L’énigme d'après la Chute

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L’énigme d'après la Chute

• Articles du 10 août 2021. • Il devient de plus en plus évident, avec le tournant de l’Afghanistan, que la puissance expansionniste et belliciste des États-Unis est en retraite, sinon en déroute. • Un des devoirs désormais impératifs du chroniqueur est d’envisager l’effondrement des États-Unis et, surtout, les implications de cet effondrement. • Pour cela, il faut impérativement connecter les crises intérieure et extérieure des USA et observer les effets de cette interaction déstabilisatrice et déstructurante. • Contributions de dedefensa.org et du Saker-US (le ‘Sakerfrancophone’).

Les mots, les mots, toujours les mots dans cette Grande Époque de la Communication-Reine... Ils fixent les vérités-de-situation bien plus que les faits, ils les précèdent parfois, ils les provoquent même ; dans tous les cas et dans le cadre de l’incontestable hégémonie du système de la communication, ils pressent le temps et l’obligent à accélérer. Ainsi en est-il de cette époque diluvienne.

Certes, l’expression de “grande retraite” est en vogue en ce moment pour les États-Unis, et avec plus d’une raison, sinon l’évidence même. Regardez l’un de ses chemins, d’abord par le biais d’un article de Stephan Bryen, – d’abord en anglais sur ‘Asia Times’, puis sur ‘Algora.com’, repris en français sur ‘Réseau International’ (et combien d’autres relais que nous devons oublier dans un temps où la communication se mue facilement en duplication, en prenant ses aises, mais qui libère la réflexion en lui donnant des champs nouveaux). Nous-mêmes qui préférons parler de “déroute” d’ailleurs, et qui faisions cette remarque que si l’expression “grande retraite” est en vogue, elle ne l’est pas chez les analystes (journalistes ? Beuh...) de la presseSystème qui préfèrent se rouler dans la moraline, pour mieux sombrer, pavillon haut, aux couleurs de l’arc-en-ciel :

« On notera combien les analyses venues de l’Ouest sur la situation géopolitiques sont absentes, par absence d’intérêt, par réalisation de la part des auteurs que l’Ouest [le bloc-BAO] est en recul, sinon en déroute, voire en état de débâcle bien marquée par le départ d’Afghanistan, comme par un texte comme celui de Stephen Bryen, d’‘Asia Times’ : « La “grande retraite” des Américains », repris par ‘Réseau International. »

Finalement, pour l’instant certes, le Saker-US s’y est mis avec son « Has the US begun its “great retreat” ? », dont le Sakerfrancophone nous donne une version française reprise ci-dessous. Comme à l’habitude, son texte est très détaillé dans l’argumentation, avec de nombreuses précisions, l’éventail très large des explications, les références très nombreuses à la débilitation accélérée du pouvoir US et de son président si extraordinairement incertain, à la puissance russe comme gardienne de ce qui reste d’ordre dans le monde, etc.

Pour conclure, après avoir évoqué et évalué trois options pour l’aboutissement de cette “grande retraite” (“retrait en douceur”, – peu probable ; « retraite induite par le chaos », – plus probable ; « dysfonctionnement profond et effondrement total », – option la plus probable), il affirme avec une honnêteté intellectuelle courante chez lui son incapacité à trancher péremptoirement :
« À l’heure actuelle, le fait que les États-Unis aient entamé une “grande retraite” est indéniable. Mais les véritables raisons qui la sous-tendent, et ses implications, restent assez obscures, du moins pour moi. »

Pourtant, nous observons qu’en présentant les trois options, et en les classant de “peu probable” à “la plus probable”, le Saker-US nuance par avance, d’ailleurs dans un sens tout à fait compréhensible et justifié, sa position de ne pas trancher. La description qu’il fait de la situation du pouvoir US, et également de la situation de la machine de guerre US, qui conduit à ce jugement de sa préférence pour la troisième option, est une façon indirecte de donner “les vraies raisons” de cette “grande retraite”.

Notre position à nous, bien entendu, se trouve dans les descriptions sans nombre auxquelles nous sommes conduit, du désordre extraordinaire régnant aux USA, – ce qui est somme toute, en soi, un fait extraordinaire puisque tout le monde attendait de l’élimination de Trump (description préférable à “défaite” ou “départ” de Trump) un rétablissement de l’ordre à Washington. C’est le contraire qui s’est produit, et c’est donc l’option n°3 du Saker-US qui est à privilégier, comme il le fait très justement, et finalement les “véritables raisons” sous-tendant cette “grande retraite” ne sont pas si obscures.

