Le “premier cercle” du Système

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Le “premier cercle” du Système

21 juin 2013 – Dans deux textes de brefs commentaires avant de citer des articles extérieurs, il nous est apparu qu’une situation nouvelle serait en train de se créer du fait de l’action du Système. Bien entendu, comme toutes les situations évolutives, non catégorisables, officiellement non identifiées et le plus souvent tout simplement ignorées même quand leurs effets se font sentir, il s’agit d’une maturation en cours, qui a commencé d’une façon subreptice, ou qui constitue une évolution souterraine à l’aide d’éléments déjà existants. Si l’on s’attache à l’interprétation pour identifier l’évolution du cours des choses, et nullement à l’information officielle ou sous influence, il faut alors rechercher les signes qui permettent cette identification, – ou bien ce sont des signes qui, sous la poussée d’une interprétation intuitive, suscitent l’identification. Nous désignons cette “situation nouvelle” sous l’expression de “‘premier cercle’ du Système”.

• Le premier cas est celui de notre texte du 14 juin 2013 sur l’attaque lancée contre le journaliste Glenn Greenwald dans l’affaire PRISM/NSA/Snowden. Nous citions le passage concerné de notre commentaire, où nous détaillions le “signe” dont nous voulons parler.

«King, avec son alter ego du Sénat, la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, préside une commission à l’accès extrêmement contrôlé et limité à ses membres qui sont tenus par des règles draconiennes de confidentialité dépendant des services qui les informent (CIA, NSA, etc.). Les autres membres du Congrès, sauf les chefs de partis, sont tenus complètement à l’écart des informations que reçoivent ces commissions [...] Cela limite à 1% des membres du Congrès une information effective des activités de renseignement, de surveillance, d’espionnage, etc. On peut dire que ces 1% forment aujourd’hui une caste à part au sein du Congrès, et jouent au nom du Système dans sa composante “Stasi-of-America”, un rôle de surveillance et de contrôle de la conformité de la conduite de leurs collègues, et de leur état de sous-information pour ce qui concerne “Stasi-of-America”. Ainsi et très symboliquement, existe également au Congrès le rapport 99%-1% caractérisant la situation générale de fortune et du rapport élite-Système versus population aux USA.»

Il faut signaler une erreur de notre part : King n’est pas président de la commission de renseignement de la Chambre mais président de la commission sur la sécurité du territoire [Homeland security], donc il n’est pas l’alter ego de Feinstein. Il semble que King soit parmi les 1% cités, directement informé des questions de renseignement et de sécurité/surveillance, mais pas les membres de sa propre commission. Il est de toutes les façons très difficile d’identifier précisément tous les parlementaires bénéficiant de ce “privilège”-Système, mais nous sommes assuré de ce rapport approximatif de 1%-99% dans le cas du renseignement. Il avait été mentionné dans les années 1970, lors des auditions suivant la démission de Nixon (menée par la commission spéciale du sénateur Church), justement comme contrepoint à ces auditions qui bénéficiaient d’une large publicité, – les remarques étant alors qu’en “temps normal”, effectivement le nombre de parlementaires informés étaient réduits au pourcentage mentionné.

• Dans notre texte du 13 juin 2013, nous citions le cas d’un député démocrate, Bill Pascrell, qui se disait stupéfait de découvrir l’étendue des activités de la NSA, à la suite d’un briefing exceptionnel que les gens de la NSA avaient organisé pour le vulgum pecus du Congrès. «Pascrell nous dit que, selon le DNI, nombre d’informations (sur NSA/PRISM) se trouvent dans une lettre de la NSA envoyée au Congrès en 2011. Ni ses collègues ni lui-même ne l’ont jamais lue parce qu’il semble bien qu’on ne le leur a jamais communiquée... [...] “There was a letter that we were supposed to have received in 2011 but I can't find it and most of my friends in Congress did not receive this either,” said New Jersey Democrat Bill Pascrell, who claimed the widespread collection of phone data amounted to “spying on Americans … This is one of the first briefings I have been to where I actually learned something.” “People should know what's going on in their name but we need to start with Congress knowing what the heck is going on.”»

