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25 septembre 2026 (14H00) – Celui qui n’a pas vécu l’événement ne peut en mesurer la portée et la profondeur : l’érection du Mur de Berlin en 1961. Pendant des années, ce symbole hanta les esprits. Reagan lança ce défi à Gorbatchev en 1987 : « Monsieur Gorbatchev, abattez ce mur ! »
« Le 12 juin 1987, à l'occasion des festivités commémorant les 750 ans de la ville, le président américain Ronald Reagan prononce devant la porte de Brandebourg un discours resté dans les mémoires sous le nom de “Tear down this wall!”. Il s'agit d'un défi lancé à Gorbatchev, lequel est apostrophé à plusieurs reprises dans le discours. » Deux ans plus tard, c’était chose faite, Gorbatchev ou pas...
C’était l’Allemagne de l’Est, la RDA bien plus que l’URSS, qui avait insisté pour la construction du Mur, pour arrêter l’hémorragie des Berlinois de l’Est passant à l’Ouest. Le Parti lui-même, le Parti Socialiste Unifié (PSU, comme n’avait pas noté Rocard) de la RDA, avait pris la décision qui n’enthousiasma guère les dirigeants soviétiques, capables de très vite mesurer la force symbolique anticommuniste de l’événement. Les Berlinois, eux, n’oublièrent jamais... Jamais ?
Écoutez Alexandre Mercouris, exceptionnel commentateur qui se rend régulièrement en Allemagne depuis les années1970, expliquer les résultats des élections régionales de dimanche.
« Et à Berlin, l'une des villes, l'un des endroits les plus complexes d'Allemagne, c'est évidemment la capitale. C'est une ville jeune. C'est là que la contreculture allemande est la plus forte. Elle compte une importante communauté immigrée. Et bien même là, l'AFD double son score et atteint 16%. Donc elle progresse. Mais le grand vainqueur c'est ‘Der Linke’ [25,7%] qui est bien sûr l'héritier direct du Parti Socialiste Unifié qui gouvernait autrefois l'Allemagne de l'Est. Autrement dit, le parti communiste est-allemand. Le parti donc qui a érigé et construit le Mur de Berlin ! Et aujourd'hui c'est lui qui gouverne l'ensemble de Berlin, y compris Berlin- Ouest !
» C'est donc, je veux dire, une évolution stupéfiante. Et là encore, on voit la CDU s'effondrer. Quant au SPD qui a historiquement été le parti dominant à Berlin Ouest, il est désormais en très net déclin. Alors, qu'est-ce que cela nous indique ? D'abord, que la CDU est toxique sur l'ensemble du territoire de l'ancienne Allemagne de l'Est. »
Au lieu de nous agiter Hitler sous le nez avec des accents hystériques correspondant aux feuilles de route des élitesSystème, tous nos ardents commentateurs qui n’arrivent pas à la cheville de Mercouris auraient pu mettre l’accent sur ce symbole, n’est-ce pas ? Et nous expliquer pourquoi cette ville (Berlin-Ouest, veux-je dire) acquise au SPD (Willy Brandt en fut le maire avant de devenir chancelier) a donné la cinquième place à ce parti avec 12,1%. Ce renversement-là, bien plus proche de nous, en filiation directe avec l’événement de 1961, vaut autrement que les vociférations concernant Hitler.