La remarque que nous serions conduits à faire, ou plutôt à répéter, concernant l’analyse générale de “la grande retraite” (des aventures extérieures), est qu’il faut absolument lier celle-ci à la situation intérieure, et faire de la situation intérieure la matrice de la “grande retraite”, bien plus que les échecs extérieurs essuyés depuis vingt ans, depuis quarante ans, etc. De même, nous semble-t-il et pour mesurer l’effondrement de la machine militaire US, qui est évidemment réelle et, de notre point de vue, bien probablement sans retour, il faut d’abord se tourner vers l’extraordinaire purge en cours (à laquelle s’ajoute, vaccin sur le gâteau, l’obligation d’une vaccinade anti-Covid générale pour septembre pour toutes les forces armées, que viennent d’annoncer les éminences du Pentagone, avec menace d’expulsion des forces).

C’est de cette façon que nous prenions les événements d’Afghanistan, avec l’abandon par les forces US de la base de Bagram mis en parallèle avec la chute de Saigon en 1975, – dans un texte du 7 juillet 2021 :

« Il faut observer décisivement que l’humiliation terrible de Bagram-2021 inévitablement prise comme symbole de l’humiliation des USA, s’ajoute à une crise intérieure infiniment plus grave que celle d’un homme (Nixon) et d’un scandale (le Watergate, d’ailleurs fabriquée), avec les troubles intérieurs du wokenisme, une présidence chancelante entre un président sénile et une direction déchirée, un parti démocrate pris de folie. C’est-à-dire qu’on se trouve devant la perspective d’une nouvelle accélération de la Grande Crise dont la matrice est la crise de l’américanisme, cette fois avec en supplément une interrogation profonde à la fois de la politiqueSystème des guerres extérieures, à la fois des capacités militaires d’ores et déjà profondément secouées par la purge insensée imposée par le wokenisme. »

» Ils auront, le 11 septembre prochain, à fêter le vingtième anniversaire. Il n’y aura aucune cérémonie à Bagram. »

Ce qui, au contraire, reste évidemment “obscur”, sans aucun doute, ce sont les implications de cette “grande retraite”, c’est-à-dire les implications de l’énorme crise qui frappe l’américanisme, et pas seulement sa politique extérieure (la politiqueSystème) mais la crise de sa politique extérieure comme conséquence de la crise de la situation politique à l’intérieur.

Comme nombre d’observateurs antiSystème, fortement et justement marqués par les attaques extérieures des USA, le Saker-US ne prend pas assez en compte, à notre sens, cette situation intérieure qu’il aurait tendance à ne pas inclure dans la dimension stratégique. Les deux peuvent se trouver en état de confrontation, ce qui complique singulièrement le problème. Si l’on prend par exemple le cas de Cuba, voire du Venezuela, tous deux cités (« Cela signifie que la Russie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord, le Venezuela ou Cuba doivent rester [face aux USA] sur leurs gardes et être prêts à tout, même à l’impensable (qui est souvent ce que génère le chaos total) »), on en arrive à des hypothèses délicates. Si les bellicistes classiques du parti démocrates, poussés dans ce cas par une majorité des républicains, veulent effectivement lancer des opérations contre l’un ou l’autre, essentiellement contre Cuba, ils trouveraient sans aucun doute chez eux une opposition extrêmement forte et résolue dans la gauche progressiste, voire marxiste, wokeniste dans tous les cas, du parti démocrate (éventuellement avec l’aide paradoxale des antiguerres libertariens et paléoconservateurs de droite). On connaît la puissance de communication de cette fraction gauchiste-wokeniste, sa capacité à csusciter le chaos, et la déstabilisation qui serait ainsi créée.

C’est-à-dire qu’il y a deux chaos et deux déstabilisations qui menacent aujourd’hui les USA, et qui s’interpénètrent, multipliant considérablement les menaces de situations extrêmement incertaines et dangereuses, avec le facteur fondamental des menaces de désintégration par des sécessions simultanées. Nous avons toujours pensé que la “fin” du pseudo-“Empire” constituera un facteur énorme de déstabilisation mondiale, mettant en cause le Système lui-même, avec nécessairement des répercussions dans toutes les relations internationales, et d’une façon générale dans le monde entier, jusques et y compris dans un domaine que nous qualifierions de “psychologie collective” à l’échelle globale (la psychologie du Progrès ancrée à l’‘American Dream’, privée soudain de sa référence utopique et fascinatoire).