Il y a eu aussi le cas de la députée Loretta Sanchez, assistant à la même réunion que celle qui bouleverse Pascrell, qui la bouleverse elle-même d’une façon plus précise, à cause de l’ampleur du programme PRIMS et des activités de la NSA, comme le mentionnait Economic Collapse le 13 juin 2013 : «According to U.S. Representative Loretta Sanchez, members of Congress learned “significantly more than what is out in the media today” during a closed briefing about the NSA on Tuesday, and that what has been revealed so far about NSA snooping is “just the tip of the iceberg”. During her interview with C-SPAN on Wednesday, she also stated that NSA spying is “just broader than most people even realize” but due to security restrictions she could not reveal more than that.» La même citation de Sanchez, élargie, est reprise par Greenwald dans sa première chronique depuis la sortie publique de Snowden, le 14 juin 2013 dans le Guardian. Greenwald considérait effectivement le problème de la mésinformation de la plupart des membres du Congrès, à propos de ces affaires de sécurité et de surveillance. Il citait un autre parlementaire, le sénateur Tester, qui faisait la remarque significative que les révélations de Snowden, “quite frankly”, l’aidaient beaucoup parce qu’elles l’informaient des étendues des activités de la NSA, – justement parce qu’il (Tester) ne fait pas partie de la commission sur le renseignement et n’est pas informé. («...Quite frankly, it helps people like me become aware of a situation that I wasn't aware of before because I don't sit on that Intelligence Committee»)... Greenwald, le 14 juin :

«I haven't been able to write this week here because I've been participating in the debate over the fallout from last week's NSA stories, and because we are very busy working on and writing the next series of stories that will begin appearing very shortly. I did, though, want to note a few points, and particularly highlight what Democratic Rep. Loretta Sanchez said after Congress on Wednesday was given a classified briefing by NSA officials on the agency's previously secret surveillance activities:

»“What we learned in there is significantly more than what is out in the media today. . . . I can't speak to what we learned in there, and I don't know if there are other leaks, if there's more information somewhere, if somebody else is going to step up, but I will tell you that I believe it's the tip of the iceberg . . . . I think it's just broader than most people even realize, and I think that's, in one way, what astounded most of us, too.”

»The Congresswoman is absolutely right: what we have reported thus far is merely “the tip of the iceberg” of what the NSA is doing in spying on Americans and the world. She's also right that when it comes to NSA spying, “there is significantly more than what is out in the media today”, and that's exactly what we're working to rectify.

»But just consider what she's saying: as a member of Congress, she had no idea how invasive and vast the NSA's surveillance activities are. Sen. Jon Tester, who is a member of the Homeland Security Committee, said the same thing, telling MSNBC about the disclosures that “I don't see how that compromises the security of this country whatsoever” and adding: “quite frankly, it helps people like me become aware of a situation that I wasn't aware of before because I don't sit on that Intelligence Committee.”

»How can anyone think that it's remotely healthy in a democracy to have the NSA building a massive spying apparatus about which even members of Congress, including Senators on the Homeland Security Committee, are totally ignorant and find “astounding” when they learn of them? How can anyone claim with a straight face that there is robust oversight when even members of the Senate Intelligence Committee are so constrained in their ability to act that they are reduced to issuing vague, impotent warnings to the public about what they call radical “secret law” enabling domestic spying that would “stun” Americans to learn about it, but are barred to disclose what it is they're so alarmed by? Put another way, how can anyone contest the value and justifiability of the stories that we were able to publish as a result of Edward Snowden's whistleblowing: stories that informed the American public – including even the US Congress - about these incredibly consequential programs? What kind of person would think that it would be preferable to remain in the dark – totally ignorant – about them?»

