Les armes russes et la position de la Grèce

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Les Grecs achètent de plus en plus d’armement russe. C’est le constat que fait Nikita Petrov, de l’agence Novosti, en commençant son article du 11 décembre par la mention de l’achat de 415 véhicules russes BMP-3 par la Grèce, pour plus de €1,2 milliards.

Petrov passe en revue les acquisitions d’armements russes par la Grèce, et la revue est impressionnante.

«Le gouvernement grec a pris la décision d'acheter à Moscou un lot important de transports de troupe blindés BMP-3: 415 véhicules. Le fait qu'un membre de l'OTAN achète du matériel de guerre russe pourrait faire sensation. Mais il n'en est rien, puisqu'il s'agit de la Grèce. Patrie de l'Hellade antique, ce pays a déjà acheté plus d'une fois des armes et du matériel de guerre russes. Presque toute sa défense antiaérienne est constituée de missiles russes: du système de DCA portatif Igla, des systèmes de faible et moyenne portée Osa-AKM, Tor-M1 et Buk-M1-2 au système de missiles longue portée S-300 PMU-1. L'armée grecque est en outre dotée de missiles antichars russes Fagot et Kornet, ainsi que de navires de débarquement à coussin d'air Zubr conçus et construits en Russie, au Bureau d'études central Almaz de Saint-Pétersbourg, mais achetés à l'Ukraine.

»Mais la décision de la Grèce d'acheter des BMP-3 pour plus de 1,2 milliard d'euros donne matière à réfléchir. Pourquoi la Grèce choisit-elle des véhicules blindés russes? Comment le QG de l'OTAN à Bruxelles, qui veille à l'assortiment et à la compatibilité tactique et technique du matériel militaire des armées de l'Alliance de l'Atlantique Nord, réagira-t-il à cela? Enfin, et c'est là l'essentiel, quelles sont les mesures d'ordre économique et politique que peut prendre et prendra Washington qui n'appréciera certainement pas le fait qu'Athènes achète de nouveau des armes à la Russie, et non aux firmes américaines?»

Les diverses explications que donne Petrov sont en partie convaincantes mais parfois également un peu décevantes. Sur la dernière question, qui est la question politique par excellence, il écrit ceci:

«Enfin, le troisième point: la réaction de Washington par rapport à cet achat. Evidemment, il ne l'approuvera pas, tout comme la Maison Blanche avait désapprouvé l'achat par la Grèce du système russe S-300 au lieu du Patriot PAC-3 américain. Le gouvernement grec avait subi une forte pression de la part de Madeleine Albright, alors secrétaire d'Etat américaine, et du gouvernement turc, mécontent de voir apparaître un système de DCA aussi puissant et efficace chez un voisin avec lequel il n'était pas en bons termes. Mais, à cette époque, à la charnière entre le XXe et le XXIe siècle, l'Hellade avait réussi à défendre ses intérêts. Il est vrai, la façon dont cela s'était produit est un sujet à part, mais les faits sont là. Les rampes de lancement des S-300 PMU-1 se trouvent actuellement en Crète. La Grèce a confié les antennes de détection et de guidage à Chypre, Etat souverain, mais très proche d'Athènes sur tous les problèmes régionaux. La capitale hellène a certainement prévu toutes les conséquences politiques et économiques extérieures liées à sa décision.»

En fait, on a surtout l’impression de la description d’une situation de base pour l’instant sans signification politique, qui s’est développée sans bruit ni annonces spectaculaires. D’autre part, les commandes portent sur des matériels assez importants mais non essentiels. Les Grecs prennent garde, d’ailleurs avec des avantages non négligeables de la part des Américains pour les hommes qui prennent ces décisions, de prendre du matériel US dans les domaines fondamentaux, notamment celui des avions de combat. Dans ce cas, les Américains, qui ont vendu du F-16 aux Grecs, n’ont comme concurrents que des pays OTAN (les Français avec le Mirage 2000 et le Rafale, les Allemands avec l’Eurofighter Typhoon) ; on les voit mal, pour l’instant, commander le Su-35.

Il n’empêche qu’il existe une solidarité religieuse qui met la Grèce à part des autres pays de l’OTAN et rapproche ce pays de la Russie. Cette situation pourrait éventuellement connaître des prolongements politiques en fonction notamment de deux facteurs: la réactivation de la crise du Kosovo où l’Occident à une position générale que les Grecs suivent contraints et forcés et à laquelle les Russes s’opposent pour des raisons que ne désapprouvent pas les Grecs ; la puissance sans cesse grandissante de la Russie (en même temps que le déclin US), qui rend certains actes de rapprochement de ce pays moins politiquement déraisonnables de ce qu’ils pouvaient être il y a 3 ou 4 ans. De ce point de vue, on note que Petrov rappelle la visite du Premier ministre grec Costas Caramanlis à Moscou de lundi à mercredi prochain, avec la possibilité de nouvelles commandes d’armement.


Mis en ligne le 15 décembre 2007 à 14H34