Les rendez-vous de Joe

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 1997

Les rendez-vous de Joe

• Joe Biden invite Poutine à un sommet quelque part hors des USA et de la Russie, et quelque part dans les quelques mois qui viennent. • Peut-être s’avise-t-on qu’il y a, ici et là, des risques de guerres extrêmement massacreuses, du type nucléaire par exemple, comme les décrit Tulsi Gabbard. • On dit cela en parlant du comportement des USA & Cie (le bloc-BAO) en Ukraine et alentours. • Il est vrai qu’on s’agite avec mornitude dans ce qui pourrait être décrit comme une œuvre de l’Art Contemporain, par exemple un “plug anal” dans la stratégie occidentale.

14 avril 2021 – C’est une sorte de surprise, mais assez morne et de toutes les façons percée de flèches comme le pauvre Saint-Sébastien-martyr, qui tendent à la démentir. Joe Biden semble être sorti de sa torpeur pour répondre aux sollicitations russes, qui craignent plus que tout, – à cause de l’extrême possibilité d’un dérapage nucléaire, – qu’un affrontement quelque part (en Ukraine, par exemple) conduise à un affrontement direct entre les USA et la Russie.

Nombre de commentateurs ont reproché et reprochent encore à Poutine sa prudence qui pourrait être prise pour de la couardise ou de l’impuissance. La rengaine est connue, du fait que les Russes ont très peu d’espace pour manœuvrer face à un “partenaire”-“adversaire” (que ce soit les USA, ou un faux-nez US [l’OTAN, l’Ukraine]) absolument imprévisible et muré dans sa démence de bêtise : ils prennent des mesures militaires et restent sur certaine décision dure (l’ambassadeur russe à Washington n’a toujours pas regagné son poste), mais ils sont également  restent prêts à saisir la première occasion de détendre l’atmosphère. Le coup de téléphone de Biden à Poutine en est une, de ces occasions, mais complètement vague et imprécise, notamment selon le rapport qu’en fait Spoutnik-français.
 

« Joe Biden a proposé à Vladimir Poutine lors d’un entretien téléphonique ce mardi 13 avril d’organiser “un sommet dans un pays tiers dans les mois à venir” afin de discuter des problèmes bilatéraux, annonce un communiqué de la Maison-Blanche.
» “Le Président Biden a réaffirmé son intention de construire une relation stable et prévisible avec la Russie, compatible avec les intérêts américains, et a proposé une rencontre au sommet dans un pays tiers dans les mois à venir pour discuter de l'ensemble des problèmes auxquels les États-Unis et la Russie sont confrontés”, indique le document.
» Au cours de leur conversation, les dirigeants ont discuté “de problèmes régionaux et globaux”, dont le contrôle des armements, ainsi que de ceux sécuritaires émergents, se basant sur la prorogation du traité de réduction des armes stratégiques New Start. La situation en Ukraine a également été abordée. L’entretien a d’ailleurs été initié par la partie américaine, selon un communiqué de la présidence russe paru après l’échange.
» Sur fond de la récente escalade de la situation dans l’est de l’Ukraine, le chef de l’État américain a fait part de ses inquiétudes quant au renforcement “soudain” des capacités militaires russes “en Crimée” et “aux frontières avec l’Ukraine”. Il a appelé Moscou à “désamorcer les tensions” dans la région, souligne la note de Washington.
» Vladimir Poutine a exposé à son homologue américain les approches d’un “règlement politique” en Ukraine basé sur les mesures des accords de Minsk, précise le document du Kremlin.
» S’agissant des tensions frontalières, Moscou estime au contraire que c'est l’intensification de l’activité militaire de l’Otan près de la frontière russe qui inquiète. Plus tôt dans la journée du 13 avril, la défense russe avait précisé qu’il s’agit d’une réponse au déploiement massif de troupes de l’Alliance à la frontière russe.
» Qui plus est, lors de leur discussion, Joe Biden a confirmé une invitation faite à Poutine de prendre part au sommet sur le climat qui se tiendra par visioconférence les 22 et 23 avril. »
 

Il n’y a rien de quelque intérêt que ce soit dans ce coup de téléphone, sinon le coup de téléphone lui-même. Il interrompt une série remarquable d’attaques, de mises en cause, et jusqu’à l’insulte pure et simple (Poutine comme « tueur sans âme »). On peut alors se demander pourquoi Biden a brusquement décidé d’appeler Poutine pour lui donner un rendez-vous aussi imprécis qu’étonnant : un sommet “dans quelques mois dans un pays tiers”, alors qu’aujourd’hui la pandémie-Covid rend toute projection de cette sorte d’activité extrêmement problématique, surtout pour une personne dans la condition où se trouve Biden ? Les Russes peuvent très bien conclure, – ils devraient le faire, selon nous, – qu’il est préférable de ne pas trop compter sur ce rendez-vous. Quant à Biden, comme chacun sait, il est dans une forme superbe.

(Par contre, une certaine surprise dans le maintien de l’invitation faite au « tueur sans âme » de participer à une conférence virtuelle sur le climat, les 22 et 23 avril ; avec la question toujours en suspens [ou bien discrètement résolue ?] de savoir si Zelenski, qui n’était pas sur la liste initiale des invités, y sera finalement intégré, et dans quelles conditions, lui qui est en guerre contre Poutine ?)