• Le deuxième cas concerne les journalistes, et nous citons à nouveau notre texte du 14 juin 2013, dans son premier passage sur les journalistes, lorsque nous mettions en évidence combien l’attaque contre Greenwald est inhabituelle. (Dans ce cas, nous faisons allusion à Greenwald d’un point de vue statutaire : il est un des plus brillants et certainement le plus populaires des commentateurs du Guardian, donc de ce point de vue et quoique antiSystème, statutairement un journaliste de la presse-Système.) Nous écrivions :

«Un élément important dans l’affaire PRISM/NSA/Snowden, certainement pour une affaire de cette importance, c’est la tendance à l’implication du journaliste qui a servi de correspondant à Snowden pour la diffusion de ses révélations. C’est une tendance nouvelle, assimilant le journaliste à ses sources jusqu’au niveau pénal. Cela implique une nouvelle définition qu’on pourrait qualifier d’officielle du journaliste, et l’on pourrait estimer selon nos conceptions que cette définition est absolument suggérée par le Système... Définition-Système, donc : pour mériter de l’être avec toutes les protections qui s’attachent à la profession, un journaliste doit non seulement appartenir à la presse-Système par le biais du média où il publie, mais il doit se conformer strictement aux consignes du Système, comme l’on pointe en arrivant à son travail, et entretenir quotidiennement sa capacité-Système d’autocensure et d’autocritique.»

D’autres considérations de la sorte, par ailleurs si évidentes qu’elles sont souvent faites en passant, peuvent être trouvées dans diverses appréciations de la presse (essentiellement alternative, certes). Par exemple, sur le site WSWS.org, le 13 juin 2013, dans un article du député King contre Greenwald : «...The attacks on Snowden and Greenwald illustrate the determination of the US ruling elite to strangle any opposition that emerge outside of its state controlled media apparatus, which works in close coordination with the State Department and the CIA.» Après tout, WSWS.org donne une définition claire de ce que nous voulons définir, les symboliques 1% qui représentent l’apparatus médiatique ultime, qui doit être strictement contrôlé par le Système, “qui travaille en coordination étroite avec le département d’État et la CIA”. (Il s’agit vraiment, pour le chiffre de 1%, d’une appréciation symbolique, pour poursuivre l’idée développée plus haut, parce que nous ne savons bien sûr pas si “l’apparatus médiatique ultime, [...] strictement contrôlé par le Système” donc particulièrement sûr, comme les parlementaires des commissions sur le renseignement, se rapproche du 1% à cet égard, par rapport à tout “le peuple” incertain de la communication, où des apparentes allégeances peuvent se muer en attitudes antiSystème selon les circonstances.)

(On notera la constance de ce rapport souvent retrouvé de 1%-99%, qui apparaît ainsi d’autant plus symbolique, même dans des cas moins apparentés à ce qu’on veut décrire ici. Un exemple est celui des personnes bénéficiant aux USA de l’“accréditation officielle” aux informations classées secrètes : leur nombre se rapproche de ce rapport 1%-99%. Les chiffres disponibles les plus récents donnent 4,8 millions de personnes disposant de cette accréditation aux USA [selon FAS Project on Government Secrecy, le 23 juillet 2012]. On voit que le chiffre de 4,8 millions, comparé à une population US qui avoisine les 313 millions en 2012 n’est pas loin de ce rapport 1%-99%, d’un gros demi-point : on se trouve dans le même ordre de grandeur.)

• On pourrait encore extrapoler cette démarche, toujours en proposant le symbolique “1% versus 99%”, dans des cas impossibles à déterminer statistiquement, mais qui nous paraissent évoluer et approcher cette sorte de rapports, selon le sentiment intuitif que nous en avons. C’est le cas, que nous évoquons assez régulièrement sans jamais le chiffrer ni être trop précis car il s’agit de points de vue non exprimés officiellement, dans certaines bureaucraties, notamment dans les domaines de la sécurité et de la stratégie, où les appréciations sur les politiques officielles (politique-Système) sont très nombreuses à être négatives, – sans pourtant que cela ait le moindre effet sur cette politique. C’est le cas de la bureaucratie européenne, que nous évoquions très récemment (le 15 juin 2013), lorsque nous écrivions :