C’est pour cette raison que nous avons très récemment évoqué le cas de la Russie qui, en face de la dissolution en cours de la puissance militaire américaniste, a un rôle absolument central à jouer en raison de l’avancement de sa propre puissance militaire qui est en passe de s’installer comme la première du monde tant du point de vue technologique que du point de vue de la souplesse et de l’agilité d’emploi. La Russie elle-même serait en état de grand risque par un effondrement chaotique des USA, sans qu’il soit question nécessairement d’une action US, mais par la dynamique même de cet effondrement, et par les aspects extraordinairement déstabilisants (pour la Russie elle-même) de certains de ses aspects (l’extension du wokenisme est un de ces aspects indirects qui n’est pas assez souvent cité, et qui figurerait comme une poussée très dangereuse dans le domaine cité plus haut de la “psychologie collective à l’échelle globale”, en plus du domaine de la subversion idéologique). D’où cette hypothèse que la Russie, non seulement doit se tenir armée pour se défendre, mais éventuellement pour intervenir d’une façon préventive :

Les USA, « le grand adversaire classique [de la Russie] se trouve plongé dans une terrible confusion où la déconstruction folle frappe d’abord la structure morale et psychologique de ses forces armées. Selon une Soviétique passée à l’Ouest en 1989 après avoir vécu le simulacre et l’effondrement de l’URSS, et devenue officier du renseignement US (CIA et DIA), les USA sont en train de devenir une “Union Soviétique 2.0”, avec la même perspective d’effondrement. Mélangeant ceci et cela, il y a la perspective pour la Russie, devant tous les dangers de l’effondrement de la puissance US, de devoir intervenir avec la force pour en contenir les effets. »

Ci-dessous, le texte du Saker-US dans la version française mise en ligne par le Sakerfrancophone (« Les États-Unis ont-ils entamé leur “grande retraite” ? »). La version originale est également accessible sur UNZ.com le 5 août 2021.

dedefensa.org

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La “grande retraite” des USA ?

Je dois commencer cette chronique en admettant que  “Biden” (note : entre guillemets, je fais référence au “collectif Biden”, pas à l’homme manifestement sénile) m’a surpris : il semble que ma règle d’or personnelle concernant les présidents américains (Ils sont pire que leur prédécesseur) ne s’applique pas nécessairement dans le cas de “Biden”. Cela ne veut pas dire que “Biden” ne finira pas par prouver que ma règle est toujours applicable, mais simplement que ce que je vois en ce moment n’est pas ce que je craignais ou attendais.

Au départ, j’avais l’impression que la règle était toujours valable. L’échec total des États-Unis en Alaska, lorsque Bliken a apparemment pris les Chinois pour des serfs castrés et a rapidement découvert à quel point il s’était trompé.

Mais il y a eu aussi la rencontre avec Poutine qui a surpris beaucoup de monde, y compris moi-même. Au départ, la plupart des observateurs russes ont rejoint l’un des deux groupes concernant les perspectives de ce sommet :

1). Ce sommet n’aura jamais lieu, il n’y a rien à discuter, Biden est sénile, son administration est remplie de russophobes purs et durs et, de plus, les Américains (US) ne sont « pas capables de respecter un accord » (недоговороспособные) de toutes les façons, alors à quoi bon ?

2). Si le sommet a lieu, ce sera un échec total. Au mieux, un échange d’insultes ou de cris.

Ni l’un ni l’autre ne s’est produit. À vrai dire, nous ne savons toujours pas vraiment ce qui s’est passé. Tout ce que nous avons, ce sont de vagues déclarations d’intention et des intentions pieuses formulées. Et même celles-ci étaient minimalistes ! En fait, après le sommet, la plupart des observateurs russes, une fois encore, se sont divisés en deux camps :

1). “Biden” a jeté l’éponge et a abandonné. Les Russes ont gagné ce round. Hourra !

2). “Biden” a seulement changé de tactique, et maintenant la nouvelle posture américaine pourrait bien devenir encore plus agressive et hostile. La Russie est sur le point de subir une augmentation importante des provocations anti-russes. Alerte !

