Le machin du n'importe quoi

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Le machin du n’importe quoi


11 mars 2003 — On distingue aujourd’hui une lassitude grandissante pour les manipulations, les faux, les montages, les mensonges, les interprétations sollicitées, etc, qui semblent constituer l’essentiel de l’argument du théâtre fou de cette crise. L’extraordinaire plasticité de la perception et du jugement et le maquereautage politique qui l’accompagne, auxquels parviennent certains, en général sinon exclusivement anglo-saxons, constituent un événement remarquable qui intéressera, dans le futur, s’il y en a un, historiens et anthropologues, s’il y en a encore. Après cela, l’esprit est essoré, comme avec une machine à essorer le linge.

Voici quelques exemples, comme on dit, pour la petite histoire. Voici une petite chronique de la chasse aux suffrages onusiens.

Il s’agit d’abord du concept de “veto déraisonnable”, que le premier Ministre Tony Blair a sorti de son chapeau-cage à lapins. On ignore si Blair se sortira de cette affaire, — du point de vue du soutien de son parti, — mais, intellectuellement, le pauvre PM britannique aura fait un des beaux-arts de l’art des interprétations sollicitées dans la civilisation occidentale, — puisque c’est de cette civilisation-là dont il s’agit avec cette guerre contre l’Irak. Voici un passage sur cette affaire très sérieuse, extrait d’un article de the Independent du 7 mars 2003.


« In London, Tony Blair suggested he would be prepared to wage war on Iraq even if a number of UN Security Council powers used their vetoes. Just last month, the Prime Minister said he reserved the right to go to war without UN authorisation only when an ''unreasonable veto'' was wielded by a single country.

» But in a debate on MTV, the music television channel, he hardened that proviso to include multiple vetoes. When asked under what circumstances he would go to war without a fresh UN mandate, he replied: ''If there were a veto applied by one of the countries with a veto or by countries that I thought were applying the veto unreasonably, then in those circumstances I would.'' »


Résumons simplement : pour savoir si le vote est un vote ou s’il n’est pas vraiment un vote-après-tout, ou s’il est quand même un vote-raisonnable, ou si la chose est raisonnablement votée ou pas, il suffit au PM britannique que les pays qui ont voté et ont mis leur veto soient des « countries that I thought were applying the veto unreasonably ». C’est vraiment aussi simple que cela.

L’idée, qui séduit par sa simplicité, fait son chemin. Après leur chasse incroyablement pleine à ras bord de “légitimité morale”, chasse aux votes du Conseil de Sécurité, — promesses d’aide, de prêts, de livraisons diverses, menaces de rupture de ceci, de rupture de cela, pressions diverses, etc, — les Américains admettent, un peu harassés, qu’ils pourraient réunir les 9 voix mais qu’il pourrait y avoir tout de même l’un ou l’autre fou pour voter contre, et veto à l’appui (suivez mon regard). Le New York Times du 10 mars nous avise qu’il y a là, dans ce cas et malgré les roueries des apparences, quelque chose qui irradie, pas d’autre mot, une “légitimité morale aux yeux de l’essentiel du monde” : «  Administration officials say that even with a veto, a measure that has received nine votes might command moral legitimacy in the eyes of much of the world. »

Pendant ce temps, Powell, qui paraît un peu fatigué ces derniers temps, doit répondre à tant d’interviews. A NBC, à Meet the Press, on lui fait remarquer que Mohamed

El Baradei, directeur général de l’International Atomic Energy Agency, a affirmé que les USA ont fourni, sur la soi-disant recherche d’uranium au Niger par les Irakiens, des documents fabriqués (« forged », dit la question, — pas des documents erronés, bien des documents fabriqués) ; réponse de Powell : « It was the information that we had. We provided it. If that information is inaccurate, fine ». Powell est beau joueur, puisque le faux n’est pas bien faussé, eh bien bof...

... Enfin, pour clore le débat, voici, fort logiquement, le mot de la fin : si l’ONU ne soutenait pas la résolution, par extraordinaire, une autre quasi-“organisation internationale”, une sorte d’ONU-bis si vous voulez, qui deviendrait ONU à la place de l’ONU, se chargerait de donner sa légitimité à l’opération, et même de l’exécuter, — selon le porte-parole de GW, Ari Fleischer : « Fleischer warned that unless the U.N. Security Council agreed to disarm Iraq, “another international body will disarm Saddam Hussein,” a reference to Bush’s vow to act against Iraq with a “coalition of the willing.” »