«Un second paradoxe, – encore plus poussé parce que directement exprimé, – est qu’au moment où ces choses se manifestent, le sentiment grandissant dans les institutions européennes, notamment chez les fonctionnaires civils et militaires représentants leurs pays au sein de ces institutions, y compris et surtout des Français, est qu’il est absurde et dangereux d’exacerber les tensions avec la Russie, dans tous les cas du point de vue politique (mais qui n'est pas dénué d'une dimension déstructuration et antiSystème). Aujourd’hui, l’opinion selon laquelle la Russie est la seule puissance capable d’agir en Syrie, que sa politique est la bonne, qu’il est naturel de rechercher son alliance, est largement répandue. On rencontre désormais des attitudes d’aggiornamento affiché, par exemple par rapport à l’aventure libyenne, avec le crédit accordé à la Russie que ce pays avait vu venir et prédit la catastrophe (bien qu’il l’ait laissé faire en s’abstenant lors du vote de l’ONU à ce propos). On retrouve ici l’opposition entre diverses pensées individuelles et la politique-Système qui est imposée au bloc BAO. Il s’agit de psychologies moins soumises aux pressions du Système, réalisant l’évidence de l’absurdité autodestructrice de la dynamique européenne. Les psychologies plus faibles se soumettent aux pressions du Système, soutiennent la politique-Système, tentent de la rationaliser, ne parviennent qu’à produire des balbutiements et des gémissements du domaine de l'affectivité. Le fait est qu’il semblerait bien, toujours selon le modèle de l’inversion, que plus on monte dans la hiérarchie, sauf quelques exceptions remarquables, plus on rencontre de ces psychologies épuisées qui sont complètement soumises au Système. On ne peut s’en étonner lorsqu’on constate combien le président des États-Unis lui-même montre la voie à cet égard.»

D’une façon générale, il nous paraît que l’affaire PRISM/NSA/Snowden a accéléré ce qui apparaît être, à certains égards, une sorte de regroupement, ou une appréciation symbolique de ce qui pourrait être un regroupement à l’intérieur du Système, entre une minorité défenderesse du Système sans la moindre compromission, et, d’autre part, une majorité grandissante et devenue très importante, qui s’interroge avec de plus en plus d’insistance, dont la loyauté devient de plus en plus douteuse. L’important et le nouvel élément, dans ces regroupements, c’est bien sûr l’apparition très publique et largement mise évidence de cette majorité plongée dans le doute et l’incertitude. (La situation au Congrès des USA, telle qu’on la perçoit, est à cet égard extrêmement significative : il est vrai et officiellement reconnu que 99% des membres du Congrès, statutairement et de façon officielle, ne connaissent rien de précis des aspects les plus essentiels de la situation de sécurité générale, de la situation d’implantation et de pression coercitive et totalitaire du Système, contre les 1% qui sont tenus informés et constituent par conséquent les complices directs du Système, son “premier cercle”.) De ce point de vue, PRISM/NSA/Snowden a essentiellement une action de communication, – un domaine essentiel de l’évolution politique et métahistorique, comme l’on sait, – en mettant en évidence d’une façon dramatique cette situation de plus en plus marquée que nous symbolisons avec le rapport “1% versus 99%”, qui ne caractérisait jusqu’alors que la situation générale (en bref, “élites-Système contre le peuple”), et qui se trouve prolongée désormais, dans tous les cas potentiellement, à l’intérieur du Système. Cette situation n’est pas née avec PRISM/NSA/Snowden mais elle est éclairée d’une façon dramatique et pressante par PRISM/NSA/Snowden. Cela fait de PRISM/NSA/Snowden un événement encore plus significatif et important que ce qu’il est effectivement en lui-même.

Une dimension mystique

L’importance de PRISM/NSA/Snowden est donc essentiellement dans le domaine de la communication, pour son rôle de dévoilement de situations inédites, en général potentielles mais qui commencent à se signaler d’une façon effective. Mais il possède également une substance bouleversante, qui explique son importance multiple et essentielle. Nous pensons qu’on ne trouve pas mieux pour illustrer cette substance que le remarquable texte de Tom Engelhardt, du 17 juin 2013 sur TomDispatch.com. Le titre très imagé de «Engelhardt, You Are Our Secret», symbolise une NSA, ou bien ce qu’Engelhardt nomme le Global Security State, ou bien ce que nous désignerions simplement comme “le Système”, s’adressant à Engelhardt et lui disant : “Nous connaissons tous vos secrets, vous n’êtes plus rien de vous-mêmes parce qu’il n’y a plus rien de vous, jusqu’au plus petit secret, qui ne soit à nous, et nous-mêmes connaissant tous les autres êtres de cette même façon. En un mot, vous êtes à nous”. Ou bien, plus précisément et pour aller plus loin dans le dessein furieux du Global Security State, c’est-à-dire le Système, il y aurait cette proclamation selon laquelle les êtres se trouvent ôtés d’eux-mêmes, au travers de l’activation des programmes divers dont PRISM est la dernière recette : “Nous vous possédons tous, vous nous appartenez sans que vous n’en sachiez rien de précis, sinon désormais de savoir que vous nous appartenez et que, par conséquent, vous n’êtes plus vous-mêmes et vous n’êtes plus à vous-mêmes”.