Je pense que ces deux visions simplifient à l’extrême une réalité probablement beaucoup plus complexe et nuancée. En d’autres termes, “Biden” a surpris beaucoup de Russes, sinon la plupart. C’est très intéressant en soi (ni Bush, ni Obama, ni Trump n’ont jamais surpris les Russes – qui les connaissaient tous – de manière significative).

Mon avis strictement personnel est qu’il y a de très sérieuses luttes intestines qui se déroulent actuellement au sein de la classe dirigeante américaine. En outre, ces querelles intestines ne portent pas sur les principes fondamentaux ni même sur la stratégie – il s’agit d’un différend uniquement tactique.

Nous devons garder à l’esprit un vieux truisme sur les résultats : John F. Kennedy a dit un jour que « la victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline » et il avait raison. Lorsqu’un groupe prend le pouvoir et contrôle efficacement ses intérêts, tout va bien et tout le monde est occupé à consommer le proverbial lait et miel. Mais lorsque ce groupe subit une série de défaites humiliantes, une cascade typique d’événements commence :

• Se pointer du doigt les uns les autres : tout le monde blâme tout le monde (mais jamais soi-même).

• La sagesse rétrospective : “Si j’avais été aux commandes, cela ne serait pas arrivé !”.

• Luttes intestines pour un butin de guerre qui se réduit rapidement.

• Effondrement du centre d’autorité/décision centralisé

• Création de sous-groupes qui se battent entre eux pour leurs intérêts secondaires.

En d’autres termes, après de nombreuses années d’administrations présidentielles extrêmement faibles (depuis Clinton, selon moi), il n’est guère surprenant que des luttes intestines aient lieu (dans les deux partis, d’ailleurs). En fait, il faut s’attendre à un ensemble apparemment chaotique de politiques non coordonnées, voire contradictoires. Et c’est exactement ce que nous observons depuis 1993, et cette dynamique ne cesse de s’aggraver d’année en année.

Il va sans dire que le principal résultat de ces luttes intestines induites par la défaite est d’affaiblir tous les groupes impliqués, quels que soient leurs objectifs et leurs politiques. Certains pourraient croire qu’il s’agit d’une évolution positive, mais je n’en suis pas sûr du tout (voir ci-dessous).

Ceci étant dit, certaines observations pourraient être utiles pour tenter d’identifier au moins (indirectement) qui sont les principaux groupes qui se combattent.

Les russophobes purs et durs, vraiment cinglés, sont toujours là, en particulier dans les médias américains qui semblent servir non pas tant “Biden” qu’une sorte de cabale de “raz du plancher”. À côté des ziomédias traditionnels, il y a aussi un nombre croissant de responsables militaires américains, britanniques et de l’OTAN dont la bouche écume de menaces, d’avertissements, de plaintes et d’insultes, tous dirigées contre Poutine et la Russie. Ceci est important car...

Les médias de la “zone A” ont dissimulé de manière totale et très efficace les risques très réels d’une guerre contre la Russie, la Chine et l’Iran. Et si cela était mentionné, les journalistes insistaient toujours sur le fait que les États-Unis ont la « meilleure armée de l’histoire de la galaxie » et que l’Oncle Sam “bottera le cul” de qui il voudra. Si le peuple des États-Unis était informé de la vérité, il paniquerait et exigerait que tout risque de guerre soit immédiatement diminué et remplacé par un dialogue sérieux.

Les autorités américaines, britanniques et de l’OTAN se sont fourrées dans une impasse où il ne leur reste que deux possibilités : soit elles font ce que les États-Unis font toujours, c’est-à-dire “déclarer la victoire et partir”, soit elles obligent la Russie à protéger ses frontières sur terre, dans les airs et en mer et, par conséquent, à subir une humiliation militaire majeure de la part de la Russie.

À vrai dire, lors des récents exercices navals, les responsables britanniques et américains ont fait beaucoup de menaces et de promesses qu’ils allaient ignorer les avertissements russes, mais en fin de compte, ils ont tranquillement plié bagage et sont partis. Un choix intelligent, mais qui a dû être douloureusement humiliant pour eux, ce qui est très dangereux en soi.

