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• ·Faut-il déjà tirer des leçons de la crise vénézuélienne ? • Andrew Korybko pense que oui. • Il n’a peut-être pas tort sur le point qu’il soulève mais il existe une multitude d’autres éléments qui doivent encore évoluer et être appréciés. • On attendra donc avant d’envisager un verdict final qui permet de classer métahistoriquement cette affaire. • La seule certitude qui s’impose, au vu de l’attention qu’elle soulève, notamment au détriment de l’Ukraine, est bien que le Venezuela s’inscrit parfaitement dans le schéma général de la GrandeCrise.
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On constate qu’il y a une multitude de commentaires sur les affaires du Venezuela d’il y a trois jours. L’Ukraine est passée au second plan, ce qui n’a pas empêché, ou ce qui a permis si l’on veut, la plus violente attaque russe contre Kiev. Cela, ce changement de priorité de l’attention, est un fait inédit qui renvoie à la spécificité de notre époque.
Nous avons signalé déjà à deux reprises combien les opérations de cette sorte, les actions US dans son “arrière-cour”, se déroulaient auparavant dans l'indifférence générale. PhG a vécu, en faisant le métier qu'il exerce aujourd'hui, l'invasion de la République dominicaine en 1965-66 (il terminait son service militaire dans la Marine Nationale, au service de l’information interne), l’invasion de la Grenade en 1983, celle du Panama en 1989 (avec kidnapping du président, le colonel et gangster narco-trafiquant travaillant pour la CIA, Noriega). Jamais notre attention occidentale ne fut pour autant détournée des grandes affaires du moment (Vietnam, crise des euromissiles en Europe, chute de l’URSS).
Aujourd’hui, les crises ne se “concurrencent” pas ; elles sont toutes liées par une parentèle unique, la GrandeCrise. Comme le disait notre contributeur anonyme :
« Chez Grasset, la GrandeCrise n’est pas une simple méta-crise cumulative (économique, politique, civilisationnelle), mais une catégorie quasi ontologique :
• Elle n’est pas ce qui arrive à l’Histoire,
• Elle est ce que l’Histoire est devenue.
Il opère ainsi un glissement décisif : la crise n’est plus un état transitoire, mais le mode d’être du monde moderne... »
Par conséquent, nous ne mettrons nullement en correspondance l’actuelle crise du Venezuela et, notamment, par la similitude des actes, celle du Panama. Chacune d’entre les crises actuelles évoluent selon une seule logique, propre à la Grande Crise et elle est donc imprévisible, – cas du Venezuela également, où rien n’est fini, – comme rien ne sera jamais fini tant que la GrandeCrise n’aura pas achevé sa tâche universelle.
Nous mettons ci-dessous un texte d’Andrew Korybko qui prend cette crise du Venezuela du point de vue des intérêts des Grandes Puissances, se réjouissant que, pour une fois, pour une première fois, les USA agissent hors de toute dialectique hypocrite, ne dissimulant pas les véritables buts de leurs intérêts mercantiles et autres qu’ils poursuivent. La mise en parallèle avec l’action des Russes en Ukraine est plus délicate, sinon complètement déplacée : le souci de la sécurité existentielle de la Russie était effectivement en jeu avec une Ukraine surarmée, prête à entrer dans l’OTAN, bardée de bases-US/OTAN et de divers détachements américanistes. Rien à voir avec le Venezuela ; peut-être les choses changeront-elles ?
« [Le document SSN] représente ainsi une approche hyperréaliste, puisqu'il assume explicitement la recherche de la puissance comme objectif, au lieu de la nier comme auparavant. Selon la SSN, cette “sphère d'influence” vise à garantir les intérêts de sécurité nationale et la prospérité des États-Unis, un objectif similaire à celui que la Russie poursuit en Ukraine par le biais de ses opérations spéciales. »
Par contre, le parallèle que Korybko fait entre Maduro et Zelenski est plus intéressant et certainement très enrichissant, car il tient la route sur une piste tracée par les américanistes. On peut effectivement compter sur Trump pour nous fournir tous les arguments du monde, notamment celui d’un ‘Make Venezuela Great Again’.
« C'est là que réside l'hypocrisie que vient de révéler l'opération militaire spéciale américaine au Venezuela : l'UE aurait certainement condamné avec la plus grande fermeté la capture hypothétique de Zelenski par la Russie. Leur excuse implicite pour ce double discours concernant la capture de Maduro par les États-Unis est son illégitimité. Or, la Russie considère désormais Zelenski comme illégitime lui aussi. Dès lors, l'évaluation de la légitimité des autres dirigeants par des tiers est, en fin de compte, subjective, ce qui conduit à la réalité qui vient d'être mise au jour. »
La logique de Korybko est impeccablement rationnelle ; peut-être un peu trop pour le “fou du roi” qui, comme vous et moi, ne sait pas qui est le roi et se laisse aller tout à sa folie.
