Le monde d’un Jérôme Bosch-bouffe

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Le monde d’un Jérôme Bosch-bouffe

14 septembre 2022 (13H15) – Parmi la cascade furieuse et irrésistible des commentaires de nos “experts” et de nos “vedettes” médiatiques sur les derniers événements militaires en Ukraine, je trouve qu’on a fait preuve de retenue puisque personne n’a encore décrit l’évidence que cette « armée russe en débandade » (BHL) voit incessamment ses plus zélés fuyards en avant-garde irrésistible approcher, aux confins de la Sibérie, la frontière chinoise pour demander l’asile politique. C’est bien comme cela que les choses se passent, la déroute poutinienne, plusieurs “experts” me l’ont chuchoté à l’oreille...

Enfin, l’on comprend cette explosion de joie soulagée ! Le Ciel a parlé et oint de son irrésistible puissance la course tactique devenant stratégique des forces du Camp du Bien ‘Ukrotaniennes’ (j’institue ce nouvel acronyme mariant l’Ukraine et l’OTAN pour bien faire comprendre de quoi il s’agit). Le scénario est connu et l’on a du mal à le circonscrire à la prise de Moscou, passée la Bérézina.

Pourtant, certaines appréciations divergent chez nos commentateurs. Nous choisissons, à cet égard, je m’en porte garant, le tandem déjà signalé Christoforou-Mercouris. Ils prennent l’affaire d’un autre point de vue...

Voici donc... Les Russes (groupe Wagner en tête) ont lancé une offensive pour prendre Bakhmut qui, expliquent Christoforou et Mercouris chacun de leur côté, est une ville d’une importance stratégique considérable dans la mesure où elle verrouille les défenses ukrainiennes, lesquelles se trouveraient extrêmement menacées si les Russes prenaient cette ville. Il se trouve, expliquent les deux compères, que les Ukrainiens ont retiré des forces importantes pour renforcer le groupe d’attaque de Kharkov, la fameuse “contre-offensive” réussie.

Dans cette “contre-offensive”, ils n’ont pas mis les Russes en déroute, non, ils n’ont trouvé personne parce que les Russes avaient évacué la zone. (Dans la vidéo déjà citée, du 13 septembre, Mercouris détaille parfaitement le processus du retrait russe, commencé le 2 septembre, bien avant que la “contre-offensive” soit lancée.) Ainsi les Ukrainiens ont-ils dégarni Bakhmut pour leur offensive qui s’est effectué “dans le vide”, alors que les Russes lançaient une attaque sur Bakhmut dégarni. « A very bad deal », apprécie Mercouris, – on comprend ce qu’il veut dire, si les Russes prennent finalement Bakhmut.

Peu importe et quoi qu’il en soit, le bloc-BAO surtout dans sa dimension européiste, le petit personnel (la presseSystème) en avant-garde, s’est littéralement consumé d’extase aux nouvelles venues de Kharkov par courrier galopant. Comme on le sait, la ministre allemande, Grünen et trépidante d’enthousiasme, était au côté de Zelenski, suivant la marche triomphale des forces ‘Ukrotaniennes’. Pourquoi cet enthousiasme ? Nos compères Christoforou-Mercouris nous l’expliquent dans une autre vidéo (commune, le 13 septembre) consacrée aux perspectives énergétiques et hivernales de l’UE.

La vidéo nous montre dans sa présentation-papier une photo d’une poignée de main Zelenski- Baerbock (et non ‘Brodbeck’, comme nous le signale dans un ‘Forum et non sans humour notre lectrice Astrid Zirgel) ; c’était en courtoise ouverture de cette visite stratégique de la ministre allemande. Le titre de l’intervention Christoforou-Mercouris nous instruit déjà beaucoup :

« Incapable de stopper l’effondrement économique, l’Union Européenne reporte ses espoirs sur Zelenski »

Quoi ?! Zelenski, magicien de l’économie, alors que l’éternel optimiste-Système et Prix Nobel Paul Krugman vient d’admettre dans sa colonne du ‘New York Times’ l’inévitabilité de cet effondrement ? Les deux compères rient bien ensemble, et il faut de la constance pour bien entendre ce qu’ils disent tant ils entament leur dialogue (dans le sens Christoforou-Mercouris) dans un éclat de rire commun :

« Commençons par parler de notre économiste favori, Paul Krugman... [fou-rire] ... Euh... Parlons de la situation économique en Europe et il semble que monsieur Krugman a rencontré sa Révélation, son ‘Jesus Moment’, si j’ose employer cette expression...

– Oui oui, l’expression de ‘Révélation’ est exactement...

– ... Et il a découvert finalement, il a réalisé, je pense, que les choses [en Europe] ne vont pas très bien... Correct ?