(Cela peut être traduit en termes imagés et presque populaires par l’intervention du député démocrate Grayson à la Chambre des Représentants, le 14 juin 2013 [dans le Washington Times], exprimée simplement par le mot “j’en ai marre” : «A Florida congressman said Friday he is “fed up” with the U.S. government’s extensive spy programs, arguing he can’t even call his own mother without federal agents having a record of it. “You can rest assured, there is no threat to America when I talk to my mother,” outspoken Democratic Rep. Alan Grayson said during a lengthy speech on the House floor.»)

Si nous citons le texte d’Engelhardt, c’est parce qu’il rend un ton presque mystique, ou plutôt satanique si l’on veut, sans dire un mot dans ce sens, simplement par la description extensive et notablement imagée de ce que l’auteur nomme le Global Security State, dont la NSA est le cœur et le cerveau à la fois. Il doit être alors reconnu que PRISM/NSA/Snowden introduit une nouvelle dimension, une nature nouvelle dans le champ du totalitarisme, que le terme “État-policier” est tout à fait insuffisant à décrire. Engelhardt approche sans le substantiver complètement ce sentiment d’une nouveauté complète de la chose, ou du monstre, ou de la Bête si l’on veut, lorsqu’il observe que rien de semblable n’a jamais existé, ni même n’a pu être imaginé dans ce sens par tous les despotes, tyrans, dictateurs, etc., qui ont précédé

«The twentieth century was the century of “totalitarianisms.” We don’t yet have a name, a term, for the surveillance structures Washington is building in this century, but there can be no question that, whatever the present constraints on the system, “total” has something to do with it and that we are being ushered into a new world. Despite the recent leaks, we still undoubtedly have a very limited picture of just what the present American surveillance world really looks like and what it plans for our future. One thing is clear, however: the ambitions behind it are staggering and global.

»In the classic totalitarian regimes of the previous century, a secret police/surveillance force attempted, via every imaginable method, including informers, wire tappers, torture techniques, imprisonment, and so on to take total control of a national environment, to turn every citizen’s life into the equivalent of an open book, or more accurately a closed, secret file lodged somewhere in that police system. The most impressive of these efforts, the most global, was the Soviet one simply because the USSR was an imperial power with a set of disparate almost-states – those SSRs of the Caucasus and Central Asia – within its borders, and a series of Eastern European satellite states under its control as well. None of the twentieth-century totalitarian regimes, however, ever imagined doing the same thing on a genuinely global basis. There was no way to do so.»

Le Stasi-of-State, c’est bien plus que le Stasi-of-State, d’un autre monde que celui de la Stasi… D’une certaine façon la potentialité de la sorte de totalitarisme que PRISM/NSA/Snowden fait apparaître concerne autre chose, même bien au-delà d’Orwell, bien au-delà du contrôle des esprits, des comportements, bien au-delà de ce qui ressort de ce que nous considérons comme la servitude en général, d’ailleurs puissamment aidé par une tendance humaine relevée depuis longtemps (Discours de la servitude volontaire, d’Etienne de La Boétie). Cette sorte de totalitarisme sort littéralement du domaine humain, et c’est en cela qu’il rejoint une dimension de forme effectivement mystique marquée par une inversion satanique. L’évolution même exposée par PRISM/NSA/Snowden conduit à une situation, non pas d’un totalitarisme humain, d’une dictature humaine, etc., mais à une étape fondamentale dans la tendance que nous avons récemment illustrée par deux F&C successifs, les 13 mai 2013 et 7 juin 2013. Le problème abordé dans ces deux textes est celui de l’homme par rapport à la machine, de l’intelligence humaine en cours d’effondrement supplantée par l’“intelligence” de la machine, etc. ; et cette tendance ne se résume pas au classique “homme contre la machine” du débat très ancien sur ce thème, elle va beaucoup plus loin, vers une terra incognita qui est celle de la crise ultime que nous sommes en train de vivre. C’est effectivement dans ce sens de la réflexion et aussi du réflexe psychologique d’angoisse et d’alarme extrêmes, et cela dans une situation d’opérationnalité très avancée, que nous emmène PRISM/NSA/Snowden.

