L'oeil russe sur la Pologne

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L'oeil russe sur la Pologne

• Andrew Korybko n’hésite pas : il se tourne vers la direction russe et lui dit : faites le nécessaires pour vous réconcilier avec la Pologne. • En effet, la rupture entre la Pologne et la Russie fait beaucoup de bruit. • La décision du président polonais de retirer la plus haute distinction polonaise donnée à l’Ukraine est ponctuée d’un discours stupéfait ;« Les commentaires sur la Pologne sous la publication de Zelenski sont effrayants. La haine que certains Ukrainiens vouent à la Pologne est sidérante. On dirait qu'ils nous haïssent plus encore que les Russes. »

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21 juin 2026 — ... D’abord, il faut voir d’où nous venons, sans même remonter à la Deuxième Guerre et à la Guerre Froide. On parle ici des vingt dernières années, marquées par un rapprochement surprenant et enthousiaste de la Pologne avec la Russie (la Pologne avait pourtant le même Premier ministre, mais entre les deux périodes Tusk fit un stage à la présidence de l’UE et en sortit converti).

D’abord, l’enthousiasme, où les Polonais furent loin d’être les derniers. Cette démarche allait s’appuyer sur un grand geste symbolique concernant le massacre de Katyn de 1940.

La première embrassade

• Le 24 novembre 2007, la nomination du Premier ministre Tusk et celle de Poutine passant de la présidence à la fonction de Premier ministre, furent saluées, — celle de Tusk particulièrement, par un enthousiasme pour la Russie. :

« On ne rigole pas, — même si on sourit aux anges. “On ne rigole pas”, c’est-à-dire que l’affaire est diablement sérieuse. La réconciliation Pologne-Russie est une “affaire diablement sérieuse” pour la Pologne (et pour la Russie) et, du coup, elle devient une affaire importante au-delà de ces deux pays, notamment pour l’Europe et pour les relations entre l’Europe et les USA et toutes les affaires qui leur sont liées (notamment la crise des BMDE). »

• Cette nouvelle entente culmina avec la célébration conjointe du cimetière et des monuments de Katyn, où le NKVD de Staline liquida 10 000 et plus d’officiers polonais. Ainsi lit-on, le 8 avril 2010, ces observations concernant la cérémonie :

« Hier, les deux premiers ministres polonais et russe [Tusk et Poutine] ont assisté conjointement à une cérémonie de commémoration (70ème anniversaire) du massacre de Katyn. L’agence Novosti a un dossier important sur l’événement qui, au travers de son symbolisme, a une importance politique évidente. On peut signaler aussi l’article du quotidien de Londres The Independent de ce 8 avril 2010, qui donne une vue occidentaliste de l’événement, en partie débarrassée des clichés antirusses, précisant que le site contenait aussi les restes de Russes exécutés par le NKVD durant la Grande Terreur stalinienne (la Iejovtchina de 1936-1938). »

• Quelques heures plus tard eut lieu l’accident de l’avion du président . Kaczynski (les jumeaux Kaczynski) d’un parti conservateur adverse de celui de Tusk. Cet accident eut lieu dans des conditions mystérieuses, sinon complexe et peut-être manipulées, — mais plus   pour des raisons politiciennes internes que pour des raisons de politique polono-russe/symboliques. Mas l’époque était encore au beau fixe, comme on peut le noter sur ces remarques du même quotidien ‘The Independent’ que nous citions, le cœur joyeux et innocent, le 13 avril 2010

« M. Kaczynski et Tusk n'ont pas coordonné leur politique à l'égard de la Russi  ; il en a résulté un jeu de “bon flic, mauvais flic”. Toutefois, la position de M. Tusk a été renforcée par l'aversion du président pour le compromis. En somme, aucun rapprochement n'aurait eu lieu sans la fermeté du président vis-à-vis de la Russie.

» La catastrophe de Smolensk pourrait désormais susciter une catharsis dans les relations polono-russes. L'histoire ne peut ni ne doit être oubliée, mais une certaine bonne volonté nouvelle se manifeste de part et d'autre. Les conséquences restent largement incertaines. Peut-être cette tragédie aura-t-elle même un effet transformateur sur le débat interne en Russie concernant sa propre histoire. Pour l'heure, une chose est sûre : pour la première fois depuis des décennies, des Polonais parlent de “nos amis de l'Est”. »

La chute, — et le rebond ?