Poursuivons avec Mercouris qui n’est jamais meilleur que lorsqu’il se trouve sous le feu des questions d’un interlocuteur étranger au tandem, — ici, l’un des plus talentueux et précis en l’occurrence, hier sur la chaîne ‘Glenn Diesen Français’. Comme je l’ai souvent laissé entendre, l’un des atouts incomparables de Mercouris, cet adorateur de la diplomatie, est de se déplacer partout dans les pays qui l’intéressent et de sonder les sentiments des gens. Ainsi peut-il nous dire que les trois votes successifs, de la Saxe-Anhalt au Mecklenbourg-Poméranie occidentale en passant par Berlin, touchent trois sortes d’électorats très différents : conservateurs, indépendants-progressistes tournés vers la mer, populaire classique et gauchisme anarchisant à Berlin ; un schéma parfaitement représentatif de l’Allemagne de l’Est réunie à la RFA pour faire l’Allemagne actuelle. Eh bien, les votes montrent bien qu’il y a une constante :
« ...il y a une constante. Il y a des inquiétudes concernant l'immigration mais la question de la guerre et de la paix est très importante, peut-être même primordiale et les gens se détournent des partis traditionnels, surtout de la CDU qu'il voit comme le parti de la guerre, le parti de la confrontation sans fin avec la Russie. Le parti qui, en poursuivant cette voie de la guerre a aussi présidé à l'effondrement de l'industrie allemande et à une profonde crise de la société et de l'économie allemande. »
Pire encore : cette spécificité unitaire de l’ancienne RDA commence à pénétrer l’ancienne Allemagne de l’Ouest, celle qui avait “intégré” la RDA comme on accueille, ou plutôt comme on “recueille” les ratés de la famille ; on le fait parce que c’est la famille, mais ratés ils sont et ratés ils demeurent.
Eh bien ce schéma si arrangeant pour nos souvenirs d’hostilité libératrice contre le Mur commence lui-même à se dissiper pour évoluer vers une unité allemande qui se forge dans le même sentiment de rage contestatrice.
« Et nous commençons à voir, j'étais en Allemagne il y a quelques semaines, nous commençons à voir les mêmes tendances en Allemagne de l'Ouest aussi. J'étais en Rhénanie- Palatinat. J'ai constaté que même dans ce land plutôt marqué à gauche, des électeur de gauche commencent à envisager de voter pour ‘De Linke’. Et certaines personnes parce qu'elles s'opposent à la guerre évoquent même pour la première fois la possibilité de voter pour l'AfD. Cela nous en dit long sur l'état d'esprit en Allemagne et je soupçonne que cela vaut pour l'état d'esprit dans toute l'Europe. »
“L'état d'esprit en Allemagne”, et peut-être même en Europe ; car la description que Mercouris fait de cet état d’esprit est aussi celui qu’on constate en France, où l’on méprise et où l’on moque Macron exactement comme les Allemands font de Friedrich Merz, clown qui ne sert qu’à tester des plaisanteries irrespectueuses... Pensez donc, en Allemagne ! L’Allemagne et la France, dans un même combat de sédition contre les plus hautes autorités, usurpatrices de leurs fonctions et délégitimatrices de la noblesse et de la grandeur du sens de l’État.
« Je pense que le mouvement d'opinion que j'ai constaté lorsque j'étais en Allemagne il y a quelques semaines, y compris en Allemagne de l'Ouest, est désormais si puissant qu'il devient irrésistible. Pour la première fois et je voyage en Allemagne depuis les années 1970, pour la toute première fois, j'ai entendu des gens parler du chancelier allemand sur un ton moquer. Il le décrivait comme une figure clownesque comique. Or, si vous connaissez un peu l'Allemagne, ça n'était jamais arrivé auparavant, du moins dans les conversations avec un étranger. Il y a toujours eu un immense respect pour la fonction de chancelier, même si l'on pouvait s'opposer à la personne qui occupait ce poste. »
Ainsi Mercouris termine-t-il sur une note extrêmement sombre. Au contraire de la France qui va tenter de régler ses comptes dans quelques mois, avec une marionnettes sortante qui poursuit jusqu’au bout son labeur de termite globaliste encombrée d’une extraordinaire sécheresse de la pensée, les élections allemandes sont éloignées (2029). Mercouris ne pense pourtant pas que les Allemands, si disciplinés, si respectueux des hiérarchies et qui sont en train de désintégrer cette discipline et ce respect, resteront sagement et les bras croisés dans l’attente de la sublime échéance démocratique dans une démocratie devenue un spectacle de cirque mené par des clowns. Là-dessus, une guerre avec la Russie, que tous ces moutons des élitesSystème attendent comme une sorte de Révélation libératrice ?
