L’impuissance, l’ingérence et le JSF italien

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Lorsque le gouvernement Romano Prodi est arrivé au pouvoir en mai 2006, certains, dans les milieux européens, attendaient que la question de l’engagement italien dans le programme d’avion de combat JSF fût soulevée et cet engagement remis en cause. Pour un gouvernement qui affirmait son orientation européenne, cela semblait un cas évident, d’autant qu’une occasion se présentait de le faire avec la signature de l’accord intérimaire de coopération de décembre 2006. Il n’en fut rien. Il ne fut pas question une seconde d’apprécier d’un oeil critique et “européen” cet engagement. L’accord fut signé sans coup férir.

Récemment, l’occasion nous fut donnée de rencontrer une source italienne de haut niveau, proche de Prodi. Nous insistons: “haut niveau”, c’est-à-dire une source qui fut proche du Premier ministre, dans son cabinet, tout au long de son parcours gouvernemental. Nous posâmes la question à propos du JSF et de la position du gouvernement Prodi. La réponse nous surprit en un sens. Il ne fut pas question pour cette source de jouer l’assurance d’un choix assumé après son étude objective (“le JSF est un excellent programme, il était normal de le poursuivre”); il ne fut pas question d’indifférence pour un cas mineur comme on peut avoir pour une question technique secondaire (“ce n’était pas essentiel, nous avons laissé les choses suivre leur cours, sans nous en préoccuper”). Au contraire, la source montra une attention et une gêne remarquables. Il est manifeste, selon ce témoignage, que la question du JSF n’est pas passée inaperçue dans le gouvernement Prodi, qu’elle fut considérée et étudiée.

L’explication donnée par cette source précise l’extrémité du cas que constitue le JSF pour l’importance des pressions exercées par les USA. Pour des milieux habitués aux pressions et ingérences constantes des USA en Italie, le JSF présente un cas tout à fait exceptionnel dans l'intensité de ces pressions et ingérences: «Il s’agit d’un cas gravissime et rarrissime à la fois. Nous ne pouvions rien faire, il s’agit d’une telle pression, d’une telle constance dans la pression, qui a imprégné tout notre système politique. Nous sommes littéralement prisonniers. C’est bien plus qu’une situation courante d’influence. C’est une situation qui relève de la psychologie et de la substance même du système politique.»


Mis en ligne le 18 février 2008 à 05H17