– Oui, c’est absolument correct... Et il commence à s’inquiéter du fait qu’il y aura peut-être une pénurie de bois de chauffage... [le reste dans un éclat de rire irrésistible] »

Si l’on mentionne ces éclats de rire dans une analyse qui ne manque pas de sérieux, sur une situation qui n’en manque pas moins, c’est parce que l’abracadabrantesque impéritie des dirigeants européens et de l’UE atteint effectivement le domaine de la bouffonnerie quasiment transcendantale, – incompétence-bouffe, pénurie-bouffe, crise-bouffe, économie-bouffe, croyance-bouffe, vénération-bouffe.

Christoforou-Mercouris expliquent les tentatives successives de l’UE et de ses compères nationaux de trouver un plan qui résolve la catastrophique pénurie qui se dessine. Les plans se succèdent, – B, C, D, E, LGTBQ... On évoque donc même, on l’a vu, le bois de chauffage venu des grandes forêts qu’on expédierait ainsi ad patres tout en résolvant les tragédies des incendies de canicule, – puisque, plus rien à brûler. (Ou bien : demander aux Russes, ces pitoyables ingrats, eux qui ont des grandes forêts où rodent les tigres de la Caspienne ressuscités par Poutine. On liquiderait les tigres ! Et donc Poutine avec !)

... Mais non mais non, il y a bien mieux ! Et Mercouris de nous expliquer, dans son impeccable anglais comment les dirigeants européens en sont arrivés à espérer aller eux-mêmes à Moscou, installés sur les chars de Zelenski, pour éjecter Poutine et rétablir le flot du gaz “européanisé”.

« ... Quand la guerre a commencé, l’idée était que l’Ukraine allait rapidement perdre, – dans tous les cas, c’était la narrative, –  mais nous allions rattraper cela par la guerre économique qui allait contraindre et mater les Russes... Maintenant, ce qui arrive, c’est qu’ils en sont venus à espérer que Zelenski va gagner la guerre puisqu’il devient de plus en plus clair qu’ils sont en train de perdre la guerre économique contre les Russes ... Ainsi, c’est un complet renversement de ce que je crois qu’une majorité d’entre eux espéraient en février [...]

... Et une offensive réussie des Ukrainiens sur une zone sans défense leur donne [aux dirigeants européens] encore plus d’espoir qu’ils [les Ukrainiens] sont capables de l’emporter... Aussi vous voyez combien cette offensive a d’importance pour l’Europe et de conséquences malheureuses pour les habitants de l’Europe... parce que cette offensive va encore renforcer la détermination des dirigeants européens de considérer la chose au travers [du “succès” de Zelenski], parce qu’ils pensent que cela va conduire à l’effondrement du gouvernement à Moscou ... [Cette façon de voir] va devenir une obsession... »

Ainsi, et pour terminer cette page pleine d’une roborative insubmersiblité, je nous offre une intervention évidemment totalement hostile au bon sens, intervention pleine de défaitisme des horribles-Hongrois. Ils nous feraient croire qu’on abandonnerait les sanctions pour quelques millions/milliards de mètres-cube d’un gaz marqué du sceau de l’infamie ?!

 « L'UE va réexaminer les sanctions imposées à la Russie et pourrait en lever certaines dès cet automne, prévoit le secrétaire d'État hongrois aux affaires étrangères et au commerce, Tamas Menczer.

» Les restrictions imposées au commerce russe pour le punir d'avoir attaqué l'Ukraine n'ont pas réussi à modifier le comportement de Moscou et l'ont en fait récompensé par une augmentation de ses revenus, après avoir déclenché une flambée des prix de l'énergie, a déclaré le député lors d'une apparition sur M1 TV mardi. Pendant ce temps, les pays européens qui ont imposé les sanctions sont confrontés à des pénuries d'énergie.

» “La réalité frappe à la porte de chaque pays”, a déclaré Menczer, expliquant pourquoi il pense que les sanctions seront levées plus tôt que prévu. Les États membres doivent réexaminer leur politique de sanctions à l'automne. »

La voix du bon sens chez ces Hongrois-traîtres ? Les Christoforou-Mercouris, eux, pensent que l’UE ne changera rien (je comprends notamment : “l’UE ne lèvera pas les sanctions, ça jamais de la vie ! La Garde meurt mais ne se rend pas !”). Je serais fortement incliné à penser dans le même sens.

« Mais nous devons être absolument clairs avec nous-mêmes, je pense... Oui, nous allons avoir une ENORME crise économique  en Europe, les choses vont devenir absolument PIRES... Mais ils ne changeront absolument rien à leur politique... Ils ne changent jamais, ils n’ont jamais changé !... » (Mercouris)

Et c’est ainsi, dirais-je en citant approximativement Paul Valéry, que nous avons désormais confirmation que « les civilisations sont mortelles »... Certes, c’est une belle chute pour cette page, mais dites-moi : où voyez-vous une civilisation, vous ?

Moi, je ne vois rien qu’un tableau de cet étrange personnage, vous savez, le nommé Jérôme Bosch-bouffe. (“Bosch-bouffe”, “Bosch-bouffe”, répétez ça rapidement et plusieurs fois, coiffez-vous d’un entonnoir et tout s’éclaircira dans une Révélation à-la-Krugman.)

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