McFaul, ambassadeur-Système à Moscou

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McFaul, ambassadeur-Système à Moscou

L’ambassadeur US à Moscou Michael McFaul parle beaucoup. Il parle à l’opposition russe, bien entendu, mais il parle aussi aux médias russes, sans se dissimuler de ses intentions, ou en ironisant à leurs propos, ou en introduisant, volontairement ou pas, des ambiguïtés qu’il laisse subsister ou pas, qu’il corrige ou pas ensuite, avec autant de légèreté pesante et de gouaille, assorties de clins d’œil complices. Les autorités russes, qui ont déjà marqué leur exaspération à l’encontre de McFaul (notamment le ministre des affaires étrangères Lavrov, début avril)), pourraient en venir rapidement à se lasser décisivement de ses incartades que lui-même (McFaul) prend plaisir à présenter sur le ton d’une bonne plaisanterie entre amis… De plus, tout cela n’est pas sans signification, non seulement concernant McFaul, mais, au-delà, concernant la politique américaniste vis-à-vis de la Russie par rapport à la politique-Système vis-à-vis de la Russie (ce n’est pas la même chose, on le verra), par rapport à l’organisation de l’administration Obama, par rapport aux manœuvres à l’intérieur de l’administration Obama.

McFaul, notamment, n’est pas avare de déclarations aux médias russes type Interfax, Russia Today, etc., qui ne sont pas des médias qu’il devrait apprécier particulièrement dans le cadre de ses activités. Cela fait partie de sa “politique de communication”, de la “transparence” de son attitude, ou de la présentation dans ce sens qu’il en fait. Il n’est d’ailleurs nullement assuré qu’il n’y ait pas, chez McFaul, outre un jeu conscient et tactique à cet égard, certains caractères psychologiques relevant de la provocation, du plaisir de l’affirmation publique, relevant également d’une certaine absence de contrôle de soi-même, l'ensemble pouvant, dans une circonstance ou l’autre, lui coûter cher. McFaul n’est pas un diplomate, c’est une créature postmoderne du système de la communication.

Voici donc McFaul parlant à Interfax, à Russia Today et en d’autres occurrences, à propos des “révolutions de couleur”, dont il est beaucoup question en Russie, notamment à propos de la Russie elle-même sous l’expression de “agression douce”. McFaul est ainsi abondamment cité dans Russia Today le 14 juin 2012, dans une sorte de mélange, ou de bouillie pour les chats, empilant affirmations, démentis, soi disant vérités suivies de probables contre-vérités, etc., d’où il ressort qu’il n’est coupable de rien, que si on a pu s’inquiéter de son comportement il demande qu’on l’en excuse car les intentions étaient bonnes, qu’il n’y a pas eu de campagne-Système de type “agression douce” en Russie même s’il y a de toutes les façons une “campagne globale” des USA de soutien des ONG pour cette sorte d’activités type-“révolutions de couleur”, – et, ici, la nuance, que nous soulignons de gras va assez loin pour que nous nous en occupions plus loin… McFaul affirme aussi à plusieurs reprises qu’il n’y a pas eu de financement et enfonce bruyamment des porters ouvertes comme autant de révélation de la bonne foi US et de la sienne propre (“l’opposition [dans votre pays] dépend de vos propres affaires,, et non des nôtres, et nous comprenons parfaitement cela…”) ; tout cela assorti de promesses de documents prouvant telle ou telle déclaration qui ne viennent pas…

«“Experience proves: I know we are not doing it here. This is our firm policy. Other administrations used to do it. And it’s true. Read your own history, guys. You just need to learn facts,” McFaul said on Wednesday as quoted by Interfax news agency.

»The vague statement prompted a misinterpretation by Interfax, which wired that the previous US administrations had been pushing for “an orange révolution” in Russia. McFaul later insisted in his Twitter account that he had been speaking from a broader viewpoint. “I was not talking about Russia, but the role of previous administrations in previous revolutions,” he messaged. “Other administrations have supported democratic revolutions in other countries.”

»The ambassador further advised people to "watch the tape" of his speech. However, when RT requested a copy from the US Embassy in Moscow, it was not immediately available. McFaul also declared he knows what “color revolutions” are and who designs them. “Mostly they are people inside the country, not the US State Department,” he remarked during the seminar at Moscow School of Political Studies. […] “In the US a change of president’s administration means a change of foreign policy course. Condoleezza Rice could not author the 'reload' because she had been involved in a different policy towards Russia for eight years,” the ambassador told the gathering in Russian.

»He also assured the public the US State Department does not sponsor the Russian opposition. Washington has programs to support civil society in many countries, McFaul pointed out, so Russia does not break a rule here, and this does not mean interference in the country’s internal affairs. “Opposition is your own business, whatever you do is your own business – not ours and we quite understand it,” continued McFaul. […] In May, McFaul already denied any links between Washington and Russia’s protest movement. He said that US sponsoring of NGOs was a global concept and was not aimed at affecting Russia’s affair…»