Le sage et modéré Mercouris n’y croit pas. Lui, l’adepte acharné de la diplomatie, constate que cette activité éminemment civilisé n’a plus d’espace ni de temps,— ni de cœur ni d’âme, — pour pouvoir se manifester. La stabilité allemande brisée, viendra l’instabilité, et avec elle les rugissements de l’opposition antiSystème, unie de la droite (AfD) à la gauche (’De Linke’ et BSW)
« Mais j'ajouterai aussi ceci à propos de l'Allemagne. C'est un pays qui a été extrêmement stable pendant très longtemps. Quand la stabilité est bouleversée dans un endroit comme celui-là, l'instabilité devient chronique. Et c'est absolument ce que nous allons voir. Nous sommes aujourd'hui dans une période de transition marquée par un système politique épuisé et discrédité.
» Il y a une population qui veut la paix. Pourtant, le pouvoir pousse à la guerre. Il y a une population qui n'est pas convaincue que cette confrontation avec la Russie soit une bonne idée. Pourtant, le pouvoir redouble dans cette confrontation avec la Russie. Il y a une population qui est extrêmement fière du statut de l'Allemagne comme pays industriel. Pourtant, le pouvoir accélère le processus de désindustrialisation.
» On ne peut pas continuer ainsi indéfiniment sans provoquer un retour de bâton. Nous avons déjà commencé à voir ce retour de bâton. Si ces politiques se poursuivent de la même manière, il va s'intensifier et très bientôt, nous verrons la CDU se disloquer et se fracturer et le SPD être balayé. »
Si ce n’est la guerre avec la Russie, diront nos penseurs qui pensent à la guerre, alors ce sera A.H.-2.0 ? Donc, il suffira de coller la fameuse petite moustache noire sur le visage d’Alice Weidel, avec son destin si authentiquement nazie, — bonnes relations avec la Russie, mille fois la paix plutôt que la guerre, tout à fait le programme de ‘Mein Kampf’ ! Comme disait le bon vieux Karl Marx, l’histoire repasse toujours les plats, — sous forme de farce, bien entendu, et ça nous connaît, nous les guerriers de la tragédie-bouffe.
Car je ne crois pas que ni l’AfD, ni ‘Der Linke’, ni la BSW de Sahra Wagenknecht, n’ont la moindre solution-miracle à la catastrophe allemande. Cela s’explique notamment, c’est-à-dire tactiquement, parce que cette catastrophe-là va de pair avec les autres catastrophes européennes pour se heurter, — premier obstacle de taille, — à la Reine-Ursula. Elle se trouve bien, enfermée dans son bunker du Berlémont où elle loge paraît-il selon des sources claires et limpides, et elle reçoit ses amis “utiles” sans consentir à mettre un pied dans les rues bruxelloises ; simplement, Ursula écoutant sa petite moustache noire pousser, car c’est bien à elle qu’elle lui est destinée, et faisant des clins d’œil coquins à son dernier ‘boy-friend’, le Canadien « my friend Mark ». Mais même si vous éliminiez Ursulma, vous n’auriez encore rien résolu.
Tous ces “même si”, — celui de l’Allemagne, celui de la France, celui de l’UE, ceux innombrables outre les mers diverses, — ne conduisent qu’à une chose, qui est la mise en évidence de l’immense structure crisique qui nous oppresse, je veux dire la GrandeCrise comme on l’avait deviné. Toutes ces avancées de la résistance, le fait de l’existence d’une Résistance, sont déjà des vérités-de-situation tactiques qu’il est bon de mettre au jour. Ce n’est pas rien, qu’un rayon de lumière sublime éclaire soudain l’infâme simulacre où l’on nous fait vivre, pour le ridiculiser et le bouffoniser. C’est ainsi, par cette vive et sublime lumière, que l’on reforme les choses en ordonnant le chaos pour qu’il soit prêt à accueillir les formes nouvelles dont nous manquons si cruellement. Il faut savoir attendre et regarder le temps filer, et à quelle allure...
Toujours la même fin, promise d’En-Haut et en attendant les moyens.