Une hypothèse envisagée pour expliquer le coup de téléphone de Biden est la sensibilité de son équipe aux pressions éventuelles qui pourraient se faire jour, ou aux pressions qui se font jour d’ores et déjà “au pays”, contre une politique de soutien agressif à l’Ukraine pouvant conduire à un affrontement direct entre USA et Russie. Même si Tulsi Gabbard, députée à la Chambre jusqu’à la fin 2020 (départ volontaire) est quasi-officiellement une agente des Russes, son intervention circonstanciée lundi soir lors de l’émission quotidienne de Tucker Carlson, sur le risque de guerre nucléaire et sur la guerre nucléaire elle-même, a été très remarquée (avec Carlson sur FoxNews, l’audience est considérable, de plus de 4 millions de personnes). Gabbard a une certaine expérience de la chose, en tant que commandant de l’US Army (Garde Nationale), et elle joue un rôle dans les questions de défense civile à Hawaii (elle s’est signalée par son intervention lors d’une fausse alerte d’attaque nucléaire sur l’archipel en 2018, et elle a pu mesurer l’effet psychologique et social du phénomène, uniquement sur la communication). Ce type d’intervention est effectivement susceptible de ranimer dans tel ou tel service de communication de la dynamique administration Biden la réalisation qu’effectivement la guerre nucléaire existe et que certains pourraient s’en trouver confortés dans une critique de l’espèce de bouillie de politique belliciste en train d’être suivie.

Ce qui domine effectivement la politique “occidentale” du type pousse-au-crime en Ukraine, laborieusement suivie par l’assemblée des crétins postmodernes dirigeants nos étrange contrées, c’est effectivement le climat d’absolue bêtise que l’on dirait d’un front de taureau. WSWS.org, qui a retrouvé nos faveurs en étant libéré de son délire antifasciste du temps de Trump, suit assez bien cette crise et décrit avec fureur la bêtise “impérialiste”.

Les descriptions des événements enchaînent des analyses et des considérations d’une médiocrité rarement atteinte dans le chef des dirigeants et analystes du bloc-BAO ; lequel bloc semble s’encrouter à plaisir dans une épaisse et grasse couche de bêtise, croyant sans doute y trouver le vaccin-miracle qui tue le “variant”-Covid avant que le “variant” n’existe. Désormais, grande nouvelle, il est question de la Chine, qui se manifeste également dans l’affreux harcèlement que subit l’Ukraine, et question toujours de la nécessité extrême de faire entrer très-très vite l’Ukraine et la Géorgie, – who else ? – dans l’OTAN :
 

« La région de la mer Noire est un élément important de la stratégie américaine, qui vise à contrer à la fois la Russie et la Chine. Un récent rapport du groupe de réflexion Center for European Policy Analysis (CEPA), basé à Washington, souligne que “l’influence croissante de la Russie [et de la Chine] dans la RMB [région de la mer Noire] affecte les intérêts occidentaux les plus larges, au Moyen-Orient, en Méditerranée et en Asie du Sud-Ouest.”
» Le rapport, rédigé par un ancien commandant de l'armée américaine en Europe, exhorte l'OTAN à “inviter la Géorgie à adhérer à l’OTAN et à mettre l'Ukraine sur la voie rapide de l'adhésion”. Il préconise également de rendre la flotte russe de la mer Noire “vulnérable” au large de la Crimée, notamment par “le déploiement de drones et de missiles de croisière ... et le déploiement de capacités de pose de mines”.
» D'autres rapports récents de groupes de réflexion ont souligné la nécessité de contrer l’influence de la Chine dans la région, qui a établi des relations économiques étroites avec plusieurs pays, dont l'Ukraine.
» C’est précisément en raison de l’intersection de divers conflits et intérêts géopolitiques que la crise dans la région de la mer Noire a le potentiel de déclencher une guerre régionale, voire mondiale, catastrophique. Le conflit a déjà impliqué la Turquie, la Pologne et le Belarus. »

Une « guerre régionale, voire mondiale, catastrophique » ? Pourquoi pas ? L’indifférence complète, la robotisation des esprits, la mort complète de la perception, sont infiniment plus les caractéristiques de nos dirigeants que des peuples que ces dirigeants sont censés mettre en esclavage. En d’autres mots, les dictateurs sont infiniment plus soumis à leur propre dictature que les populations qu’ils prétendent asservir.

Les populations ne savent pas grand’chose, et n’ignorent plus du tout qu’elles ne savent pas grand’chose ; nos dirigeants ne savent absolument rien du tout et ignorent absolument qu’ils ne savent absolument rien du tout. Ils s’ébrouent au contraire avec le délice des “sachants”, dans leur simulacre qui est fait d’une bêtise aussi grande et haute, et clinquante, que les tours de Doubaï ; attitude exactement comme celle d’un bourgeois nouveau-riche s’esbaudissant d’admiration devant telle et telle œuvre de l’Art Contemporain, du type « l’œuvre “en forme de plug anal” qui dérange », comme le décrivait un sommet de littérature journalistique consacré à la Place Vendôme de la fin 2014 (c’est le “qui dérange” qui est savoureux). L’actuelle campagne du bloc-BAO en Ukraine, sous la direction toussotante du maréchal Biden, est un « “plug anal” qui dérange », introduit dans les lieux d’aisance du génie stratégique occidental. Bon appétit.

 

Mis en ligne le 14 avril 2021 à 17H00