Dans quelle mesure ces déclarations/menaces ont-elles été faites avec l’approbation de “Biden” ? Je n’en sais rien. Mais je ne suis au courant d’aucune réprimande, rétrogradation ou autre mesure prise à l’encontre des fous qui appellent à une guerre contre la Russie, la Chine ou l’Iran. Cela ne signifie pas que cela ne s’est pas produit, mais seulement que cela n’a pas été rendu public. J’ai toutefois le sentiment que, même si “Biden” est opposé à ce genre de dangereux bruits de sabre, “il” est trop faible pour faire quoi que ce soit. Il est tout à fait possible que “Biden” perde progressivement le contrôle de sa propre administration.

Note de l'auteur : « J'ai récemment bien ri en entendant du personnel de la marine de l'OTAN dire que les Russes avaient “fait semblant d’attaquer” des navires de l'OTAN en les survolant à plusieurs reprises. Apparemment, ces gens pensent sincèrement que les bombes classiques constituent la principale/seule menace des forces aérospatiales et des défenses côtières russes qui, en réalité, peuvent couler les navires des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'OTAN sans jamais s'en approcher ni même se trouver à portée de leurs radars. Sans parler des 6-7 sous-marins diesel-électriques avancés extrêmement silencieux et lourdement armés de la flotte de la mer Noire. Si je ne doute pas de la “diversité” de ces équipages navals de l'OTAN, j’ai maintenant de sérieux doutes quant à leurs compétences de base. »

Il y aura beaucoup plus d’exercices de l’OTAN en mer Noire à l’avenir. Idem pour les opérations de l’US Navy au large des côtes chinoises, iraniennes ou de la Corée du Nord. Cette combinaison (toujours explosive) d’ignorance, d’arrogance et d’incompétence peut toujours déboucher sur une guerre majeure.

Une autre option est que le gouvernement britannique qui est en phase terminale de délire (soutenu par ceux des Britanniques qui ont encore des douleurs fantômes à propos de leur empire perdu et, bien sûr, par le gang 3B+PU [les 3 pays baltes+Pologne,Ukraine] largement hors de propos) pourrait faire quelque chose de vraiment stupide (disons, comme ceci) et déclencher une guerre avec la Corée du Nord, la Russie, la Chine ou l’Iran. Les États-Unis devraient alors intervenir pour défendre/sauver une marine britannique qui est surtout une blague (au moins par rapport aux normes russes ou chinoises). Le principal problème ici est que l’US Navy est également dans un état terrible et ne peut pas rivaliser avec les armes russes et chinoises lancées à distance (je veux dire qu’il n’y a littéralement aucune défense contre les missiles hypersoniques de manœuvre ! La seule exception serait le S-500 russe). D’ailleurs, la Russie et la Chine ont conclu une alliance militaire informelle et non officielle depuis de nombreuses années déjà ; consultez cet article et cette vidéo ou celle-ci pour une mise à jour récente.

Mais des développements opposés montrant une tendance à la désescalade ont également lieu. Tout d’abord, “Biden” semble avoir « cédé » le « dossier ukrainien » aux Allemands et s’en laver les mains. Si c’est le cas, c’était une manœuvre très habile et intelligente (ce que nous n’avons pas vu de la part d’aucune administration depuis des décennies !) Je recommande vivement cette traduction d’un article très intéressant rédigé par Rostislav Ishchenko, sans doute le meilleur spécialiste de l’Ukraine.

Ishchenko entre dans une foule de détails intéressants et explique ce que “Biden” vient apparemment de faire. Franchement, les Allemands méritent amplement ce désordre total et ils devront faire face aux conséquences de ce désastre pendant longtemps, peut être des décennies. En fait, les Allemands sont coincés : ils veulent être le grand leader européen ? Laissez-les faire. Après tout, les politiciens de l’UE, menés par l’Allemagne, ont fait tout ce qu’ils ont pu pour créer ce qu’on appelle maintenant souvent le “pays 404” – un trou noir au cœur du continent européen. L’Allemagne est la plus grande puissance économique de l’UE ? Bien, alors laissez les Allemands (et le reste de l’UE) payer pour la reconstruction éventuelle de l’Ukraine (ou des États successeurs résultant de l’éclatement du pays) ! La Russie ne peut tout simplement pas payer cette facture, la Chine ne le fera certainement pas (surtout après avoir été trompée plusieurs fois par les Ukrainiens) et les États-Unis n’ont absolument aucune raison de le faire. Je dirais même que le chaos (social, économique, politique, culturel, etc.) en Europe est probablement considéré par la classe dirigeante américaine comme hautement souhaitable car 1) il affaiblit l’UE en tant que concurrent, 2) il justifie, même si c’est de manière hypocrite et erronée, une “forte présence américaine” en Europe et 3) il donne à l’OTAN une raison d’exister (même si c’est de manière erronée, malavisée et même immorale).