Ensuite, dans les années qui suivirent, commença une lente dégradation, puis de plus en plus accélérée, des relations de la Pologne et de la Russie. Le parti des jumeaux Kaczynski (il n’en, restait qu’un), bien qu’ultra-nationaliste et traditionnaliste (proche des conceptions russes), était d’abord et viscéralement antirusse (c’est un peu compliqué, très polonais). Tusk était parti à la CE entretemps, tandis que le ministre Sikorski (avant, après, toujours, excellent employé des neocon et de toute la bande) entretenait le bouillon de poison antirusse. Il s’ensuit que tous ces gens-là se retrouvèrent passionnément au côté de l’Ukraine, passionnément contre la Russie ; belle pirouette, qui montrait combien la Pologne pouvait être aussi stupide que ses “alliés” ultra-libéraux et progressistes de l’Ouest.

Aujourd’hui, la passion pro-ukrainienne, qui n’a jamais été vraiment payé de retour par Mister Z, est en train de sombrer, notamment avec l’affaire de l’Ordre de l’Aigle Blanc et toutes les escroqueries haineuses de l’Ukraine vis-à-vis de la Pologne... Par exemple lorsqu’on lit ces quelques mots du président Nawrocki pour commenter sa décision sur cet Ordre de l’Aigle Blanc, plus grande distinction de la Pologne décernée à l’Ukraine, via Mister Z. :

« Les commentaires sur la Pologne sous la publication de Zelenski sont effrayants. La haine que certains Ukrainiens vouent à la Pologne est sidérante. On dirait qu'ils nous haïssent plus encore que les Russes. Comme ils ont vite oublié qu'ils existent, entre autres raisons, parce que nous les avons aidés et continuons de le faire. »

Ci-dessous, Korybko donne le 21 juin des conseils pour que la Russie profite de l’occasion :

« Trois changements de politique politiquement délicats pourraient améliorer instantanément l'image de la Russie aux yeux des Polonais. »

Pendant ce temps, certaines évolutions depuis longtemps sous-jacentes se font jour, de plus en plus au grand jour. C’est ce qu’on nomme la perspective historique ; car dans cette épouvantable catastrophe, il y a une certaine logique historique.

Perspective historique, dites-vous ?

D’abord, il y a Mister Z, dit Zelenski. Petit acteur crasseux et besogneux dans l’artifice, il y a finalement chez lui une certaine inclinaison pour le pouvoir dictatorial. Comme il est entouré d’ukronazis comme tout le monde le sait en feignant de l’ignorer, il y a un goût pour la force et l’attirance pour les “alliés” européens qui semblent en avoir plus que les autres. C’est le triumvirat Merz-Macron-Starmer ; certes, tant qu’ils sont au pouvoir et Dieu sait que cela ne tient qu’à un fil, par exemple pour Starmer ; pour Merz ce n’est pas tellement mieux, quant à Macron on connaît la musique de l’artiste. Passons sur ces perspectives encourageantes mais jouons le jeu du ‘Big Now’, ou “l’éternel Présent”... Qui sont ces trois-là ?

• Merz est un Allemand aux grandes ambitions. Nous sommes sur la même ligne qui plaît tant à Mister Z. : néolibéraux-nazis pour ukronazis, c’est le même arrangement.

Voyez cet autre texte de Korybko :

« Ukraine devrait se rapprocher de l'Allemagne sur fond d'escalade du différend avec la Pologne concernant l'UPA... »

« Nawrocli : le “seuil de tolérance” de la Pologne a été franchi dans le conflit avec Zelensky. » 

• Macron, lui, est un véritable collabo. Ce n’est pas le Maréchal de Verdun, mais au moins le Maréchal de l’UE, — ce qui est tellement plus glorieux et important. Donc, prêt à s’aligner et s’incliner devant le Grand’Maître allemand.

• Quant à Starmer, il est Anglais, et l’on sait que les Anglais, avec la City et Noman le directeur de la Banque d’Angleterre, et bien sûr Wall Street derrière, sont les véritables fabricants et producteurs d’Hitler pendant les années 1920 et 1930. On peut relire le livre récent d’Éric Branca (voir le 3 juin 2026) pour être rassurés à cet égard.