Nous dirions qu’effectivement l’affaire PRISM/NSA/Snowden, après un temps de latence et jusqu’à son “humanisation” par l’apparition publique du whistleblower Snowden, est brusquement apparue comme le symbole d’une menace jusqu’à maintenant diffuse, imprécise, sans mesure identifiable, mais aussi colossale qu’orientée vers une sorte d’infinie, au-delà et hors de tout concept de civilisation, qui pèserait sur l’ensemble des choses et du monde. Ce sentiment dépasse le clivage employés-Systèmes versus dissidents antiSystème. Il pénètre le monde des employés-Systèmes pour répandre un sentiment de malaise à la fois trouble et profond, dont le spectacle du Congrès, la semaine dernière, a été l’exemple. Ce même sentiment dépasse également le seul cas PRISM/NSA/Snowden, que nous présentons effectivement comme un exemple, comme un symbole, et aussi comme une occurrence opérationnelle extrêmement efficace à cause de son puissant pouvoir de représentation maléfique. Ainsi, comme nous l’avons mentionné d’une façon plus générale, la même chose de ce qui est dit à propos du Congrès d’un clivage à l’intérieur des forces-Système pourrait être dite, selon notre perception à partir de contacts fréquents, par exemple au niveau d’une bureaucratie comme la bureaucratie européenne, notamment sur les questions de sécurité nationale, à l’occasion de cas aussi complexes et aussi contradictoires jusqu’à l’inversion que celui de la Syrie, de la politique dans la crise syrienne, etc.

On comprend bien entendu, à élargir notre observation, d’une part du milieu US pur vers d’autres milieux-Système à propos du symbole hypothétique “1% versus 99%”, d’autre part de PRISM/NSA/Snowden vers d’autres dossiers de contradiction, de pression et d’inversion de la politique comme l’affaire Syrie-Russie, que nous parlons d’un phénomène qui pénètre à notre sens le Système lui-même. Le phénomène “1% versus 99%” que nous mentionnions selon un entendement symbolique qui convient parfaitement à la perception mystique invertie en satanisme, pose aussi la question, en termes opérationnels, de la possibilité de la désintégration interne du Système. C’est dire effectivement que l’on se rapproche à la fois d’un point de non-retour dans la problématique catastrophique du Système, et d’un point où se trouverait arrangée la probabilité d’un perfect storm également catastrophique (cela, déjà évoqué dans notre Note d’analyse du 17 juin 2013). C’est dire également, avec la plus grande force possible, que nous entrons, sinon que nous sommes entrés dans le domaine de l’eschatologie, là aussi au sens opérationnel du mot tout en acceptant comme état d’esprit de la chose le sens religieux, – sans pour cela souscrire à une religion ni même accepter nécessairement les conditions proposées par une religion. (Comme nous l’avons déjà rappelé récemment, d’un autre F&C plus ancien, cité dans notre F&C du 23 mai 2013, qui traitait évidemment et selon une autre approche toujours de ce problème similaire et fondamental, et qui écarte tous les autres, de la crise d’effondrement du Système : «[N]ous voulons dire, si nous nous référons à cette définition pratique et concrète, et excellente en tous points, que donne Roger Garaudy de l’eschatologie (à côté de la définition théorique : “Étude des fin dernières de l’homme et du monde”): “L’eschatologie ne consiste pas à dire: voilà où l’on va aboutir, mais à dire: demain peut être différent, c’est-à-dire: tout ne peut pas être réduit à ce qui existe aujourd’hui.”»)