Les États-Unis sont protégés des retombées (immigrants, violence, extrémisme, etc.) du désastre ukrainien par la distance, l’Atlantique, une armée beaucoup plus forte (du moins par rapport à n’importe quel autre membre de l’OTAN). Les États-Unis peuvent imprimer de l’argent comme ils le souhaitent et n’ont plus aucun intérêt pour l’Ukraine (mourante). Si Ishchenko a raison, et je suis d’accord avec lui, alors il y a quelqu’un (peut-être un groupe de “quelques-uns”) qui est beaucoup plus intelligent que quiconque dans l’administration US et qui a compris que l’Ukraine occupée par des nazis devrait être un problème de l’Allemagne et de l’UE, et non des États-Unis.

Il y a aussi, bien sûr, l’analyse pessimiste : les États-Unis battent en retraite partout, mais seulement pour les raisons suivantes :

• Se regrouper, se réorganiser, gagner du temps pour développer une sorte de stratégie cohérente

• Se concentrer sur chaque adversaire séparément et établir des priorités (divide et impera au moins !)

• Ré-analyser, re-planifier, re-concevoir, re-développer, ré-entraîner, ré-équiper et re-tester à peu près tout dans les forces armées américaines (qui n’ont pas été façonnées par une planification rationnelle des forces depuis des décennies).

Ceux qui croient à la théorie du repli stratégique (je n’écarte pas personnellement cette version, mais je ne vois pas assez de preuves – pour l’instant – pour l’approuver non plus) ajoutent généralement que les États-Unis n’ont quitté l’Afghanistan que pour la livrer aux talibans/al-Qaïda et les déchaîner contre le “ventre mou de la Russie”. C’est tout à fait absurde, ne serait-ce que parce que la Russie n’a pas de frontière commune avec l’Afghanistan.

Oui, bien sûr, ce qui se passe actuellement en Afghanistan inquiète grandement tous les dirigeants de la région, dont les dirigeants du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan, du Turkménistan et de l’Iran. Mais il se trouve que les Russes ont mené d’intenses consultations avec toutes ces puissances régionales. Non seulement cela, mais la Russie a déjà des forces déployées dans la région (y compris la base 201 au Tadjikistan) et elle les a considérablement renforcées sans aucune protestation de l’Empire (du moins jusqu’à présent). Enfin, toute l’Asie centrale, le Caucase et même le Moyen-Orient sont à portée de nombreux types d’armes russes à longue portée. Apparemment, les talibans le savent, car ils se sont donné beaucoup de mal pour promettre à tous leurs voisins que le changement de régime (désormais inévitable) à Kaboul ne représentera une menace pour personne. Pouvons-nous leur faire confiance ? Non, bien sûr que non. Mais pouvons-nous leur faire confiance pour être assez intelligents et réaliser que, bien qu’ils soient actuellement la plus grande force en Afghanistan, ils sont loin d’avoir ce qu’il faut pour mener une guerre contre tous les voisins de l’Afghanistan ? Oui, je pense que oui. Après de nombreuses années de combat, et alors que les talibans contrôlent déjà une partie de Kaboul, ils vont atteindre enfin leur objectif et devenir les véritables dirigeants officiels de l’Afghanistan. S’ils tentaient d’attaquer ou de déstabiliser l’un de leurs voisins, la toute première chose qu’ils perdraient serait Kaboul et toute chance d’être acceptés comme le gouvernement légitime de l’Afghanistan. N’oubliez pas que, à l’instar des États-Unis, ni la Russie ni l’Iran n’ont besoin d’envahir l’Afghanistan pour frapper les talibans. Ils peuvent utiliser des mandataires et disposent du type de systèmes d’armes et de plates-formes de lancement dont les talibans ne peuvent se protéger. Enfin, et ce n’est certainement pas le moins important, les Talibans savent comment les Russes et les Iraniens ont combattu en Syrie, et ils ne voudront pas déclencher quelque chose de similaire en Afghanistan.

