Mayas versus Coca-Cola : un peu d’eau dans la coca

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Mayas versus Coca-Cola : un peu d’eau dans la coca

Il faut comprendre, et nous le comprenons sans aucun doute, que tout gouvernement, même violemment et radicalement antiSystème, se doit de manœuvrer en fonction des forces existantes. C’est le cas de la Bolivie, par rapport aux déclarations dites, dans notre jargon, «Les Mayas (et leur calendrier) versus Coca-Cola» (voir le 2 août 2012).

Il y a donc eu une déclaration du gouvernement bolivien, sous forme de mise au point du ministère des affaires étrangères, de laquelle il ressort qu’il n’est pas question d’expulser Coca-Cola. En fait de l’origine précise de la nouvelle, il s’agissait d’une déclaration du ministre des affaires étrangères David Choquehuanca, datant du 13 juillet, extraite de son contexte et interprétée dans le sens où on l’a vu… (News.com, du 2 août 2012.)

«Foreign Ministry spokeswoman Consuelo Ponce says a July 13 statement by her boss has been taken out of context. Foreign Minister David Choquehuanca said at the time that December 21, 2012, “ought to be the end of Coca-Cola, and the beginning of mocochinci,” a drink made from dried peaches. The date is the summer solstice in the Southern Hemisphere and is considered by many native peoples in the Americas to be an especially auspicious date.

»Before becoming a diplomat Choquehuanca was philosopher of the Aymara culture in the Andes. A spokesman for Coca-Cola Co in Bolivia said the company had no immediate comment on the matter.»

Russia Today a également retransmis la nouvelle en la commentant (ce 3 août 2012), en insistant sur la question de la culture du coca ou de la coca (réglementée selon une convention de l’ONU pour son emploi dans la production de cocaïne), pour la tradition des populations andines de mâcher les feuilles de coca (Erythroxylum coca) que défend le président Morales. (Le ministre des affaires étrangères David Choquehuanca, est lui-même de l’ethnie andine des Aymara, pour laquelle cette tradition importe beaucoup.) Dans tous les cas, il pourrait sembler, selon un jugement sommaire, que ce soit l’idée d’“expulsion” de Coca-Cola de Bolivie qui pourrait avoir été jugée dangereuse, d’un point de vue légal ou/et autre, par le gouvernement bolivien. Une hypothèse que pourrait faire un esprit romantique ou prompt à l’ évocation de machinations, est que cette “interprétation” aurait pu être “facilitée” par les réseaux de soutien US, pour chercher à discréditer, de leur point de vue capitalistique, la Bolivie au regard d’“investisseurs” éventuels ; le délai entre la déclaration initiale du ministre et la diffusion de l’interprétation est extrêmement long et alimenterait aisément cette hypothèse suspicieuse ; la référence au calendrier maya, qui paraît elle aussi rajoutée ou renforcée, devrait, selon la logique d’une telle intervention, accentuer le discrédit qu’on espérerait ainsi très efficace.

Mais le mal est fait, – ou le bien, selon le point de vue où l’on se place. La nouvelle dans sa version initiale a eu un écho considérable, jusqu’à des articles sur HuffingtonPost et Forbes, avec les trois éléments spectaculaires qu’elle mêlait, – l’expulsion de Coca-Cola, le calendrier des Mayas, la fin du monde ou “la fin du capitalisme”. Comme toujours dans ce cas, on en retient ces premiers éléments, les démentis ou rectifications n’ayant qu’un poids extrêmement relatif. D’un point de vue “réaliste”, la Bolivie n’a pas grand’chose à perdre, ce pays étant déjà sur la liste noire du capitalisme. D’un point de vue symbolique, les observations que nous faisions dans notre commentaire initial (le 2 août 2012) restent complètement valables… Volens nolens, cette “interprétation” a, d’un certain point de vue, qui est le point de vue antiSystème qui nous intéresse, dit crûment l’exacte vérité de la situation, dans toutes ses dimensions, même si elle a transformé la réalité des déclarations et des circonstances. Dans ce cas, le rappel du calendrier maya reste également un excellent symbole, pour la charge de perception de la crise finale du Système (du capitalisme, certes) qu’il charrie derrière les supputations catastrophistes qu’il inspire. Plus que jamais, en effet, il s’agit d’alimenter les psychologies en vérités fondamentales, même si ces vérités sont issues de tripatouillages, d’erreurs ou d’“interprétations”. (Le nombre colossal de “tripatouillages, d’erreurs ou d’‘interprétations’” produit des effets dans tous les sens, dont certains retrouvent les grandes vérités du monde, systématiquement caviardées par l’activité du Système.)

Du point de vue de la communication, l’épisode reste une excellente affaire, et si la chose est la conséquence d’une “manipulation” elle n’en est que plus belle… Si non e vero, e ben trovato, bien sûr, – mais plus encore, “puisque c’est si bien trouvé, c’est que cela est vrai même si cela ne l’est pas”. Quant aux détails de la chose et à la “morale” de la vérité de l’information que nous enseigne la vertueuse modernité-Système, – voyez l’inconnaissance pour la confirmation de l'inutilité de les connaître…


Mis en ligne le 4 août 2012 à 12H41