Philippe Grasset et le suprémacisme anglo-saxon

Les Carnets de Nicolas Bonnal

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Philippe Grasset et le suprémacisme anglo-saxon

Pour éclairer la situation présente, l’empire anglo-saxon contre l’Iran, je reprendrai un texte inspiré par la Grâce de l’histoire, de mon ami Philippe Grasset. Il est à peine modifié et explique la triste histoire des cinq derniers siècles de guerre navale, de guerre mondiale aussi.

Ce que Hamlet appelle The Distracted Globe (TDG), après avoir écouté le fantôme (I, 5), ce mot global donc, et toutes ses connotations néototalitaires, Philippe Grasset en parle bien, en parle extraordinairement à sa page 200 : 

« La rotondité de la terre permet de suggérer que l’espace physique prend la forme d’un symbole de l’inéluctabilité de la modernité comme maîtrise du monde (on dira plus tard globalisation du monde, ce qui veut dire sous forme pléonastique globalisation du globe et confirme que le globe terre n’est pas seulement un phénomène physique, et qu’il est également le symbole à la fois de la maîtrise et de la fermeture du monde par la modernité). »

Mon dictionnaire Quicherat de 1899 nous éclairera : le globe désigne un essaim d’abeilles, une troupe de conjurés consensionis globus, chez mon Salluste, et même une escadre (globus navium). Ce globe est un escadron.

Philippe Grasset ajoute sur cette néo ou anti-civilisation née à la Renaissance :

 « Avant même d’exister et de mériter son existence, notre « deuxième civilisation occidentale » et déjà créatrice de ce qu’elle juge être un nouveau récit de l’histoire du monde dont la conclusion, nécessairement paroxystique, lui appartient, et lui appartient au point qu’elle peut décider qu’il n’y a pas de conclusion ; par conséquent, n’entendant nullement se préparer à passer la plume du récit de sa propre histoire à la suivante – au contraire, il n’y aura pas de « civilisation suivante » – créatrice d’une histoire différente, bien entendu, et rien après en vérité la fin de l’histoire avec elle… »

Notre civilisation abolit l’histoire en remplaçant les civilisations par sa contre-civilisation. Le bilan est similaire chez Marx ou Debord. On est face à une usurpation gigantesque. Debord sur le spectacle : 

« Son pouvoir apparaît déjà familier, comme s’il avait depuis toujours été là. Tous les usurpateurs ont voulu faire oublier qu’ils viennent d’arriver. »

Marx dit de la bourgeoisie : 

« Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elles ce qu’elle appelle civilisation, c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image. »

C’est le choc des civilisations expliqué aux moins nuls.

Philippe Grasset évoque le suprématisme anglo-saxon qui a imposé sa technoscience à la planète. Et il infère que cette logique de suprématie raciale, dont Toynbee fait mine de s’excuser, se transfère à un périlleux domaine : 

« Le suprémacisme qui s’est emparé des psychologies anglo-saxonnes à partir des années 1945 est l’enfant incontestable et direct du système du technologisme, une affirmation de supériorité fondée sur une sorte de puissance intrinsèque de la technologie, quelque chose qui est exsudé par le Système, qui est accouché par lui, qui impose sa loi hégémonique, avatar ultime à prétention politique du déchaînement de la Matière.Le « racisme anglo-saxon », désigné par nous comme une catégorie spécifique de la sociologie de la culture, etc., n’est qu’un brouet préparatoire… »

Le monde d’Alpha ville sera celui de la cybernétique à visage humain.

Philippe Grasset ajoute à propos de l’entrée en matière de notre modernité matricielle, cafardeuse et industrielle (car un gros spleen se développe avec) :

 « Derrière ce masque, qui pourrait deviner cette dictature de la Matière, sinon quelques esprits échappant au carnage – disons les Happy Few ? Épouvanté, Stendhal entend cette phrase terrible du nommé Gouhier : « les Lumières, c’est désormais l’industrie » – lui, qui a bien compris, sonne le ralliement des Happy Few avec le tocsin dont il dispose, c’est-à-dire sa littérature. »

La civilisation des Lumières, c’est la civilisation des ampoules et du clignotant.

Que cette machine tourne à vide est une idée ancienne, que notre Philippe Grasset trouve dans un texte de Benjamin Constant : 

« Tout à présent se trouve fait dans un but qui n’existe plus, et que nous, en particulier nous sentons destinés à quelque chose dont nous n’avons aucune idée ; nous sommes des montres où il n’y aurait point de cadran, et dont les rouages, doués d’intelligence, tourneraient jusqu’à ce qu’ils fussent usés, sans savoir pourquoi et se disant toujours : puisque je tourne, j’ai donc un but. »

Cette deuxième civilisation occidentale, ou contre-civilisation est implacable, « quelque chose qui n’a ni précédent, ni équivalent, et qui entend n’avoir jamais d’imitateur puisque avec lui devrait se clore l’histoire du monde. »

Philippe Grasset ajoute que le christianisme fait partie de la modernité, qu’il s’est voulu savant, progressiste, libéral, qu’il n’a rien à opposer au monde actuel, et que d’ailleurs il n’a rien opposé (à part quelques textes délirants contre les Francs-Maçons) : « Le destin malheureux et fautif du christianisme doit finir par trouver sa place dans l’arrangement général des choses et du monde. »

Mieux, « le christianisme a trahi les anciens et ses origines, installant une déviation catastrophique et unique dans l’histoire du monde, unique en tout cas pour le cycle en cours… Tant pis pour lui. »

Impitoyable, Grasset évoque « la déroute complète des religions monothéistes ». Nous y assistons.

 

Bibliographie

Grasset (Philippe) – La grâce de l’histoire – le deuxième cercle (Éditions mols)

Nicolas Bonnal – Les grands écrivains et la conspiration (Dualpha, Amazon.fr)

Karl Marx – Le Manifeste…

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