Le JSF et notre crise de civilisation

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Nous tenons, on le sait, le rôle du domaine du système de la communication, dont fait partie bien entendu l’appareil médiatique, comme particulièrement important dans l’évolution de la crise. Pour cette raison, la publication d’une séquence télévisée de 10 minutes sur le programme JSF par le très important producteur d’émissions PBS, dans son programme vedette NewsHour, nous apparaît comme un événement important. On peut lire par ailleurs, dans Ouverture libre de ce 23 avril 2010, une transcription de l’émission éditée par PBS.

@PAYANT Deux faits sont essentiels dans notre appréciation du programme JSF. D’une part, cet énorme programme qui semble devenir la plus grande polémique et la plus grave catastrophe de gestion de l’histoire du Pentagone, lui-même pilier de système de l’américanisme, joue un rôle fondamental à cause de toutes ces caractéristiques dans l’évolution de la crise. D’autre part, le JSF avait “bénéficié” d’un camouflage, ou habillage virtualiste systématiques de 1995 à 2008, sur les véritables conditions de son évolution. La réalité de sa situation a été mise à jour par l’action d’information se développant peu à peu depuis 2005-2006 des réseaux alternatifs et d’Internet, exerçant une pression grandissante jusqu'à contraindre la “presse officielle”, le Pentagone lui-même et Lockheed Martin, enfin le Congrès par conséquent, à reconnaître la véritable situation à partir de 2008, et à devoir dès lors en débattre publiquement. Désormais, c’est le grand public qui commence à être concerné, et cette émission de PBS, importante en durée, dans un programme de très grande audience, fait partie de cette opération ultime de l’installation du JSF dans la polémique politique publique la plus large. Désormais, les faits parlent d’eux-mêmes et la polémique s’entretient et s’aggrave par le seul constat de l’évolution de la chose qui ne peut plus être dissimulée.

L’importance de cette opération était mise en évidence dans l’interview de Philippe Grasset à OWNI.fr, reprise sur ce site le 7 avril 2010, avec ce passage:

«Il y a une multitude d’autres cas, encore plus précis et, eux, menés à bien. Je suis de près depuis toujours l’affaire de l’avion de combat Joint Strike Fighter (JSF), ce programme de plus de $300 milliards qui est le plus grand scandale de l’histoire de l’aviation militaire et de la puissance militaire tout court, qui est parfaitement un artefact du système, et qui est en train d’ébranler la puissance du Pentagone lui-même, à un point qui peut conduire à l’effondrement de ce système-là. Internet, les réseaux alternatifs sont la cause à 100%, sans aucun doute, de l’éclatement du scandale comme une affaire publique dès 2008, alors que la réalité serait apparue sans doute 2 ou 3 ans plus tard, avec un effet infiniment moins dévastateur pour le système. Les réseaux ont empêché le système, qui ne s’était encore aperçu de rien, de prendre des mesures de cover up, de dissimulation du scandale. On peut tracer les jalons de l’intervention des réseaux dans cette affaire aux articles même, datés, sur les réseaux, et on peut retrouver les moments où ils ont obligé les autorités, l’industrie et le Pentagone, à reconnaître qu’il y avait un formidable problème, en septembre 2008 précisément, – tiens, au moment où Wall Street s’effondrait… Aujourd’hui, le système, affolé, impuissant, se déchire à propos du JSF. Ils y laisseront leurs culottes, étoilées cela va de soi.»

Ce qui est remarquable dans l’émission de PBS NewsHour, c’est l’importance donnée à deux experts qui ont joué un rôle prépondérant dans l’action de mise à jour de la situation du JSF. Si Bill Sweetman et Winslow Wheeler ont accès à la “grande presse”, ou “presse officielle”, c’est dans un domaine très spécialisé (pour Bill Sweetman) et d’une manière très épisodique (pour Wheeler). L’essentiel de leur action critique à l’encontre du JSF a eu lieu sur les réseaux alternatifs d’Internet, Sweetman sur Ares, le blog d’Aviation Week & Space Technology, Wheeler à partir de sa position au Center of Defense Information et par la reprise de ses analyses sur des sites tels que CounterPunch. Les deux hommes représentent sans aucun doute, d’une façon convaincante et particulièrement professionnelle qui ridiculise l’action des “journalistes” habituels de la “presse officielle” durant toutes les années de camouflage, le courant alternatif qui a véritablement dévoilé le scandale JSF. Leur présence importante dans cette émission de PBS témoigne sans aucun doute de la puissance désormais reconnue et incontournable de ce moyen de communication dans la bataille autour de la crise générale, avec comme principal enjeu la mise à jour des réalités de cette crise.

On trouve ainsi chaque jour confirmée une convergence essentielle entre les moyens de communication alternatifs et les plus grands et significatifs scandales et catastrophes qui caractérisent la crise générale du système. Dans le cas du JSF, il est essentiel de sortir son esprit et son jugement de l’étiquette de “matière spécialisée” attachée à un programme d’avion de combat, pour réaliser combien le JSF est essentiellement à la fois un moyen et un signal majeur de la grande crise de la bureaucratie de l’armement du Pentagone, donc du système du technologisme qui est, avec le système de communication, l’un des deux composants du système américaniste-occidentaliste, lequel enfin est le moteur nihiliste et incontrôlable de notre crise générale de civilisation. Dans ce même cas, il est essentiel de réaliser combien l’on peut utiliser l’un des deux systèmes contre l’autre, sans craindre des convergences temporaires avec certains groupes dont le but n’est pas nécessairement la dénonciation et la mise à jour de cette crise générale. Le cas du JSF, dont le scandale et la catastrophe menacent toute l’architecture du complexe militaro-industriel US, doit être considéré comme un cas d’école, un exemple presque parfait de la tactique fondamentale de susciter et d’exploiter “la discorde chez l’ennemi” entre ses deux principales forces.


Mis en ligne le 23 avril 2010 à 07H39