En outre, le “ventre mou” de la Russie est un concept du 19e siècle. Au XXIe siècle, seules les personnes les moins informées et les moins compétentes utilisent un tel concept. En outre, seule une personne n’ayant aucune connaissance des capacités militaires réelles des districts militaires du sud et du centre de la Russie pourrait mentionner une notion aussi stupide et dépassée en gardant son sérieux. Si les Afghans peuvent être de superbes guérilleros (mais pas toujours, contrairement au mythe populaire !), ils ne peuvent pas mener d’opérations offensives à armes combinées, alors que la Russie et l’Iran le peuvent. Encore une fois, “ne dites jamais ‘jamais’”, surtout avec les Takfiris dans le coup, mais je ne vois pas les talibans attaquer qui que ce soit, et encore moins les alliés russes ou iraniens dans la région…

Pour en revenir à la grande retraite de “Biden” : si “Biden” est assez intelligent pour faire porter le chapeau de l’Ukraine à l’Allemagne, “il” l’est également assez pour fonder la politique étrangère américaine à l’égard de la Russie sur un truc du genre “ventre mou”. Quant à toutes les menaces de guerre “à feu et à sang” contre la Russie, elles n’impressionnent personne, car les Russes, les Chinois et les Iraniens savent qu’un pays confiant et puissant n’a pas besoin de menacer qui que ce soit, ne serait-ce que parce que les capacités réelles de ces pays constituent en elles-mêmes une “menace” très révélatrice. Mais lorsqu’une ancienne superpuissance est faible, confuse et effrayée, elle fait de nombreuses déclarations fracassantes sur la façon dont elle peut vaincre la planète entière si nécessaire (après tout, l’armée américaine est “la meilleure armée de l’histoire de la galaxie” ! Si vous en doutez, il suffit d’écouter Toby Keith !). En d’autres termes, alors qu’à l’Ouest les menaces sont un instrument de politique étrangère, en Russie, et dans le reste de l’Asie, elles sont inévitablement perçues comme un signe de faiblesse, de doutes et même de peur.

Ensuite, il semble qu’il y ait une longue liste de systèmes d’armes, de plans d’acquisition et de fonds de “défense” qui aient été retirés, y compris les (vraiment horribles) LCS et F-35. S’il est vrai que les États-Unis éliminent progressivement des systèmes d’armes et des plates-formes fantastiquement coûteux qui étaient également plus ou moins inutiles, cela montre la capacité d’admettre au moins que tous les discours sur les super-armes américaines n’étaient que des discours, et qu’en réalité le Complexe Militaro Industriel américain est devenu incapable de produire le type d’engins de haute qualité qu’il produisait en grandes quantités dans le passé (destroyer classe Arleigh Burke, F-15, Jumbo 747, la Jeep Willys, F-16, A-10, SSN classe Los Angeles, satellites KH, etc.) C’est également la raison pour laquelle le F-15X est conçu pour “augmenter” les capacités du F-35 (en soi, une décision très intelligente !).

Un tel aveu, même indirect et seulement logiquement implicite, pourrait montrer un niveau de maturité, ou de courage, de la part de “Biden” que ses prédécesseurs n’ont pas eu.

Se pourrait-il que les gens du Pentagone, qui connaissent la réalité de la situation (voir le très bon article de Moon of Alabama à ce sujet), aient compris que Clinton, Bush, Obama et Trump ont trop étendu l’Empire et qu’ils doivent maintenant se regrouper et “tout remettre à plat” pour parvenir à une posture de “défense” plus durable ?

Se pourrait-il que “Biden” tienne les promesses de Trump, à savoir mettre fin aux guerres inutiles (et impossibles à gagner !), cesser de se soucier de l’UE, accepter en silence que la Russie n’a aucune intention (et aucun besoin !) d’attaquer qui que ce soit et se concentrer sur la plus grande menace non militaire : la Chine ? Peut-être.

Pour autant que je sache, de nombreuses simulations (toutes ?) – réalisées par RAND et l’armée américaine – et des exercices d’état-major ont montré que les États-Unis perdraient gravement face à la Russie ou à la Chine. Se pourrait-il que “Biden” veuille mettre la Russie et la Chine en veilleuse et “traiter” d’abord avec l’Iran ? Les dernières nouvelles sur le front USA/Israël vs Iran ne sont pas bonnes, c’est le moins que l’on puisse dire.

