Occupée par le trou noir de notre diplomatie, Lady Ashton ne répond pas

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Nous sommes donc au bord de l’événement fondamental du vote de sanctions à l’ONU contre l’Iran, – dont certains vous disent, par ailleurs, qu’elles ne changeront pas grand’chose en réalité, – autant pour l’“événement fondamental”. Durant ces derniers jours, on s’est beaucoup agité du côté iranien ; voire du côté turc, notamment auprès de l’Union européenne, pour rappeler qu’il y avait eu un accord entre trois pays, – nommons-les, malgré les restrictions des matières hautement secrètes et les craintes d'infection de la pensée : Turquie, Brésil et Iran…

Que dit Lady Ashton ?

@PAYANT Une source quelque peu amère quoique fort amène pour notre propos, proche des milieux européens, nous dit que les Iraniens ont effectivement contacté le cabinet de Lady Ashton, qui dirige la politique extérieure de l’Union européenne, pour demander à parler à la dirigeante de la diplomatie de l’Union européenne de l’accord sur le nucléaire entre les trois pays (Brésil, Turquie, Iran). Pas de réponse du cabinet Ashton. «Les Turcs eux-mêmes sont intervenus auprès du cabinet, précise notre source, et pourtant les Turcs ne sont pas des pestiférés qui risquent de vous infecter comme on peut craindre en approchant les Iraniens à moins de cinq mètres. Le ministère des affaires étrangères turc voulait avertir le cabinet Ashton, attirer son attention sur le fait que les Iraniens voulaient parler aux Européens. Aucune réponse. Pas de réponse, le cabinet Ashton fait le mort.»

L’atmosphère est étonnante, une sorte d’atmosphère de terreur, où les bureaucrates européens rasent les murs en vous disant que ce sujet, – l’accord Brésil-Turquie-Iran, – est hautement sensible, très délicat. Pourquoi ? Le sort du monde est-il en jeu ? Menace-t-on même d’attaquer ? Rien de tout cela et, répétons-le, des sanctions aux Nations-Unies qui, à cause des concessions faites aux Russes et aux Chinois, ne changeront pas grand’chose, sinon prolonger pour longtemps encore le face-à-face stérile et l’irrésolution du problème.

Dans ces mêmes milieux européens que nous fréquentons, peu orthodoxes puisqu’il y en a certains à l’être, on dit même que toute perspective d’attaque de l’Iran s’éloigne à grands pas, qu’Israël est aujourd’hui complètement sur la défensive, que la Turquie rayonne de toute son influence. Le rejet de possibilités d’accord avec l’Iran ne met nullement l’Iran en mauvaise position mais aboutirait presque au contraire. «C’est une situation totalement bureaucratique, totalement nihiliste, totalement surréaliste, une paralysie complète de notre pensée diplomatique. L’idée même de parler aux Iraniens est nimbée d’une aura d’anathème et de terreur sans aucun sens ni la moindre explication.»

On ne peut même plus parler d’erreur diplomatique, ni même d’impuissance diplomatique, mais d’une sorte d’implosion de la diplomatie américaniste-occidentaliste, comme si cette diplomatie était happée dans un trou noir et disparaissait en se réduisant à mesure, c’est-à-dire en se réduisant à la mesure des causes dérisoires au nom desquelles elle nous prouve chaque jour sa non existence. Reste par bonheur l’avisé Robert Cooper pour nous expliquer que, au-delà des apparences, Israël et la Turquie restent plus proches que jamais… Et cette chère chose inspire effectivement la rédaction des communiqués de politique extérieure de l’UE.


Mis en ligne le 9 juin 2010 à 12H40