C’est dire qu’il nous apparaît impératif de ne pas placer l’analyse du Global Security State d’Engelhardt au niveau des affrontements d’intérêts ou des affrontements géopolitiques classiques, avec les interférences humaines qui vont avec. De ce point de vue, il est bon que PRISM/NSA/Snowden ait montré montre l’extension du phénomène, et qu’il concerne sans réelle distinction de frontières, d’activités, etc., les domaines intérieurs et extérieurs par rapport au cœur de la nébuleuse. C’est la cause principale de la puissance de son impact, cette globalisation dans toutes les directions. (On rappellera que les révélations sur le programme Echelon, au milieu des années 1990, laissa les élites-Système US, le public US, voire les dissidents antiSystème US, assez indifférents. Echelon, qui répondait à la même “philosophie” que PRISM, n’avait comme objectif que les communications extérieures aux USA.) Il est également bon, dans le sens de l’efficacité de la chose, que PRISM/NSA/Snowden ait bien montré l’avancement du processus général, qu’il substantive littéralement, y compris pour nombre de membres de l’élite-Système tel que le député Grayson, la réalité des effets du phénomène. Cela conduit à l’acte fondamental de la substantivation de la menace eschatologique qu’on a tentée de décrire plus haut, ce qui est, à y bien réfléchir, un phénomène fondamental dans la marche de la réalisation de la crise de l’effondrement du Système, et effectivement un facteur puissant de division des élites-Systèmes avec la potentialité symbolique 1% versus 99%. Cette substantivation quasi-incontestable de la menace eschatologique également quasi-incontestable, qui fait ressentir comme un fait objectif le processus de la formation décisive de l’opérationnalisation du Système issu du déchaînement de la Matière, place tout ce qui est antiSystème et tout ce qui est susceptible de devenir partie des 99% (y compris, déjà certains parmi les 99% du Congrès) devant l’enjeu suprême.

Cette substantivation est si complète qu’elle fouille au cœur même des vies courantes et enferme un destin, qui se mesure aujourd’hui à sa liberté de communication, dans un processus qui interfère même sur le passé, en recomposant ce passé à sa guise … «The contents of a phone call could be accessed simply based on an analyst deciding that. If the NSA wants to listen to the phone, an analyst’s decision is sufficient, without any other legal authorization required.» (député démocrate Jerrold Nadler) «Because even if you’re not doing anything wrong you’re being watched and recorded. And the storage capability of these systems increases every year consistently by orders of magnitude … to where it’s getting to the point where you don’t have to have done anything wrong. You simply have to eventually fall under suspicion from somebody – even by a wrong call. And then they can use this system to go back in time and scrutinize every decision you’ve ever made, every friend you’ve ever discussed something with. And attack you on that basis to sort to derive suspicion from an innocent life and paint anyone in the context of a wrongdoer.» (Edward Snowden)

... En un sens, il importe absolument que le Système dévoile complètement sa situation d’appartenance générique au processus du déchaînement de la Matière et son processus radical d’entropisation des esprits, de la mémoire, des relations humaines, des relations sociales, des comportements radicalement porteurs d’entropisation, c’est-à-dire tout ce qui constitue sa dimension maléfique. Il importe absolument que cela se fasse au sommet de sa surpuissance, pour que l’effondrement puisse se faire complètement selon l’équation surpuissance-autodestruction... Ces conditions paraissent proches d’être réunies dans le cas du Global Security State, sans que l’on puisse bien entendu conclure que cette situation est décisive. Mais les manifestations de désaccord, de désarroi, d’opposition potentielle apparues au cœur du Système, qui constituent un événement sans précédent pour un domaine aussi essentiel, dans une institution aussi importante opérationnellement et aussi symbolique institutionnellement que le Congrès US, constitue un fait évidemment particulièrement intéressant. Conceptuellement, on peut avancer l’hypothèse que c’est cette sorte de situation qui devrait constituer potentiellement l’amorce d’une désintégration interne du Système. Dans ce cas-là, le “premier cercle” du Système, tel que nous l’avons envisagé, deviendrait le “dernier cercle”, l’ultime protection et l’ultime fidélité au Système.


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