, d’hypothèses d’affrontement, montrent que les relations entre les deux pays sont soumises à de rudes tensions ; cela serait confirmé par l’affirmation, par des sources égyptiennes indépendantes, que Barack aurait fait à Tantawi la suggestion d’une rencontre, que Tantawi aurait repoussée, dans tous les cas pour l’instant pour dire poliment, jugeant la chose “prématurée”. Pourtant, une telle rencontre aurait été la meilleure façon de confirmer les assurances de Tantawi au téléphone, et son refus semble au contraire leur donner une certaine fragilité. Tout cela, en plus de la confidence rapportée par Barack, semble indiquer que les militaires égyptiens sont décidés à laisser se développer le processus démocratique en Egypte et qu’ils prévoient qu’effectivement ce processus débouchera sur une réelle affirmation panarabe de l’Egypte, se traduisant par des relations beaucoup plus incertaines avec Israël.


Mis en ligne le 9 mars 2011 à 14H39

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