Les affirmations de McFaul semblent convenir au personnage, à la fois fantasque, provocateur, roublard et insaisissable. McFaul alterne des affirmations provocatrices (et des actes à mesure, concernant notamment des rencontres de “coordination” d’actions publiques diverses avec l’opposition) qui n’ont qu’un lointain rapport avec la diplomatie traditionnelle, et des mea culpa retentissants, assortis de protestations d’amitié avec le gouvernement russe tout aussi spectaculaires. Là-dessus, un parler gouailleur, également dans une manière très particulière, ou bien des interventions de protestation furieuse d’accusation d’anti-démocratie avec allusion au KGB et des accusations de harcèlement si la presse russe s’intéresse un peu trop à ses activités (ce qui, selon les critères US, est au contraire un signe de saine démocratie, – mais depuis quand les critères US, surtout laudateurs pour soi-même, ont-ils cours hors des USA ?). Comme on dit, un “personnage haut en couleur”, un “type sympa”, ouvert, qui s’est fait une spécialité d’utiliser à son avantage l’usage des moyens de communication ; le contraire d’un grand ambassadeur et diplomate au sens traditionnel du terme, agissant dans la discrétion, cherchant à comprendre le pays et les dirigeants du pays où il opère, nouant des relations de confiance, sachant garder une confidence pour lui, expert dans l’art du compromis et dans celui d’établir un courant de compréhension entre les étrangers chez qui il réside et ses propres dirigeants. On comprend que, malgré son abattage et son art de l’esbroufe, ou à cause de cela justement, les dirigeants russes ne l’aiment pas : McFaul est un diplomate du nouveau genre, diplomate-Système uniquement forgé par la communication, la narrative, pour qui la vérité et le mensonge sont des “concepts” taillables et corvéables à merci, selon les circonstances.

Dans ce qu’il dit plus haut, il y a du mensonge pur et simple d’ailleurs noyé dans le vague des déclarations type-communication, à côté d’aveu d’une incroyable impudence. Affirmer que ce que l’on nomme, selon l’expression de type relations publiques destinée à “blanchir” cette violation patente des souverainetés nationales “the industry of regime change”, fut une politique officiellement suivie par “les précédentes administrations” est une affirmation d’une impudence extrême puisque c’est affirmer sans l’ombre d’une excuse ou d’un regret une activité absolument illégale, hostile et déstructurante. Affirmer que l’actuelle administration ne pratique pas cette “industry of regime change”, c’est un mensonge patent. Russia Today écrivait le 4 avril 2012 ceci : «Russian Deputy Foreign Minister Sergey Ryabkov […] acknowledged that his side had met some understanding on the State Department’s side and even received some particular data on which [Rusian opposition] groups were funded and in what amount, but he said that the concerns remained.»

On a d’ailleurs souligné l’intérêt de ce point, du fait de certains services du département d’État coopérant avec les Russes, jusqu’à leur transmettre des données normalement secrètes (les donations US à des organisations russes d’opposition) faisant partie d’un plan subversif anti-russe. Cela signifie simplement que le programme de “the industry of regime change” est hors de contrôle du gouvernement, même si certains services de ce gouvernement collaborent à fond à ce programme. (On retrouve la fragmentation totale du pouvoir postmoderne, et l’impossibilité d’un contrôle centralisé à cet égard.) Dans ce cas, la dernière phrase citée de McFaul est encore plus stupéfiante quant au fonctionnement de la chose : «He said that US sponsoring of NGOs was a global concept and was not aimed at affecting Russia’s affair…» On comprend donc que ce “concept global” des ONG, qui vit de sa propre vie et de sa propre dynamique, n’est pas dirigé contre la Russie mais “global”, – ce qui signifie, si l’on observe les réalités, qu’il n’est pas dirigé contre la Russie spécifiquement mais que la Russie fait partie des objectifs puisque le concept est “global” et, donc, que tout y passe, y compris la Russie… Il n’y a aucune raison de ne pas prendre cette observation à sa réelle valeur, alors que tous les évènements la confirment. Le “concept global” des ONG est un programme-Système, qui est lancé par l’intermédiaire des ONG et d’ailleurs suscité par ces mêmes ONG considérées comme regroupées en une entité-Système contre le principe de la souveraineté nationale, contre le Principe en général, au nom de la communication-Système (démocratie, droits de l’homme, bla, bla bla) ; le gouvernement US le soutient quasi-mécaniquement, sans que les autorités ou des services attenants y soient impliqués, ni même ne réalisent sur l’instant ses effets contre-productifs avant d’y être confrontés (d’où la collaboration de certains services du département d’État avec les Russes, quand il s’avère très contre-productif d’interférer gravement sur les relations normales avec la Russie à cause de ce programme). Quand à McFaul, c’est l’ambassadeur du “concept global”-Système des ONG (dans ce cas, avec la précision du “concept global” développé par le Système, essentiellement à partir des USA), bien plus que l’ambassadeur des USA  ; McFaul, ambassadeur du Système à Moscou…

Toutes ces considérations, qui pourraient être classiquement mais d’une manière dépassée considérées du point de vue du machiavélisme, de la manœuvre, etc., répondent d’abord et essentiellement, à notre sens, à une réalité de l’évolution extraordinaire du pouvoir politique sous l’influence du Système. Le pouvoir émietté, particulièrement aux USA, est phagocyté dans certaines de ses parties par des programmes-Système que certains jugent favorables aux USA, mais dont d’autres découvrent les retombées contre-productives. S’il veut ne pas trop laisser se détériorer les relations des USA avec la Russie, BHO a du pain sur la planche ; on n’oserait lui conseiller de virer McFaul, car il nous semble qu’une telle mesure est au-delà de ses possibilités à l’intérieur de sa propre administration… Il n’est d’ailleurs pas impossible, si McFaul continue son show-Système et l’activisme qui va avec, que les Russes s’en chargent un jour.


Mis en ligne le 15 juin 2012 à 08H42