Il n'y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.
Vers la fin du mois d’avril, un article a été publié sur Oilprice.com : « L’Allemagne se démène pour trouver une route d’approvisionnement en pétrole en Pologne alors que la Russie interrompt les flux via Druzhba » :
L’Allemagne cherche des solutions pour réacheminer les approvisionnements en pétrole brut vers la raffinerie PCK de Schwedt après que la Russie a annoncé qu’elle interrompt les livraisons de pétrole kazakh via l’oléoduc Druzhba à compter du 1er mai, ce qui met désormais en péril environ 43 000 barils par jour. Berlin est actuellement en pourparlers avec la Pologne pour acheminer des barils de remplacement via le port de Gdansk, les livraisons potentielles devant ensuite être acheminées vers Schwedt, la raffinerie qui approvisionne en carburants une grande partie de l’Allemagne de l’Est, y compris Berlin. Le Kazakhstan a expédié 2,146 millions de tonnes vers l’Allemagne via Druzhba l’année dernière, soit une hausse de 44 % par rapport à 2024, avec 730 000 tonnes supplémentaires livrées au premier trimestre. La Pologne affirme disposer de la capacité technique pour gérer des flux supplémentaires, mais l’accès au port, les calendriers d’expédition, la disponibilité du brut et la configuration des raffineries ont tous leur importance. Remplacer le brut acheminé par oléoduc par du brut transporté par voie maritime est rarement un échange à parité… Des alternatives existent pour Schwedt, mais elles sont plus coûteuses et plus compliquées. La raffinerie s’est de plus en plus appuyée sur le brut arrivant par les routes de la Baltique et le port allemand de Rostock, mais ces voies sont limitées.
Et c’est tout ce que vous sauriez à ce sujet si vous vous fiiez exclusivement à des sources anglophones. Mais en creusant un peu dans les publications russophones, une image bien plus détaillée se dessine. L’exploitant de l’oléoduc Druzhba (« Amitié »), propriété de la Russie, est la société russe Transneft, tandis que le pétrole qui l’alimente provenait effectivement principalement des trois plus grands gisements du Kazakhstan – Tengiz, Karachaganak et Kashagan – qui ont été développés et sont exploités sur la base d’accords de partage de production (PSA). Les partenaires de ces accords sont les suivants :
Ainsi, le Kazakhstan lui-même ne détient qu’une participation minoritaire dans chacun de ces projets, tandis que les participations majoritaires sont détenues par des entreprises américaines et européennes. Cette situation soulève une question évidente : la société russe Transneft aurait-elle pu obtenir l’autorisation de détourner le pétrole kazakh du pipeline Druzhba de son propre chef, sur ordre du Kremlin ou à la demande des Kazakhs ? Manifestement non. Elle a dû obtenir l’accord de tous les actionnaires majoritaires.
La question évidente qui se pose ensuite est la suivante : pourquoi ces actionnaires majoritaires occidentaux souhaiteraient-ils priver l’Allemagne d’un accès au pétrole bon marché (car le pétrole acheminé par oléoduc est généralement moins cher que celui transporté par voie maritime) ? La réponse est tout aussi évidente : avec un oléoduc, le vendeur est captif — il ne peut expédier le pétrole qu’au point d’arrivée de l’oléoduc — tandis qu’avec le pétrole transporté par voie maritime, le vendeur est libre d’expédier ses produits partout dans le monde où le prix est le plus élevé. La demande de pétrole physique est actuellement à un niveau record et le transport via les ports pétroliers russes de la mer Baltique, tels qu’Oust-Louga et Primorsk, élimine la dépendance vis-à-vis d’un acheteur unique.
Le 14 Mai 2026, Club Orlov – Traduction du ‘Sakerfrancophone’
Note du Saker Francophone
Depuis quelques temps, des gens indélicats retraduisent “mal” en anglais nos propres traductions sans l’autorisation de l’auteur qui vit de ses publications. Dmitry Orlov nous faisait l’amitié depuis toutes ses années de nous laisser publier les traductions françaises de ses articles, même ceux payant pour les anglophones. Dans ces nouvelles conditions, en accord avec l’auteur, on vous propose la 1ere partie de l’article ici. Vous pouvez lire la suite en français derrière ce lien en vous abonnant au site Boosty de Dmitry Orlov.