Le petit prince germanopratin des lieux communs

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Quelle mouche hexagonale et parisienne a piqué le sérieux et britannique Times de Londres de demander à Bernard-Henri Levy, dit BHL, de commenter les élections du 7 novembre aux USA ? Peut-être parce qu’ils ont confondu BHL (American Vertigo) avec Henry Miller (Air Conditionned Nightmare) ou avec Jack Kerouac (On the Road)? Peut-être parce que BHL s’est fait passer pour le petit prince de Galles et qu’on ne refuse rien à l’héritier du trône ?

Ce texte du 7 novembre, «A vote to send tremors around the world» , peut être comparé à l’Almanach Vermot du jour parce qu’il rassemble, avec une minutie remarquable, avec un zèle flaubertesque, tous les lieux communs parisiens des Bouvard & Pécuchet postmodernes sur la situation américaniste et sur la signification et les conséquences des élections.

Sauf peut-être le bondissant Alexandre Adler, il est difficile de trouver une plume parisienne assez avisée pour écrire ceci, qui ressuscite le rêve d’une union transatlantique pour le meilleur bien plus que pour le pire, — car il est temps, enfin, que les pays européens, mettent un terme à leur politique stupidement et autistement anti-américaniste :

« Conversely, a Democratic majority in the Senate and the House, even if it changes nothing about the depth of anti-American feeling in Europe, will deprive governments on the Continent of their providential alibi for inaction and their spirit of appeasement: the scarecrow of Bush’s hubris. They will be obliged — or it will contribute to their obligation — to take a more active part in the global battle against Islamofascism that is the challenge of our times.

»One knows that in France, for example, the temptation exists to suspend or reduce co-operation on the ground with the forces fighting terrorism — a collaboration that, since the days after September 11, has gone on continuously. However, a stinging defeat of the Bush team at the polls would not easily justify such a decision across the Atlantic. The French President, faced by an American government that represents a wider spectrum of opinion, would be hard put to explain the withdrawal of French commandos from Afghanistan. In other words, a White House forced to engage in — as the Democrats call for — a form of multilateralism would put Europe’s back against the wall more forcefully than its previous boasts, calls for crusades or born-again Christian sermons about the End Times.»

Car BHL nous annonce qu’une victoire démocrate sera une victoire de la démocratie, qu’elle engagera l’Amérique partout où la démocratie est contestée dans le monde, dans le combat contre le réchauffement climatique et contre l’islamo-fascisme, — qui ont partie liée, finalement, comme la CIA est en train de le découvrir grâce à ses satellites et à ses systèmes anti-voitures-suicides. Enfin, le Président sera obligé de voir la lumière : «Then, I believe, the President will suddenly discover that the notion of “enemy combatants” is unconstitutional and will close the prison camp in Guantanamo Bay, Cuba. What a victory for democracy!»

Le 7 novembre dissipera le vilain rêve qui empêche les petits princes de dormir. Tout le monde sera beau et gentil. La “bête immonde” de la Maison-Blanche sera enfin réduite. («The sustained direction of the past 40 years of American history — toward the victories of civil rights, the democratisation of the South, the loosening of moral strictures — demonstrates that the Bush phenomenon is above all a last stand, the ultimate and terrible outburst of a beast that knows it is wounded and is gambling it all.») Les corrompus seront chassés du temple avec grandes pertes et vertueux fracas. («Oil lobby or no, President Bush will not be able to feign to be unaware that Americans also have a stake in the battle for the survival of the planet on which we all depend.») Les gentils démocrates seront à nouveau en service. Le soleil percera la brume polluée des vilaines raffineries. Les oiseaux chanteront à nouveau. («The reasons to hope largely overtake the grounds for worry.»)

Car voyez-vous, — révélation exclusive — l’Amérique est curieuse et admirable. Elle vote sur des vétilles provinciales («The paradox of American democracy and especially of these midterm elections: both are local, even provincial») et elle secoue le monde assoupi qui ne se doute de rien (« Yet these are the only elections of truly global importance in the world»). En un mot qui est une formule magique qui a le sens de la formule : « In short: small causes, grand effects. Petty battles, colossal butterfly effect.»

On ne la fait pas au petit prince de Tocqueville. Lui, il a vu venir le grand ébranlement du monde. Somme toute, on comprend le Times d’avoir publié une si attachante comptine. Elle résonne et raisonne comme une berceuse démocratique pour les petits princes méritants. Le monde est beau, la vie est belle. Rendez-vous au Flore comme on a dit.


Mis en ligne le 7 novembre 2006 à 05H39