Je persiste à croire qu’après l’assassinat du général Suleimani et les frappes de missiles iraniennes en représailles, les États-Unis semblent avoir abandonné l’idée d’une attaque directe contre l’Iran. Après tout, non seulement Trump a laissé la “plus puissante armée de l’histoire de la galaxie” être humiliée et sérieusement effrayée – pour de bonnes raisons – par les frappes de missiles iraniens extrêmement précises, mais le monde entier a été témoin de cette humiliation. Après ce désastre, pourquoi “Biden” déciderait-il d’attaquer ?

Est-ce que “Biden” pourrait être encore plus bête que Trump ? J’en doute fort. En outre, Trump et Biden étaient tous deux soumis au Lobby israélien de toutes les façons, donc je répéterais “ne dites jamais ‘jamais’”, surtout que tout ce qu’Israël a à faire pour forcer les États-Unis à attaquer l’Iran c’est d’attaquer d’abord, puis de présenter toute réponse iranienne comme un « génocide planifié de 6 millions de Juifs » (quoi d’autre ?), mais cette fois en Israël et par les Iraniens (qui pourraient même utiliser du gaz, qui sait ?). A ces mots, autant les Républicains que les Démocrates se mettraient au garde-à-vous et se précipiteraient immédiatement pour sauver l’“allié” le plus précieux et le plus aimé de l’Amérique (en réalité, son maître colonial et son suzerain, bien sûr). En ce qui concerne Israël, nous ne pouvons que conclure tristement que cela ne fait aucune différence que ce soit les Démocrates ou les Républicains qui se trouvent à la Maison Blanche.

Alors, que nous reste-t-il ?

Franchement, je ne suis sûr de rien.

Je pense qu’il existe des preuves très solides, même si elles ne sont qu’indirectes, qu’il y a de très sérieuses querelles internes au sein de l’administration “Biden” et qu’il existe également des preuves solides, mais également indirectes, que le dispositif militaire des États-Unis subit ce qui pourrait finir par être une révision majeure des forces armées américaines.

Si cela est vrai, et c’est un grand “si”, ce n’est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle.

Mais cela pourrait être une grande nouvelle.

Pourquoi ?

Parce que, objectivement, le recul actuel des États-Unis sur la plupart des fronts pourrait être l’“atterrissage en douceur” (transition de l’Empire vers un pays “normal”) que de nombreux électeurs de Trump espéraient. Ou peut-être pas. Si ce n’est pas le cas, il pourrait s’agir d’un recul induit par le chaos, indiquant que l’État américain s’effrite et doit de toute urgence “simplifier” les choses pour tenter de survivre, générant ainsi de nombreuses luttes intestines entre factions (au moins un observateur russe spécialisé dans les “études américaines”, Dmitrii Drobnitskii, pense que c’est le cas : voir l’article original ici, et sa traduction automatique ici). Finalement, l’état de décomposition de l’État américain paraît être déjà si avancé que nous pouvons le considérer comme profondément dysfonctionnel et fondamentalement en état d’effondrement. La première option (atterrissage en douceur) est peu probable, mais hautement souhaitable. La deuxième option (retraite induite par le chaos) est plus probable, mais beaucoup moins souhaitable, car il s’agit de faire un seul pas en arrière pour ensuite faire plusieurs pas en avant. La dernière option (dysfonctionnement profond et effondrement total) est, hélas, la plus probable, et c’est aussi, de loin, la plus périlleuse.

D’une part, les options 2 et 3 rendront les actions américaines très imprévisibles et, par conséquent, potentiellement extrêmement dangereuses. Un chaos imprévisible peut également se transformer rapidement en une guerre majeure, voire en plusieurs guerres majeures, de sorte que le danger potentiel est ici très réel (même s’il n’est absolument pas signalé dans la zone A). Cela signifie que la Russie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord, le Venezuela ou Cuba doivent rester sur leurs gardes et être prêts à tout, même à l’impensable (qui est souvent ce que génère le chaos total).

À l’heure actuelle, le fait que les États-Unis aient entamé une “grande retraite” est indéniable. Mais les véritables raisons qui la sous-tendent, et ses implications, restent assez obscures, du moins pour moi.

Saker-US

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