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Trump 2.0 a expliqué avec audace comment les États-Unis entendent restaurer leur « sphère d'influence » sur les Amériques, conformément à la nouvelle stratégie de sécurité nationale. Cette nouvelle approche hyperréaliste consiste à assumer explicitement la recherche du pouvoir comme objectif, au lieu de la nier comme auparavant.
L'opération militaire spéciale américaine au Venezuela, couronnée de succès et visant, à ce stade, à ajuster le régime et non à le renverser comme certains le croient à tort, a suscité une vague de réactions de la part des gouvernements du monde entier. Sans surprise, les partenaires stratégiques du Venezuela, la Russie et la Chine, ont condamné la capture du président Nicolas Maduro par les États-Unis, tandis que l'UE, partenaire mineur des États-Unis, a publié une déclaration qui, sans critiquer les États-Unis, n'approuvait pas non plus leurs actions.
C'est là que réside l'hypocrisie que vient de révéler l'opération militaire spéciale américaine au Venezuela : l'UE aurait certainement condamné avec la plus grande fermeté la capture hypothétique de Zelenski par la Russie. Leur excuse implicite pour ce double discours concernant la capture de Maduro par les États-Unis est son illégitimité. Or, la Russie considère désormais Zelenski comme illégitime lui aussi. Dès lors, l'évaluation de la légitimité des autres dirigeants par des tiers est, en fin de compte, subjective, ce qui conduit à la réalité qui vient d'être mise au jour.
En fin de compte, les grandes puissances comme les États-Unis (qui demeurent sans doute une superpuissance, même si leur influence était en déclin jusqu'au retour de Trump au pouvoir) poursuivent toujours leurs intérêts supposés, mais en les dissimulant sous le couvert du droit international ou des normes internationales, plus acceptable pour l'opinion publique mondiale. Ainsi, les États-Unis s'appuyaient auparavant sur le concept d'« ordre international fondé sur des règles » pour justifier leurs actions à l'étranger, mais les médias russes ont fini par dénoncer cette hypocrisie, expliquant ainsi pourquoi Trump 2.0 ne l'a pas utilisé cette fois-ci.
Le document explique avec audace comment les États-Unis entendent rétablir leur « sphère d'influence » sur les Amériques, conformément à leur nouvelle Stratégie de sécurité nationale (SSN). Il représente ainsi une approche hyperréaliste, puisqu'elle assume explicitement la recherche de la puissance comme objectif, au lieu de la nier comme auparavant. Selon la SSN, cette « sphère d'influence » vise à garantir les intérêts de sécurité nationale et la prospérité des États-Unis, un objectif similaire à celui que la Russie poursuit en Ukraine par le biais de ses opérations spéciales.
Sans la puissance conférée par le rétablissement de la « sphère d'influence» américaine sur ce que les États-Unis appellent leur « arrière-cour », ou par le rétablissement de la sienne par la Russie sur ce qu'elle appelle son « étranger proche », ces pays resteraient exposés à une multitude de menaces de la part de leurs rivaux, notamment économiques, susceptibles de nuire à la prospérité de leurs populations. Par conséquent, les grandes puissances cherchent également à affaiblir leurs rivales dans leur « sphère d'influence » respective, y voyant un moyen d'accroître leur influence, voire de prendre l'ascendant sur elles.
Voilà la réalité de la géopolitique des grandes puissances, jusqu'ici masquée par une rhétorique autour de la « démocratie », du « droit international » et/ou de l'« ordre international fondé sur des règles ». Mais les États-Unis ne se livrent plus à ces manœuvres de manipulation. Idéalement, ils devraient se comporter enfin comme une « puissance hégémonique bienveillante », continuant de tirer profit des pays de sa sphère d'influence (mais de façon moins excessive qu'auparavant) et assurant véritablement leur sécurité. Ce modèle, initié par Poutine, est en effet le moyen le plus durable de garantir la stabilité dans la région d'une grande puissance.
L'histoire de l'« hégémonie malveillante » des États-Unis a engendré les mouvements anti-hégémoniques apparus sur le continent américain. Répéter la même politique aboutira inévitablement au même résultat et nuira, par conséquent, aux intérêts de grande puissance des États-Unis. Il est prématuré de prédire si Trump 2.0 s'inspirera du modèle d'« hégémonie bienveillante » de Poutine, mais quelle que soit l'opinion que l'on porte sur le Venezuela, il est tout de même rafraîchissant de constater que les États-Unis viennent de révéler la réalité de la géopolitique des grandes puissances, puisque plus personne n'a besoin de maintenir la mascarade.