L’homme qui gaffait plus vite que son ombre

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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L’homme qui gaffait plus vite que son ombre

1er mai 2024 (18H55) – C’est assez original ; certains trouveront la chose plutôt drôle, d’autres carrément catastrophique, d’autres resteront longuement songeurs, d’autres enfin contacteront le héros de ce petit épisode pour voir s’il n’y a pas moyen d’écrire en co-autorage quelques pièces de boulevard, etc. Bref, nous tenons en main, avec Joe Biden, un cas extrêmement rarissime de “gaffeur”, non pas compris seulement selon l’expression employée dans le langage courant et le théâtre de boulevard mais également selon une approche sérieuse et scientifique.

Il y avait deux manières de procéder devant un texte original qui nous est proposé  sur cette question : soit donner le texte lui-même puis chercher comme commentaire une approche “scientifique” de la faiblesse psychologique ainsi mise en évidence ; soit faire le contraire, C’est cette méthode qui m’a semblé le plus appropriée. On peut ainsi goûter l’ironie des divers détails mis en évidence, tout en ayant à l’esprit les faiblesses psychologiques sur lesquelles ils reposent et en sachant bien, – têtes de linottes, – qu’il s’agit du président des États-Unis.

Du point de ue de la psychologie, nous nous sommes référés à la première approche trouvée, qui développe des lieux communs considérés avec cet esprit, comme de simples “incidents” de la pensée et du comportement. Ces incidents sont souvent considérés et nommés, en référence notamment au théâtre de boulevard, comme des « processus ironiques » ; mais ils sont aussi et plus sérieusement désignés comme des « pensées indésirables » ou des « pensées inappropriées », sans tirer de conclusion sur l’état général du gaffeur et notamment son état mental général, et notamment l’état de sa ‘métacognition’ qui implique une maîtrise de l’expression de sa pensée.

 « ...Ces ratés, bien que regrettables, sont un effet secondaire presque inévitable de notre contrôle mental, la métacognition (du grec meta : au-delà, et du latin cogitare : penser). Deux mécanismes qui agissent normalement en synergie dysfonctionnent : en temps normal, une sorte de censeur interne signale l’apparition de pensées inappropriées (parce qu’elles sont inadaptées dans le contexte ou que nous sommes occupés à une tout autre tâche). Lorsque le censeur émet une alarme, un second processus est déclenché – la suppression de la pensée indésirable. Selon la théorie des processus ironiques, notre contrôle mental repose sur la détection des pensées indésirables et le contrôle conscient de notre attention : on essaye de se concentrer sur autre chose.

Cela fonctionne assez bien, mais quand nous sommes stressés ou que nous devons exécuter une seconde tâche complexe en même temps, le mécanisme peut être dépassé. Les erreurs ironiques se produisent lorsque les contenus réprimés échappent à notre contrôle. Bien que le refoulement et la répression soient des stratégies fréquentes et efficaces, ils sont parfois responsables de bévues, car ils réclament beaucoup d’attention et de ressources cognitives. »

Maintenant que vous possédez les données sérieuses de cette sorte de comportement, appliquez-les au comportement de Joe Biden, – dont vous ne serez pas étonnés d’apprendre, j’en suis sûr, qu’il est le gaffeur le plus rapide de l’Ouest. Je pense qu’on doit rester un peu sans voix, le souffle coupé, devant le nombre de fois répertoriées où des « pensées indésirables/inappropriées » n’ont pas été repérées et éliminées par le censeur initial du cerveau, soit qu’elles n’aient pas été éliminées par l’exécuteur des basses œuvres chargé de veiller à la bonne marche de la communication de l’homme qui communique tous les ordres fondamentaux et les orientations essentielles de la politique de notre grand mentor à tous, – y compris bien entendu l’ordre d’appuyer sur notre si fameux “bouton rouge” qui doit anéantir à la fois Poutine et la Russie d’une seule volée suggérée par Zelenski.

C’est le site conservateur ‘Daily Caller’ qui a fait une étude extrêmement fouillée du comportement “gaffeur” du président, étude tout autant scientifique puisque statistiquement détaillée que la définition donnée plus haut. Parmi les résultats trouvés en étudiant les diverses interventions et déclarations de Biden, on note quelques belles performances :

• Il y a eu (en 2024 je suppose) au moins 148 interventions de l’équipe Biden sur les transcriptions écrites, après 118 déclarations, discours et rencontres avec la presse, pour effectuer les corrections rendues nécessaires par les « processus ironiques ».

• Le résultat en moyenne dit que Biden a commis 1,03 gaffe par jour en 2024

Voici donc quelques précisions...

« Les révisions vont de la correction des erreurs factuelles de Biden à l’ajout de mots qu’il aurait dû inclure, en passant par la modification complète du sens de ses commentaires, a déclaré le Daily Caller.

» Par exemple, lorsque Biden a déclaré que “tous les Américains” avaient voté contre son plan de sauvetage américain, il aurait dû dire “tous les républicains”. Dans un autre cas, il a déclaré qu’une menace contre la démocratie devait être “défendue”, alors que le mot correct était “vaincu”. La transcription d’un seul discours – le discours sur l’état de l’Union de Biden le mois dernier – comportait 13 corrections.

» Les erreurs factuelles comprenaient des affirmations selon lesquelles 720 millions d’Américains – soit plus du double de la population du pays – auraient reçu les vaccins contre le Covid-19. Et lorsque Biden a fait référence à une femme géorgienne qui a été tuée par un migrant clandestin, sous la pression des républicains pour “dire son nom ”, il l’a appelée “Lincoln” plutôt que son nom correct, Laken. Il a également qualifié les personnes âgées handicapées de personnes âgées atteintes de diabète.

» Le Daily Caller a déclaré qu’il n’avait pas compté de nombreuses corrections qui ne modifiaient pas le sens des remarques de Biden, comme l’ajout d’un ‘s’ à la fin d’un nom ou l’ajout d’un mot nécessaire à la clarté. Il n’incluait pas non plus les alternances qui n’étaient pas clairement indiquées dans les relevés de notes ni les erreurs apparemment dissimulées.

» Par exemple, alors qu’il prononçait un discours la semaine dernière lors d’une conférence à Washington, Biden a apparemment lu à haute voix une instruction envoyée par téléprompteur. “Imaginez ce que nous pourrions faire ensuite”, a-t-il déclaré, encourageant les électeurs à le réélire en novembre.“Encore quatre ans, faites une pause.” La transcription originale de la Maison Blanche n’incluait pas le mot “pause”, a déclaré le Daily Caller. Il a ensuite été mis à jour pour inclure la gaffe. »

Voilà, maintenant vous pouvez regagner vos places, la deuxième et dernière partie de la pièce va commencer avant qu’on décide si cet excellente comédie boulevardière se poursuit après avoir réussi déjà quelques si beaux coups ces trois dernières années. Je ne suis ni critique de théâtre ni psychologue diplômé mais un tel bilan, en rafales et sans recharger, avec un succès si continu, me fait penser que notre vedette est prête pour être exposée au musée des Causes Perdues.