Un petit effort, la Russie

Ainsi comprend-on la haine qui s’est installé chez les ukronazis et autres zélenskiste à l’encontre la Pologne. On rejoint les grandes et belles perspectives historiques. Et, cette fois, on comprend bien la démarche de Korybko recommandant aux dirigeants russes de faire tout ce qu’ils peuvent pour raccommoder les proximités symboliques entre la Pologne et la Russie.

dedefensa.org

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La mission russe vis-à-vis de la Pologne

La décision du président polonais Karol Nawrocki de retirer à Zelensky la plus haute distinction polonaise, l'ordre de l'Aigle blanc — en raison de la glorification par ce dernier, au niveau de l'État, des responsables de l’ OUN-UPA impliqués dans le génocide de Volhynie — a incité d'autres responsables ukrainiens ainsi que les tristement célèbres « usines à trolls » de leur pays à s'en prendre violemment aux Polonais sur X. Ces attaques ont été d'une telle virulence qu'un député du parti conservateur d'opposition « Droit et Justice » (PiS), farouchement anti-russe, en a conclu que les Ukrainiens haïssent davantage les Polonais que les Russes.

Selon les mots de Kazimierz Smoliński : « Les commentaires sur la Pologne sous la publication de Zelensky sont effrayants. La haine que certains Ukrainiens vouent à la Pologne est sidérante. On dirait qu'ils nous haïssent plus encore que les Russes. Comme ils ont vite oublié qu'ils existent, entre autres raisons, parce que nous les avons aidés et continuons de le faire. » Cette prise de conscience croissante offre à la Russie l'occasion d'améliorer instantanément son image aux yeux des Polonais, à condition qu'elle ait la volonté de mettre en œuvre trois changements politiques délicats.

Le premier consiste à rétablir les symboles militaires polonais au cimetière militaire de Katyń, après leur retrait à la fin de l'année dernière pour des motifs techniques allégués — interprétés à l'époque comme une réponse asymétrique à la fermeture du consulat russe de Gdańsk par la Pologne. Cette mesure s'inscrit dans la lignée de la proposition faite par le populiste polonais Grzegorz Braun dans sa lettre ouverte au ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Le second changement politique s'appuie sur le premier et consiste à lancer une véritable campagne de relations publiques concernant l'approche russe du dossier de Katyń.

Il convient de rappeler aux Polonais que la fin de l'Union soviétique et la Fédération de Russie ont expié ce crime en reconnaissant la culpabilité de l'URSS, en communiquant des documents d'archives prouvant cette responsabilité — après des décennies passées à en rejeter la faute sur les nazis — et même en voyant Poutine lui-même s’interroger sur les motivations de Staline à cet égard. Parallèlement, l'exposition de la Société d'histoire militaire russe intitulée « Dix siècles de russophobie polonaise » — qui réécrit l'histoire en suggérant la culpabilité des nazis dans ce crime — ne devrait plus jamais être installée au cimetière militaire de Katyń.

De même, tout révisionnisme concernant Katyń au sein de l'« écosystème médiatique mondial » de la Russie doit cesser, et ceux qui continuent de le promouvoir doivent être informés que l'État ne s'associera plus avec eux. Le dernier changement de politique proposé est le plus délicat sur le plan politique, mais il laisserait une impression durablement positive sur la grande majorité des Polonais : il s'agirait pour la Russie de prendre en charge — que ce soit aux frais des contribuables ou grâce au financement d'un homme d'affaires fortuné — le transfert de tous les monuments de l'Armée rouge situés en Pologne, pays qui les perçoit comme des « symboles d'occupation ».

Une telle mesure ne reviendrait pas à souscrire au récit historique polonais, mais constituerait une démarche pragmatique visant à sauver ce qui peut l'être, plutôt que de laisser l'ensemble de ces monuments subir une destruction inévitable. Un site pourrait même être aménagé à Moscou pour permettre aux Russes de visiter tous ces monuments ainsi déplacés. L'objectif global de ces trois propositions est de faire comprendre aux Polonais que l'État russe ne nourrit pas à leur égard la haine qui anime l'actuel gouvernement ukrainien — désormais hostile à la Pologne  —, afin d'amorcer un processus de rétablissement des liens entre les peuples.

Si la Pologne et la Russie sont des États rivaux depuis un millénaire, aucun de leurs peuples ne porte de responsabilité collective pour les actes commis par leurs anciens États respectifs à l'encontre de l'autre par le passé. En adoptant une attitude magnanime, la Russie pourrait se distinguer de manière marquante de l'Ukraine, dont les « héros » ont perpétré le génocide de plus de 100 000 Polonais en se fondant sur le postulat erroné d'une culpabilité collective. Pire encore, Kiev refuse à Varsovie l'autorisation d'exhumer les corps, de leur offrir une sépulture digne et de leur rendre hommage, alors même qu'elle a permis à Berlin de le faire pour plus de 100 000 soldats Nazis tombés au combat ; une situation pour le moins regrettable.

Andrew Korybko